Showing posts with label masque. Show all posts
Showing posts with label masque. Show all posts

Monday, July 27, 2015

Citation du 28 juillet 2015

Le bonheur en toi tu le trouveras le jour où tu cesseras de porter un masque. Sois juste toi-même.
Anonyme
Encore une de ces leçons de morale qu’on donne sous forme de maxime pour que les gens la retiennent plus facilement – mais qui en réalité est terriblement banale ?
Oui, bien sûr. Mais si on l’examine un peu « de biais », on découvre quelque chose qui nous conduit à repenser les masques, non seulement comme ce qui cache notre visage sous une autre apparence, mais aussi comme ce qui le rend anonyme en le démultipliant. Ainsi de ces masques Anonymous,
qui effacent l’individu derrière son appartenance à un groupe (on pourrait aussi penser à ces uniformes qui cachent l’individu sous le soldat). Bref, le meilleur moyen d’être anonyme est d’être absolument identique à tous les autres, afin de cesser d’être un individu.
A partir de là on peut développer notre citation-du-jour dans deux directions :
- L’une qui souligne que l’objectif prioritaire est bien sûr de différer des autres, non pas spécialement pour briller par notre originalité, mais principalement pour coïncider avec nous-même.
- L’autre qui décrit le bonheur comme résultant de cette parfaite coïncidence avec soi-même, ce qui exclut qu’il y ait un modèle, valable pour tous, de vie heureuse.

Ce qui nous amène à deux orientations morales différentes :
- La première que je dirais volontiers anarchiste, qui rejette l’autorité extérieure si elle ne conduit pas au développement de la volonté personnelle.
- L’autre qui critique la marchandisation du bonheur qui l’aligne sur le désir et le désir sur le besoin.

--> Qu’est-ce qui fait que vous avez réussi votre vie ? Le fait de posséder une Rolex ?

Thursday, April 16, 2015

Citation du 17 avril 2015

(Il faut) faire de la publicité sans en avoir l’air.
Géraldine Michel (Libé du 11 avril – page 43)
La publicité ou l’art d’aller masqué.
Nous avions il y aura bientôt 9 ans, évoqué la double fonction des masques : cacher celui qui le porte ou bien montrer autre chose. Le masque blanc, comme le loup des adeptes du Carnaval, cachent ; celui des rites africains montre le visage d’une divinité.
Et la publicité ? J’aimerais à dire qu’elle fait les deux en même temps, exercice difficile pour lequel nos « créatifs » sont grassement payés. En effet, la publicité se donne pour tâche de vous faire oublier un instant que vous n’êtes – par exemple – qu’un pauvre type tout juste capable de siroter sa bière de canapé, en vous mettant dans la peau d’un  super beau-mec sapé comme un Dieu ; ou bien, madame, que vous n’êtes qu’une ménagère de moins de 50 ans, certes, mais quand même bien grassouillette,  parce que vous pouvez devenir une super-nana qui court tout le temps, sa bouteille de Contrex sous le bras.
Mais en même temps, et je dirai que c’est vraiment essentiel, la publicité se cache sous son message. Pourquoi fait-elle si souvent rire ? Est-ce pour retenir l’attention ? Certes, mais aussi pour faire oublier le message publicitaire.
Elle y parvient aussi en faisant croire que ce message est une information, et plus malin encore, c’est une information qui vante le produit « de biais » : ainsi de cette série de spots où on voit des jeunes gens qui expliquent à leurs ainés ringardisés que eux, leurs enfants, utilisent déjà ces produits dont les vieux parents ne soupçonnent même pas l’existence, ou bien qui les dénigrent à tort.
La publicité est obligée de leurrer non seulement par calcul, mais parce qu’elle ne pourrait pas exister sans cela : sinon, comment pourrait-elle vendre du vent – ou du rêve selon le cas.

J’ai l’air de mépriser la publicité : c’est vrai parfois, mais pas toujours. Par exemple, j’adore les publicités qui ont la tâche impossible de vanter des produits dont on ne parle pas en société : comme les laxatifs, ou les pompes funèbres.

--> Supposez que vous êtes un publicitaire : vous devez expliquer aux gens qu’avec les dragées Fuca ils vont arriver à faire caca ; ou bien que vous êtes un entrepreneur de pompes funèbres, et qu’il serait plus digne de s’en remettre à eux pour enterrer Grand-Père. Pas facile…

Tuesday, April 15, 2008

Citation du 16 avril 2008

Toute philosophie dissimule aussi une philosophie ; toute opinion est aussi une cachette, toute parole aussi un masque.

Nietzsche - Par-delà le bien et le mal §289

Magnifique citation, qui disqualifie à l’avance tout commentaire, puisque celui-ci étant parole n’est qu’un masque de plus.

Mais aussi paralogisme insupportable, qui, comme le scepticisme, ne peut dire le vrai qu’à condition de se dédire (1).

Plusieurs interprétations :

- d’abord, celle de Descartes qui - rappelons-le - affirmait « Je m’avance masqué » (2). Autrement dit, le philosophe cesse d’être une personne privée, un sujet (que ce soit le sujet de la subjectivité, ou celui du monarque), pour devenir une raison que tous peuvent partager, avec la quelle la communication s’effectue sans perte ni distorsion.

- Michel Foucault a repris à son compte cette formule de Descartes, mais cette fois pour mettre en retrait l’auteur du livre : « Qu’importe qui parle ? ». Le masque est la voix off dans le film, celui que porte le narrateur dans le roman, ou le « raisonneur » dans le raisonnement. Ni auteur ni maître.

