Wednesday, April 26, 2017
Citation du 27 avril 2017
Thursday, November 08, 2012
Citation du 9 novembre 2012
Thursday, March 06, 2008
Citation du 7 mars 2008
Marcel Proust - Sodome et Gomorrhe (p.304)
Alors, on savait déjà que Marcel Proust n’aimait pas le nez, obstacle au baiser ; maintenant il faudrait s’en méfier parce qu’il révèle notre bêtise.
On a récemment évoqué le pouvoir des yeux de dire ou de faire comprendre nos sentiments. Et voilà que nous apprenons que le nez est également un organe expressif.
Comment comprenez-vous ça ? Le nez est parfois associé à des tempéraments (le nez spirituel), ou à une attitude (nez au vent, inquisiteur), ou à des modes de vie (nez rouge de l’ivrogne). A quoi ressemble donc un nez « bête » ?
Il n’est pas si étonnant qu’on arrive à croire qu’il y ait des signes extérieurs de la bêtise humaine, voire même qu’un organe pourrait avoir pour fonction (non exclusive il est vrai) de la révéler. On aime à faire du nez le révélateur de quelque chose : d’une attitude morale - on a ici même évoqué le nez de Pinocchio ; ou bien on fantasme sur la longueur du nez. Ce qui est sûr c’est qu’on le prend toujours comme révélateur de quelque chose : pourquoi est-ce qu’on pourrait détester son nez au point de lui en faire couper un bout ?
Toutefois, outre que la bêtise reste fort relative et qu’elle n’existe peut-être que par le jugement qu’on porte sur nos prochains (voir Post d’hier), ce qui étonne, c’est qu’on puisse croire que l’intelligence ou la sottise puisse se lire sur les visages. Essayez un peu de deviner les diplômes des gens qui passent dans la rue, ou leur métier ; combien de profs de facs auriez-vous classé parmi les bouchers ou les bûcherons (1) ? J'ai eu l’honneur de côtoyer Alain Badiou : il aurait fait un bûcheron canadien très présentable.
(1) Il va de soi que ces métiers sont choisis pour la carrure physique qu’ils supposent et non pour le quotient intellectuel supposé de ces artisans.
Thursday, November 09, 2006
Citation du 9 novembre 2006
Pour le baiser nos narines et nos yeux sont aussi mal placés que nos lèvres mal faites.
Marcel Proust - Le Côté de Guermantes (lire le texte ici)
Il en a des idées le P’tit Marcel ! Comment baisait-il ? (Pas de mauvaises idées je vous prie !)
Le baiser, comment ça marche ? (1)
Vérification avec Rodin :
Vu comme ça, difficile de se prononcer : sûr que les narines n’ont rien à faire dans cette histoire, de même que les yeux. Admettons donc qu’on pourrait en tirer autre chose s’ils étaient faits autrement. Mais les lèvres, sont-elle mal faites ? Et d’abord, « mal faites » pour faire quoi ? Car Proust ne nous dit pas ce qu’il en attend.
Brève histoire du baiser. A l’origine, le baiser est d’abord fusionnel : chez les mystiques, c’est l’union de deux êtres par le mélange de leur souffle. En effet, l’âme étant d’abord le souffle (rappelez-vous : le Seigneur-Dieu anime la statuette représentant Adam en lui soufflant dans les narines), pour que ça marche il faut que ce soit un baiser sur la bouche. Or que se passe-t-il dans la réalité ?
Dans ce baiser, les bouches sont perpendiculaires l’une à l’autre - vérifiez sur la statue de Rodin. C’est ainsi que leur contact ne peut pas être absolu : il y a toujours les coins qui dépassent, produisant un défaut d’étanchéité. Or, on l’a vu, le baiser qui voudrait être fusionnel devrait faire des amants un seul être, animé d’un seul souffle, n’ayant donc qu’une seule bouche : et c’est là que le nez fait tout rater ! Comment voulez-vous unir, lèvre à lèvre, deux bouches sans que les nez n’entrent en conflit ? Il a raison, Marcel, notre anatomie nous rend incapable de réaliser ce baiser dont les mystiques rêvent, celui qui unit les âmes dans le mélange des souffles.
