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Monday, March 24, 2014

Citation du 25 mars 2014


Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, vers une vierge, qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie.
L’évangile selon Luc, chapitre 1, 26-32. – L'annonciation à Marie
La tradition affirme que c’est le 25 mars – soit 9 mois jour pour jour avant le 25 décembre ! – que Marie apprit qu’elle serait enceinte par la grâce de Dieu. N’est-ce pas le Miracle par excellence ? Un miracle tel que la science sera à tout jamais incapable de le reproduire ?
Car voilà : la science combat la stérilité, et du coup le miracle d’Elisabeth (cousine de Marie et mère de Jean-Baptiste) qui était stérile et très âgée quand elle conçut son enfant n’en est plus un avec la PMA.
Toutefois, il semble bien que personne ne se soit vraiment préoccupé de reproduire le miracle d’une femme engendrant sans l’intervention d’un homme : ce qu’on appelle la parthénogénèse. Dans l’état actuel des connaissances, ce serait pourtant faisable – jusqu’à un certain point : le miracle biblique restant quand même que la Vierge Marie engendra un garçon, alors que la parthénogénèse humaine ne permettrait d’engendrer que des filles.
Mais l’essentiel n’est pas là : comment se fait-il qu’au lieu de se soucier de faire que des vierges fassent des enfants, la recherche scientifique se soit efforcée plutôt de leur éviter d’en avoir ? (2)
Il est vrai que les femmes qui veulent avoir un enfant sans avoir de rapports sexuels ont recours à la PMA, et que c’est plus simple, et qu’en effet elles ont une chance d’avoir un garçon. Mais quid de la virginité ? Et surtout, quid de la procréation à partir d’un seul gamète ?
Mais moi je trouve que c’est quand même significatif que la science ne cherche pas à donner satisfaction à la femme narcissique qui voudrait un enfant qui soit sa parfaite image – sans être son clone.
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(1) Rappelons que Elisabeth, épouse de Zacharie et cousine de Marie engendra Jean-Baptiste alors qu’elle était stérile et très âgée (Luc, 1, 5-25)
(2) Là-dessus voir cet article – qui date quand même de 2002 !

Monday, May 09, 2011

Citation du 10 mai 2011

C'est aux miracles que l'on connaît les saints.

Gilles de Noyers Proverbia gallicana

Les saints… les miracles… La béatification de Jean-Paul 2…

Ça ne vous énerve pas, la béatification de Jean-Paul 2 ? Même si on laisse de côté son conservatisme moral, et sa croisade anti-capote, on peut encore se sentir irrité.

Moi, par exemple, je ne suis pas un adepte du démolissage systématiques des idoles, mais simplement je m’énerve de ne pas comprendre… Car, si l’on s’informe, on découvre que Jean-Paul 2 a été béatifié pour avoir guéri miraculeusement Sœur Marie-Simon-Pierre affectée de la maladie de Parkinson.

C’est là que vous commencez à comprendre mon courroux : qui donc va m’expliquer que ce pape, lui-même victime de cette maladie, dont il n’a pu guérir puisqu’il en est mort, a pu néanmoins avoir cette faculté miraculeuse au bénéfice de cette religieuse ? Fallait-il donc qu’il mourût pour devenir – non pas un saint – mais un miraculeur ? (1)

Evidemment, j’aurais dû m’en rendre compte avant : les saints ont tous été des faiseurs de miracles après leur mort, pas avant. Jésus est l’exception, puisqu’il a ressuscité Lazare de son vivant – mais voilà : c’était Jésus.

Donc, mes très chers frères, ne désespérez pas : vous avez peut-être l’impression que votre existence est terne, que vous n’êtes bon à rien et tout à fait inutile à vos semblables : c’est peut-être une erreur ! Imaginez donc que vous allez après votre mort devenir l’objet d’un culte pour avoir fait des miracles, parce que des gens auront guéri en priant devant votre photo ou au contact d’une relique de votre dépouille.

…Je vais donc me calmer en imaginant que moi aussi, je ferai des miracles post-mortem, et qu’on va s’arracher des reliques de mon corps, un peu comme l’autre jour lorsqu’on promenait lors de la messe de béatification une ampoule contenant un peu du sang de Jean-Paul 2.

Voyons, quelle partie de mon corps pourrait donc devenir objet de relique ?

Tout dépendra évidemment du miracle que j’aurai pu opérer : supposez que j’ai donné la fécondité à des femmes stériles ?

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(1) miraculeur : je croyais avoir créé un néologisme et j’étais fier de dire : ce mot existe puisque je l’ai inventé ! Et puis je consulte le moteur de recherche et je découvre qu’il existe un livre intitulé « L’enfant miraculeur de Prague »… Internet nous apprend au moins à être modestes : c’est déjà ça.

