- L’ombre paraît la moins consistante des choses – on le sait depuis l’allégorie de la caverne, quand Platon nous explique que ce que nous prenons pour la réalité n’est en fait que l’ombre des choses, projetée sur la paroi de la caverne. Derrière nous les objets réels ; devant nous : leur ombre.
Tuesday, October 03, 2017
Citation du 4 octobre 2017
- L’ombre paraît la moins consistante des choses – on le sait depuis l’allégorie de la caverne, quand Platon nous explique que ce que nous prenons pour la réalité n’est en fait que l’ombre des choses, projetée sur la paroi de la caverne. Derrière nous les objets réels ; devant nous : leur ombre.
Wednesday, January 27, 2016
Citation du 28 janvier 2016
Thursday, October 27, 2011
Citation du 28 octobre 2011
On ne peut rien dire de Dieu, même qu'il n'existe pas.
Raymond Queneau – Journal
Raymond Queneau est à la fois très cultivé et très iconoclaste. On dirait même que sa joie est de détourner de morceaux de Culture (avec un grand « C ») en jouant sur tel ou tel mot qui le constitue (1).
Mais le mieux encore est quand il peut y glisser une allusion qui ne sera saisie que par certains – et invisible à tous les autres. Là est je crois pour lui le comble de la jouissance : passer devant les ignares comme une ombre, et n’éclairer que ceux qui savent : tel est son élitisme.
Bon disons-le alors pour ceux qui feraient partie des ignares et qui malgré tout liraient ce Blog (ça, je n’arrive pas à le croire) : le jeu de Queneau porte sur la formule concernant le néant : car, c’est de lui qu’on dit habituellement « Du néant, on ne peut rien dire, même qu’il n’existe pas. ». Ce qui fait que sa phrase doit être entendue comme s’il disait : « Dieu, c’est le néant, et c’est pour cela qu’on ne peut même pas dire de lui qu’il n’existe pas. »
Oui, mais alors : pourquoi ne le dit-il pas ? Pour faire jouir ceux qui comprennent, parce qu’en pensant que leur voisin n’a pas compris, ils vont se sentir très intelligents ? Ou pour renforcer sa pensée en la faisant formuler par son lecteur (comme quand on met des points de suspension) ? Ou pour faire vite ?
Je ne sais pas trop : en tout cas c’est une situation beaucoup plus répandue qu’on ne le croirait, et je pense en particulier à Rousseau qui écrit quelque part (2) : Je n’écris pas pour ceux à qui il faut tout dire.
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(1) Exemple : « Il y a deux sortes d'arbres : les hêtres et les non-hêtres ». C'est aussi une allusion au principe du tiers exclu.
(2) Là je ne laisse pas du flou dans ma citation pour faire le malin, mais simplement parce que je ne me rappelle plus où j’ai lu ça ; je crois que c’est dans une préface. Si quel qu’un la retrouve, qu’il me le dise. En tout cas, c’est une ignorance que je regrettais déjà l’an dernier.
Saturday, July 30, 2011
Citation du 31 juillet 2011
L'atome n'est que le dernier refuge où l'être, rendu à ses éléments premiers, poursuivra une sorte d'immortalité sourde et aveugle.
Albert Camus
Rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n'y retourne. Les atomes se déplacent dans tout l'univers en effectuant des tourbillons et c'est de la sorte que se forment les composés : feu, eau, air et terre.
Démocrite
Il nous arrive de nous extasier sur telle ou telle pensée d’un auteur contemporain, et puis en suite de nous dire : Bah ! Après tout il n’a fait que paraphraser un auteur de l’antiquité.
Moi qui ai tenté d’enseigner la philosophie et de noter des copies d’élèves, je vous dirai ceci : qu’une paraphrase intelligente (= qui ne trahit pas un texte tout en le maintenant intelligible), ce n’est pas si mal.
Ainsi de Camus, qui reprend à son compte la pensée de Démocrite concernant l’atome, qui matérialise le plus petit niveau de l’être, si petit qu’il en devient indestructible (1). L’atome est le dernier refuge de l’être, parce qu’il ne peut retourner au néant. Avec en prime la thèse qu’il n’y a pas de passage entre l’être et le néant (cf. la thèse de Parménide dans le Sophiste de Platon).
On objectera qu’après Hiroshima on sait bien qu’on peut diviser l’atome, et même que ça répand le néant un peu partout. Mais en réalité, on imagine que si l’atome se divise, il en résulte un tas de petits atomes, qu’on appellera « particules » et rien n’aura véritablement changé.
Bachelard a ironisé sur l’ignorance des philosophes qui se prétendent hardiment « matérialistes » comme s’ils savaient ce que c’est que la matière. Et de fait, la philosophie a échoué à la penser autrement que comme une « chose » qui, si petite soit-elle, pourrait être posée sur une table ou bien être rangée dans une boite. A cela, les physiciens répondent : l’onde, la tension, l’énergie doivent remplacer la matière-objet et après ça débrouillez-vous pour philosopher sur l’existence !
Mais on le voit avec cette pensée de Camus : ce n’est pas la matière qu’il est impossible de penser ; c’est le néant. (Voir notre Post du 28 janvier 2008)
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(1) a-tome : qu’on ne peut diviser.
