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Friday, December 02, 2016

Citation du 3 décembre 2016

« Le roi de France ne /se/ venge pas /des/ injures du duc d'Orléans. »
Mot qui aurait été prononcé par le roi Louis XII,
lors de son avènement au trône de France en 1498.
Magnanimité : vertu morale poussant à agir, de façon désintéressée et au mépris du danger, pour réaliser ou incarner un idéal.
La magnanimité de Louis XII (précédent duc d’Orléans) qui renonce aux vengeances qu’il pourrait exercer à l’encontre de ses anciens ennemis ne relève pas de quelque vertu morale, et encore moins d’une nouvelle alliance : elle est l’expression du dédain dans la quelle le Roi de France tient désormais de telles injures.
Lisons en effet la  Chronique d'Humbert Vellay (1592) : « /Louis XII affirma/ qu'il ne serait décent et à honneur à un roi de France de venger les querelles, indignations et inimitiés d'un duc d'Orléans, et qu'il oubliait le passé et les retenait pour ses bons et loyaux sujets »
On comprend alors qu’il n’est pas question de vertu mais au contraire de la conscience aigüe de sa valeur : devenu puissante, la victime de ces attaques cesse d’en être affectée car elles sont devenus trop petites pour être remarquées. Ce sont, pour utiliser une expression connue, « des piqures de moustiques sur le dos d’un éléphant ».
Mais cette explication de l’abandon de la vengeance amène aussi une autre conclusion : rappelons la tragédie de Corneille « Cinna (ou la clémence d’Auguste) ». Pour mettre fin aux violences dont le règne de Louis XIII a été l’occasion (1), Corneille établit que seul un pouvoir fort permet de pardonner les injures dont les nobles ont été responsables à l’égard de leur souverain, parce que celui-ci n’a plus rien à craindre s’il se montre magnanime : « Soyez très fort, vous pourrez pardonner les injures qui autrement vous auraient fait vaciller. »
Cette conclusion est valable également dans la vie politique intérieure du pays : la paix amène la paix quand elle signe l’épuisement de l’une des deux parties : la réconciliation nationale est alors possible. (2)
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(1) Il s’agit de la Fronde.
(2) Ceux qui voudraient y voir une allusion à l'union prônée entre les anciens rivaux des élections Primaires de la droite ou de la gauche n'auraient pas tout à fait tort.

Tuesday, October 11, 2016

Citation du 12 octobre 2016

Et puis, le triomphe du pacifisme serait-il seulement une sérieuse garantie de paix ? Même si, un jour, dans nos pays, les partis pacifistes tenaient le pouvoir, qui nous dit qu'ils ne céderaient pas à la tentation de faire la guerre pour le plaisir d'imposer, par la violence, l'idéologie pacifiste au reste du monde ?
Martin du Gard, Les Thibault, Épilogue
« Je veux vraiment la paix, mais président Santos, faites la paix depuis le bas, faites la paix en commençant par nous ! »
Rodolfo Oviedo (La point.fr)
Colombie, pays de la colombe ?



Avec la citation de Roger Martin du Gard évoquant la mise en action de la paix on aura reconnu l’étrange situation qui prévaut en Colombie où le projet de traité de paix mettant fin à plus de 50 années de guerre avec les Farc vient d’être refusé par référendum, alors même que le comité Nobel couronne de son Prix le Président Santos, artisan de cette paix « projetée ».
Oui, mais : le peuple veut la paix seulement si elle lui apporte une juste compensation des souffrances endurées pendant cette guerre du fait des Farc, soit qu’il en attende compensation, soit qu’il en ait juste vengeance.
Alors, deux questions :
1 – Peut-on préférer la guerre à la paix ?
2 – Qu’est-ce qu’une juste vengeance ?
            - La première question est tellement académique que je ne me risquerai pas à en entamer la résolution, préférant vous renvoyer à une étude telle que celle-ci.
            - Pour ce qui est de la seconde, par contre on retrouve en filigrane une question fort embarrassante : comment savons-nous que nous sommes suffisamment vengés ?

