Saturday, April 15, 2017
Citation du 16 avril 2017
Wednesday, October 12, 2016
Citation du 13 octobre 2016
Sunday, January 11, 2015
Citation du 12 janvier 2015
Thursday, November 10, 2011
Citation du 11 novembre 2011
Friday, July 25, 2008
Citation du 26 juillet 2008
De l’œuf (3)
Quand la pierre tombe sur l’œuf, pauvre œuf. Quand l’œuf tombe sur la pierre, pauvre œuf.
Proverbe chinois
Les chinois préfèrent la métaphore de l’œuf et de la pierre à celle du pot de terre et du pot de fer (1). Mais l’idée reste : les faibles ont toujours le dessous en face des forts – même quand ceux-ci sont animés de bonnes intentions.
Mais dans les deux cas on garde l’idée de la friction, du contact, du choc entre le fort (le dur), et le faible (le friable).
- Nous avons dit « friable » et non « mou ». Car l’œuf n’est pas mou, en revanche il est fragile. Et c’est cette propriété qui caractérise sans doute le mieux la faiblesse humaine : l’homme faible est celui qu’un rien vient briser, qui ne résiste à aucune épreuve. D’ailleurs notre bon La Fontaine, outre les deux pots, a montré dans la fable Le chêne et le roseau que la force va avec la souplesse.
Que tout cela soit bien connu c’est évident. Par contre on a peut-être trop insisté sur le rôle de la rencontre entre le fort et le faible pour expliquer les malheurs de celui-ci. Que l’œuf et la pierre ne se rencontrent jamais, ou que le pot de terre aille par un autre chemin que le pot de fer, et tout irait bien ?
Traduisons politiquement cette idée, et nous verrons où elle nous mène. Il s’agirait de privilégier l'individualisme, de sauvegarder les libertés individuelles, tout en se protégeant de leur abus. Que personne ne fasse usage de sa puissance pour priver autrui de ses droits ; que chacun fasse ce qui lui plaît à condition de ne pas s’en prendre à son voisin ; que la propriété soit préservée, à condition que nul n’en soit exclu…
On le devine : le pauvre n’a pas besoin de toutes ces lois, car elles ne changent rien à sa situation. Il sera après comme avant celui dont les droits ne servent à rien car il meurt de faim.
Pour protéger l’œuf, supprimez la pierre, ou bien bétonnez-le.
(1) Lire la fable ici
Thursday, July 24, 2008
Citation du 25 juillet 2008
De l’œuf (2)
Le jeune fils de Nasr Eddin a déniché un oeuf dans un nid et il vient s'instruire aussitôt auprès de son père.
- Regarde, j'ai trouvé un bel oeuf dans un arbre, mais il y a quelque chose que je voudrais que tu m'expliques : comment l'oiseau va-t-il faire pour en sortir.
- Ah, mon fils ! s'exclame le Hodja la mine soucieuse, c'est une question difficile, mais il y en a une autre, beaucoup plus difficile, une véritable énigme...
- Laquelle, père ?
- Comment l'oiseau fait-il pour y entrer ?
Nasr Eddin Hodja – Absurdités et paradoxes
Avant de se poser la question de l’antériorité de la poule sur l’œuf – et réciproquement – on peut légitimement se poser celle de la métamorphose de l’œuf en poussin.
Ce que l’histoire, racontée par notre sage, souligne en effet, c’est la question de l’origine première de la vie.
Si la vie ne peut venir de rien, ne doit-on pas supposer aussi qu’aucune modification ne saurait l’affecter ? Si l’oiseau sort de l’œuf, c’est qu’il y est entré en tant qu’oiseau, et non en tant que petite graine ou en tant que cellule germinale – voire même en tant que poussière.
Et ne croyez pas que ce soit là fantaisie paradoxale destinée à amuser par sa bouffonnerie.
Nous l’avons dit déjà : l’énigme de la naissance est symétrique de celle de la mort . Que se passait-il avant notre naissance ? Où étions nous ? Et ne croyez pas qu’il suffise de dire qu’on a été la petite graine que le papa a mise dans le jardin de la maman. Car, comme on vient de le voir, c’est l’oiseau qui est entré dans l’œuf, et pas une petite graine.
C’est Leibniz, le philosophe à l’érudition inépuisable qui nous livre l’hypothèse permettant de répondre à la question de Nasr Eddin Hodja : les doctrines fixistes de la création de l'homme conduisent supposer que toute l’humanité a été créée par Dieu. Et quand nous disons « toute l’humanité » nous voulons dire : l’ensemble des individus ayant existé, existants actuellement, et devant exister à l'avenir, jusqu'à la fin des temps.
