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Sunday, March 02, 2014

Citation du 3 mars 2014



Il faut bien la nourrir notre armée. Sans quoi c’est l’armée russe qu’il faudra  nourrir.
Un Ukrainien (de Kiev) à propos de l’augmentation des crédits alloués à l’armée nationale mobilisée pour faire face à l’armée russe stationnant à l’est du pays.
On se doute que dans un pays endetté comme l’Ukraine, cette décision d’augmenter les crédits de l’armée soit synonyme d’augmentation des impôts. Les ukrainiens (du moins les pro-européens) sont mi- fatalistes, mi-combatifs : Battons-nous, disent-ils, sans quoi on devra subir la volonté de l’envahisseur – et de ses affidés. D’où le propos désabusé : D’ailleurs, ça ne nous coûtera pas plus cher que de déclarer forfait.
o-o-o
Mais on a aussi l’idée qu’une armée, ça vit toujours sur le pays. Autrefois, quand les soldats n’étaient pas payés, ils devaient vivre du pillage des pays conquis. C’est un fait qui a été combattu encore et encore : preuve qu’il réapparait toujours.
Est-il juste que pour les citoyens cette obligation de nourrir les soldats existe en permanence ? Je veux dire : pourquoi donc les soldats ne produiraient pas eux-mêmes leur subsistance ? On me rétorquera que dans la tripartition de la société indo-européenne, les guerriers ne pouvaient être aussi des paysans, au même titre que les prêtres.
Mais les contre-exemples sont nombreux : nos moines défrichaient les forêts et cultivaient dès les moyen-âge ; quant au soldat-laboureur, le célèbre Nicolas Chauvin en perpétue le souvenir. Que Chauvin qui a donné son nom au chauvinisme soit devenu symbole du patriotisme montre bien que les soldats peuvent-être un peu plus que des soldats.


Au fait : si les ukrainiens n’ont pas vraiment de temps de réorganiser leur armée, nous n’en sommes – nous autres français – pas là. Reconstruisons les casernes aux champs, et donnons à nos soldats des missions militaro-agraires. Par exemple : gardiens de troupeaux.
Nos soldats auraient ainsi l’occasion d’utiliser leur matériel tellement high-tech pour géo-localiser leurs vaches
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Remarque pour les esprits mal-tournés.
Cette idée que les militaires devraient produire eux-mêmes ce dont ils ont besoin n'est pas si absurde que cela : le scandale des femmes-soldats violées par des militaires dans leurs propres casernes montre bien qu'au lieu d'aller embêter la fille de la fermière, nos soldats savent aujourd'hui vivre en autarcie.

Monday, July 15, 2013

Citation du 16 juillet 2013



Si l'on mettait le temps des fanfares / A la gare gare gare / On perdrait pas son temps / De temps en temps / Tout en y gagnant / D' quoi s' fair' bien d' la joie / Car mieux vaut un' guitare / Qu' les sonn'ries de la gloire oire oire /
Léo Ferré – Le temps du plastique – A lire ici – A écouter ici (enregistré en novembre 1955)
Il y a deux jours, le 14 juillet, j’ai voulu remonter le moral de mes concitoyens. Raison pour laquelle j’ai laissé de côté cette chanson de Léo Ferré, notre vieil anar dont on a célébré l’anniversaire de la disparition il y a 20 ans. Oui, il est mort un 14 juillet et ça se comprend…
Au fond, ce qui choque – et ça a été une charge d’Eva Joly contre le 14 juillet – c’est que cette célébration de la Nation se fasse essentiellement sur fond de défilé militaire (1).
Et oui, c’est vrai : supprimez le défilé du 14 juillet, qu’est-ce qui vous reste ? Le feu d’artifice ? Le bal des pompiers ? Le discours de l’élu de la commune au banquet républicain ? – Même pas : c’est fini ces repas à l’ombre des tilleuls où l’on mange le boudin-purée populaire.
Donc, à part l’armée, on ne voit pas ce qui pourrait sauver le 14 juillet.
Autre chose : si l’armée ne défile plus ce jour-là – et donc ne défile plus du tout – alors le fossé qui la sépare des citoyens risque de se creuser. Et en effet, une armée de métier n’a que deux façons de se faire connaitre du peuple : soit en faisant la guerre. Soit en défilant avec ses belles armes rutilantes. Choisissez.

Et si on remplaçait la fanfare par une Marseillaise jouée à la guitare-harmonica ?
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(1) Le récent scandale soulevé par le tweet du compagnon de Cécile Duflot, disant que le jour du 14 juillet il n’allait pas voir le « défilé de bottes » montre que le sujet est toujours sensible.

Thursday, January 14, 2010

Citation du 16 janvier 2010

En France, on fait sa première communion pour en finir avec la religion ; on prend son baccalauréat pour en finir avec les études, et on se marie pour en finir avec l'amour... et on fait son service pour en finir avec le devoir militaire.

