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Wednesday, April 28, 2010

Citation du 29 avril 2010

… la pensée magique, cette « gigantesque variation sur le thème du principe de causalité », disaient Hubert et Mauss, se distingue moins de la science par l'ignorance ou le dédain du déterminisme, que par une exigence de déterminisme plus impérieuse et plus intransigeante, et que la science peut, tout au plus, juger déraisonnable et précipitée.

Cl. Lévi-Strauss – La pensée sauvage. (1962)

Elle (= la science) […] se contente de réponses partielles et provisoires. Qu'ils soient magiques, mythiques ou religieux, au contraire, les autres systèmes d'explication englobent tout. Ils s'appliquent à tous les domaines. Ils répondent à toutes les questions. Ils rendent compte de l'origine, du présent et même du devenir de l'Univers.

François Jacob – Le jeu des possibles (1981) Voir texte complet ci-dessous

On oppose souvent l’obscurantisme des créationnistes à la rigueur sans faille des scientifiques qui affirment depuis Darwin qu’il existe une évolution des espèces. Je voudrais dire qu’on brouille les frontières véritables entre science et mythe (ou si on veut : religion), et que comme le font observer Lévi-Strauss et après lui François Jacob, la science suppose un effort pour renoncer à la prétention de tout unifier dans l’univers et surtout à l’orgueil qui consiste à croire qu’il se rattache à la condition humaine.

La religion nous dit : Vous ne pouvez rien savoir si vous ne savez pas tout – et en particulier si vous ne répondez pas à la question : pourquoi ? – Pourquoi un univers plutôt que pas d’univers du tout ? Pourquoi l’homme, quelle est sa mission ? Pourquoi les petites fleurs dans les champs et les fourmis qui s’y affairent ?...

Le scientifique est celui qui dit : on peut savoir sans tout savoir. La science se construit petit à petit et ses acquis sont inébranlables dès lors qu’ils sont démontrés. Mais il peut se faire qu’on sache qu’on ne saura jamais, en particulier quand un processus se développe sous l’effet du hasard. On peut bien dire ce que sera le système solaire dans 3 milliards d’années, mais pas ce que sera l’espèce humaine dans cinq cents milles ans.

En réalité l’opposition entre la science et la religion s’enracine dans notre attitude vis-à-vis du besoin humain que décrivent Lévi-Strauss et Jacob, qui est le besoin d’être dans un monde unifié, dont on sache tout, sans obscurité, sans aspérité. Et dans ce contexte, l’ennemi contre le quel la science doit combattre est cette exigence plus que la religion qui l’incarne. Voyez plutôt les contorsions des physiciens pour raccorder l’astrophysique à la physique des particules. On dirait que les cordes y sont surtout celles qui serviront à les pendre…


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Texte complet :

C'est probablement une exigence de l'esprit humain d'avoir une représentation du monde qui soit unifiée et cohérente. Faute de quoi apparaissent anxiété et schizophrénie. Et il faut bien reconnaître qu'en matière d'unité et de cohérence, l'explication mythique l'emporte de loin sur la scientifique. Car la science ne vise pas d'emblée à une explication complète et définitive de l'univers. Elle n'opère que localement. Elle procède par une expérimentation détaillée sur des phénomènes qu'elle parvient à circonscrire et définir. Elle se contente de réponses partielles et provisoires. Qu'ils soient magiques, mythiques ou religieux, au contraire, les autres systèmes d'explication englobent tout. Ils s'appliquent à tous les domaines. Ils répondent à toutes les questions. Ils rendent compte de l'origine, du présent et même du devenir de l'Univers. On peut refuser le type d'explication offert par les mythes ou la magie. Mais on ne peut leur dénier unité et cohérence car, sans la moindre hésitation, ils répondent à toute question et résolvent toute difficulté par un simple et unique argument a priori. (François Jacob – Le jeu des possibles)

Saturday, March 03, 2007

Citation du 4 mars 2007

« Préludes de la science. - Croyez-vous donc que les sciences se seraient formées et seraient devenues grandes si les magiciens, les alchimistes, les astrologues et les sorcières ne les avaient pas précédées, eux qui durent créer tout d'abord, par leurs promesses et leurs engagements trompeurs, la soif, la faim et le goût des puissances cachées et défendues ? Si l'on n'avait pas dû promettre infiniment plus qu'on ne pourra jamais tenir pour que quelque chose puisse s'accomplir dans le domaine de la connaissance ?

Nietzsche - Le Gai Savoir

1 - Il y a des puissances cachées et défendues ;

2 - elles détiennent le secret du savoir absolu.

3 - La science est l’effort humain pour s’approprier ce savoir ;

4 - cet effort est à la fois nécessaire au développement scientifique, et

5 - il promet infiniment plus qu'on ne pourra jamais tenir

D’Auguste Comte à Claude Lévi-Strauss en passant pas Nietzsche, bien des penseurs se sont efforcés d’attirer notre attention sur la continuité du développement du savoir humain. Nous avons toujours cherché l’ordre dans le chaos, et les « magiciens » de Nietzsche, les « théologiens » de Comte, les « chamans » de Lévi-Strauss n’ont fait que pousser au-delà du raisonnable les limites de notre connaissance. Leur mot d’ordre est : tout savoir, de peur de ne rien savoir.

C’est Pascal qui a le plus clairement fait la théorie de cette attitude : dans les deux infinis (1), il nous dit qu’à défaut de connaître l’infiniment petit et l’infiniment grand, nous ne pouvons prétendre avoir une science certaine de ce qui se passe à notre échelle. Traduisez : la physique des particules et celle qui se révèle par l’astrophysique comportent des lois de l’univers sans les quelles rien de ce qui se passe sous nos yeux ne pourrait être compris.

Quoique… demandez au chat de Schrödinger ce qu’il en pense…(2)

(1) Disproportion de l’homme, pensées n° 72 Lire

(2) Cf. message du 4 janvier 2007