Comment ça marche ? Hé bien c’est très simple : la semence humaine contient en réalité des petits êtres humains (des homoncules) emboîtés les uns dans les autres comme des poupées russes. A chaque génération une poupée ancienne s’évanouit et laisse la place à une nouvelle, qu’elle contenait en elle, et qui contient toutes les générations futures de la même façon.
Si votre petit enfant vous demande : « Dis, papa, où j’étais avant de naître ? » n’hésitez pas à lui répondre : « Dans le testicule d’Adam. » (1)
(1) J'en vois, des petits malins, qui vont me demander "Mais si Adam a plusieurs testicules (2 par exemple), comment l'humanité se répartit-elle entre les deux? Est-ce qu'il y aurait une humanité de droite (= venant du testicule droit) et une humanité de gauche"...
Là je vous demande de me lâcher un peu. J'ai déjà expliqué pourquoi Adam n'avait pas de nombril (post du 17-6-07) ; je crois que ça va comme ça.
******************
P.S. Il serait injuste de croire que la question de l’origine de la vie laisse tout le monde indifférent. Quand il s’est agit de légiférer sur l’avortement il a bien fallu définir le moment où l’embryon devient un fœtus, où un amas de cellules devient un être humain. Au lieu de demander comment l’oiseau est entré dans l’œuf on se demande ici : quand le fait-il ?
Wednesday, July 23, 2008
Citation du 24 juillet 2008
De l'oeuf (1)
Rien ne pèse tant qu’un secret ;
Le porter loin est difficile aux dames ;
Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d’hommes qui sont femmes.
Jean de La Fontaine – Les Femmes et le Secret (1668)
L’histoire inventée par La Fontaine est savoureuse. La voici.
Après l’introduction donnée en citation, La Fontaine enchaîne : Pour éprouver la sienne un mari s’écria, / La nuit étant près d’elle : Ô dieux ! qu’est ce cela ? / Je n’en puis plus ! on me déchire ! / Quoi ! j’accouche d’un œuf ! ─ D’un œuf ? ─ Oui, le voilà / Frais et nouveau pondu : gardez bien de le dire ; / On m’appelleroit poule. Enfin n’en parlez pas.
Bien entendu la femme s’empresse de tout raconter sous le sceau du secret à sa voisine qui en fera autant en ajoutant à l’exploit du mari : Au lieu d’un œuf elle en dit trois. / […] Avant la fin de la journée / Ils se montoient à plus d’un cent.
Qu’un secret soit difficile à garder ; que lorsqu’il s’ébruite il donne naissance à une rumeur ; qu’une rumeur soit crue même quand elle est absurde : voilà ce qu’on sait déjà.
Par contre, ce qui surprend c’est l’épreuve inventée par le mari : pondre un œuf ! Qu’il s’agisse de montrer la naïveté de la femme, soit. Qu’il s’agisse aussi d’inventer une histoire complètement improbable pour être sûr que la rumeur ne puisse pas venir d’une autre source, soit. Mais tout de même, pondre un œuf… Que dis-je « pondre »? C’est « accoucher » qu’il faut dire (J’accouche d’un œuf dit le mari).
A partir de là, je serais pour ma part tenté de prendre cette fable un peu plus au sérieux ; ne serait-ce pas aussi l’histoire d’un désir secret : celui d’un homme qui voudrait accoucher de ses enfants ?
Et en effet, l’homme a bien le fantasme de posséder l’autre sexe. Freud le dit (1) : le sexe est un choix opéré très jeune, au sein de la bisexualité. Mais si ce choix n’était pas tout à fait total ?
Allons plus loin : si le sexe masculin revendiqué par l’homme allait de paire avec un désir encore plus secret : celui d’enfanter comme la femme ?
Dans ce cas nous serions renvoyé à cette évidence qu’on oublie souvent : l’acte sexuel n’est qu’une étape dans un processus qui aboutit à la naissance d’un enfant (2) – tout le reste est perversion (3). A ma connaissance les freudiens l’ont repéré dans la sexualité féminine ; et si on le repérait aussi dans la sexualité masculine ?
L’homme dans ce cas ne saurait se contenter d’être le père de ses enfants ; il voudrait en être aussi la mère.
(1) En particulier dans les 3 essais sur la théorie de la sexualité
(2) C’est comme ça que l’Eglise prône l’abstinence.
(3) Freud dixit ; si vous n’appréciez pas, adressez vous à lui.