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Thursday, August 17, 2017

Citation du 18 aout 2017

La différence entre l'amour et l'argent, c'est que si on partage son argent, il diminue, tandis que si on partage son amour, il augmente.
Philippe Geluck - Le succulent du chat (publié le 16/07/2006)

« …si on partage son amour, il augmente » – et puis quoi encore ? C’est vrai : ça fait bizarre de retrouver le Chat, d’habitude si cartésien, céder à la bluette sentimentale.
Quoique… Il est quand même vrai qu’il y a des partages qui, s’ils ne nous enrichissent pas forcément, ne nous appauvrissent pas non plus. C’est même là que se situe la différence entre ces deux principaux partages, ainsi que nous le fait voir l’illustration suivante :

 

S’il y a une forme de partage sans déperdition c’est l’ère du numérique qui nous l’a fait découvrir avec le partage de l’information. C’est vrai que depuis Gutenberg on n’avait pas trouvé mieux pour cela que la publication imprimée. Mais maintenant appuyez sur la touche ad hoc et hop ! C’est parti !

Mais quelle différence avec le partage des ressources ! Voyez ces enfants occupés à mordre dans une tranche de pastèque fraternellement partagée.  Vous remarquez tout de suite la taille de la tranche ? Supposez qu’elle soit simplement normale et alors le partage sera tout de suite moins fraternel. Vous avez même des philosophes, comme Hobbes qui ont fait de refus du partage le moteur de l’histoire de l’humanité. Car, dit-il on n’est jamais sûr d’avoir assez, tant il est vrai que l’avenir demeure incertain. L’homme préhistorique devait dévorer sa proie avant qu’elle ne soit pourrie ; l’homme civilisé a inventé le congelo.

Wednesday, July 11, 2012

Citation du 10 juillet 2012


On ne jouit bien que de ce qu’on partage.
Madame de Genlis – Les mères rivales



[Extrait du livre de madame de Genlis, reproduit par Googlebooks ici]

Il faut lire la citation « développée » (ici : le fac-simile) pour comprendre son intérêt.
C’est en effet une opinion générale qu’on ne puisse jouir de quoi que ce soit sans le partage. Et on nous recommande d’y voir une expression de la charité chrétienne, voire même de l’amour du prochain. « Partagez, mes frères, car c’est en vous détournant de vous-mêmes que vous vous retrouverez le mieux. » Etc…
Moi qui ai horreur des sermons et des sermonneurs, j’apprécie beaucoup madame de Genlis – du moins ce qu’elle écrit ici.
Car, voilà la vérité : nous voulons partager pour être approuvé, c’est donc une expression non de la générosité, mais de l’amour-propre (1).
On pourrait encore juger mon ravissement comme une exagération, parce qu’on est en fin de compte en présence d’un avertissement rappelant La Rochefoucauld : tout altruisme est en réalité le déguisement d’un égoïsme. Communiquer nos pensées serait alors une sorte de générosité narcissique, mais qui ne consisterait pas à dire : « elles sont tellement belles, mes pensées, que je ne peux sans pécher les garder pour moi seul ». Mais bien : « regardez comme elles sont belles, ces pensées ! Et dites-moi que vous m’admirez de les avoir produites. »
Oui, c’est vrai. Reste que madame de Genlis ajoute : ce plaisir [du partage] est le seul sentiment utile produit par l’amour-propre. Parce que, quand même, ce partage produit quelque chose de positif en nous permettant de penser avec les autres et non de rester limité à soi-seul.
Même ce que je fais par égoïsme peut être justifié moralement si son résultat est souhaitable. Ça c’est du pragmatisme ! (2)
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(1) Madame de Genlis connaissait Rousseau. On peut admettre qu’elle donne à l’« amour-propre » le sens qu’il lui confère : amour de soi.
(2) Nous sommes dans le cas de la distinction entre éthique de la responsabilité et de l’éthique de la conviction de Max Weber. Cf. ici

Friday, July 09, 2010

Citation du 10 juillet 2010

L'ouvrier qui a donné à ses enfants son art pour héritage, leur a laissé un bien qui s'est multiplié à proportion de leur nombre. Il n'en est pas de même de celui qui a dix arpents de fonds pour vivre, et qui les partage à ses enfants.

