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Monday, January 05, 2015

Citation du 6 janvier 2015

Rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n'y retourne. Les atomes se déplacent dans tout l'univers en effectuant des tourbillons et c'est de la sorte que se forment les composés : feu, eau, air et terre.
Démocrite (déjà cité ici)
Déchet II
Sous mes doigts un clavier ; devant mes yeux, un écran ; à côté un ordinateur :
- Mais non ! Tout cela n’est en réalité qu’une seule et même chose : un tourbillon d’atomes.

Cette citation de Démocrite énonce ce principe du matérialisme antique qu’on prend souvent pour une sorte de rêve, de poésie sans consistance, avec ses atomes qui voltigent et tourbillonnent comme la poussière dans un soleil d’été.
Ou alors, on le considère comme un vieil adage qui n’a depuis longtemps plus rien à nous apprendre : Rien ne se perd, rien ne se crée – tout se transforme. Banal. Pourtant nous avons là quelque chose qui devrait nous éveiller dès que nous nous interrogeons sur notre avenir sur terre. En effet :
- Tout ce que nous utilisons pour produire existe depuis la nuit des temps, et rien de ce que nous rejetons ne disparaitra jamais. Qu’y pouvons-nous ? Rien, sauf que nous pouvons faire en sorte que ce que nous rejetons ressemble autant que possible à ce que nous avons pris. C’est la comparaison avec les centres d’épuration des eaux usées qui doit nous guider, puisqu’elles sont censées rejeter l’eau telle qu’elles l’avaient prélevée.

Pourtant reste encore une difficulté dans ce passage de Démocrite : rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n'y retourne. Comment ça ? Si on a détruit quelque chose, ne l’a-t-ton pas anéanti, c’est à dire rejeté dans le néant ?
On a déjà formulé la réponse : – tout se transforme. Quand le cochon mange du maïs, il ne l’anéantit pas, il le transforme en viande-de-cochon. Quand je mange le cochon, je ne le détruis pas : je le transforme en viande humaine et en excrément, les quels vont à leur tour être transformés en autre chose. La comète Tchouri perd peu à peu sa glace en passant près du soleil. Mais ces molécules d’eau vont continuer d’exister et – peut-être – se réagréger à d’autres dans ce ballet des atomes dont parle Démocrite.
Que retenir de ce ballet ? Que ce sont les mêmes molécules qui constituent la maïs/le cochon/l’homme/ses excréments/etc.

Le matérialisme est une école de la modestie.

Sunday, November 04, 2012

Citation du 5 novembre 2012



Sans destruction pas de construction ; sans barrière pas de courant ; sans arrêt pas d'avance.
Mao Zedong
Toute différence est ce que le négatif qui est au cœur de l'être fait surgir comme expression de lui-même. 
Alain Badiou – Entretien avec Christine Goémé (France-Culture 10.02.95 - à lire ici)

Du matérialisme historique au matérialisme dialectique, il n’y a qu’un pas. Oui, mais : dans quel sens le franchit-on ? Va-t-on de la théorie (dialectique) aux faits censés en découler (histoire) ; ou bien est-ce l’inverse ?
Prenez la citation de Mao. Elle semble bien être un commentaire de la phrase de Marx : la Bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui doivent lui donner la mort ; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, - les ouvriers modernes, les Prolétaires (Manifeste du P.C.) : c’est du pur matérialisme historique.
Mais la généralisation faite par Mao semble bien être étayée par la théorie. En tout cas, elle est une anticipation : l’avenir quel qu’il soit sortira de ces destructions. D’où lui vient cette faculté de prédire l’avenir – et donc de le produire ? Si théorie il y a, n’est-ce pas celle de la dialectique hégélienne, du « travail du négatif », décrite de façon lumineuse dans l’interview de Badiou ? En tout cas, si cette théorie est générale, elle doit servir aussi de guide pour contribuer à l’éclosion de l’avenir (radieux forcément).
Que dit cette théorie ? (1)
1 – Qu’on doit détruire pour faire éclore, que le monde neuf ne peut surgir que sur les décombres du vieux monde.
2 – Que si ce vieux monde doit être détruit c'est pour qu’il devienne encore plus lui-même (Badiou). Un peu comme la sorcière doit périr sur le bucher pour accéder à l’essence purifiée de l’être humain, les classes exploitantes doivent être détruites pour que la société soit enfin plus humaine.
On dira qu’il ne s’agit là que de fanatisme arriéré. Mais, outre qu’il a fait des dizaines de millions de morts il y a peu de temps, au cours du 20ème siècle, on voit de nos jours encore que, lorsqu’un fanatisme (politique) disparait, un autre fanatisme (religieux) se lève et prend sa place.
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(1) Je laisse de côté ici l’usage fait par la psychanalyse du « travail du négatif », dans le  refoulement et la sublimation.

