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Wednesday, June 07, 2017

Citation du 8 juin 2017

Personne ne peut imaginer qu’un texte va rendre quelqu’un vertueux.
François Bayrou

La vertu peut-elle s’enseigner ? Ce thème du Protagoras de Platon pourrait bien être un sujet pour le bac de philo que nos enfants vont bientôt passer. Lesquels à n’en pas douter auront cette remarque de François Bayrou dans la mémoire. (1)
Mais attention ! Ce n’est pas parce qu’un ministre a dit une pareille chose que c’est nécessairement vrai – ni nécessairement faux d’ailleurs.
C’est pourtant un thème si récurrent en philosophie morale et politique qu’on se doute bien qu’on ne peut trouver de réponse définitive pour trancher cette question – d’ailleurs, comme on le sait, le Protagoras ne résout pas le problème.
- On donne certes des cours de morale : mais quand à rendre les gens vertueux, on ne s’imagine pas vraiment y parvenir ainsi. Ainsi Bergson parlait-il de deux formes de morales : l’une faite de contraintes (la morale close) et l’autre faite de l’exemple du  héros ou du saint qui donnait à ceux qui les observaient le désir de les imiter (la morale ouverte). Dans le premier cas, on apprend certes le respect des coups de trique, mais pas celui des valeurs. Dans le second, seul l’élan de l’âme peut produire quelque chose.
- Certains ont cru que, certes la morale ne pouvait s’enseigner, mais qu’il n’est pas non plus nécessaire de le tenter, parce qu’une justice immanente se charge de punir les méchants. Tu ne l’emporteras pas au Paradis ! dit-on – sous entendu : peut-être que dans ce monde ta méchanceté ne sera pas punie, mais en enfer tu vas subir les justes châtiments de tes crimes.
- Toutefois on le sait : mieux vaut prévenir le crime que le punir. D’où l’idée de faire des lois punissant l’immoralité – particulièrement en matière de gouvernance politique. Intéressant, d’autant qu’un tel texte doit nous révéler ce qui peut corrompre l’action des hommes qui gouvernent. Ainsi de ce qu’on appel « les conflits d’intérêts », concernant la gestion de plusieurs intérêts qui s’opposent comme l’intérêt privé et intérêt général, soumis à interdiction, visant à prévenir l’éventuel corruption des décisions prises dans l’intérêt général.

On devine en quoi consisterait  une loi pour « moraliser » la vie publique (2) : agir sur le ressort de la récompense et du châtiment, conditionnant l’action humaine au même titre que le dressage animal. Ce n’est certes pas très glorieux ; mais c’est le résultat qui compte.
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(1) Ceux qui voudront réviser liront ceci.
(2) Comme on le sait François Bayrou a lui-même récusé cette expression par la citation que nous venons de citer, lui préférant la formule : « Loi pour la confiance dans notre vie démocratique » (lu ici). La loi  ne peut induire une attitude morale, mais par contre, elle peut susciter une réaction psychologique.

Sunday, November 13, 2016

Citation du 14 novembre 2016

Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous-mêmes.
Goethe – Sentences en proverbes
Il ne faut pas faire par des lois ce qu'on peut faire par les mœurs.
Montesquieu – Le Spicilége, Pensée n° 1007 (cité le 6-3-2015)


Il semble bien que Goethe assimile le gouvernement politique à l’éducation que les parents devraient donner à leurs enfants et qui a pour but de les affranchir de leur tutelle.
On ne pose jamais la question « A quoi les parents doivent-ils préparer leurs enfants ? » parce qu’il est évident que c’est à leur indépendance. Alors de la même façon, Goethe estime que le gouvernement n’a qu’un rôle transitoire, qui est de mener le peuple à s’affranchir des lois. C’est que la politique est confondue avec la morale, et les lois avec les préceptes. Le Chef d’Etat n’a besoin d’autorité que sur un peuple mineur, il devra s’effacer quand celui-ci sera majeur (c’est ce que Kant expliquait dans Qu’est-ce que les lumières ? – à lire ici) – ce qui ne veut pas dire que la liberté n’a pas de limites, que la morale doit tracer.