Montesquieu – De l'esprit des lois (XXIII, ch. 29)

On l’a déjà dit : le partage du savoir n’a rien à voir avec celui des biens matériels : il ne diminue pas au cours de l’opération alors que c’est le cas pour le second. (1)

On a dit aussi (Pierre Bourdieu) combien l’héritage des savoirs et des idées était source d’inégalités sociales, et combien les fils de pharmaciens ou de médecins avaient plus de facilité que les autres pour réussir leurs études. On pourrait d’ailleurs en dire autant des musiciens ! (2)

Mais voilà : le monde a bien changé depuis quelques décennies, et si les artisans continuaient à enseigner leur métier à leurs enfants, ceux-ci risqueraient fortement de crever de faim avec ça. Les méthodes, les outils, les machines et le savoir faire qui va avec ont changé radicalement – et la seule certitude qu’on ait c’est que ça va continuer.

Au fond, c’est plutôt le laboureur de La Fontaine qui avait raison : au lieu d’enseigner le métier de laboureur à ses enfants, il leur enseigne que le travail est un trésor.

Oui, mais voilà : c’est bien gentil de dire qu’il faut travailler pour gagner sa vie (3) ; ce qui serait vraiment malin, ce serait de dire quel métier il faut apprendre pour ne pas se retrouver au chômage dix ans plus tard.

Autrement dit, les réponses de nos auteurs à cette question sont comme des essais d’artillerie : Montesquieu est trop précis, c’est un coup trop court. La Fontaine, trop général, c’est un coup trop long.

Et le coup au but ? On le réalisera peut-être en disant qu’il faut apprendre à se former soi-même, à juger et à comprendre par soi-même.

A part la philosophie, je ne vois pas ce qui pourrait nous donner ça.


(1) On a en effet déjà évoqué la différence entre le partage qui divise et celui qui multiplie. Mais c’était avec un autre exemple.

(2) Ceux qui ont mis leurs enfants au conservatoire le savent : les professeurs considèrent que ceux dont les parents ne pratiquent pas un instrument de musique n’ont presque aucune chance de réussir.

(3) C’est le propos de Montesquieu au début du chapitre 29 (quelques lignes plus haut).

Saturday, July 15, 2006

Citation du 16 juillet 2006

La différence entre l'amour et l'argent, c'est que si on partage son argent, il diminue, tandis que si on partage son amour, il augmente.

Philippe Geluck - Le succulent du chat

Le Chat de Philippe Geluk est un sage, et il le prouve ici ; mais son énumération n’est pas complète : il devrait distinguer trois formes de partage et non deux. Existent en effet :

- Le partage qui divise : c’est le cas de l’argent.

- Le partage qui amplifie : c’est le cas de l’amour. On en dirait autant des idées, et autant de l’échange.

- Le partage qui démultiplie : c’est le partage numérique.
Voilà ce qu’il a de spécifique : la copie est aussi authentique que ce qui est copié. Je partage mes photos, cela veut dire : je vous les envoie en copie. On dira que ça a toujours existé, que les copies ont toujours circulé, même à l’époque des manuscrits. Mais c’est une erreur. Avant, le partage n’était jamais à égalité, l’original étant toujours supérieur à la copie (1). Il en va autrement aujourd’hui, puisqu’il n’y a aucune différence entre celle-ci et l’original. Nous sommes dans un monde sans hiérarchie, où Platon aurait bien du mal à se repérer. Où donc situer l’Idée et où donc trouver sa copie ? Où est l’entrée de la Caverne : sommes-nous dehors, ou dedans ? Avec le numérique, tout se vaut, et d’ailleurs il est significatif que le même procédé, le même code, le même support serve aussi bien à l’écrit, à l’image, au son.

La copie numérique, avant de faire le désespoir des Majors a donc fait celui du philosophe platonicien.
(1) Dans le cas de la photo : le négatif supérieur à tel ou tel tirage positif