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Wednesday, April 16, 2014

Citation du 17 avril 2014


Il faut craindre que l’ambition ne soit la couverture de l’orgueil, mais que la modestie ne soit qu’un prétexte à la paresse.
Henry Monnier. – Monsieur Prudhomme
Les citations attribuées à monsieur Prudhomme sont en général hilarante parce que constituées de lapalissades ou de tautologies. Mais certaines, comme celle-ci, encouragent la réflexion.
Admettons que nous ayons tendance à osciller entre les deux pôles que sont l’ambition d’une part et la modestie de l’autre. Que l’une soit un vice et l’autre une vertu. Que voyons-nous ? Qu’en réalité nous sommes en train de choisir entre deux défauts : l’orgueil et la paresse.
Ainsi donc, là où les moralistes nous encouragent à des efforts pour sortir du vice afin d’aller vers la vertu, nous sommes en réalité dans le cas du paresseux qui par semblant de modestie refuse de faire effort pour briller en société.
Quoi ? Monsieur Prudhomme, ce modèle d’auto-satisfaction bourgeoise qui se rengorge dans une médiocrité triomphante, Monsieur Prudhomme serait donc misanthrope à ses heures ? Faut-il cela prendre au sérieux ou bien faut-il ne voir là qu’un effet comique voulu par l’auteur qui aurait préféré faire rire plutôt que réfléchir ?
Peut-être. Mais peut-être pas.
Car : si l’ambition ne se comprend pas sans une certaine dose d’orgueil, par contre la modestie peut fort bien aller avec le courage de l’effort – moral, mais pas que.
A côté du paresseux qui  excuse sa passivité en la prétendant vertueuse, il y a la modestie véritable de celui qui renonce aux privilèges de son rang et qui, restant parmi les humbles, se condamne aux efforts qui sont exigés des faibles.
En 1914, Alain du fait de son âge aurait pu rester civil ; engagé volontaire il refusa un grade qui lui aurait assuré une sinécure (1) :
« Je suis né simple soldat » écrivait-il en 1922
La suite à demain si vous voulez bien
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(1) «Brigadier au 3e régiment d'artillerie, il refuse toutes les propositions de promotion à un grade supérieur. » (Art. Wiki) 

Sunday, February 12, 2012

Citation du 13 février 2012

L'an dernier j'étais encore un peu prétentieux, cette année je suis parfait.

Frédéric Dard alias San Antonio

La fausse modestie est le dernier raffinement de la vanité.

La Bruyère – Les Caractères

Il y a des situations qui sont contradictoires en soi. C’est le cas lorsqu’on s’accorde une qualité véritable, mais qu’on ne peut s’attribuer sans montrer du même coup qu’on ne la possède pas. C’est le cas de la modestie qu’on ne saurait se décerner sans faire preuve du même coup d’une certaine prétention. La fausse modestie est, comme le dit La Bruyère, le dernier raffinement de la vanité.

La fausse modestie… Bon. Mais alors et la vraie ? En quoi consiste-t-elle ?

Partons de la fausse modestie, qui consiste à refuser de s’attribuer des mérites très évidents, à les minimiser ou à en attribuer l’origine à d’autres – voire même à la chance – pour le plaisir d’entendre les autres nous les attribuer.

En en déduira que la vraie modestie consisterait à se reconnaitre les mérites qu’on ne peut cacher, tout en évitant d’en tirer gloire.

La modestie suppose donc toujours une attitude vis-à-vis d’autrui, dont on suppose non seulement la présence, mais aussi la réaction. Plus je m’accorde de réussite, plus les autres sont obligés de me reconnaitre des mérites. La véritable modestie consisterait peut-être même à taire nos réussites, et quand on ne pourrait plus les cacher à s’en remettre aux autres pour les évaluer.

La modestie n’est donc pas une qualité qu’on peut posséder tout seul : si nous étions comme l’ermite, nous ne saurions (sauf à nous dédoubler) être ni modeste, ni immodeste.

Que nous resterait-il ? Simplement l’évaluation objective de nos actes, indépendamment de la fierté ou de la honte de les avoir accomplis.

