Showing posts with label nature humaine. Show all posts
Showing posts with label nature humaine. Show all posts

Friday, June 12, 2015

Citation du 13 juin 2015

Esope, ce grand homme, vid son maistre qui pissoit en se promenant : "Quoy donq, fit-il, nous faudra-il chier en courant ?"
Montaigne – Essais III, 13
Et au plus eslevé throne du monde, si ne sommes assis, que sus notre cul
(Sur le trône le plus élevé du monde, on n'est pourtant assis que sur son cul.)
Montaigne – Essais III, 13
L’homme est un animal étrange qui prétend sans cesse surclasser ce que la nature a fait de lui. Mais la sagesse consiste à admettre qu’on n’est finalement rien qu’un animal comme les autres, déterminé à vivre en suivant ce que notre corps nous impose.
Selon Montaigne, nous commettons dans ce domaine deux erreurs :
- Croire que pour vivre plus, il faut courir plus vite.
- Et que pour vivre mieux, il faut s’élever au-dessus de ce que la nature nous a donné.
C’est la voiture qui matérialise aujourd’hui cette double croyance : aller plus vite pour profiter mieux de la vie – comme si on avait besoin de cela. Montaigne nous interpelle : « économisons le temps, encore nous en reste-il beaucoup d'oisif, et mal employé. »
Quant à croire qu’on vit au-dessus de la condition humaine parce qu’on roule en Jaguar ou en Rolls, c’est une erreur : en s’asseyant dans le cuir fauve de ces belles voitures, « on ne s’assoit toujours que sur son cul. »

La sagesse consiste donc à ne pas demander plus que ce que nous pouvons avoir, mais aussi à accepter des autres qu’ils soient ce que la nature a fait d’eux.

Ainsi des vieux qui ont un peu besoin d’être traités plus tendrement. Voilà, c’est là-dessus que s’achèvent les Essais ; je vous laisse lire ce que Montaigne en tire comme conseil pour bien vivre sa vieillesse.

Wednesday, April 04, 2012

Citation du 5 avril 2012

L'expérience est une lanterne accrochée au dos qui éclaire le chemin déjà parcouru.

Confucius

Après le passé qui répond de l'avenir (vu hier), voici le passé qui n’éclaire que … le passé : de quoi dialectiser joyeusement.

En effet : pourquoi le passé nous intéresse-t-il ? Est-il comme le pensait Nietzsche l’objet de la stérile passion du collectionneur de faits révolus, l’historien antiquaire ? Ou alors doit-on croire que le passé préfigure l’avenir en projetant sur lui l’ombre de nos erreurs déjà accomplies ?

Tout le problème réside dans la répétition : Confucius parle évidemment de l’expérience vécue – irrépétable et non de l’expérience scientifique dont on n’avait à son époque nulle idée.

- L’expérience scientifique est élaborée pour être répétable dans des conditions soigneusement définies.

- L’expérience vécue, riche de toute l’épaisseur de l’existence individuelle ne permet pas de la réitérer : prétendre refaire la même expérience, c’est croire, comme le disait Héraclite qu’on pourrait se baigner deux fois dans le même fleuve.

De ce point de vue, l’histoire ne nous apprend rien d’utile pour affronter l’avenir : les époques changent, les hommes meurent et sont remplacés par d’autres, les aléas sont par nature différents et imprévisibles ; si l’historien n’est pas un antiquaire, c’est qu’il est un narrateur qui dégage son récit du foisonnement des évènements. Lisons-le comme on lit un roman – ou plutôt comme on lirait le journal du grand-père qui a vécu la Grande Guerre.

Toutefois, les historiens ont dès l’origine mis le doigt sur un point délicat : l’histoire est l’effet de l’action humaine, elle met en relief sa responsabilité. En ce sens elle se distingue de la mythologie (qui donne les rôles principaux aux ancêtres fondateurs) ou de la tragédie (ici ce sont les Dieux qui agissent).

Il se peut alors que l’homme qui fabrique son avenir soit un simple représentant de l’espèce humaine. Car, ce que nous enseigne l’histoire, concernant notre avenir, tient non pas à ce qui change, mais plutôt à ce qui ne change pas : la nature humaine ; c’est elle que nous révèlent les évènements passés.
Ce qui nous choque et nous étrangle d’angoisse, dans de cas des camps de la mort, c’est que les nazis étaient des hommes comme nous ; ils étaient cultivés, récitaient Goethe et fondaient en larmes en écoutant la Mort de Siegfried

Friday, July 31, 2009

Citation du 1er août 2009

Un charme est au fond des souffrances comme une douleur au fond des plaisirs : la nature de l'homme est la misère.

Chateaubriand – Pensées et Premières Poésies

Voilà un propos digne de Pascal – en tout cas, on peut dire sans risquer de se tromper qu’il est né dans le même contexte religieux …

Bien entendu, Chateaubriand ne parle pas ici spécialement de la misère matérielle, celle que nous rencontrons chez le SDF ou dans les files d’attente des restos-du-cœur. Il s’agit de la faiblesse et de l’état pitoyable de la créature corrompue par le péché, égarée loin de son Créateur, et qui clame son désarroi dans les ténèbres de sa conscience. Sa seule lueur semble naître du besoin qu’elle a de Le retrouver…

Mais non ! Lisons mieux la citation de Chateaubriand : Un charme est au fond des souffrances comme une douleur au fond des plaisirs. L’homme jouit de ses souffrances et souffre de ses plaisirs : il est profondément masochiste, au point d’inverser radicalement l’échelle des valeurs – tout en haut est ce qui procure la souffrance et tout en bas est ce qui apporte du plaisir.