Thursday, July 19, 2012

Citation du 20 juillet 2012


Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
Maxime attribuée à Lavoisier
Selon Wikipédia, cette maxime est en réalité la reformulation d'une phrase d'Anaxagore de Clazomènes : « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau. »
J’avais il y a quelques temps divagué avec Diderot qui imaginait que les molécules des corps des défunts pouvaient aller se balader avec les molécules d’autres défunts – et en particulier celles du monsieur avec celles de la dame qu’il aimait…
… Si nous voulons nous en tenir au raisonnable, disons avec Anaxagore – et Lavoisier – que du point de vue de la matière, le néant n’existe pas. Ou encore : que rien ne commence et rien ne finit. C’est mieux dit et en plus ça réduit au silence la métaphysique qui pose sans cesse la question de l’origine première des êtres, ainsi que de leurs fins dernières (1).
Quoique : D’où viens-je ? Où vais-je ? ces questions peuvent encore être posée. Mais non pas comme des questions fondamentales, mais comme de simples questions pratiques. Mon origine  lors de ma naissance n’est pas plus miraculeuse que le fait que, quand je mange une côtelette de porc, les molécules de la viande du cochon se transmutent en molécules humaines (2).
De même : pas de création ex nihilo, pas de fiat lux.
Fiat lux… Un miracle ? Je sais bien que la récente découverte du boson de Higgs a remis en lumière (si l’on peut dire) le fait qu’au moment du big-bang, les photons n’ont pas tout de suite existé, mais seulement quelques secondes après (3). Reste que tout cela est strictement connaissable et compréhensible et qu’à la différence des métaphysiques spiritualistes, le matérialisme exclut le mystère de l’univers.
Revenons maintenant à nous. Je voudrais savoir ce que je vais devenir lorsque je serai mort – ou alors ce que j’étais avant ma naissance (4) – ce qui revient à peu près au même.
La réponse est ou bien une évidence : regardez, voyez les transformations de la matière vivante, et vous comprendrez tout.
Ou alors elle est un mystère insondable, parce que, si je refuse d’évacuer le MOI (ou l’ÂME), alors je ne comprends plus rien ni à son apparition, ni à sa disparition.
Quizz-de-l’Eté : JE ne serai pas détruit le ver qui rongera mon corps ; JE ne suis pas l’ADN de la semence de Papa-Maman ; JE suis un miracle – Qui suis-je ?
Réponse : Je suis Narcisse.
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(1) « Fin » au sens de but ou de fonction. Alors, ma fin dernière est-elle de clamer la Gloire de Dieu (= spiritualisme), ou bien de nourrir les vers qui rongeront mon cadavre (= matérialisme) ?
(2) Je suppose que le tabou musulman sur la consommation du porc signifie qu’ils ne croient pas à cette transmutation : qui mange de cette viande impure devient comme elle.
(3) Between 10 seconds and 380,000 years after the Big Bang dit Wikipédia. Excusez l’imprécision, mais vu la distance (14 milliards d’années) ça peut se comprendre.
(4) Occasion de rappeler que Docteur-Philo avait en sontemps abordé cette question.

Saturday, July 30, 2011

Citation du 31 juillet 2011

L'atome n'est que le dernier refuge où l'être, rendu à ses éléments premiers, poursuivra une sorte d'immortalité sourde et aveugle.

Albert Camus

Rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n'y retourne. Les atomes se déplacent dans tout l'univers en effectuant des tourbillons et c'est de la sorte que se forment les composés : feu, eau, air et terre.

