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Saturday, May 02, 2015

Citation du 3 mai 2015

Une bonne interprétation musicale donne l’impression d’un texte originaire.
Pascal Quignard Vie secrète
Commentaire I
Interpréter une œuvre ne signifie pas donner à entendre ce que le compositeur aurait fait entendre si d’aventure il était encore là pour le faire. D’ailleurs, grâce à l’enregistrement phonographique on a bon nombre d’œuvres tout à fait capitales interprétées par leur compositeur : qu’on songe à l’œuvre de Stravinsky dirigée par Stravinsky. Pourtant on ne se prive pas de continuer à produire de nouveaux enregistrements qui font surgir d’autres facettes des musiques de Stravinsky.
Selon Pascal Quignard, la bonne interprétation réinvente l’œuvre jouée, comme si sa composition se faisait là devant nous. L’interprète est habité non par le fantôme du compositeur, mais par la force et la cohérence de son œuvre – en tout cas c’est l’impression qu’il doit nous donner. On en déduit facilement que la musique doit être écoutée « en direct » et non enregistrée. La vie qui se déroule, avec ses surprises, avec ses risques doit faire partie de la musique : elle doit être un spectacle vivant, et non un mécanisme qui se déroule toujours de la même façon.
On objectera que le jazz, qui répond le plus exactement à cette définition puisqu’il est fait d’improvisations, est en même temps le plus dépendant de l’enregistrement. Il n’y a pas d’œuvre jazzistique autre que les « prises » réalisées tel jour à tel endroit avec tel personnel, et gravée sur disque Decca N° ---.

C’est vrai. Reste que l’improvisation est alors celle de l’auditeur qui marque le rythme avec son corps et qui a envie de siffler à chaque chorus.

Saturday, November 02, 2013

Citation du 3 novembre 2013



Je n'aime pas le son de la harpe... On dirait deux squelettes en train de faire l'amour sur un toit en tôle ondulée.
Sir Thomas Beecham
Deux squelettes en train de faire l'amour sur un toit en toile ondulée…. Sir Thomas – célèbre chef d’orchestre anglais – savait sans doute de quoi il parlait en usant de cette métaphore à propos de la harpe. Et pourtant… Qu’on se remémore le concerto pour flute et harpe de Mozart (1) : en l’écoutant, essayez donc de voir deux squelette en train de faire tinter leur os dans une étreinte amoureuse - et sur un toit de tôle en plus…
Beecham ou pas, ce sont des balivernes et pas seulement musicales. Car ce que je soutiens, c’est que pour imaginer des squelettes entrain de copuler, on est forcé de les imaginer possédant encore quelque chair accrochée ici ou là dans leur squelette.
Voyez par exemple ceci :


Wim Delvoye – Lick (2001)

Les squelettes ont comme on le voit conservé leurs langues, car comment les représenter s’embrassant sans cela ? A chaque étreinte correspond nécessairement un peu de chair copulatrice, - comme les langues dans le baiser et autre joyeusetés que je vous ai épargnées (mais que vous retrouverez ici).
On le voit : il est impossible de se représenter l’étreinte de squelettes sinon en utilisant le procédé de la radiographie. Procédé qui a l’avantage d’éliminer toutes les apparences superficielles pour laisser transparaitre les organes essentiels.
On dit que les Google Glass nous ouvriront l’accès à la réalité « augmentée ». Mais ce qu’il nous faut, c’est la réalité « diminuée ».
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(1) Écouter et voir ici – J’ai choisi cette vidéo non seulement pour la qualité de l’interprétation, mais encore parce que le harpiste est un homme, afin de dissiper le préjugé qui croit que seules les femmes jouent de la harpe.
(2) Pour voir d’autres œuvres du même genre de Wim Delvoye, voyez ici : vous constaterez que je ne vous ai pas proposé les images les plus licencieuses dans cette série…

Friday, August 09, 2013

Citation du 10 août 2013



Le drame du pianiste, c’est que son action est exclusivement verticale. C’est le défi permanent de notre art.
Léon Fleisher
Faute de contexte, cette citation est forcément un peu énigmatique : vise-t-elle le pianiste-soliste (qui ne peut combiner son interprétation avec celle de l’orchestre) ? Mais alors que dire du violoniste ou du guitariste quand ils sont dans la même situation ? Ou alors s’agit-il d’une caractéristique de l’expression pianistique ?
Quant à moi, cette formule dans son caractère énigmatique réveille une question que je me pose bien souvent :
--> En jouant, le pianiste ne fait pas que jouer du piano : que fait-il donc ?
1 – Voyez Gustav Leonhardt : cet homme à son clavecin est un mur, ou plutôt un bloc de concentration. Nul affect sur son visage, nul mouvement autre que ceux de ses doigts. Voilà ce qui se passe quand le pianiste ne fait – en apparence du moins – rien d’autre que jouer.
2 – Maintenant, voyez – ou plutôt écoutez un enregistrement de Glenn Gould – par exemple les Variations Goldberg : il joue, certes, mais aussi il fredonne, et ça s’entend. On me dit que tous les pianistes en font autant mais avec plus de discrétion. Raison de plus pour affirmer que le pianiste ne fait pas que jouer du piano.
3 – Maintenant, regardez cette photo :


Oui, vous l’avez reconnu : c’est Lang-Lang qui, en jouant, exprime toutes les facettes de la passion, au point que, parfois, il détrempe le clavier de ses larmes.
C’est vrai, j’exagère un peu : de toute façon, Lang-Lang n’est qu’un exemple-limite d’une attitude familière du pianiste : il joue à la fois et du piano et des registres de la passion.
Je crois qu’en fait, le pianiste se raconte une histoire que lui suggère la musique. On devrait peut-être dire qu’il est d’un bloc et la musique et l’histoire qu’elle lui raconte et les émotions qui en résultent.
D’ailleurs, regardez le chef de l’orchestre : lui aussi ne fait pas que battre la mesure ni qu’indiquer des intensités. Il mime également une histoire et les sentiments qui vont avec. A charge pour les musiciens de l’orchestre d’y trouver des indications pour l’exécution.