Occasion pour rappeler que le 18ème siècle, considéré comme le berceau de nos institutions politiques avait une compréhension fort différente de celles-ci.
Comme on le voit, la morale était au centre de la vie sociale, dans la mesure où les mœurs devaient suffire à régler les relations entre les hommes ; comme le rappelle notre Citation-du-jour, Montesquieu le disait : « On ne doit pas faire par les lois ce qu’on peut faire par les mœurs. »
Reste qu’aujourd’hui la politique s’étend bien au-delà du comportement des citoyens : les ministères dont la liste est fort longue assument des responsabilités extrêmement variées – tel que le commerce, les affaires étrangères, la justice, l’éducation, etc. Le 18ème siècle, siècle des lumières ne l’oublions pas, estimait que s’il fallait des lois, alors elles devaient être définitives : les Pères fondateurs (1) personnages quasiment mythiques avaient écrit une fois pour toutes les lois de la Nation, qui depuis restaient gravées dans le marbre. Quant au reste, commerce, industrie, éducation, culture, c’était l’affaire de la religion ou des simples individus.
La crise économique et financière qui aujourd’hui menace nos Etats en frappant d’impuissance leurs décrets politiques, nous invite à réfléchir aux solutions découvertes dans le passé : on a déjà fait le chemin pour ce qui concerne les attributions retirées aux services publics et déléguées au secteur privé ; reste le domaine des valeurs : demandons à Google de pondre la charte de l’éducation européenne collective – et de financer les écoles et universités.
J’arrête, parce que je vais recevoir des cailloux…
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(1) Voir le monument des Pères réformateurs de Genève 

Saturday, August 06, 2016

Citation du 7 aout 2016

Quand au fripon se joint le sot, l'honnête homme n'a qu'à croiser les bras. Le sot ligué avec le fripon contre lui-même est une combinaison à laquelle nul ne peut résister.
Samuel Beckett – Murphy (1938)
On dit des vieux que rien ne les fait rire, qu’ils sont tout le temps à maugréer que c’était mieux de leur temps, que les gens étaient plus respectueux des valeurs et que désormais tout fout le camp.
Et s’ils avaient raison ? Non pas que tout ait changé, mais plutôt qu’avec le temps ils sont devenus lucides : ce qu’ils croyaient être des idéaux capable de mobiliser les énergies et de donner envie de changer le monde étaient en réalité friponneries de politiciens égoïstes et ambitieux, et les jeunes sots qu’ils étaient à l’époque étaient tombés dans le panneau.
1 – Alors, oui : les vendeurs sont comme cela : ils ne peuvent vivre que si, étant des fripons, ils trouvent en face d’eux des sots.
Rien ne dit que ces gens soient forcément et perpétuellement des fripons : peut-être ont-ils été trompés par d’autres qui leur ont fait croire que leur produit était nécessaire à la vie des braves gens. Mais alors ils ont été sots d’y croire et basta !
2 – Mais bien sûr, on pense surtout aux politiques, qui, comme des prestidigitateurs, font apparaitre et disparaître des pans entiers de la réalité, selon leurs besoins.
On me reprochera peut-être de donner dans le « tous pourris » bien caractéristique des populismes. Qu’en sait-on ? A-t-on vérifié ? Du moins on devrait convenir que l’action politique a toujours simultanément deux origines :
            - La volonté de changer la société.
            - Le désir de garder le pouvoir.

Maintenait qu’on est prévenu, comment ces ambitieux vont-ils faire pour nous berner encore ?
Le comble de la friponnerie ne serait-il pas de faire croire qu’ils sont non pas des fripons mais des sots – des sots supposés honnêtes et sincères.
Des fripouilles déguisées en sots : vous voyez à qui je fais allusion ? Non? C'est vrai que chez nous on n'a pas ça ; mais regardons ailleurs...


