Monday, January 05, 2015
Citation du 6 janvier 2015
Sunday, November 04, 2012
Citation du 5 novembre 2012
Thursday, July 19, 2012
Citation du 20 juillet 2012
Saturday, July 30, 2011
Citation du 31 juillet 2011
L'atome n'est que le dernier refuge où l'être, rendu à ses éléments premiers, poursuivra une sorte d'immortalité sourde et aveugle.
Albert Camus
Rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n'y retourne. Les atomes se déplacent dans tout l'univers en effectuant des tourbillons et c'est de la sorte que se forment les composés : feu, eau, air et terre.
Démocrite
Il nous arrive de nous extasier sur telle ou telle pensée d’un auteur contemporain, et puis en suite de nous dire : Bah ! Après tout il n’a fait que paraphraser un auteur de l’antiquité.
Moi qui ai tenté d’enseigner la philosophie et de noter des copies d’élèves, je vous dirai ceci : qu’une paraphrase intelligente (= qui ne trahit pas un texte tout en le maintenant intelligible), ce n’est pas si mal.
Ainsi de Camus, qui reprend à son compte la pensée de Démocrite concernant l’atome, qui matérialise le plus petit niveau de l’être, si petit qu’il en devient indestructible (1). L’atome est le dernier refuge de l’être, parce qu’il ne peut retourner au néant. Avec en prime la thèse qu’il n’y a pas de passage entre l’être et le néant (cf. la thèse de Parménide dans le Sophiste de Platon).
On objectera qu’après Hiroshima on sait bien qu’on peut diviser l’atome, et même que ça répand le néant un peu partout. Mais en réalité, on imagine que si l’atome se divise, il en résulte un tas de petits atomes, qu’on appellera « particules » et rien n’aura véritablement changé.
Bachelard a ironisé sur l’ignorance des philosophes qui se prétendent hardiment « matérialistes » comme s’ils savaient ce que c’est que la matière. Et de fait, la philosophie a échoué à la penser autrement que comme une « chose » qui, si petite soit-elle, pourrait être posée sur une table ou bien être rangée dans une boite. A cela, les physiciens répondent : l’onde, la tension, l’énergie doivent remplacer la matière-objet et après ça débrouillez-vous pour philosopher sur l’existence !
Mais on le voit avec cette pensée de Camus : ce n’est pas la matière qu’il est impossible de penser ; c’est le néant. (Voir notre Post du 28 janvier 2008)
----------------------------------------------
(1) a-tome : qu’on ne peut diviser.
Tuesday, February 01, 2011
Citation du 2 février 2011
Si l'expérience usuelle ne nous présentait pas les divers phénomènes de la poussière, il est à présumer que l'atomisme n'eût pas reçu des philosophes une adhésion si prompte et qu'il n'eût pas connu un destin si facilement renouvelé.
Gaston Bachelard
Qu’on ne s’y trompe pas : Bachelard n’est pas en train d’expliquer comment les philosophes ont appris aux scientifiques à penser l’atome ! Bien au contraire.
Les philosophes matérialistes de l’antiquité concevaient la matière comme étant composée de petits corps insécables – certains pourvus, comme le supposait Epicure, de crochets par lesquels ils pouvaient s’arrimer les uns aux autres. Et certes si Epicure en rajoutait sur l’image des grains de poussière dans le soleil, il n’en reste pas moins qu’on admet généralement que là était le point de départ de son intuition.
Or, Bachelard considère que la physique contemporaine a montré l’inanité de cette conception de l’atome, conception qui en fait, comme il dit, une « chosette ».
Contre quoi, il faut comprendre que l’atome n’est pas une chose, que chaque propriété de ce que nous appelons une « chose », sa forme, son existence à l’état isolé, sa consistance, sa couleur, ses mouvements, etc., nous éloigne de la compréhension de ce qu’est un atome.
On pourrait se dire qu’après tout, le mal n’est pas bien grand : que les physiciens aient leur atome, et les philosophes le leur, tant qu’ils ne se rencontrent pas, tout va bien.
Mais non, tout ne va pas bien : car ce contre quoi lutte Bachelard, ce n’est pas contre un atomisme fumeux ; c’est contre le matérialisme qui va avec. (1)
Il faut en effet se rappeler – au cas où on l’aurait oublié – que le marxisme est un matérialisme et qu’il a pendant plus de 70 ans été la doctrine officielle et hégémonique de certains pays. Or le matérialisme marxiste n’a rien à voir avec la « matière » étudiée par la physique moderne : il aurait plutôt à voir avec le matérialisme grec dans sa volonté de limiter la réalité à ce qui découle de la matière… sans trop savoir en quoi elle consiste.
Le matérialisme dialectique n’a vraiment pas aidé l’URSS à se doter de la bombe A.
---------------------------
(1) On peut lire à ce propos Le matérialisme rationnel, le livre de Bachelard au titre évocateur.