Alors, c’est vrai que les spécialistes du bouche à bouche ont élaboré une technique qui permet de contourner la difficulté. Mais n’oubliez pas qu’ils opèrent sur un être inanimé, qui ne réagit pas, et qui offre des lèvres dociles dans la mollesse d’un corps inconscient. Ne me dites pas que c’est ça que vous espérez de votre amant(e)…
(1) Sur le rôle de la moustache dans le baiser, voir la citation de Montaigne du 7 mai 2006
Thursday, July 06, 2006
Citation du 7 juillet 2006
[…]
- Selon vraye philosophie monastique, c’est parce que ma nourrice avait les tétins moletz : en la laictant, mon nez y enfondroit comme en beurre, et là s’élevoit et croissoit comme paste dedans la met. Les durs tétins des nourrices font les enfants camuz. »
Rabelais - Gargantua Chapitre 4
Déconseillé aux moins de 12 ans
Si vous voulez choisir une nourrice pour votre enfant, tâtez lui les seins d’abord, vous éviterez à votre chérubin une regrettable difformité.
Ainsi que le montre le portrait du Duc de Montelfeltro par Piero Della Francesca, une telle mésaventure pourrait bien en effet se produire. Mais croyez-vous vraiment que c’est à ça que pensait Rabelais? Et que c’est à ça que pensent ses lecteurs, y compris ceux d’aujourd’hui ?
Fantasmons un peu.
Voilà une œuvre de Chapman qui exprime avec énergie le sens de ce passage de Rabelais. Quand à ceux qui, malgré notre commentaire du 4 juillet se demanderaient encore pourquoi le nez de Pinocchio s’allonge, ils auront une réponse très plausible.
Wednesday, July 05, 2006
Citation du 6 juillet 2006
Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, tout la face de la terre aurait changé.
Pascal - Pensées.
Cléopâtre, reine d’Egypte maîtresse de deux empereurs de Rome, César et Marc-Antoine, a joué un rôle éminent dans ce 1er siècle avant l’ère chrétienne. On prétend que sa beauté - quelle qu’en soient les caractéristiques - y aurait été pour quelque chose, tant il est vrai qu’on n’imagine pas une femme gouvernant royaume et empires sans la séduction. Intéressant, mais ce n’est pas le propos du jours.
Ici Pascal veut dire que l’histoire des hommes est irrationnelle, parce que des causes infimes y produisent des effet colossaux : le jeu sur les mots qui opère la mise en rapport du nez ornant le visage de Cléopâtre et de « la face de la terre » est bien là pour souligner cette disproportion. Pascal veut bien sûr nous faire admettre que si nous repoussons Dieu, Notre Berger, nous sommes perdus.
César et Marc-Antoine sont supposés assez fous pour avoir utilisé leur pouvoir au service de leur amour. Après tout ne faudrait-il pas relire l’histoire, toute l’histoire de cette façon ? Nos chefs d’Etat ne seraient-ils pas poussés par l’envie d’épater leur maîtresse ? Bill Clinton réputé pour son ardeur amoureuse ne serait donc pas le seul à utiliser le bureau présidentiel pour autre chose que des conférences politiques ? Tout cela est très banal.
Finalement, ce qui a été catastrophique pour César et Marc-Antoine, c’est que Cléopâtre n’était pas leur manucure mais la Reine de l’Egypte, et qu’elle les a manœuvrés pour tirer un parti politique de la passion qu’elle a suscité chez eux. Les maîtresses des Rois de France ont eu aussi souvent ce genre d’ambition. La seule solution serait que ces amours unissent deux êtres également puissants. Mais est-ce possible ?
Les tribulations du couple Hollando-Royaliste sont là pour nous en faire douter.
