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Sunday, August 13, 2017

Citation du 14 aout 2017

Athées : Quelle raison ont-ils de dire qu'on ne peut ressusciter ? Quel est le plus difficile, de naître ou de ressusciter, que ce qui n'a jamais été soit, ou ce qui a été soit encore ? Est-il plus difficile de venir en être que d'y revenir ?
Blaise Pascal – Pensées
On dit que la naissance vous fait oublier les temps antérieurs; on dit que mettre au jour, c'est mettre à jour, comme un carnet qu'on fait débuter à blanc en lui arrachant des pages.
André Pieyre de Mandiargues

Où étions-nous avant de naitre ?
Oui : qui pose donc cette question ? Personne. Pascal pointe cette lacune de notre curiosité : car il est tout aussi difficile d’imaginer  un commencement absolu de l’existence que son anéantissement complet.
Et donc : tant qu’à faire de s’interroger sur la mort, interrogeons-nous aussi sur la naissance. Ne nous demandons pas « Où serais-je après ma mort ? », mais plutôt « Où étais-je avant de naitre ? »

On sait que, parmi les philosophes, Platon a été le premier à s’interroger sur ce thème, affirmant que nous ne naissions jamais de rien, mais que nous nous réincarnons dans une nouvelle existence, oubliant la précédente sans que pour autant celle-ci cesse d’influer sur notre vie nouvelle. Car chaque ancienne vie est comme un palimpseste dont le texte sous-jacent peut surgir dans notre nouvelle vie.



Palimpseste (voir ici)

L’oubli n’est jamais absolu, il n’est qu’un effet de ce renouvellement de la vie qui ne parvient pourtant pas à effacer entièrement les anciens acquis. (1)
Pourtant, une autre façon pour une vie naissante de succéder à une ancienne est envisagée par notre Mandiargues dans notre Citation-du-jour : c’est le livre dont on a arraché les pages précédentes qui étaient déjà écrites, le transformant ainsi en livre blanc. L’oubli de la vie antérieure est faite de rejet, un peu comme l’aérostier lâchant du lest pour faire monter le ballon…
Si vous n’êtes pas absolument convaincu d’être comme une page blanche sur la quelle n’importe quel texte pourra s’écrire, alors vous pouvez aussi bien vous demander quel obscur passé trame en vous le destin de votre vie, sur quelle trajectoire une existence antérieure vous a placé. De toute façon vous avez le choix entre déterminisme et liberté – vieux problème philosophique, jamais résolu, mais qu’on n’a jamais renoncé à poser.
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(1) Telle est donc la réminiscence selon Platon, qui illustre avec le cas du petit esclave du Ménon, où Socrate fait découvrir un théorème de géométrie à cet enfant qui n’en a jamais entendu parler, mais qui y parvient quand même.

Friday, May 26, 2017

Citation du 27 mai 2017

En matière de procédure prud'homale, le principe de parité est appliqué dans l'organisation du bureau de jugement. Chaque affaire est entendue et jugée par quatre prud'hommes en nombre égal de salariés et d'employeurs, ce qui, en cas de partage des voix entraîne la nécessité de recourir à un juge départiteur.
Serge Braudo – Dictionnaire de droit privé.
Parité.
La parité n’a pas que du bon et là où elle est voulue par souci de justice, il arrive qu’elle ne soit pas supportable. Ainsi des jugements par répartition des voix lorsqu’un jury est constitué en nombre pair. On l’a vu avec Eschyle, lors du jugement d’Oreste : les juges se répartissant en nombre égal entre ceux qui voulait l’acquittement et ceux qui requéraient la peine de mort : il a fallu alors un juge extérieur – en l’occurrence Athéna – qui intervienne établissant l’inégalité bienfaisante. Il en va exactement de même lorsque dans les conseils de prud’hommes l’égale répartition des représentants du patronat et des salariés entraine l’égalité dans le vote du jury : on a dû créer des juges départiteurs, faute d’avoir une déesse à qui faire appel…
Summum jus, summa injuria : la plus grande justice est source d’injustice, ce qui signifie ici que l’égalité parfaite est proprement ingérable. D’ailleurs, on sait qu’elle est totalement artificielle puisque la nature elle-même ne la produit pas ; par exemple, il nait 105 garçons pour 100 filles. (Lire ici)
Restons sur cet exemple : il est en effet surprenant si l’on admet qu’il y a autant de spermatozoïdes XX (= filles) que XY (= garçons). D’où vient cette  inégalité qu’on ne peut attribuer à la Nature – d’autant que l’égalité Hommes/femmes à l’âge de la procréation est rétablie ? Les explications valent le détour, je vous les recommande !
Écoutez bien :
            - S’il y a plus d’embryons garçons que filles à la naissance c’est pour compenser par avance la plus grande mortalité infantile des garçons par rapport aux filles.
            - Et voici pourquoi il y a plus d’embryons garçons que d’embryons filles : « le spermatozoïde qui est porteur du chromosome Y (= celui des garçons) est plus léger, ce qui entraîne une infime différence de poids entre les deux types de spermatozoïdes, gage de succès pour féconder l'ovule » (science-et-vie.fr). Autrement dit, le spermato masculin court plus vite et il gagne donc la course à l’ovule.
Inégalité ? Oui, mais pas injustice, parce que Dame Nature veille : elle frappe de maladies infantiles les petits garçons plus que les petites filles, jusqu’à ce que le sexe-ratio soit rétabli à égalité.