Wednesday, June 02, 2010

Citation du 3 juin 2010

Impossibilité des miracles :

« Pourquoi Dieu ferait-il un miracle ? Pour venir à bout d'un certain dessein sur quelques êtres vivants ! Il dirait donc : "Je n'ai pu parvenir par la fabrique de l'univers, par mes décrets divins, par mes lois éternelles, à remplir un certain dessein ; je vais changer mes éternelles idées, mes lois immuables, pour tâcher d'exécuter ce que je n'ai pu faire par elles." Ce serait un aveu de sa faiblesse, et non de sa puissance. Ce serait, ce semble, dans lui la plus inconcevable contradiction. »

Voltaire – Dictionnaire philosophique

S’il fallait montrer combien Voltaire est proche de Leibniz – et pas seulement l’ennemi irréductible de son optimiste qu’il brocarde à longueur de pages dans Candide – ce petit texte y suffirait sans doute. Car, tout comme notre philosophe de l’harmonie préétablie, Voltaire ne voit dans le miracle que ce qui déroge à l’ordre des lois de l’univers.

Tentons modestement une petite généalogie des miracles :

1 – J’imagine que les miracles ont été d’abord, dans l’Ancien Testament, une manifestation de la bienveillance divine à l’égard du peuple élu (exemple : la manne céleste).

2 – Puis avec le Nouveau Testament, les miracles ont eu un rôle heuristique : prouver la puissance du Christ. La résurrection de Lazare, la transformation de l’eau en vin, etc.

3 – En suite, disons au Moyen-Âge, les miracles ont été l’œuvre des saints, comme si Dieu était devenu trop lointain pour intervenir personnellement dans la vie des hommes.

Mais enfin, d’où qu’il provienne, le miracle est là encore destiné à soulager la misère humaine.

4 – Et puis, tout à coup, voilà que le miracle est regardé avec méfiance comme devant rendre des comptes à l’économie du monde, comme ce qui constitue un écart par rapport à ses lois. La volonté de Dieu joue désormais contre la création – telle qu’il l’a voulue. D’où la méfiance de Voltaire : le miracle est la plus inconcevable contradiction.

5 – Mais en fin on n’a pas attendu Voltaire ni Leibniz pour s’en rendre compte et pour tenter de surmonter la contradiction. Descartes faisait remarquer que Dieu est toute-puissance, et que la nécessité des lois de la création a elle aussi été voulue. Si Dieu avait voulu qu’existât un nombre entier naturel entre 3 et 4, il l’aurait fait.

Aujourd’hui, cette conception du miracle est complètement désacralisée : même les physiciens sont capable d’en faire en multipliant les dimensions de l’espace jusqu’à plus de 20 (théorie de cordes)

Obtenir un espace à 20 dimensions… Le beau miracle ! Laissez-moi regretter l’époque où les saints pouvaient – comme saint Dominique – obtenir des anges qu’ils apportent du pain quand les bons moines en manquaient.

Allez, une citation de Sœur Sourire pour finir : Chez Dominique et ses frères, / Le pain s'en vint à manquer / Et deux anges se présentèrent, / Portant de grands pains dorés

Ça c’est du miracle…

Saturday, June 14, 2008

Citation du 15 juin 2008

Ce qu'il y a de plus extraordinaire peut-être dans le besoin de l'extraordinaire, c'est que c'est, de tous les besoins de l'esprit, celui qu'on a le moins de peine à contenter.

André Gide - Journal 1889-1939

De tous les besoins de l'esprit, l’extraordinaire est celui qu'on a le moins de peine à contenter : voilà une pensée à la fois piquante et évidente… trop peut-être. C’est le genre de pensée à la quelle on acquiesce en se disant : « Ça, c’est bien vrai», avec l’impression toutefois que ça ne devrait peut-être pas aller de soi.

L’idée, c’est que l’extraordinaire résulte en fait de la rencontre d’un désir et du hasard. Aristote le disait : si je lance un tabouret en l’air, qu’il retombe n’importe comment, c’est le hasard ; qu’il retombe sur ses pieds, c’est la chance (1). Mais ça ne fait aucune de différence pour le tabouret. En réalité, l’extraordinaire ne contrevient pas aux lois de la nature ; il résulte seulement d’une interprétation subjective : tant que l’arc-en-ciel a été vu comme l’écharpe d’Iris, il a été extraordinaire. Voilà pourquoi ce besoin est si facile à satisfaire.

Mais ne devrions-nous pas être un peu plus exigeant ?

Et si l’extraordinaire était non seulement ce qui nous surprend, nous émerveille, mais en plus ce qui ne résulte pas des lois ordinaires de la nature ?

Et si, pour être tel, l’extraordinaire devait être une création, une invention humaine ? L’extraordinaire, c’est d’abord l’homme d’exception. C’est le génie. C’est aussi le monstre, et il faut avouer qu’ils sont plus courants que les génies.

Alors, bien sûr, cette fascination pour l’extraordinaire fait qu’on est attirés par les monstres dont l’exception nous stupéfie, suscitant effroi et attirance. Hitler a sans doute profité d’un tel sentiment, et nous devons nous en méfier.

Mais reste que les œuvres humaines sont aussi des productions qui dérogent à l’ordre de la nature : soit un tout petit peu (chaque petite œuvre est une déjà une création) ; soit beaucoup.