Oui, n’est-ce pas : la vengeance est une passion qui se nourrit d’elle-même, et à la souffrance subie, la vengeance apporte l’occasion de jouir de la souffrance infligée. Mais ne demandez pas à la victime qui se venge d’en fixer les limites, car il n’y en a pas : même la mort supposée rapide et indolore n’est pas suffisante. Du coup, la justice transfère à un juge le soin de fixer la peine – par exemple capitale – offrant, comme aux USA, en compensation aux victimes le droit d’assister à l’exécution.

Sunday, February 21, 2016

Citation du 22 février 2016

Verdun, « plus jamais ça ! » / Verdun, "nie wieder!"

Plus jamais ça ! Oui, un siècle après, on oublie volontiers les chants patriotiques qui ont salué la « victoire de Verdun » (1) pour n’en retenir que le sacrifice imposé : c’est ça qu’on ne veut plus jamais revoir.
En face des cruelles désillusions qui guettent le pacifiste, il est de bon ton de hausser les épaules ; ne pas croire que la volonté humaine ait une prise sur de telles catastrophes : Tokyo, Dresde, Hiroshima, Nagasaki… Nous voudrions dire que le pessimisme affiché en cette occasion reste loin de la réalité.
Car voici ce qu’on entend ces jours-ci : le « Plus jamais ça » après la Grande Guerre, la « Der des der » a débouché directement sur les accords de Munich, autrement dit c’est le pacifisme qui est responsable, non pas de la faillite de la paix, mais du coût qu’il a fallu payer pour la rétablir.
Oui, la guerre ou la paix, cela ne dépend pas de principes, mais de situations concrètes. Quand le Pape s’exclame devant les fidèles place Saint Pierre « Plus jamais la guerre ! », il rappelle les principes de fraternité de l’Eglise. Seulement les principes n’ont jamais empêché quoique ce soit. Alors, pourquoi des principes ? Pour juger les hommes qui y ont dérogé.
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(1) D’ailleurs je me suis laissé dire que du côté des allemands on ne considère pas la bataille de Verdun comme une défaite. Il suffit selon eux de comptabiliser les coups portés aux français, et l’épreuve qui leur a été imposée.

Monday, June 02, 2014

Citation du 3 juin 2014



Ni l'Orient ni l'Occident n’ont rassasié [les romains]  ; seuls, de tous les mortels, ils poursuivent d'une égale ardeur et les richesses et la misère : enlever, égorger, piller, c'est, dans leur faux langage, gouverner ; et, où ils ont fait un désert, ils disent qu'ils ont donné la paix.
Tacite – Vie d'Agricola, 30
Commentaire II
Avec La vie d’Agricola, Tacite nous plonge en pleine Pax romana, durant le 1er siècle ap-JC, en Bretagne (Attention ! Si vous sortez votre d’Astérix, ne vous trompez pas d’album ! Il s’agit de la Grande Bretagne)
Oui, les romains ce sont ces gens dont on peut dire : « où ils ont fait un désert, ils disent qu'ils ont donné la paix ». Telle était la Pax Romana !
Il faut lire le paragraphe 30 de ce texte de Tacite : on y trouve des Bretons lucides : ils savent que les romains n’aiment rien tant que la destruction et le massacre. La joie qu’ils en éprouvent les récompense des efforts et des dangers de la guerre. Et la paix, si longue habituellement à construire, n’est pour eux que la consommation, la plus rapide parce que la plus intense, des biens de l’ennemi. Pour le reste, la paix romaine selon Tacite, c’est la paix des cimetières.
o-o-o
Et nous alors ? Quelle paix – ou plutôt : quelle guerre – aimons-nous ? Sûrement pas cette ivresse de l’action, de l’égorgement et du pillage. En effet, si je m’en tiens aux derniers développements de la guerre moderne, je dois le constater : nous détruisons mais sans jamais tremper nos mains dans le sang, sans jouir du viol ou de l’étripement de l’ennemi. 
Je veux dire que la guerre moderne, faite à coup de rockets et de  drones, dématérialise le rapport à l’ennemi. Il faut imaginer un ingénieur dans son bureau du Pentagone, appuyant sur le bouton qui déclenche le missile qui détruit le village ennemi. Certes, les Bretons de l’époque de Julius Agricola auraient tout à craindre d’un ennemi tel que nos Américains actuels. Mais au moins, ils pourraient être certains qu’ils ne feraient pas la guerre pour le plaisir de détruire.