Friday, October 02, 2015

Citation du 3 octobre 2015

La politique ne réussit que par la duplicité.
Ahmadou Kourouma – En attendant le vote des bêtes sauvages
DUPLICITÉ, subst. fém.
Caractère de l'être qui adopte un comportement différent de ses pensées profondes en vue de tromper par dissimulation. 
TLF

On compare souvent la politique à un jeu d’échec, et c’est quand même plus flatteur que de faire du politicien un joueur de poker (qu’on pense à la négociation entre Alexis Tsipras et les créanciers de la Grèce en mai-juin dernier). Mais il reste à dire qu’aux échecs les meilleurs moments de la partie apparaissent quand sur un coup, on parvient à menacer deux pièces adverses. Car on ne peut sauver les deux en même temps. Bien joué !
La duplicité c’est cela, et c’est quelque chose de plus qui implique en même temps la morale : c’est une dissimulation et une tromperie. On est proche de Machiavel qui conseille au Prince de s’engager, mais de ne pas tenir sa parole si cela l’avantage. La duplicité est une trahison, considérée comme une condition de la réussite politique. Et il est vrai que si le mensonge est le pain quotidien du politicien (avec un summum en période électorale), la trahison bien que moins fréquente jalonne quand même un parcours politique réussi. On me reprochera peut-être l’usage de ce vilain mot : oui, le poison et le poignard qui étaient peut-être des accessoires politiques courants dans l’Italie de la Renaissance, ont été remisés ; mais on a conservé la félonie qui consiste à trahir ses amis pour de nouveaux alliés
- C’est ainsi que Mario Renzi est  devenu chef du gouvernement italien en supplantant Enrico Letta, pourtant membre de son parti, le Parti Démocrate.
- Plus près de nous, quand Georges Pompidou a déclaré dans la presse qu’il était prêt à remplacer le général de Gaulle, il a bel et bien précipité l’échec de celui-ci au référendum de 1969. La trahison peut échouer (Chirac contribuant à l’échec ce Giscard en 1981, sans pouvoir être élu) ; elle ne peut être remplacée.
Mais ne condamnons pas la duplicité : elle laisse ouverte la possibilité de remplir son devoir politique. Si la duplicité est en effet une caractéristique essentielle de l’action politique, c’est que celle-ci doit toujours avoir deux significations : l’une qui vise le bien public ; l’autre qui permet à son auteur de conforter son pouvoir.
La preuve ? On s’étonne que les électeurs reconduisent au pouvoir des maires qui ont été condamnés par les tribunaux pour diverses malversations, mais qui ont réussi des réalisations magnifiques dans leurs villes (1). Mais c’est que simplement nous autres, les citoyens, nous pensons que ceux qui nous gouvernent recherchent toujours leur intérêt personnel. Mais si pour cela ils doivent faire le bien public, alors on dit Banco !
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(1) Jacques Médecin à Nice ; Alain Carrignon à Grenoble. J'ajouterai dans un autre registre Georges Frêches à Montpellier.

Thursday, February 20, 2014

Citation du 21 février 2014

En politique, la vérité doit attendre un moment où quelqu'un aura besoin d'elle.
Björnstjerne Björnson (1832-1910)


On crie très fort contre les mensonges des hommes politiques, qui, par ambition et par cynisme, nous trompent tant qu’ils peuvent pour être élus. Au point que la question ne serait pas : « Mentent-ils ou pas ? » ; mais plutôt : « Expliquons pourquoi nous croyons à leurs mensonges ».
Notre auteur du jour (1) nous dit une chose de plus : c’est que la vérité n’est considérée que comme un moyen, jamais comme une fin en soi – sans quoi on la désirerait sans en avoir besoin pour autre chose.
Moyen ? Moyen pour quoi faire ? Car, n’est-ce pas, on a sans doute tous planché sur ce sujet de dissert : « Que pensez-vous de cette formule d’Auguste Comte : Savoir pour prévoir, afin de pouvoir. »
La formule de Comte s’applique aussi en politique : la vérité est un instrument – mais seulement là où la connaissance du réel est nécessaire pour agir.
Simplement, le fait de divulguer cette connaissance n’est qu’un moyen d’action, en compétition avec d’autres pour réaliser ce qu’on désire.
--> C’est qu’on croirait facilement qu’il faut toujours connaitre pour agir. Et bien sûr, c’est vrai. L’homme politique a toujours besoin de connaitre la vérité ; mais non pas pour la dire. Il en a besoin pour disposer des armes qui lui permettront d’agir pour obtenir ce qu’il veut – c’est à  dire sa réélection ; ce qui suppose une manipulation de l’opinion publique.
Réécrivons donc notre Citation-du-Jour :
En politique, la vérité, [pour être divulguée],  doit attendre un moment où quelqu'un [trouvera avantageux qu’on la connaisse].
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(1) Il est à retrouver ici – Très connu dans son pays, il est un compatriote d’Eva Joly.

