Si j'ai de quoi affirmatif et quoi d'autre no comment / Si je baise affirmatif quoi des noms no comment / Des salopes affirmatif des actrices no comment / Des gamines affirmatif de quel âge ooh ooh ooh
L’art de la provocation a été poussé à son extrême par Serge Gainsbourg, mais on a souvent oublié de dire en quoi il consistait.
La provocation suppose bien sûr qu’on profère un discours scandaleux. Mais on devrait dire plutôt : un discours scandalisant, en entendant par là des propos qui suggèrent, qui donnent à penser ce qu’on ne dit pas. C’est tout à fait évident dans cette autre chanson où Serge Gainsbourg joue là encore avec la curiosité malsaine du public au point de simuler l’inceste avec sa fille Charlotte encore enfant à l’époque (Lemon incest) (1).
Laissons de côté le fait que Serge Gainsbourg ait lui-même stimulé cette curiosité malsaine et retenons l’essentiel : le plus fort résulte de ce qui nous est suggéré, parce que nous croyons d’avantage ce que nous pensons nous-mêmes qu’à ce qu’on nous dit.
Et là ce qu’on retrouve, bien plus que l’art de la provocation, c’est l’art de la manipulation des esprits.
Manipuler les esprits : voilà des mots qui fâchent, mais qui ont le mérite de la clarté. Et bien sûr, on entend facilement que les messages publicitaires en font un usage systématique (du moins quand ils sont bien faits). Mais entendons aussi que les politiques l’utilisent de façon préférentielle.
Plutôt que d’attaquer l’adversaire, n’est il pas plus habile de décrire ses tourments devant une crise (intérieure ou extérieure) suggérant ainsi qu’il ne la maîtrise pas ?
Dire :
- « J’ai beaucoup de sympathie pour X, mais je ne voudrais pas être à sa place pour faire avancer le programme de son parti » No comment.
- « Moi, je suis le DRH du PS » No comment.
Et tant d’autres…
(1) Le vrai scandale ce n’était pas dans les paroles qu’on pouvait le trouver, mais dans la musique pompée allègement chez Chopin (Étude Opus 10 n°3).
Voyez donc ce pochoir : une miss inspecte la braguette d’un monsieur (dont fort opportunément on ne voit pas la tête). Et sur la palissade, juste à côté, ce « commentaire » : no comment.
Faut-il le dire quand même ? Miss.Tic ne nous montre non pas le vigoureux braquemart du monsieur, mais la curiosité gourmande de la miss : ce n’est pas l’objet du désir qui est mis en scène, mais le désir lui-même.
Oui, mais en même temps, cet objet délicieux, on doit supposer son existence, car si le monsieur n’avait rien dans le caleçon, on ne comprendrait pas l’expression ravie de la miss (du moins c’est comme ça je j’interprète son sourire – pas vous ?).
Ce dont on ne peut parler, il faut le montrer. Car c’est ça qui compte.
Seulement, on ne nous montre pas tout. Quelques détails ne seront donc peut-être pas superflus.
Revenons au Tractatus, et rappelons-nous une de ses thèses : ce que nous pouvons affirmer avec vérité concerne non pas les faits, mais les rapports entre les éléments qui les constituent.
--> Et c’est cela que nous donne à voir Miss.Tic – sans faire appel aux mots (No comment), elle établit le rapport entre deux existences : celle dudésir et celle de son objet. Autrement dit, en langage formel :
(p et q). Envie du monsieur et existence de l’instrument nécessaire.
Ou bien : (si p, alors q) : si existence de l’objet, alors envie du monsieur.
Vous pouvez essayer vous-même - mais vous pouvez mettre ce que vous voulez à la place de(p) et de (q).