Friday, October 05, 2012

Citation du 6 octobre 2012



Tant qu’il s’agit du piano, je me fie entièrement au sentiment. Je ne m’en méfie que dans la vie.
Oscar Wilde
Cycle Oscar Wilde – La citation du  jour rend ici hommage à Oscar Wilde que les amateurs de citation connaissent bien pour son sens de la formule et pour son intelligence désabusée

Wilde souligne un paradoxe : les sentiments ne sont authentiques que pour autant qu’ils sont artificiels, entendez quand ils sont générés par la musique et non par des rapports « réels », c’est-à-dire avec des « vrais » gens. Façon de dire que dans la vie quotidienne il ne faut surtout pas s’y fier, et qu’ils ne sont pas des guides sûrs dans les rapports avec autrui.
- La musique, chacun l’a éprouvé, engendre des sentiments très forts, et même elle constitue une force affective telle que certains l’ont condamnée pour cela (1). Pour ce qui est du piano,voyez le pianiste et les émotions qui se peignent sur son visage : sans aller jusqu’aux excès de Lang-Lang (qui trempe le clavier de ses larmes), ses attitudes révèlent souvent les tempêtes affectives dont il est le siège, qu’il joue Chopin ou Schumann. C’est en concert qu’il faut apprécier la chose : prenez les Scènes d’enfants, justement de Schumann : 13 pièces n’excédant jamais 3 minutes et d’un tonalité affective chaque fois différente. Imaginez le pianiste, submergé par la douce émotion d’Au coin du feu, et qui doit enchainer abruptement avec Le cavalier sur le cheval de bois : la difficulté n’est pas que technique…
Mais justement, cela nous permet de toucher peut-être à l’essentiel. Si Oscar Wilde nous dit qu’il ne se fie qu’aux sentiments éveillés en lui par la musique, c’est peut-être parce qu’ils ne durent que ce que dure la musique. Elle bâtit un univers qui, tel un mirage dans le désert, s’évanouit après la dernière note.
Par contre les sentiments engendrés par nos semblables dans la réalité sont un peu plus durables, et peut-être sont-ils ce qui dure le plus – et donc ce qui trompe le plus..
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(1) Il n’est que de se rappeler l’exclusion dont elle a été victime dans la Cité de Platon, et le rôle attribué à la musique populaire russe durant la période stalinienne : Chostakovitch et Prokofief en ont fait les frais.

Sunday, September 09, 2012

Citation du 10 septembre 2012



Ô privilège du génie ! Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui.
Sacha Guitry – Toutes Réflexions faites
Je ne cite pas trop souvent Sacha Guitry parce qu’il est difficile de trouver une citation de lui où l’enflure prétentieuse de son style ne vienne pas tout gâcher.
Paradoxe : j’en propose une qui, outre ce défaut, a en plus celui d’enfoncer une porte ouverte. Car il est évident que le silence en musique est de la musique (1), et que la dernière note jouée n’achève pas l’œuvre définitivement. Il y a un certain silence qui la suit, silence qui appartient justement à l’œuvre, qu’elle soit de Mozart, de Wagner, de Schönberg – ou de qui on voudra.
D’ailleurs on reconnait le manque de culture musicale d’un public à la précipitation de ses applaudissements : oublions les cas désastreux où il a applaudi avant la fin de l’œuvre – la honte ! Mais il y a aussi les cas où le public applaudit à peine la dernière note a-t-elle retenti. Dans ce cas on peut être sûr qu’il s’agit de gens qui sont restés extérieurs à la musique et qui applaudissent comme pressés de partir. (2)
Sur ce silence final de l’œuvre, on pourrait aussi évoquer celui du chef d’orchestre. Il s’agit de l’instant qui précède juste son premier mouvement, celui qui marque son retour dans la réalité environnante, et que les caméras indiscrètes captent parfois, nous montrant un homme encore entièrement dans la tension de l’œuvre, pas encore affaissé par la détente musculaire, pas encore à se tourner vers le public pour recueillir ses applaudissements. Cet instant est de la musique transformée en affect et c’est un instant plus ou moins long selon les chefs (on se souvient que Karajan mettait un certain temps pour sortir de l’envoutement où il était plongé).
Bref : voilà ce qu’on gagne à être dans une salle de concert et non dans son salon à coté de ses baffles – ou dans le bus avec son MP3 : interpréter le silence final de l’œuvre.
Même les gens comme moi qui ne savent jouer d’aucun instrument savent encore jouer du silence.
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(1) Je laisse de côté le cas du jazz.
(2) Je laisse de côté le cas des ouvertures brillantes qui excitent tellement les centres nerveux que les applaudissements explosent dès la dernière note envoyée, un peu comme on lâche les chiens de meute. On échappe de peu à la standing ovation.