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Thursday, April 12, 2012

Citation du 13 avril 2012


Une sortie c'est une entrée qu’on prend dans l'autre sens.
Boris Vian
Ça, mes amis, ça ressemble furieusement à une Raffarinade (1). Mais on risquerait bien de passer à côté de l’essentiel en prenant cette pensée de Vian avec un haussement d’épaule.
Parce qu’au fond, l’idée est un peu plus subtile – et un peu plus irritante aussi.
Comment faire la différence entre l’entrée et la sortie ?
Voilà l’idée : une porte est à la fois une entrée et une sortie, selon qu’on la franchit en entrant ou en sortant.
Mécontentent de cette lapalissade ? Ajoutons alors que l’entrée et la sortie sont aussi inséparables que le recto et le verso d’une feuille de papier. Et donc qu’on ne peut entrer quelque part sans sortir de là où l’on était auparavant et réciproquement bien entendu.
Est-ce toujours vrai ? N’y a-t-il pas des cas où l’on peut sortir sans entrer ? Et ne peut-on entrer sans sortir ?
Vérification : voyez ces photos de spermatozoïdes en pleine action : ceux du haut sortent, ceux du bas entrent.
S’agit-il de mêmes ? Je veux dire : les spermatozoïdes qui sortent doivent-ils obligatoirement et du même coup entrer quelque part ?
Réfléchissons : il est évident que les spermatozoïdes sont émis de quelque part, donc que forcément ils en sortent. Bon. Mais on le sait – hélas ! – certaines pratiques que la morale réprouve fait que souvent ces petites bestioles n’entrent nulle part et vont se perdre dans la nature (sic).
Maintenant, suivons un spermatozoïde qui entre là où il doit – ou devrait – entrer (2). D’où vient-il ? Vient-il seulement de quelque part ? Sans doute, car sans cela comment aurait-il fait pour passer par là ? y aurait-il des spermatozoïdes errants comme des SDF ? Douteux.
… A moins qu’il ne s’agisse de l’opération du Saint-Esprit ?

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(1) Raffarinade : sorte de truisme comique.
(2) Lieu qu’on nommait autrefois le vase féminin.

Sunday, March 06, 2011

Citation du 7 mars 2011

Afin qu'une œuvre d'art plastique s'anime vraiment lorsqu'on la contemple, il est nécessaire de choisir un moment transitoire ; un peu plus tôt aucune partie du Tout ne doit s'être trouvée dans cette posture, peu après chaque partie doit être forcée de la quitter.

Goethe, 1798, « Sur Laocoon », Ecrits sur l'art

L’instant est une coupure mobile de la durée […] Il y a des images-mouvement qui sont des coupures mobiles de la durée.

Gilles Deleuze - Cinéma 1 - L’image mouvement (Post du 9 avril 2008)


Rubens – L’enlèvement des filles de Leucippe


Deleuze partait de la distinction entre la pose et l’instantané, mais, même en faisant comme lui appel à Bergson, on ne voit pas toujours très clairement ce qu’il faut entendre par « coupure mobile ».

Je crois que Goethe lève le doute à ce propos : la coupure mobile peut parfaitement représenter un moment d’immobilité, mais totalement transitoire, absolument instantané, moment tel qu’il n’existait pas il y a un instant (la femme était tranquillement sur terre), et qu’il disparaitra l’instant d’après (elle sera entrainées dans le ciel par des bras virils et vigoureux). L’enlèvement des filles de Leucippe ne résume pas la totalité de l’évènement par une pose particulière – comme le fera Rodin avec son célèbre baiser (voir le Post référencé ci-dessus). Par contre on peut voir un moment crucial de cet enlèvement, crucial et instable.

L’enlèvement est donc un thème particulièrement faste pour représenter le mouvement en art plastique. Mais il n’est pas le seul, et Goethe commente ici non pas un enlèvement, mais le moment où les terribles serpents jaillis de la mer dévorent les fils de Lacoon.

Voyez plutôt :

Saturday, March 03, 2007

Citation du 5 mars 2007

L’instant est une coupure mobile de la durée […] Il y a des images-mouvement qui sont des coupures mobiles de la durée.

Gilles Deleuze - Cinéma 1 - L’image mouvement

Question : comment une image fixe peut-elle exprimer le mouvement ?

1er cas : l’instantané (1)



Voyez l’image ci-contre (que nous empruntons à Miss.Tic, après avoir supprimé l’interpellation : « Est-il urgent d’attendre ? ») : elle représente non seulement un moment d’un mouvement, prélevé sur lui, mais elle est solidaire de ce mouvement, elle signifie à la fois ce qui précède et aussi - surtout - ce qui va suivre. On pourrait même dire, sans trop dénaturer l’image, que ce qu’elle montre, ce n’est pas une Miss entrain de retirer son soutif’, mais bien le mouvement de ce déshabillage en train de s’accomplir (2).

2ème cas : la pose

Maintenant, voyez cette statue de Rodin, dont on a déjà parlé ici (9 nov. 2006).


L’image (la statue) exprime ici le terme final ou le point culminant érigé en moment essentiel d’un processus ; mais ce processus reste présent comme ce qui a été avant. Les amants ne sont pas en mouvement, mais ils l’ont été : leur pose est l’aboutissement de l’enlacement, elle l’achève et le récapitule. Loin d’être un instant qui renvoie au processus en train de se faire (comme le déshabillage précédent), le baiser soude dans en état stable (autant que le permettra le souffle de ces amoureux…) deux êtres que rien ne peut plus séparer.

3ème cas : la pulsation


Et voici maintenant l’image pieuse.

La pulsation du sacré cœur (conservée dans cette image animée, mais qui est suggérée de toute façon par le rayonnement qui sort des mains de la Vierge Marie) exclut absolument un hors champ : ni un avant (comme l’enlacement des amants), ni un après (la Miss enfin déshabillée) : c’est l’immobilité de ce paradoxal éclatement qui symbolise la transcendance du Sacré-Cœur. Cette image est donc autoréférentielle.


(1) Ce passage de l’ouvrage de Deleuze est inspiré de Bergson

(2) D’ailleurs ce terme est trop imprécis : il y a manière et manière de se déshabiller : la Miss qu’on nous présente ici ne nous montre pas un « effeuillage » de stripteaseuse ; manifestement, pour elle ce qui compte, c’est ce qui va venir après. Mais je n’insiste pas, il ne s’agit pas de faire ici une exégèse miss-ticienne.