Comme le sportif qui ne s’en remet qu’au chronomètre pour évaluer ses performances.

Tuesday, December 06, 2011

Citation du 7 décembre 2011

Pour aimer les hommes, il faut en attendre peu : pour voir leurs défauts sans aigreur, il faut s’accoutumer à les leur pardonner, sentir que l’indulgence est une justice que la faible humanité est en droit d’exiger de la sagesse

Helvétius – De l'esprit (Discours I, ch. 4 p.35) – (1)

Aujourd’hui, je propose, dans le sillage d’Helvétius, un éloge de la modération, ou plutôt de la modestie.

On pourrait certes en se concentrant sur la fin de la citation : l’indulgence est une justice que la faible humanité est en droit d’exiger de la sagesse, y voir un encouragement à la tolérance (2) : n’attendons pas des autres ce que nous ne savons faire nous-mêmes.

Mais si je me reporte au début du propos d’Helvétius : Pour aimer les hommes, il faut en attendre peu, alors, ça va plus loin : il s’agit d’aimer les hommes, et en attendre peu est un acte de philanthropie, au sens fort du terme.

Ce que nous attendons des autres relève d’une part de notre conception de la normalité, et d’autre part d’une conception de notre droit.

- Pour ce qui est de la normalité de l’être humain, une faible exigence peut aussi bien conduire à la philanthropie qu’à la misanthropie. Alceste ne cherche pas à corriger l’espèce humaine : il préfère se retirer dans un désert.

- Par contre, ne pas se considérer en droit d’exiger beaucoup de nos contemporains est sans doute un signe de sagesse dont tout le monde n’est pas capable. Or, notre droit – du moins ce que nous pensons l’être – n’est pas forcément calibré sur les capacités des autres : ce qu’on exige d’eux peut fort bien passer au-dessus de leurs ressources. Dans une lettre Léopold Mozart (le papa), se plaint de ce que Wolfgang, chez qui il était de passage à Vienne, l’avait fort mal nourri. On imagine pourtant le dénuement du pauvre fils : à l’époque il dansait devant le buffet avec Constance pour oublier qu’il était vide.

Mais par-dessus tout, cette modération dans l’exigence de notre droit me parait être une disposition psychologique sans doute acquise dans l’enfance et qui nous rend modestes dans nos exigences.

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(1) Voir aussi la citation de Spinoza : J’ai pris grand soin de ne pas tourner en dérision les actions humaines, de ne pas les déplorer ni les maudire, mais de les comprendre. Traité de l'autorité politique ch. 1, § 4 (cité le 29-04-2006)

(2) Un peu comme chez Voltaire : « Tolérance - Pardonnons-nous réciproquement nos sottises» (cité le 17-02-2006)

Tuesday, July 20, 2010

Citation du 21 juillet 2010

La modestie va bien aux grands hommes. C'est de n'être rien et d'être quand même modeste qui est difficile.

Jules Renard – Journal – 2 décembre 1895

C’est vrai, il a raison Jules Renard : quand on n’est rien, parvenir à être modeste quand même, c’est non seulement difficile, mais c’est quasiment impossible. Car, si être modeste c’est s’effacer devant les autres, la modestie est une vertu inaccessible aux médiocres aux sans-grade, aux gagne-petit : ils n’ont rien à effacer, eux.


Évacuons la question de la sémantique : en effet, Jules Renard feint d’ignorer le sens premier de la modestie : Simplicité, absence de recherche, de faste, de luxe. Car alors, on voit bien qu’elle décrit un état et non une position de la volonté. On peut être modeste, quand on est de condition modeste. Simplement, il n’y a aucun mérite à l’être.

La question posée par notre auteur ne prend sa valeur qu’avec le sens dérivé : Fait d'être modeste, effacement de soi, retenue dans l'opinion que l'on a ou que l'on affiche de soi-même. (1). Autrement dit, celui qui marine dans la pauvreté, ou qui a un QI à 85, celui là n’a aucun mérite à être modeste, parce qu’il n’a rien du tout à effacer, ni rien à retenir dans l’opinion qu’il a de lui-même.