Ainsi, même la nature pratique l’équité (proportionnalité) avant de songer à l’égalité (purement numérique).

Sunday, October 05, 2014

Citation du 6 octobre 2014



Vivre la naissance d’un enfant est notre chance la plus accessible de saisir le sens du mot Miracle.
Paul Carvel

J’avoue que je ne connais pas l’œuvre de Paul Carvel, dont on dit qu’elle est souvent humoristique, voire délirante. Faut-il donc prendre au second degré cette citation ? Peut-être pas : en tout cas au vu de cette illustration rose-bonbon, on se doit de la prendre au sérieux.
Un petit être vient au monde – et c’est là un miracle. Comment cela un miracle ? Ce n’est quand même pas par l’opération du Saint Esprit qu’il a été conçu ce bébé !
Ouvrons notre dictionnaire : Miracle (subst. masc.) – Fait extraordinaire, qui se produit en dehors du cours naturel des choses et qui porte à l'étonnement et à l'admiration.
Bon : alors ça veut dire que ce bout’d’chou avec son petit nez rose et ses petons potelés est tellement beau qu’aucun bébé au monde ne peut rivaliser avec lui ?
…..
Vous l’avez deviné, mes chers lecteurs, ce n’est pas pour dézinguer de telles cucuteries que j’ai choisi cette citation. C’est qu’il y a quelque chose d’étonnant et de merveilleux dans l’apparition d’un être humain quelque chose qui s’apparente en effet à un miracle.
C’est que cet enfant, même si ça ne se perçoit pas immédiatement, est une conscience, un sujet qui va nous répondre en disant Je quand on s’est adressé à lui en disant Tu. Il n’est pas un simple miroir qui nous sourit quand on lui sourit, qui fait au revoir de sa menotte quand on lui a fait au revoir. Bref : au lieu d’être une reproduction de nous-mêmes, un simple copié-collé, il est un foyer de détermination, c’est-à-dire un sujet.
« Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre » c’est ce qui se passe quand l’enfant parle de lui-même à la première personne : voilà ce que dit Kant (1). Et voilà le miracle.
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(1) Kant – Anthropologie du point de vue pragmatique, I,1 (voir ici)

Tuesday, April 01, 2014

Citation du 2 avril 2014


Pourquoi suis-je né si ce n'était pas pour toujours ? 
Ionesco – Le Roi se meurt (On trouvera cette citation et bien d’autres dans l’excellent Blog de Frankie : c’est ici !)
Commentaire I
Pourquoi suis-je né si ce n'était pas pour toujours ?  : voilà la question que tout homme se pose, et surtout s’il est roi (1). Seulement voilà : si même les rois doivent mourir un jour, c’est bien que la mort est inévitable…
Mais attention : avant de poser la question du « Pourquoi » mourir, Ionesco pose la question du « Comment » peut-on mourir ?
En effet pour qui est en vie, la mort survient comme dit Sartre « par-dessus le marché ». Voyez ce soldat foudroyé en plein assaut :