Ce qui ne dérange rien est insignifiant.

(1) Je ne sais plus où j’ai lu ça. Si vous avez la référence, merci de me la communiquer. Sinon, ça sera une pensée de plus « attribuée à » Aristote, qui n’en est plus à une près.

Sunday, January 20, 2008

Citation du 21 janvier 2007

Il n'y a que deux façons de vivre sa vie : l'une en faisant comme si rien n'était un miracle, l'autre en faisant comme si tout était un miracle.

Albert Einstein

Une capacité d’accomplir des miracles compte aussi au nombre des facultés humaines.

Hannah Arendt - La crise de la culture, ch IV-4, p. 220

Alors, allons-y : tout est miracle, notre vie est miraculeuse, les autres sont miraculeux, ma voisine et son chien, la voiture qui démarre chaque matin, l’haleine chargée de mon patron…

Stop ! Si tout est miracle, rien n’est miraculeux. Le miraculeux suppose une rupture, une surprise, un émerveillement. Albert Einstein polémique sans doute lorsqu’il déclare ceci, peut-être pour faire comprendre qu’il n’y a pas plus de mystères dans l’univers que dans notre vie.

Nous allons chercher la réponse chez Hannah Arendt.

Est miraculeux ce qui a une improbabilité infinie, dit Hannah Arendt. Autrement dire, le miracle est ce qui ne devrait pas arriver et qui pourtant s’accomplit.

Pas très original, me direz-vous. Et pourtant si : Arendt affirme que les miracles sont partout où il y a des hommes : « une capacité d’accomplir des miracles compte aussi au nombre des facultés humaines. »

Le miracle, c’est dans l’action qu’on le trouve, et dans la manière dont nous le ressentons.

Pour mesurer l’originalité de cette position, souvenons-nous de la thèse classique : seul Dieu fait des miracles, et ceux-ci contredisant les lois de la nature, c’est dans la nature seule qu’ils s’observent - guérison miraculeuse qui contredit la réalité physiologique, soleil qui se dédouble, mer qui s’ouvre en deux… Et du coup, le miracle se comprend par sa fonction : manifester la puissance de Dieu pour convaincre les sceptiques, en changeant l’eau en vin par exemple.

Retour à Hannah Arendt : nous savons déjà que pour elle la « natalité » est un miracle, que chaque enfant qui naît est l’ouverture d’une imprévisible nouveauté ; c’est là que l’improbabilité du miracle prend sa place. Que sera cet enfant ? C’est par ses chances de d’agir tout au long de sa vie qu’il se définit comme miracle, et donc le miracle est la marque de la vie entière des hommes.

On dira que beaucoup de ménagères de moins de 50 ans ne sont pas vraiment miraculeuses. Oui, mais elles auraient pu l’être. Ça ne vous suffit pas ?

… Vous avez raison, et la réponse de Arendt est plus radicale : il y a du miracle dans chaque action, ne serait-ce que par la surprise qu’elle occasionne. La mesure du miracle, c’est aussi dans notre affectivité que nous la trouvons.

Sunday, February 19, 2006

Citation du 20 février 2006

"Je crois parce que c'est absurde."

Tertullien ou Saint Augustin (indécis, selon les sources)

Amphigouri (subst masc) Discours ou écrit burlesque, volontairement obscur ou incompréhensible. Voilà la définition qui s’applique semble-t-il à cette citation : comment croire ce qui est absurde ? Ne fait-il pas pour croire avoir une bonne raison de la faire ? Et cette raison ne détruit-elle pas l’absurdité ? Et si, comme l'indique le contexte, cette croyance est la foi en Dieu, c'est encore plus inquiètant.

Saint Augustin (cette fois-ci c’est bien lui) prétend sortir de l’amphigouri par la nature infinie donc incompréhensible (pour la créature) de Dieu : "Si tu le comprends, ce n'est pas Dieu.".

Dont acte.
Pourtant tout cela veut dire que le religieux est le lieu du miracle, et que le miracle est l’incompréhensible. A Lourdes, c’est l’échec de la médecine à rendre compte de la guérison qui est le signe du miracle ; ce n’est pas même la piété du miraculé, car ce serait déjà un début de rationalisation. D’abord croire, ensuite prier ; et pour finir guéri ? Non : trop facile.

Mais l’essentiel n’est pas là, ou pas seulement. Si l’objet de la croyance est « absurde », c’est parce que nous ne pouvons ni donner un sens, ni établir une connaissance. Leibniz admet que le miracle existe : il correspond à cette partie de la création dont la compréhension dépasse notre entendement. Mais ce n’est pas pour autant quelque chose d’irrationnel : notre raison devrait pouvoir comprendre si sa puissance était celle de Dieu. Ainsi le miracle ne doit pas nous conduire à abandonner nos vérités ; entre l’ordre naturel et le miraculeux, il ne doit pas y avoir contradiction, mais seulement différence. Votre maladie est guérie sans qu’on sache pourquoi, néanmoins on sait que, scientifiquement, vous l’êtes.

C’est déjà ça.