Tuesday, July 04, 2006
Citation du 5 juillet 2006
Complexé Cyrano. Obsédé par son nez. Au point d’être dans la dénégation du complexe.
Voyez la « Tirade du nez » :
Je me les sers (1) moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.
Combien sommes-nous à être comme Cyrano persuadés que notre corps est difforme et que c’est cette difformité qui est repérée par tous ceux qui nous voient, et même qu’on ne voit que ça. Les cliniques de chirurgie esthétique font fortune avec ça, et les clients qui se font opérer espèrent bien que tout le monde va s’apercevoir du résultat.
Tout vient de cet étrange pouvoir des autres : ils n’ont pas à parler, par leur regard ils nous jugent sans un mot. Dans l’Etre et le néant, Sartre parle de ce pouvoir. Il suggère l’homme qui regarde par le trou de la serrure ; un pas résonne dans le couloir ; « On » l’a surpris dans cette attitude : c’est la découverte de la honte. Mais qu’est-ce qui me dit que l’autre me juge ? Peut-être qu’il va me dire : « Pousse-toi de là, que je regarde aussi. ». Ainsi, avant de penser que j’ai un gros nez, les autres voient que j’ai un nez. La belle affaire ! Un nez, c’est un nez, et rien de plus.
Bref, le pouvoir des autres sur moi, c’est le pouvoir que je leur confère. D’ailleurs ce pouvoir peut être négatif, mais il peut être aussi positif, comme dans la flatterie. Mais c’est le même mécanisme
Faisons comme Marlène Dietrich ; quand on vantait le galbe de ses jambes elle disait : « Voyez-vous, elles me servent d’abord à marcher. »
(1) « Je me les sers... » : il s’agit des « folles plaisanteries » qui constituent la tirade du nez
Monday, July 03, 2006
Citation du 4 juillet 2006
Ce qui est déshonorant, ce n'est pas de mentir, c'est de se faire prendre en flagrant délit de mensonge. Il y a des maladroits du mensonge : ceux-là on devrait les reléguer dans la vérité et leur interdire d'en sortir.
L’histoire de Pinocchio est moralisatrice, c’est le moins qu’on puisse dire. Et pourtant dans l’épisode du nez qui s’allonge quand il ment, il n’est pas sûr que la morale trouve son compte.
Pourquoi Pinocchio ment-il ? Parce qu’il pense que c’est plus simple. C’est un raccourci pour obtenir ce qu’il veut, parce que la vérité lui paraît trop compliquée. Le mensonge de Pinocchio est innocent, comme l’est en général le mensonge de l’enfant. Ainsi que le montre Nietzsche, l’intention est la même que l’on mente ou que l’on dise la vérité. Il s’agit toujours d’obtenir des autres ce que l’on désire.
Mais l’essentiel est dans cette histoire de nez qui s’allonge. Comme le montre notre illustration, le nez de Pinocchio s’allonge dès qu’il ment : il lui est donc impossible de le dissimuler, et son mensonge est inefficace.
La morale de l’histoire, c’est donc qu’il ne faut pas mentir, non pas parce que c’est mal, mais parce que ça ne sert à rien. C’est uniquement pour décourager le menteur et non pour lui faire honte que les adultes font croire aux enfants que leur nez s’allonge. Comme l’affirme notre citation, il n’est pas honteux de mentir, mais il est honteux de se faire prendre en flagrant délit de mensonge. Voyez attitude de Pinocchio. Elle signifie : « Désolé, c’est une bêtise, mais c’est pas grave.» Jimmy Cricket s’efforce alors de faire surgir la honte ; elle n’est donc pas la conséquence immédiate du mensonge.
Conclusion : si notre auteur a raison, alors nous devons conseiller à Pinocchio de cesser de mentir parce que c’est un maladroit qui se fait toujours prendre. Et c’est là notre message aux enfants ; non pas : « Cessez de mentir, c’est très vilain, seule la vérité est belle et bonne à dire. » Mais bien : « Cessez de mentir, ça ne marche pas, parce que nous les adultes on est très malin. »