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Friday, November 11, 2016

Citation du 12 novembre 2016

En jeu d'armes et d'amours, pour une joie cent douleurs.
Brantôme – Les vies des dames galantes (1600)


(Cette gravure illustre une série de proverbes, qui sont :
            - Pour un plaisir mille douleurs : il sue la vérole.
            - Folie : Il vaut mieux avoir flux de bourse que de bouche.
            - Chaud comme braise.
Nous ne retiendrons que le premier (1))
Ce proverbe atteste la tradition qui place au cœur de la jouissance la menace de la maladie ou de la mort. Et au fond les MST sont bien pratiques : supposées liées au libertinage, elles permettent d’objectiver la punition du péché qui est attaché à la sexualité exercée uniquement pour le plaisir ; d’ailleurs on observera que l’auteur de la gravure reproduite ci-dessus a cru nécessaire de préciser le sens du proverbe en question : pour un plaisir mille douleurs – parce qu’il sue la vérole.
D’ailleurs bien que la syphilis n’ait pas toujours été connue en occident (sur l’histoire de cette maladie, voir ici), on peut estimer que sa « découverte » a été une véritable aubaine pour la morale chrétienne… Définie comme maladie honteuse, elle est immédiatement assimilée à un châtiment de Dieu stigmatisant la luxure – un peu comme le sida qui à ses débuts était étiqueté comme « cancer des gays». Il fallait bien que le péché de libertinage fut sanctionné par un mal atrocement douloureux, frappant de ses stigmates le visage, le corps et les organes génitaux du pécheur, par des pustules dégageant une odeur pestilentielle et menant inéluctablement à la mort.
Et en effet, comment faire pour que les hommes se détournent du plaisir sexuel ? Comment les retenir de copuler sans retenue ? Comment éviter que des femmes fassent commerce de leurs charmes ? Bref, si le paradis est invisible depuis la Terre, l’enfer n’y serait pas plus concret si la maladie et la mort ne venaient s’inscrire dans le déroulement de la vie. Pour contrôler les hommes et les femmes, la menace de damnation ne suffit pas toujours : il faut que la terreur du châtiment soit pour tout de suite ; et pour cela, la vérole est parfaite.
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(1) Les « vérolés » en question (c’est à dire les syphilitiques) étaient soignés par des séances dans des étuves. A Strasbourg celles-ci étaient installées dans le quartier appelé encore aujourd’hui la Petite France en souvenir du « mal français » (= la syphilis).

Thursday, July 28, 2016

Citation du 29 juillet 2016

Etre malade, c’est se sentir comme un enfant et comme un vieillard en même temps.
Mathias Malzieu – Journal d’un vampire en pyjama (p. 110)
Ils n'entendent point, et ma sonnette ne fait pas assez de bruit. Drelin, drelin, drelin : point d'affaire. Drelin, drelin, Drelin : ils sont sourds. Toinette! Drelin, drelin, drelin : tout comme si je ne sonnais point. Chienne, coquine! Drelin, drelin, drelin : j'enrage. Drelin, drelin, drelin : carogne, à tous les diables! Est-il possible qu'on laisse comme cela un pauvre malade tout seul ? Drelin, drelin, drelin : voilà qui est pitoyable ! Drelin, drelin, drelin : ah, mon Dieu! Ils me laisseront ici mourir. Drelin, drelin, drelin.
Molière – Le Malade imaginaire, acte I, scène 1