Mais, bien plus qu’une disposition psychologique, c’est sa nature profonde qui explique une telle inversion. L’être imparfait ne peut jouir que de ce qui lui ressemble : le mal.

Voilà donc la différence entre Pascal et Chateaubriand :

- tandis que l’un attribue à certains hommes la capacité à retrouver leur créateur parce qu’au fond de leur nature il y a la trace que Dieu y a imprimée – c’est un optimiste ;

- pour l’autre, tout au fond de lui-même, l’homme ne trouve que le néant. C’est un pessimiste qui devrait aspirer à se dissoudre complètement comme le font les âmes bénéficiant d’un bon karma dans les religions orientales.

Et vous mes chers lecteurs, quand vous regardez au fond de vous mêmes qu’est ce que vous voyez ?

Sunday, April 13, 2008

Citation du 14 avril 2008

Celui qui a péché, c'est lui qui mourra. Un fils ne portera pas la faute de son père ni un père la faute de son fils: au juste sera imputée sa justice, et au méchant sa méchanceté.

Ancien testament - Ezéchiel, XVIII, 20

Alors, la faute originelle ? Hein, qu’est-ce qu'on en fait ? C’est bien parce qu’Adam et Eve ont péché que la mort est entrée dans l’humanité et que le Paradis a été perdu.

Attention. Ezéchiel nous dit Un fils ne portera pas la faute de son père ; mais si le fils faute par la faute de son père : ce n’est plus la même chose. Et c’est donc que la filiation de la faute n’est pas exclue, même si la filiation de la punition l’est. Autrement dit, c’est la corruption de la nature humaine qui est en cause.

Et c’est ça qu’on a du mal à admettre. S’agit-il vraiment d’une filiation ? Et de quelle corruption s’agit-il ?

Le fils du voleur sera-t-il voleur ? Peut-être, mais on songe plutôt à une causalité sociale. Le fils du pédophile, victime de son propre père, sera-t-il pédophile, violant ses propres enfants ? Peut-être également, mais on pensera non à l’hérédité, mais à un traumatisme déclanchant.

--> Autrement dit, l’hérédité comme transmission d’une nature morale nous est devenue totalement étrangère.

Du moins, c’est ce qu’on aimerait croire. Car tous les racismes consistent à croire qu’il y a une hérédité de cette nature morale. On s’acharne à démontrer que les races ne sont rien de significatif, et que la couleur de la peau n’a pas plus d’importance que celle des yeux. Soit.

Mais on devrait dire aussi que le partage d’une nature morale commune transmissible héréditairement est une absurdité.

Ça nous épargnerait de dire des bêtises sur les filles d’Eve.

Friday, April 28, 2006

Citation du 29 avril 2006

« J’ai pris grand soin de ne pas tourner en dérision les actions humaines, de ne pas les déplorer ni les maudire, mais de les comprendre. »

Spinoza - Traité de l'autorité politique ch. 1, § 4

Devant les actions des hommes, mêmes celles qui nous paraissent les plus folles, plutôt que de porter un jugement de valeur ou de se laisser aller à l’émotion, évitons tout préjugé et étudions ce à quoi on a affaire. « Ne pas rire » des coutumes étranges des peuples lointains ; « ne pas pleurer » devant leur barbarie. D’abord les comprendre, et pour cela avoir l’attitude du botaniste en présence de la plante inconnue, ou de l’entomologiste qui découvre un nouvel insecte : savoir comment il fait pour vivre, pour se reproduire, dans quel biotope il se développe.

Pour le scientifique, la précaution à prendre c’est de considérer que tout ce que font les hommes a une fonction et que celle-ci n’est pas forcément celle qu’on croit. Pour le moraliste, il s’agit de considérer la vie sociale des hommes à travers sa diversité comme étant liée à la nécessité de vivre ensemble, dans une société dont le lien social peut fort bien être enraciné dans des pratiques opposées aux nôtres. Pour le politique, l’indispensable est de comprendre les peurs et les ambitions de ses concitoyens en les interprétants selon leur milieu social et non selon des schémas idéologiques ou économiques préconçus…

Et pour Spinoza ? Le réalisme qu’il prône n’est pas seulement une leçon de tolérance, ni une précaution méthodologique : pour lui, rien de ce qui existe n’est contre-nature, tout ce qui est naturel est de ce fait bon. « Les comprendre », c’est simplement la condition pour savoir en apprécier la valeur.

Voyez l’ethnologue observant les rites d’initiation des adolescents(1) : il s’agit de véritables supplices destinés à confirmer la valeur de futurs guerriers. Que fait-il ? Il note, il dessine les scènes qu’il observe, comme un simple phénomène naturel - le combat entre deux insectes par exemple - afin d’en saisir le sens et la fonction.

Ce qui signifie que la pathologie n’existe pas au niveau de l’action humaine. Oui. Mais imaginez un ethnologue martien débarquant à Buchenwald en 1943 … « ne pas déplorer ni maudire »…

(1) En Amazonie. Par exemple, Pierre Clastres.