Monday, February 01, 2010
Citation du 2 février 2010
Traiter un adversaire de trou du cul sans fesses, c'est l'anéantir, en faire un néant de sottise, un zéro.
Saturday, January 30, 2010
Citation du 31 janvier 2010
La réaction du rabbin Sirat et celle du cardinal Lustiger, [refuant tous deux de visionner le film Shoah] se ressemblent étrangement : le mal n’existe pas.
Claude Lanzmann – Le lièvre de Patagonie, p. 530
Après notre récente observation sur le néant, encore une remarque sur le non-être : celui du mal.
Le refus d’admettre l’existence du mal absolu, s’exprimant par cette douleur intolérable engendrée par des documentaires comme Shoah (qui vient de repasser à la télévision), se justifierait par cette nécessité : préserver à tout prix – malgré l’intolérable évidence qui se déroule pendant 9 heures d’horloge dans ce film – l’idée que le mal n’existe pas.
Certains ont expliqué le refus de se trouver affronté aux crimes abominables de l’Holocauste par une dénégation, résultant de la culpabilité qu'on aurait d’éprouver un désir pervers de jouir du spectacle de la souffrance endurée par les victimes des SS.
Claude Lanzmann en fait un sentiment métaphysique.
- Que veut-on dire en affirmant que le mal n’existe pas ? Le mal – entendons le mal absolu, celui qui est à lui-même sa propre fin, pas un moyen pour autre chose, pas l’occasion d’une jouissance – n’est qu’une abstraction, une incohérence, un concept réunissant comme le disait Leibniz des prédicats qui sont en réalité incompossibles. Ou, si on préfère, songeons à Kant affirmant que le mal absolu est autant hors de la portée des humains que le bien absolu.
Mais on a aussi une autre lecture possible : le mal n’existerait pas, parce que les êtres absolument mauvais se détruiraient d’eux-mêmes, ils périraient victimes de leur propre méchanceté (1).
Mais cette hypothèse ne tient pas vraiment devant cette remarque de Kant dans son opuscule Projet de paix perpétuelle :
Le problème de la formation de l’Etat, pour autant que ce soit dur à entendre, n’est pourtant pas insoluble, même s’il s’agissait d’un peuple de démons (pourvu qu’ils aient l’intelligence) : « Ordonner une foule d’êtres raisonnables qui réclament tous d’un commun accord des lois générales en vue de leur conservation… » (2)
Alors, c’est clair : peut-être que le mal n’existe pas, mais les hommes mauvais, si.
(1) La thèse habituelle étant que Dieu a créé les êtres, l’existence est l’attribut de tout ce qui est. Le mal n’est donc qu’une destruction du bien (comme le néant, il ne peut être qu’un anéantissement).
(2) Kant – Projet de paix perpétuelle, 1er supplément, traduction Gibelin (Vrin). Lire la suite p.45
Wednesday, January 27, 2010
Citation du 28 janvier 2010
[...] il n'y a vraiment que le néant qui soit continu.
Bachelard – L’intuition de l'instant
Ah… le néant ! Voilà vraiment la pierre de scandale philosophique, la croix du philosophe : pire que la liberté, bien pire même que le temps, le néant est le concept piège par excellence.
Car quoique vous disiez pour le définir, on vous rétorque « En accordant une caractéristique au néant, tu lui accordes forcément une existence, et donc tu te contredis – ou bien tu parle d’autre chose que du néant ». Dans les disputes médiévales, c’était une constante : l’exemple de la contradiction c’était une phrase débutant par la formule : « Le néant c’est… ».
Vous me suivez ? Pour faire simple, reprenons la citation de Bachelard : « il n'y a vraiment que le néant qui soit continu. ». Dire « que le néant soit », c’est supposer qu’il est, donc que, possédant l’existence, il n’est plus le néant. Peut-être bien que le néant est ce dont on ne peut rien dire (1).
C’est vrai, et pourtant la formule de Bachelard est riche, très riche de sens…
Admettons qu’il nous parle ici de la distinction non pas entre l’être et le néant mais entre l’être différencié et l’être indifférencié.
- Si le néant s’oppose à l’être, alors celui-ci doit se définir par le discontinu, c’est-à-dire par l’individualité. L’être différencié, c’est vous, c’est moi, c’est le poisson rouge, l’arbre, ou le rocher. En bref c’est tout ce qui a un contour, une forme qui le met en rapport avec d’autres formes et d’autres contours.
- L’être indifférencié, c’est le chaos, ou le tohu-bohu (définition ici). Parlons plutôt du tohu-bohu qui est de l’énergie, cette énergie qui était dans le monde avant que Dieu ne l’eut façonné en distinguant les différentes parties qui le constitueront finalement.
Or, justement, j’ai l’impression que le « néant » bachelardien, c’est plutôt ça : de l’énergie, du genre de celle qu’on imagine à l’origine de l’univers quand le big-bang vient juste de se produire et que les différentes particules n’ont pas eu encore l’occasion de se différencier.
Bon, rêveries peut-être, rêveries dont notre philosophe est coutumier…
(1) Un autre exemple : quand Sartre parle du néant dans l’Etre et le néant, on devine qu’il a dans la pensée plutôt le vide épicurien. Mais bon, ça n’a pas une importance fondamentale pour le fonctionnement de sa thèse.