Quelque soit son âge, le malade est un enfant dans la mesure où il manifeste une extrême dépendance : de même que le nourrisson crie et pleure dès qu’il a un besoin, puisqu’il est dans l’impossibilité de le satisfaire par lui-même, de même comme on le voit chez Molière, le malade prend sa sonnette et appelle l’infirmière.
Mais le malade est aussi un vieillard avant l’âge parce qu’il n’est pas seulement dans un état de grande faiblesse ; il est aussi, comme lui, celui qui porte une attention fanatique à son corps souffrant et qui exige de manière tyrannique d’être reconnu dans sa souffrance – et donc d’être ménagé et aidé pour cela. Les vieux se plaignent toujours, non pas parce que ça les soulage, mais parce qu’il attendent en retour qu’on les plaigne et qu’on souffre avec eux par sympathie.
Certains d’entre eux jouent de cette sympathie pour tyranniser leur famille. Tel est le comique de cette citation de Molière : ce malade est bien incommodant d’exiger qu’on coure toute affaire cessante pour le servir ! Devrait-on le prendre en pitié, lui qui n’en a guère pour son entourage dont pourtant il dépend ? D’ailleurs, est-il si fable que cela pour être capable de faire tant de bruit ? Le vrai malade meurt en silence faute d’avoir la force d’appeler.
o-o-o
Peut-être faut-il quand même un peu plus de sérieux pour comprendre cette citation de Mathias Malezieu. Car définir la maladie comme l’état proche de celui de la vieillesse, c’est aussi dire qu’elle nous rapproche de la mort, ou au moins de l’intuition de notre mortalité. Le vieillard est l’homme qui sent à chaque instant la limite de la mort borner son horizon. Doit-il penser à l’été prochain, lui qui ne sait s’il sera encore en vie ?  Doit-il prendre part au le combat politique, alors que les élections sont encore si lointaines ? C’est quand même Pascal qui dans sa Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies, fait de celle-ci l’expérience de l’agonie et de la mort. (1)
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(1) La maladie est « une espèce de mort » cf. texte ici. Et son commentaire .

Thursday, August 30, 2012

Citation du 30 août 2012


Cito, longe, tarde. ((Fuir) tôt, (courir) loin, (revenir) tard.)
Devise attribuée à Galien à propos de la peste.


Les Jeux Olympiques qui viennent de s’achever ont été l’occasion de rappeler la devise forgée par Pierre de Coubertin : « Citius, Altius, Fortius » (qui signifie « Plus vite, plus haut, plus fort »). Aurait-il eu une réminiscence de Galien ???
Toujours est-il que devant les fléaux qui ont frappé l’humanité, les médecins ont pu disserter longuement et sur tous les causes imaginables, les hommes eux ont toujours su ce qu’il fallait faire : on disait qu’en cas de peste le meilleur remède était une bonne paire de bottes – Pour fuir tôt, loin, longtemps.
Car on a longtemps hésité sur l’origine de la peste : tantôt elle venait d’une corruption de l’air ; tantôt elle était due à des émanations empoisonnées de la terre ; tantôt elle venait de l’eau (les juifs étaient soupçonnés d’empoisonner les fontaines et les puits (1)) ; tantôt encore elle était due à une nourriture malsaine. Mais, dans tous les cas, on savait qu’elle était contagieuse, y compris en période d’incubation – d’où la quarantaine imposée aux navires suspects d’apporter la maladie dans les ports.
L’intérêt de ces observations est de revisiter un moment de l’histoire de la médecine : celui où, impuissante à guérir, elle ne pouvait que faire de la prévention.
Et encore… Les médecins de Molière se contentaient de palabrer en latin plutôt que d’ausculter le malade. Tout juste acceptaient-ils d’observer les urines, de saigner et de purger : bref, de faire circuler.
C’est que les maladies étaient alors considérées comme provoquées par un dérèglement des humeurs qui ne s’écoulaient pas comme elles l’auraient dû. Par contre imaginer un agent infectieux qui se nourrit du corps du malade, ça c’était impensable.
Sauf à imaginer un cas de possession démoniaque.
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Wednesday, December 21, 2011

Citation du 22 décembre 2011

Il y a, avouons-le, une franchise toute enfantine dans la maladie : des choses sont dites, des vérités échappent étourdiment que la prudente respectabilité de la santé dissimule

Virginia Woolf – De la maladie (1926)

Voilà une idée qui parait au premier abord plutôt banale – juste comme il convient à une citation de fin d’année !

En effet, quoi de plus convenu que de dire que nos maladies ne doivent rien au hasard, qu’elles sont un langage que le corps trouve pour exprimer ce que notre langue se refuse à dire ?

Mais si l’on veut bien lire cette citation jusqu’au bout, là on sursaute : voilà que c’est la santé maintenant qui parait anormale, ou plus exactement mensongère. La prudente respectabilité de la santé dissimule ce que la maladie va laisser échapper étourdiment ; la santé, comme un placard où sont enfermés d’inavouables cadavres …

Laissons de côté l’idée qu’on devrait être malades pour être sincères, et que les saints qui ont su en finir leurs péchés ont été d’abord de grands malades qui ont su les révéler au grand jour pour en guérir. Après tout, on n’est pas des saints et eux, ils font ce qu’ils veulent.

