Friday, November 11, 2016
Citation du 12 novembre 2016
Thursday, July 28, 2016
Citation du 29 juillet 2016
Thursday, August 30, 2012
Citation du 30 août 2012
Wednesday, December 21, 2011
Citation du 22 décembre 2011
Il y a, avouons-le, une franchise toute enfantine dans la maladie : des choses sont dites, des vérités échappent étourdiment que la prudente respectabilité de la santé dissimule
Virginia Woolf – De la maladie (1926)
Voilà une idée qui parait au premier abord plutôt banale – juste comme il convient à une citation de fin d’année !
En effet, quoi de plus convenu que de dire que nos maladies ne doivent rien au hasard, qu’elles sont un langage que le corps trouve pour exprimer ce que notre langue se refuse à dire ?
Mais si l’on veut bien lire cette citation jusqu’au bout, là on sursaute : voilà que c’est la santé maintenant qui parait anormale, ou plus exactement mensongère. La prudente respectabilité de la santé dissimule ce que la maladie va laisser échapper étourdiment ; la santé, comme un placard où sont enfermés d’inavouables cadavres …
Laissons de côté l’idée qu’on devrait être malades pour être sincères, et que les saints qui ont su en finir leurs péchés ont été d’abord de grands malades qui ont su les révéler au grand jour pour en guérir. Après tout, on n’est pas des saints et eux, ils font ce qu’ils veulent.
Par contre, voyez comment notre santé – celle que nous préservons à grand coup d’eau minérale diurétique et d’alimentation macrobiotique – apparait comme un souci dérisoire. Car elle n’existe plus pour elle-même en tant qu’elle serait le but que nous devrions viser dans toute l’existence (tant qu’on a la santé…), mais seulement comme une apparence fallacieuse et mensongère. Mais, que nous acceptions la transparence, et alors…
Et alors quoi ? Si j’ai bien compris, la maladie aussi est une conséquence du mensonge ; elle est l’envers de la santé, et elle devrait disparaitre avec elle. Y aurait-il donc un troisième état (autre que la santé et la maladie) qui s’établirait dans la transparence absolue – si tant est que ce soit possible ?
Evidemment, les spiritualistes de tous bords auront la réponse : ce troisième état, c’est la divine indifférence, et la méditation (zen ?) peut y conduire.
Ou alors, récupérez votre livre de recettes macrobiotique : vous serez sur la Voie.
Quant à moi, mon irréductible scepticisme me pousse à préférer la santé.
Sunday, November 06, 2011
Citation du 7 novembre 2011
L’important n’est pas de guérir mais de vivre avec nos maux.
Gide (citant la correspondance de l’abbé Galiani avec madame d’Epinay)
On comprend que cette remarque vaut tout particulièrement lorsqu’on est atteint d’un mal incurable mais non foudroyant, comme une malformation cardiaque ou un diabète de type1. C’est en effet dans ce cas, lorsqu’on n’a pas vraiment le choix de rester ou non porteur de la maladie, qu’on peut se demander : Comment faire pour vivre avec notre mal ?
La première idée qui nous vient est une idée chrétienne : comme Pascal qui demandait à Dieu le bon usage des maladies (voir ici), ou plus simplement tous ceux qui voient dans les affres de l’agonie une épreuve pour le rachat de nos péchés.
On objectera qu’alors il ne s’agit pas de vivre avec nos maux mais de mourir avec eux. Est donc plus pertinente l’attitude stoïcienne, et ce sera la seconde idée qui nous vient.
Etre stoïcien, c’est considérer que tout ce qui se produit dans la nature est non seulement inévitable, mais qu’encore c’est une bonne chose et que nous devons l’accepter – et non pas seulement le subir : Sequi naturam, dit-on et ce n’est pas une position de passivité.
Je lisais récemment dans un ouvrage consacré à ces maladies mortelles – enfin, peut-être pas forcément, ou pas tout de suite : ce qui ajoute une note d’espoir au désespoir général – qu’un cancer doit être considéré comme ça, je veux dire qu’il est une partie intégrante de nous, qu’on ne doit pas en souffrir comme d’un corps étranger. Le cancer n’est pas moins toi que tes cellules saines (Emmanuel Carrère – D’autres vies que la mienne), voilà comme on apprend à vivre avec le mal qui nous ronge.
L’idée est sans doute que la souffrance vient non pas de la maladie, mais de la lutte que nous menons contre elle. Pourtant, c’est aussi une attitude inhumaine en ce qu’elle exige de nous d’aller contre notre instinct de survie. Mais c’est surtout une attitude qui implique le rejet d’une disposition naturelle, ce qui est un comble pour un stoïcien.
Nous connaissons en effet fort bien à présent (ce que ne connaissait pas l’abbé Galiani) qu’il existe une fonction qui, depuis la conception de notre organisme, élimine impitoyablement tout ce qui n’est pas de même nature que nous. C’est de notre système immunitaire que je veux parler : il refuse que nous vivions avec nos maux.
D’ailleurs, le Nobel de médecine est allé cette année à des chercheurs qui ont fait progresser les connaissances dans ce domaine, et en particulier qui ont mis en évidence le fait qu’un organisme vivant, dès sa naissance, est capable d’opérer une telle distinction entre ce qui lui appartient et ce qui est corps étranger. Il ne s’agit donc pas dans ce cas d’un « apprentissage » mais d’un dispositif donné avec la vie.