On va me croire cynique. Ce n’est pas tout à fait vrai. En réalité, je vise un des plus célèbre propos d’Alain, intitulé : la morale, c’est bon pour les riches (Propos du 13 novembre 1909 – A lire ici). Nous dirons donc avec le philosophe : La modestie est une vertu pour les riches

Alain visait surtout les donneurs de sermons, ceux qui se donnent le droit de juger les autres (= les pauvres) à l’aune de leur mode de vie, qu’ils baptisent vertu, manifestant par là un insupportable mépris des conditions réelles d’existences dans les quelles se débattent les démunis.

Je ne me permettrai sûrement pas de rajouter une ligne de commentaire à ce texte que je juge très beau parce que très digne. Je dirai simplement que la modestie n’est une vertu (2) qu’à condition d’admettre que la dissimulation soit une posture morale.

Et si on me dit que c’est seulement la condition pour rencontrer les autres, d’égal à égal, même si cette égalité est fictive, je dirai que je n’ai jamais pu supporter le procédé des opéras du 17ème ou 18ème siècle, où le Tout-puissant Roi se déguise en berger pour approcher la belle bergère. (3)


(1) Ces définitions proviennent du TLF

(2) Vertu sociale il est vrai.

(3) C’est d’ailleurs tout ce qui m’a retenu d’admirer d’avantage le beau livre de Florence Aubenas qui adopte la vie de femme de ménage pour nous faire connaître la vie réelle de ces femmes.

[Je remarque qu’à la question : Florence Aubenas, comment se fait-il qu’on ne vous ait pas reconnue ? elle a répondu que si, on l’a bien soupçonnée d’être ce qu’elle était en réalité, mais seulement quand elle a postulé pour des emploi un peu plus élevés. Il est inimaginable que la pauvre Cendrillon soit autre chose qu’une souillon.]

Sunday, July 18, 2010

Citation du 19 juillet 2010

Soyez toujours modeste, jamais humble. La modestie est la qualité d'un honnête homme. L'humilité est la qualité d'un lâche, d'un fourbe, d'un sot, ou la vertu d'un chrétien.

La Beaumelle – Mes pensées ou Le qu'en dira-t-on (1752)

Ce qui fait la qualité du lâche, du fourbe, du sot, fait aussi la vertu d’un chrétien : étonnez-vous qu’après ça La Beaumelle ait été embastillé !

La distinction entre la modestie et l’humilité a été bien des fois évoquée avec beaucoup de finesse : je ne me risquerai pas à redire tout cela (1).

Donc, sans reprendre ce que les textes indiqués en note ajoutent à notre citation de La Beaumelle, et en remontant un peu en amont de son jugement, je crois que l’humilité comme la modestie (à supposer qu’elle ne soit pas feinte) posent le même problème : celui de l’auto-évaluation.

C’est l’angoisse des jeunes : qu’est-ce que je vaux se demandent-ils ? Je veux bien être modeste et humble, mais je veux savoir pourquoi – et jusqu’où ? Ce serait intéressant de justifier leur besoin de reconnaissance par ce fait : savoir ce qu’ils valent.

On dira que ce besoin ne débouche pas nécessairement sur l’humilité – et encore moins sur la modestie. Certes.

Tout le problème tient alors dans le point de repère choisi pour s’évaluer : on dit bien qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Mais faut-il vraiment rechercher les aveugles pour paraître clairvoyant ?

Tel est le sens du stade religieux de la vie selon Kierkegaard : nous amener à rire de nous et de notre prétention à valoir quelque chose devant Dieu. Oui, Dieu est l’aune à la quelle il faut nous mesurer, même si – et surtout parce que – notre petitesse doit en être reconnue.

Voilà pourquoi La Beaumelle a été embastillé : non pas pour avoir humilié les chrétiens, mais pour avoir, par sa méconnaissance du sens l’humilité véritable, prouvé qu’il était non pas uniquement un protestant (ce qui déjà le rendait peu recommandable), mais surtout un abominable athée.


(1) Voir par exemple La Bruyère et Voltaire (à lire ici)