Robert Capa - Guerre Civile en Espagne, Mort d’un soldat (1936)
Pour ce soldat, fauché en plein élan il n'y a pas de place pour la crainte de mourir. Pour lui, la mort n’existe pas, car comme le dit Epicure « tant que nous existons la mort n'est pas, et ... quand la mort est là nous ne sommes plus.». La mort n'existe que pour ceux qui sont saisis par l’idée qu'ils vont mourir.
Le roi de Ionesco sait qu’il va mourir… dans une heure et demie ! Il a une heure et demie pour se préparer à mourir : mais qu’est-ce que ça veut dire « se préparer à mourir » ? Méditer sur notre vie qui va s’en aller ? Prier Dieu pour qu’il nous accueille dans son Paradis ?
Pas du tout ! Béranger 1er (le roi de Ionesco) va se dépouiller de tout ce qu’il possède. Comme Guillaume le Maréchal dont Duby nous a conté la fin, il doit repartir comme il est arrivé, tout nu. Pour « se préparer à mourir » on doit déposer progressivement tout ce que nous avons acquis durant notre vie, à commencer par notre vie elle-même : mourir par extinction progressive, et même si on ne le veut pas : les vieux meurent par petit bout : un jour plus de sexe ; un autre plus d’oreille, plus d’œil ; le troisième plus de mémoire…
Se préparer à ça, c’est, comme on le dit aujourd’hui lâcher prise.
Cette curieuse expression est employée à présent dans un sens positif : même si la société moderne s’y oppose, il faut nous dit-on savoir – de temps à autre – « lâcher prise », se laisser aller, ne plus luter, accepter ses limites.
o-o-o
Donc, ou bien vous allez mourir comme ça – paf ! comme la bulle de savon qui pète – et alors vous ne saurez jamais que vous mourez. (2)
Ou bien vous liquidez tous les contentieux de votre vie, vous donnez tous vos biens de votre vivant – bref : vous relisez Marie de Hennezel.
La suite à demain… si vous le voulez bien !
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(1) N’oublions pas le 1er Empereur de Chine (c’est celui de l’armée enterrée) qui voulait assurer son éternité par l’extraordinaire tombeau qu’il s’est fait construire : tombeau si impressionnant qu’aujourd’hui encore, les chinois en font le tour sans oser pénétrer à l’intérieur.
(2) Le dernier film de Resnais « Aimer, boire et chanter » illustre ce thème : Georges (qui sera l’Arlésienne du film) apprend qu’il doit mourir d’un cancer fulminant dans 6 mois maximum. Ses amis – et surtout ses amies – se pressent pour l’aider à vivre ses derniers jours : il vivra en aimant, buvant et chantant. Il lui sera même accordé de mourir d’une autre façon…

Sunday, December 22, 2013

Citation du 23 décembre 2013



La plus grande émotion qu'un être humain puisse ressentir : celle de sa propre naissance. Etre, à nouveau, au commencement de soi. Etre, et que tout soit neuf.
Georges Dor – D'aussi loin que l'amour nous vienne
Le Challenge du jour : trouver quelque chose d’intéressant à dire sur cette citation.
Vous, mes lecteurs fidèles (Hou-hou ! il y a quelqu’un ?) vous le savez : je ne déteste rien tant que les bons sentiments, bien dégoulinants et bien évidents. En plus, quand il y a comme ici un faux paradoxe (ressentir sa propre naissance qui doit être compris comme : ressentir sa propre re-naissance), on n’a qu’une envie : passer son chemin. Pourtant on pourrait quand même trouver quelque chose de moins évident, comme…
Comme ?
- Comme de dire qu’on est au commencement de soi. C’est un peu comme le dépassement de soi-même : il faut être deux pour observer un commencement : l’observateur et l’observé. Donc c’est supposer l’introspection sans en dire un seul mot (attention : Auguste Comte veille !).
--> Reste que ressentir sa propre naissance, c’est faire l’expérience d’un décentrement au sein de son propre être. Et pourquoi pas grâce à l’amour qui nous assure ce basculement vers l’autre ?
- Comme aussi d’écrire : Etre [neuf], et que tout soit neuf.
Alors, comme ça si je suis neuf, alors le monde tout entier va me paraitre neuf ? Le monde est donc ma représentation ? (Arthur Schopenhauer)
--> Absolument ! En renaissant je fais l’expérience de ma présence à un monde tout neuf que je ne percevais pas avant.
Comment ça ?
Comme ça :
1 – Etre-au-monde = être ouvert au monde (Martin Heidegger) 
2 – Nouvel être-au-monde = nouveau monde ?
--> Rénové par l’amour (oui : toujours lui) on peut devenir attentif à plein de choses qu’on côtoyait sans les voir : le bleu du ciel, les petites fleurs dans le pré, le décolleté charmant de l’amour-de-ma-vie ? Oui : voilà mon Dasein complètement rénové.
… Et me voilà avec un Dasein cul-cul… Hin-Hin-Hin (ricanements)
Ricanez, messieurs les esprits forts : je crois que j’ai quand même réussi mon défi-du-jour !