Jean Jaurès – L'armée nouvelle

Je dédie cette formule de Jaurès aux amoureux des belles citations, de celles dont on aime se souvenir et répéter l’occasion venue.

Reste que bien sûr, il faudrait la moderniser un peu : le bac n’est plus suffisant pour sortir des études, et le service militaire n’est plus d’actualité… mais ça pourrait revenir !

Si on y réfléchit, pourtant, ce que dit Jaurès est pour le moins insolite : il est des perversions étranges qui nous permettent de transformer les portes d’entrée en portes de sorties.

- La communion, au lieu d’être l’initiation à la ferveur envers Dieu, devient le moyen de ne plus y penser, même pas au cours de catéchisme.

- Le bac : en tenant compte des réserves faites ci-dessus, le bac aurait dû être l’accès à l’autosuffisance dans les études. Le bachelier devait être celui qui était capable d’étudier tout seul (permettez-moi un petit instant d’orgueil : c’est pour cela qu’on lui faisait faire de la philosophie en terminale).

Au lieu de cela, le bachelier de Jaurès n’a qu’une idée : en finir une bonne fois avec tous ces bouquins sur les quels il s’endort.

- On se marie pour en finir avec l'amour : oui, finies les roucoulades sous le balcon de la Dulcinée, finis les regards énamourés pour la séduire, les serments au clair de lune…

Du temps de Jaurès, le mariage, c’est le temps pour le bourgeois d’aller au Lupanar, et pour l’ouvrier de rentrer ivre le samedi soir.

- Et le service militaire, moyen d’en finir avec devoir militaire.

La comparaison laisse rêveur : Jaurès voudrait semble-t-il que ce devoir ne cesse pas, pas plus que la pratique et la ferveur religieuse, pas plus que l’amour, pas plus que l’étude.

Un devoir militaire, c’est participer activement à une l’armée de conscription, ou à une milice populaire, ou à la Garde nationale – que sais-je encore ?

… Après tout, oui, c’est quand même cela qui est vraiment dépassé dans la citation de Jaurès : et pas seulement parce que le service militaire a été supprimé. Ce qui est tout à fait sorti de nos mentalités, c’est l’idée que nous pourrions avoir un devoir militaire, qu’entre l’armée et le citoyen il y aurait une continuité, une connivence, une communauté de nature.

Faire partie d’une armée de citoyens ça devrait être ça le devoir militaire.

Je ne connais pour ma part qu’une armée au monde qui réponde à cette conception : c’est Tsahal, l’armée d’Israël.

Du moins, cette armée qui existait avant… avant l’opération plomb durci.

Monday, July 07, 2008

Citation du 8 juillet 2008

Il y a trois sortes d'intelligence : l'intelligence humaine, l'intelligence animale et l'intelligence militaire.

Aldous Huxley

J’avoue que moi aussi je partageais jusqu’à récemment le jugement de Huxley : l’intelligence, chez un militaire me semblant contradictoire avec la vertu d’obéissance, je la plaçais en dessous de l’intelligence animale.

Et puis vient le célèbre épisode de la libération de Ingrid Bétancourt : opération d’intelligence militaire dit-on partout. Intelligence militaire, me dis-je ? Quésaco ?

Là-dessus, j’ai pris mon dictionnaire d’anglais, et j’ai compris : en anglais, intelligence signifie, outre le sens habituel pour nous, renseignement – voire même service de renseignement. (1)

O.K., j’ai compris, me dis-je : c’est un faux ami.

Quoique…. On pourrait se demander par quelle aventure lexicale, ce mot qui, même en anglais signifie d’abord l’entendement, et sa capacité à comprendre, devient par la suite synonyme renseignement, voire même d’espionnage.

C’est là qu’on comprend quelque chose qui pourtant devrait être bien connu : l’intelligence c’est la sagacité, l’aptitude à découvrir ce qui est caché ; donc aussi ce qu’on nous cache.

Pas d’exercice de l’intelligence là où il n’y a pas de secret, de vérité cachée.

La première manifestation de l’intelligence dans l’espèce humaine a été le péché du fruit défendu : c’est la prise de possession de la connaissance du bien et du mal. L’intelligence, c’est la volonté de découvrir par soi-même de ce qui est bon ou mauvais, vrai ou faux, beau ou laid, partout où on prétend nous le cacher, parce que du même coup, celui qui nous cache tout ça peut nous dominer (2). Dans le convois militaires, seul le véhicule de tête sait où il va ; les autres ne savent qu’une chose : c’est qu’il faut le suivre.

Et revoilà les militaires…

(1) Je n’ai pas le texte original de Huxley ; il est possible qu’il joue sur ce double sens.

(2) Il existe une branche de la psychologie spécialisée dans la « psychologie de la domination ». L’ignorance en est l’un des support : celui qui doit attendre l’information pour agir dépend totalement de celui qui détient l’information.