Par contre, voyez comment notre santé – celle que nous préservons à grand coup d’eau minérale diurétique et d’alimentation macrobiotique – apparait comme un souci dérisoire. Car elle n’existe plus pour elle-même en tant qu’elle serait le but que nous devrions viser dans toute l’existence (tant qu’on a la santé…), mais seulement comme une apparence fallacieuse et mensongère. Mais, que nous acceptions la transparence, et alors…

Et alors quoi ? Si j’ai bien compris, la maladie aussi est une conséquence du mensonge ; elle est l’envers de la santé, et elle devrait disparaitre avec elle. Y aurait-il donc un troisième état (autre que la santé et la maladie) qui s’établirait dans la transparence absolue – si tant est que ce soit possible ?

Evidemment, les spiritualistes de tous bords auront la réponse : ce troisième état, c’est la divine indifférence, et la méditation (zen ?) peut y conduire.

Ou alors, récupérez votre livre de recettes macrobiotique : vous serez sur la Voie.

Quant à moi, mon irréductible scepticisme me pousse à préférer la santé.

Sunday, November 06, 2011

Citation du 7 novembre 2011

L’important n’est pas de guérir mais de vivre avec nos maux.

Gide (citant la correspondance de l’abbé Galiani avec madame d’Epinay)

On comprend que cette remarque vaut tout particulièrement lorsqu’on est atteint d’un mal incurable mais non foudroyant, comme une malformation cardiaque ou un diabète de type1. C’est en effet dans ce cas, lorsqu’on n’a pas vraiment le choix de rester ou non porteur de la maladie, qu’on peut se demander : Comment faire pour vivre avec notre mal ?

La première idée qui nous vient est une idée chrétienne : comme Pascal qui demandait à Dieu le bon usage des maladies (voir ici), ou plus simplement tous ceux qui voient dans les affres de l’agonie une épreuve pour le rachat de nos péchés.

On objectera qu’alors il ne s’agit pas de vivre avec nos maux mais de mourir avec eux. Est donc plus pertinente l’attitude stoïcienne, et ce sera la seconde idée qui nous vient.

Etre stoïcien, c’est considérer que tout ce qui se produit dans la nature est non seulement inévitable, mais qu’encore c’est une bonne chose et que nous devons l’accepter – et non pas seulement le subir : Sequi naturam, dit-on et ce n’est pas une position de passivité.

Je lisais récemment dans un ouvrage consacré à ces maladies mortelles – enfin, peut-être pas forcément, ou pas tout de suite : ce qui ajoute une note d’espoir au désespoir général – qu’un cancer doit être considéré comme ça, je veux dire qu’il est une partie intégrante de nous, qu’on ne doit pas en souffrir comme d’un corps étranger. Le cancer n’est pas moins toi que tes cellules saines (Emmanuel Carrère – D’autres vies que la mienne), voilà comme on apprend à vivre avec le mal qui nous ronge.

L’idée est sans doute que la souffrance vient non pas de la maladie, mais de la lutte que nous menons contre elle. Pourtant, c’est aussi une attitude inhumaine en ce qu’elle exige de nous d’aller contre notre instinct de survie. Mais c’est surtout une attitude qui implique le rejet d’une disposition naturelle, ce qui est un comble pour un stoïcien.

Nous connaissons en effet fort bien à présent (ce que ne connaissait pas l’abbé Galiani) qu’il existe une fonction qui, depuis la conception de notre organisme, élimine impitoyablement tout ce qui n’est pas de même nature que nous. C’est de notre système immunitaire que je veux parler : il refuse que nous vivions avec nos maux.

D’ailleurs, le Nobel de médecine est allé cette année à des chercheurs qui ont fait progresser les connaissances dans ce domaine, et en particulier qui ont mis en évidence le fait qu’un organisme vivant, dès sa naissance, est capable d’opérer une telle distinction entre ce qui lui appartient et ce qui est corps étranger. Il ne s’agit donc pas dans ce cas d’un « apprentissage » mais d’un dispositif donné avec la vie.