Friday, September 13, 2013

Citation du 14 septembre 2013


La révolution contre les castes ou les classes, stupide ! Les révolutions devraient se faire contre certains vices : par exemple, à mes yeux, une révolution contre l'avarice serait légitime. L'avarice implique toujours l'inhumanité. C'est la passion anti-sociale par essence.
Edmond et Jules de Goncourt – Journal (28 juillet 1862)
Commentaire II
« L'avarice implique toujours l'inhumanité. C'est la passion anti-sociale par essence
Si on vous avait demandé : Quelle est selon vous la passion anti-sociale par essence ? auriez-vous répondu : l’avarice ?
Peut-être auriez-vous plutôt dit : la paranoïa (passion du Moi) et sa variante l’érotomanie ; ou bien la volonté de puissance (entendue comme passion de tout gouverner) ; ou bien la débauche sans frein (la folie de Caligula).
Néanmoins, admettons-le pour le moment : l’humanité est un ensemble de valeurs et l’avarice incarne l’inhumanité parce qu’elle est la négation de ces valeurs.
L’avare est l’homme qui, comme le thésauriseur de Marx (voir Annexe), aime son argent à ce point qu’il l’enferme comme une trop belle femme : il craint par-dessus tout de ne plus le voir revenir s’il l’investit quelque part. Il préfère donc ne pas faire fructifier son bien plutôt que de prendre le risque de le perdre.
Mais cette distinction est encore inessentielle. Car ce qui compte, c’est la nature de la valeur reconnue. Pour l’avare, il  n’y a qu’une valeur capable de le mobiliser : c’est l’argent. Quand on dit que l’avare idolâtre l’argent, ça signifie qu’il en fait une valeur transcendante ; et aucune autre transcendance – pas même celle de Dieu, et en tout cas pas celle de l’humanité – ne saurait l’emporter sur celle de l’argent.
Toutes les passions sont habituées à cette prouesse qui consiste à idolâtrer leur objet. L’avarice, qui n’est autre que la passion de l’argent, fait de même et elle profite en plus de son abstraction : même quand il s’incarne dans l’or, les diamants, les perles ou les rubis, l’argent est toujours au-delà de cette réalité matérielle. Il est ce qui  nous aimante et nous attire à lui sans que jamais on ne puisse l’atteindre.
C’est l’argent le véritable rival de Dieu, et la colère de Celui-ci dans l’épisode du veau d’or (Exode, 32) s’explique sans doute ainsi. (1)
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(1) J’y reviendrai incessamment.
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Annexe – Distinction du capitaliste et du thésauriseur :
« Cette tendance absolue à l’enrichissement, cette chasse passionnée à la valeur d’échange lui (= le capitaliste) sont communes avec le thésauriseur. Mais, tandis que celui-ci n’est qu’un capitaliste maniaque, le capitaliste est un thésauriseur rationnel. La vie éternelle de la valeur que le thésauriseur croit s’assurer en sauvant l’argent des dangers de la circulation, plus habile, le capitaliste la gagne en lançant toujours de nouveau l’argent dans la circulation. » Marx – le Capital, livre 1, section 2 – Chapitre 4