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Wednesday, July 21, 2010

Citation du 22 juillet 2010

Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée.

Jean de La Fontaine – Le Chien à qui on a coupé les oreilles (Fable)


On sait que, concernant le sens véritable de la mutilation de l’oreille que Van Gogh s’est infligée à lui-même, les intrerpétations sont légions.

C’est qu’on ne peut s’empêcher d’y voir un acte grave, qui met en jeu quelque chose d’essentiel pour l’homme. Non que l’oreille soit indispensable pour vivre (et d’ailleurs entendrions nous moins bien sans le pavillon de l’oreille ?) ; mais plutôt parce qu’une valeur symbolique s’y trouve attachée : c’est un organe relationnel, qui nous permet d’être en communication avec les autres – ou à l’écoute de la nature.

L’idée de La Fontaine, c’est que l’oreille est plus gênante qu’autre chose et que le chien a bien tort de se plaindre de l’avoir coupée.

Car Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée. Sans oreilles, il offre donc moins de prise à ses adversaires.

Après tout, nos joueurs de rugby l’ont bien compris

comme en témoigne cette photo de Thierry Dusautoir : à son poste (3ème ligne si mes informations sont bonnes), il est important de pouvoir percuter l’adversaire sans y perdre quelque chose.

Dernière remarque pour signaler l’importance accordées aux oreilles : on a été horrifié de la cruauté du boxeur Mike Tyson, mordant son adversaire à l’oreille en plein combat. (1)

Voilà des boxeurs qui s’aplatissent la face à coup de poings lourds comme des locomotives – et une simple morsure à l’oreille faite hurler d’horreur tout le public.

D’ailleurs autrefois existait une punition barbare consistant à couper les oreilles d’un coupable : on l’essorillait.


(1) Contre Evander Holyfield en 1996. Voir la vidéo ici (l’enlacement fatal est à 2’40’’)

Wednesday, February 25, 2009

Citation du 26 février 2009

Les femmes sont plus chastes des oreilles que de tout le reste du corps.

Molière – La Critique de l'école des femmes

[Le fantôme] … ton oncle se glissa près de moi avec une fiole pleine du jus maudit de la jusquiame, et m’en versa dans le creux de l’oreille la liqueur lépreuse. L’effet en est funeste pour le sang de l’homme: rapide comme le vif-argent, elle s’élance à travers les portes et les allées naturelles du corps, et, par son action énergique, fait figer et cailler, comme une goutte d’acide fait du lait, le sang le plus limpide et le plus pur.

Shakespeare – Hamlet Acte I, scène 5 (1)

Ah… L’oreille ! L’oreille si souvent oubliée dans la symbolique humaine, au profit des yeux, de la bouche… Le nez même est mieux servi qu’elle (ainsi qu’en témoigne notre propre recueil de Citations).

Et pourtant, l’oreille est symboliquement – comme ici – une porte du corps sinon de l’âme.

Exemple :

- Molière fait de l’oreille des femmes un organe dont la chasteté est comparée à la chasteté d’autres organes de leur corps. Pourquoi sont elles chastes ? Parce que les discours qu’on y fait entendre peuvent les troubler ? Bien sûr : mais c’est une façon de dire que symboliquement, c’est par l’oreille qu’on pourrait les pénétrer aussi.

- Shakespeare : le fantôme d’Hamlet (le père) révèle qu’il a été assassiné par du poison versé dans son oreille, poison qui se mêle à son sang aussi rapidement que s’il l’avait bu. L’oreille est la porte du corps, son allée naturelle, et par elle on peut le tuer.

- De même dans la corrida ; le torero est récompensé de sa bravoure en recevant les oreilles et la queue du taureau. Croit-on que c’est seulement parce que ça se découpe facilement ?

--> De nos jours, on ne pense plus à cette dimension très spéciale de la symbolique de l’oreille, et pourtant on reste très attentif à sa valeur. Dans la physiologie imaginaire du pouvoir incarné par les chefs d’Etat, il est essentiel d’être écouté de lui – d’avoir l’oreille du Président.

Réellement, l’injustice est flagrante : l’oreille est bien plus qu’un organe extérieur et facultatif, Elle est la voie d’accès à l’être au point que certains prétendent voir dans les grandes oreilles une faculté d’attention aux autres.

Ne dit-on pas d’ailleurs que les oreilles grandissent tout à long de la vie ?

(1) Il s’agit de la traduction de Victor Hugo, disponible sur le web ici

Thursday, August 09, 2007

Citation du 10 août 2007

Les hommes sont comme les lapins, ils s’attrapent par les oreilles.
Mirabeau
Pour éviter toute équivoque, je préviens que je ne parle pas aux malotrus qui imaginent qu’on attrape les hommes par une autre excroissance de leur anatomie : nous qui sommes poètes et philosophes, nous resterons entre nous.
Dirons-nous que l’originalité de ce qui passe par les oreilles, c’est d’atteindre - comme le fait par exemple la parole - aussi bien l’intellect que l’affectif ? Sans doute, mais ce n’est pas là l’essentiel : supposez qu’au lieu de lire mon texte vous m’entendiez le lire : y aurait-il une différence pour votre intellect ? En tout cas elle devrait être très faible, limitée à l’impact de la présence de la voix qui faciliterait ou au contraire disperserait l’attention. Bref : tout ce qui passe par les oreilles mais qui pourrait aussi bien passer par les yeux ne nous intéresse pas.
Ce qui compte c’est donc le pouvoir exercé par certains sons sur les centres cérébraux concernant les émotions. La musique est la première concernée, et on sait que Platon la considérait comme un élément clé de l’éducation des citoyens parce qu’elle gouverne l’affectivité et donc l’action. C’est d’ailleurs pour la même raison qu’il voulait instituer une censure sur la musique.
Un pouvoir encore plus grand est celui de la voix : certaines voix sont irritantes (1) ; d’autres subjuguent ou charment. Les grands comédiens et plus encore les tragédiens ont ce pouvoir : qu’on se rappelle de Delphine Seyrig, qu’on pense à Fanny Ardent, ou à Philippe Noiret (je suis sûr que vous avez une liste bien plus longue que cela).
Mais l’erreur serait de séparer la musique et la voix. C’est ici le lieu de dire que le langage humain est fait de sonorités dont la signification excède leur rôle discriminant dans un système phonologique donné. Si les voix dont nous avons parlé ne sont pas celles de chanteurs, il n’en reste pas moins qu’elles font chanter la parole à travers les sonorités de la langue; si d’aventure il s’agit d’une langue étrangère que vous ne comprenez pas, vous ressentirez cette séduction sans l’attribuer aux significations. Je ne dis pas qu’il n’y a pas une perte véritable ; je dis qu’il reste quelque chose, et qu’une page de Nietzsche - ou de Goethe évidemment - lue par une belle voix, alors que vous ne comprenez pas l’allemand, ce n’est pas rien.
(1) Il est remarquable que les concours de recrutement des enseignants ne comporte pas une épreuve orale d’oral : parmi tous ceux qui sont reçus, il y en a qui ont une voix à faire fuir même les corbeaux. Plaignez les pauvres élèves qui les subissent !