Sunday, June 01, 2014

Citation du 2 juin 2014



Où ils ont fait un désert, ils disent qu'ils ont donné la paix.
Tacite – Vie d'Agricola, 30

Hiroshima, août 1945

Commentaire I
Actuellement, voici ce qui frappe l’esprit des gens qui ont plus de 60 ans : durant cette période de tension diplomatique avec la Russie à propos de l’Ukraine, personne n’a évoqué le spectre d’une guerre thermonucléaire.
La 3ème Guerre mondiale ! Que de fois durant les années 60 on a tremblé avec ça – et par seulement à propos des fusées de Cuba. Si on n’a plus cette crainte aujourd’hui, ce n’est pas tant que le rapport de force ait changé : après tout, la puissance de feu de la Russie, sans être peut-être équivalente à celle de l’URSS, est sans doute plus que suffisante pour vitrifier la planète entière. Mais comment arriver à vendre du gaz à un désert nucléaire ?
Oui, aujourd’hui tout le monde veut la paix – mais c’est sous condition de bénéfice : si on vient de terrasser un ennemi il faut tout de même pouvoir en tirer des ressources.
Nous parlions des années 60 ; il y a encore un souvenir de guerre froide à évoquer : c’est la bombe à neutrons élaborée par les américains dès les années 60, construite chez nous début 80. On disait que cette bombe avait l’avantage de détruire les hommes sans détruire les infrastructures. Comme si, dès 1946 il avait été possible d’installer des G.I. dans la ville de Hiroshima restée intacte – mais débarrassée quand même de ses habitants.
Le fait que cette arme ait été abandonnée montre que ce n’était pas tout à fait exact (1). Mais l’essentiel reste que la guerre soit toujours sous condition de profit : comme si, la guerre coutant très cher, on avait besoin d’un retour sur investissement.
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(1) Sur les effets réels de la bombe à neutrons, voir ici

Thursday, March 06, 2014

Citation du 7 mars 2014


Rien n’est plus dangereux, en diplomatie, que de parler de la paix en amateur ! Chaque fois que le désir de paix a atteint une certaine intensité et n’a pu être contenu, on a eu la guerre !
Robert Musil L'homme sans qualités (1930-1932)
Nous avons subi une défaite totale et sans mélange (...). Notre peuple doit savoir que nous avons subi une défaite sans guerre, dont les conséquences nous accompagneront longtemps sur notre chemin
Winston Churchill – Le 5 octobre 1938, à propos des accords de Munich (Cité ici)
Les négociateurs de Munich ne pouvaient pas dire : On ne savait pas ! Le démembrement de la Tchécoslovaquie (la question des Sudètes) a été le dernier reniement avant la guerre qui se déclencha en septembre 1939.
Et aujourd’hui ? Selon certains, la partition de l’Ukraine basée sur le reniement de nos engagements internationaux n’est même pas une capitulation, mais une position de repli devant les appétits d’annexion de Wladimir Poutine. D’ailleurs tout le dispositif est déjà en place : les Américains et les Européens qui piétinent, chacun poussant l’autre sur le devant de la scène, les évaluations des faiblesses commerciales des Russes pour montrer que leur intérêt est de modérer leurs ambitions, etc. En 1939 on ne voulait pas mourir pour Dantzig. Aujourd’hui on ne veut sûrement pas mourir pour la Crimée.
Le parallélisme entre ces deux situations est frappant, et pourtant certains voudront le nier : comparaison n’est pas raison, diront-ils – et puis l’histoire ne se répète pas, chaque époque diffère radicalement des autres. On jugera donc que le diagnostic de Churchill, formulé à chaud au vu des engagements diplomatiques de 1938, est bien trop engagé dans son époque pour être généralisable. D’ailleurs, la Crimée n’est pas le territoire des Sudètes, Poutine n’est pas Hitler, l’Europe-Unie n’est pas le tandem Chamberlain-Daladier.
Oui – mais : et Musil ? Chaque fois que le désir de paix a atteint une certaine intensité et n’a pu être contenu, on a eu la guerre ! Ça, c’est publié en 1930 (et sans doute écrit bien avant) : c’est un principe général, quelque chose qui ressemble à une loi de l’univers !
Reste que le désir de paix est tributaire de la menace de guerre. Alors, c’est là que les diplomates ont leur mot à dire : qu’en est-il de cette menace aujourd’hui ?