Wednesday, April 09, 2008

Citation du 10 avril 2008

Il suffit d'ajouter "militaire" à un mot pour lui faire perdre sa signification. Ainsi la justice militaire n'est pas la justice, la musique militaire n'est pas la musique.

Georges Clemenceau

Amusante, la citation de Georges Clemenceau, amusante mais discutable.

Car en un sens, la musique militaire existe, et elle est signée Beethoven (La bataille de Vittoria) ou Tchaïkovski (Ouverture Solennelle 1812) : décharges de mousquets et coups de canon font partie de ces partitions. Il faut des militaires pour les exécuter (sans jeu de mot).

On dira malgré tout que la musique ne peut pas être militaire, parce qu’elle ne peut être définie par une fonction quelconque, qu’elle soit militaire ou autre. Sa nature est d’être musicale, ou bien elle n’est rien. Le canon qui tonne dans l’Ouverture Solennelle 1812 remplace un autre instrument (grosse timbale ???). Exactement comme l’orage de la Symphonie pastorale : peut-être que Beethoven aurait mis un enregistrement du tonnerre s’il avait pu.

Prenons toutefois au sérieux ce que nous dit Clemenceau : après tout, la musique n’est qu’un exemple. Si l’adjectif militaire ne peut s’attribuer à aucun mot, c’est qu’il n’y a que le militaire qui puisse être militaire : on est dans le règne de la tautologie. Mais, c’est une tautologie qui nous apprend quelque chose : faisons un peu glisser les mots et disons « seule la guerre peut-être militaire ». L’armée ne peut avoir d’autre fonction que la violence ; l’usage de la force ne peut servir qu’à la destruction.

Il est vrai que l’armée recrute aujourd’hui sur la base de missions humanitaires et non militaires : la sécurité, l’assistance aux populations, les soldats qui secourent des foules affamées par la guerre civile ou par des calamités naturelles. Qu’en dirait Clemenceau ?

Admettons un instant qu’il ait tort, et que maintenant une armée de bienfaisance existe, et que ce ne soit pas l’Armée du salut. Cette utopie d’hier serait donc devenu réalité d’aujourd’hui. Mais alors, comment expliquer que les populations civiles continuent à redouter les soldats, voire même à leur tirer dans le dos s’ils le peuvent ? Après l’Afghanistan, l’Irak : les malheureux peuples ne se réjouissent surtout pas de voir arriver les armées de libération, car quand les libérateurs s’installent à la place des tyrans, ils deviennent eux-mêmes tyrans. Disons-le autrement : quand quelqu’un arrive avec un FM sous le bras, on commence par se cacher : être armé signifie intention de tuer ; pour quelque cause que ce soit, peu importe.

La possibilité de la violence est déjà une violence.

Thursday, July 13, 2006

Citation du 14 juillet 2006

Allons, enfants de la patrie…

La Marseillaise - Hymne national

Patrie, terre des ancêtres (paternels), auquel un lien filial nous attache. Chez Platon, la patrie (qu’il appelle matrie) n’est autre que l’acropole d’Athènes d’où sortirent les premiers athéniens, poussant du sol comme les plantes de la terre.

Mais ce lien filial est aussi un lien politique : la patrie est la nation dont on fait partie, la société politique dont on est membre (1). En ce sens le « dévouement à la patrie » n’est pas seulement une obligation morale, c’est aussi un devoir politique.

Qu’en est-il aujourd’hui de l’idée de Patrie ? Au cours du XXème siècle, elle a succombé à la confusion née de l’identification du devoir politique au devoir moral. Les citoyens devenus des enfants de la patrie ont en effet le devoir de mourir pour elle (Bien moins jaloux de leur survivre / Que de partager leur cercueil). La mort est alors un honneur (« tomber au champs d’honneur »), elle est sans véritable importance, puisque filant la métaphore agricole (Cf. ci-dessus), la Marseillaise nous promet, après ces sanglantes moissons, de nouvelles récoltes : « S'ils tombent, nos jeunes héros, / La terre en produit de nouveaux / Contre vous tout prêts à se battre » (2).

De 1914 à 1918, les poilus ont appris à leurs dépens ce que tout cela voulait dire. L’hécatombe de la Grande Guerre a eu raison de cette confusion : les poilus du chemin des Dames sont morts pour Nivelle, pas pour la patrie, et les fraternisations entre combattants français/anglais et allemands ont été en tant que dénonciation du dévoiement de l’amour de la patrie, plus éloquents que des désertions.

14 juillet, les bals musettes… pourquoi pas. Mais pourquoi faut-il nécessairement un défilé militaire ?

(1) Politiquement, la patrie est née en 1789, par opposition à la Nation jusque là incarnée par le roi)
(2) Il s’agit de la version de 1792, signée Rouget de Lisle