Démocrite

Il nous arrive de nous extasier sur telle ou telle pensée d’un auteur contemporain, et puis en suite de nous dire : Bah ! Après tout il n’a fait que paraphraser un auteur de l’antiquité.

Moi qui ai tenté d’enseigner la philosophie et de noter des copies d’élèves, je vous dirai ceci : qu’une paraphrase intelligente (= qui ne trahit pas un texte tout en le maintenant intelligible), ce n’est pas si mal.

Ainsi de Camus, qui reprend à son compte la pensée de Démocrite concernant l’atome, qui matérialise le plus petit niveau de l’être, si petit qu’il en devient indestructible (1). L’atome est le dernier refuge de l’être, parce qu’il ne peut retourner au néant. Avec en prime la thèse qu’il n’y a pas de passage entre l’être et le néant (cf. la thèse de Parménide dans le Sophiste de Platon).

On objectera qu’après Hiroshima on sait bien qu’on peut diviser l’atome, et même que ça répand le néant un peu partout. Mais en réalité, on imagine que si l’atome se divise, il en résulte un tas de petits atomes, qu’on appellera « particules » et rien n’aura véritablement changé.

Bachelard a ironisé sur l’ignorance des philosophes qui se prétendent hardiment « matérialistes » comme s’ils savaient ce que c’est que la matière. Et de fait, la philosophie a échoué à la penser autrement que comme une « chose » qui, si petite soit-elle, pourrait être posée sur une table ou bien être rangée dans une boite. A cela, les physiciens répondent : l’onde, la tension, l’énergie doivent remplacer la matière-objet et après ça débrouillez-vous pour philosopher sur l’existence !

Mais on le voit avec cette pensée de Camus : ce n’est pas la matière qu’il est impossible de penser ; c’est le néant. (Voir notre Post du 28 janvier 2008)

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(1) a-tome : qu’on ne peut diviser.

Tuesday, February 01, 2011

Citation du 2 février 2011

Si l'expérience usuelle ne nous présentait pas les divers phénomènes de la poussière, il est à présumer que l'atomisme n'eût pas reçu des philosophes une adhésion si prompte et qu'il n'eût pas connu un destin si facilement renouvelé.

Gaston Bachelard

Qu’on ne s’y trompe pas : Bachelard n’est pas en train d’expliquer comment les philosophes ont appris aux scientifiques à penser l’atome ! Bien au contraire.

Les philosophes matérialistes de l’antiquité concevaient la matière comme étant composée de petits corps insécables – certains pourvus, comme le supposait Epicure, de crochets par lesquels ils pouvaient s’arrimer les uns aux autres. Et certes si Epicure en rajoutait sur l’image des grains de poussière dans le soleil, il n’en reste pas moins qu’on admet généralement que là était le point de départ de son intuition.

Or, Bachelard considère que la physique contemporaine a montré l’inanité de cette conception de l’atome, conception qui en fait, comme il dit, une « chosette ».

Contre quoi, il faut comprendre que l’atome n’est pas une chose, que chaque propriété de ce que nous appelons une « chose », sa forme, son existence à l’état isolé, sa consistance, sa couleur, ses mouvements, etc., nous éloigne de la compréhension de ce qu’est un atome.

On pourrait se dire qu’après tout, le mal n’est pas bien grand : que les physiciens aient leur atome, et les philosophes le leur, tant qu’ils ne se rencontrent pas, tout va bien.

Mais non, tout ne va pas bien : car ce contre quoi lutte Bachelard, ce n’est pas contre un atomisme fumeux ; c’est contre le matérialisme qui va avec. (1)

Il faut en effet se rappeler – au cas où on l’aurait oublié – que le marxisme est un matérialisme et qu’il a pendant plus de 70 ans été la doctrine officielle et hégémonique de certains pays. Or le matérialisme marxiste n’a rien à voir avec la « matière » étudiée par la physique moderne : il aurait plutôt à voir avec le matérialisme grec dans sa volonté de limiter la réalité à ce qui découle de la matière… sans trop savoir en quoi elle consiste.

Le matérialisme dialectique n’a vraiment pas aidé l’URSS à se doter de la bombe A.

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(1) On peut lire à ce propos Le matérialisme rationnel, le livre de Bachelard au titre évocateur.