- Bien sûr, Nietzsche dit tout autre chose. Le solitaire qui parle ici (Nietzsche imagine que tout philosophe a commencé comme Zarathoustra par un retrait dans la caverne - celle de l’ours ou du Dragon ; pas celle de Platon) dit que l’on écrit des livres pour cacher ce qu’on pense vraiment.

Ce que nous avons en nous d’important n’est pas à dire. La vérité ne se partage pas ; la vérité est l’expression de la volonté, elle est commune avec ce que je peux créer par mes propres forces. Si la parole est l’interface qui me rapproche des autres, alors elle ne peut être authentique.

(1) Voir aussi le paradoxe du menteur.

(2) Cf. Post du 9 août 2006

Monday, October 29, 2007

Citation du 30 octobre 2007

Toute philosophie dissimule aussi une philosophie ; toute opinion est aussi une cachette, toute parole aussi un masque.

Nietzsche - Par-delà le bien et le mal §289

Magnifique citation, qui disqualifie à l’avance tout commentaire, puisque celui-ci étant parole n’est qu’un masque de plus.

Mais aussi paralogisme insupportable, qui, comme le scepticisme, ne peut dire le vrai qu’à condition de se dédire (1).

Plusieurs interprétations :

- d’abord, celle de Descartes qui - rappelons-le - affirmait « Je m’avance masqué » (2). Autrement dit, le philosophe cesse d’être une personne privée, un sujet (que ce soit celui de la subjectivité, ou celui qui est soumis au monarque), pour devenir une raison que tous peuvent partager, avec la quelle la communication s’effectue sans résidu ni perte. Raison qui échappe de ce fait au conflit des opinions (rappelons que Descartes s’était établi en Hollande précisément pour échapper à la censure et à la persécution de l’Eglise).

- Michel Foucault a repris à son compte cette formule de Descartes, mais cette fois pour mettre en retrait l’auteur du livre : « Qu’importe qui parle ? ». Le masque assure la neutralité et l’anonymat : c’est voix off dans le film, c’est celui que porte le narrateur dans le roman, ou le « raisonneur » dans le raisonnement. Ni auteur ni maître.

- Nietzsche dit tout autre chose. Le solitaire qui parle ici (Nietzsche imagine que tout philosophe a commencé comme Zarathoustra par un retrait dans la caverne - celle de l’ours ou du Dragon ; pas celle de Platon) dit que l’on écrit des livres pour cacher ce qu’on pense vraiment.

Ce que nous avons en nous d’important, ce n’est pas qu’on ne puisse pas le dire ; c’est que ce n’est pas à dire. La vérité ne se partage pas ; la vérité est l’expression de la volonté, elle est une œuvre, elle est ce que je peux créer par mes propres forces.

Nietzsche se méfie donc de la vérité scientifique. Il se méfie également du concept. Il se méfie donc aussi de la parole.

Si la parole est l’interface qui me rapproche des autres, alors elle ne peut être authentique.

(1) Voir aussi le paradoxe du menteur.

(2) Cf. Post du 9 août 2006

Tuesday, August 08, 2006

Citation du 9 août 2006

Les comédiens, appelés sur la scène, pour ne pas laisser voir la rougeur sur leur front, mettent un masque. Comme eux, au moment de monter sur ce théâtre du monde où, jusqu'ici, je n'ai été que spectateur, je m'avance masqué (larvatus prodeo ).
Descartes (Texte trouvé dans les papiers de Descartes et daté du 1er janvier 1619).
« larvatus prodeo »… Cette formule a fait beaucoup gloser, dans la mesure où elle invite à interpréter l’œuvre du maître poitevin au lieu de la prendre littéralement.
Je vous épargnerai le débat des historiens de la philosophie. Ce qui selon moi soulève l’intérêt, c’est que Descartes n’évoque ici que le masque du comédien, et non le masque rituel (que sans doute il n’avait pas eu l’occasion de découvrir).
Pour ce qui est du rôle de l’émotion dans l’art du comédien («la rougeur sur leur front »), je vous renvoie à mon post précédent (3 juillet). En revanche, je note que le masque de comédie dont parle ici Descartes, comme celui du carnaval, ne montre pas : il cache le visage, comme l’image suivante permet de le vérifier

Mais n’oublions pas les masques rituels, dont la coutume africaine regorge (1) :

C’est peu de dire que ces masques montrent ! En réalité ils permettent d’incarner le personnage mythique représenté par le masque. Certains masques africains sont sculpté à l’intérieur aussi (ils représentent alors l’intérieur de la bouche et les dents) : c’est qu’il s’agit par eux de faire en sorte que celui qui le porte soit totalement habité par le personnage figuré, qu’il devienne effectivement l’esprit, le génie ou l’ancêtre représenté.
Dans une typologie des masques il faudrait donc prolonger l’opposition entre les masques qui cachent (dont parle Descartes) et ceux qui montrent, par la distinction - opérée parmi ces derniers - entre l’essence et l’apparence. Les occidentaux considèrent facilement que le masque n’est qu’une fallacieuse apparence qui dissimule la réalité au profit d’une illusion. Pour un africain, le masque matérialise une réalité, supérieure à celle que constitue le visage de celui qui le porte. En tout cas il lui permet d’accéder à une plus haute existence.

(1) Il s’agit d’un masque Dan de Côte-d'Ivoire