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Thursday, July 27, 2017

Citation du 28 juillet 2017

L'autonomie de la volonté est le principe unique de toutes les lois morales et des devoirs qui y sont conformes.
Kant
L'autonomie consiste à se donner à soi-même envers l'autre une loi, plutôt que de la recevoir de la nature ou d'une autorité extérieure.
Antoine Spire – Le Monde de l'éducation - Juillet - Août 2001
Si l’on consulte des dictionnaires de citations en ligne à l’article « autonomie » il y a peu de chance d’échapper à la définition kantienne – à moins qu’on tombe sur des paraphrases comme celle d’Antoine Spire. Notons que la liberté donc l’autonomie est la condition, est celle qui peut construire un projet et s’élancer pour le réaliser, au lieu de rester à rêver qu’elle le fait réellement.
Voilà donc ce qui nous est asséné : pour être libre, il faut obéir à la loi qu’on s’est donnée, et non glisser d’instant en instant d’un choix à un autre, d’un engagement à un autre.
- Pourquoi donc ? Et si on choisissais de dire : Je m’engage à être perpétuellement libre de me défaire de mes choix ? Si par exemple l’amoureux disait à sa bien-aimée : « Je t’aime mon doux cœur, je t’aime pour toujours… Du moins, tel est mon engagement de ce matin. Quant à savoir ce qu’il sera ce soir, attends un peu qu’on y soit. » Ne haussez pas les épaules, c’est exactement ce qu’on trouve chez Sartre. La liberté ne vaut que par la volonté qui la soutient et celle-ci doit, pour être libre, pouvoir se réengager ailleurs si elle le veut. La seule contrainte, si c’en est une, est l’essence qui se construit au long de l’existence.
Et pourquoi pas ? Sauf que, come on l’a vu, Kant estime que la liberté est d’essence morale, qu’elle intervient lorsque se pose la question : Que dois-je faire ? Et la réponse, puisqu’on est dans le domaine de la morale, fait intervenir forcément autrui : mon acte libre m’engage vis-à-vis de lui, et pas seulement vis-à-vis de moi ; et si c’est la raison qui doit nous dicter les lois aux quelles notre action peut obéir tout en restant autonome, alors nous pouvons être tranquille : nos choix rationnels seront en accord avec ceux d’autrui – puisque la raison est par définition universelle.
C’est tellement nécessaire que même Sartre est bien forcé de faire intervenir lui aussi la cohérence de mes choix avec ceux d’autrui : je n’ai pour contrainte pour me guider dans ce domaine que la certitude d’accepter à l’avance que, ce que je choisis de faire, j’accepte aussi que chacun le fasse également.

Bien sûr, je peux refuser cette contrainte, puisque je suis libre. Mais alors je suis un « salaud ».

Wednesday, July 26, 2017

Citation du 27 juillet 2017

Le vrai ennemi du service public, c'est l'égalitarisme ; son ami, la liberté. La liberté bien conçue favorise l'égalité.
Jean-Michel Blanquer – Ministre de l’éducation nationale
Un instant je vous prie, J-M Blanquer : vous devriez peut-être relire ce que Votre Président disait à ces petits écoliers qui finement l’avaient interrogés sur la différence droite-gauche : « La droite, c'est une famille politique pour laquelle le plus important, c'est sans doute la liberté. Quant à la gauche, c'est une famille politique pour laquelle le plus important, c'est l'égalité. » Moyennant quoi il ajoutait : « Pour réunir les deux ce qu’il faut, c’est la fraternité. » (lire ici)
Voilà où vous en êtes, J-M Blaquer : pour vous la fraternité est inutile (à moins que selon vous elle n’existe pas ?), mais ce n’est pas grave puisqu’il suffit de bien concevoir la liberté pour qu’elle favorise l’égalité.
On a compris : tout est dans cette mention « bien conçue ». Il faut que l’égalité soit « bien conçue » – Mais alors comment « bien concevoir l’égalité » ? Et qu’est-ce donc que l’égalité « mal conçue » ?
Un exemple : J-M Blanquer estime on le sait que le collège unique, ça ne marche pas, et qu’il faut différencier les établissements scolaires, par exemple selon qu’ils sont ou non associés à une forme d’apprentissage professionnel. Alors, certes, les inégalités sociales seront reproduites par le système scolaire : les enfants d’ouvriers se regroupant dans les collège d’apprentissage et les autres dans les collèges classiques. Où donc est partie l’égalité ?
--> Lisons mieux : ce n’est pas l’égalité qui compte, c’est la liberté. Mais pas n’importe quelle liberté : l’enfant qui prétendrait vouloir étudier dans les livres avant d’apprendre un métier alors qu’il a quitté le CP sans savoir lire sera considéré comme n’ayant pas compris où était sa liberté.
– Et vous chers amis, avez-vous deviné où était la liberté du jeune illettré ?
La liberté, c’est l’autonomie. L’autonomie, c’est la capacité d’assumer ses choix sans passer par la protection ou l’aide d’autrui. Et le choix qui assure la plus fondamentale des autonomies, c’est de survivre en satisfaisant ses besoins sans passer par l’assistance de l’Etat.
Voilà donc comment la liberté est bien conçue : c’est quand elle permet non pas de faire ce qu’on veut tout de suite, mais quand elle permet de réunir les moyens qui permettront, plus tard, de satisfaire ces choix.
CQFD !
… Quoi ? J’en entends qui râlent quand même et qui prétendent que la liberté ce n’est pas simplement de survivre, mais de bien vivre de son travail. Et qui vont jusqu’à prétendre que pour vivre bien il faut avoir un bel appart où mettre sa petite famille et une belle voiture pour emmener tout ce monde en vacances au bord de la mer ?

Dites donc mes petits amis, ne seriez-vous pas entrain de confondre les libertés avec la liberté ? Ignorez-vous donc que, si cette dernière consiste à vivre sans rien demander à l’Etat, alors tout le reste est secondaire ?

Thursday, July 20, 2017

Citation du 21 juillet 2017

A mesure que diminue la liberté économique et politique, la liberté sexuelle a tendance à s'accroître en compensation.
Aldous Huxley – Le meilleur des mondes
Par tout pays, le peuple ne s’aperçoit qu’on attente à sa liberté que lorsqu’on attente à sa bourse ; ce qu’aussi les usurpateurs adroits se gardent bien de faire que tout le reste ne soit fait.
Rousseau – Lettres écrites de la montagne (7ème lettre) Edition du Seuil, p. 458
Comment savons-nous que notre liberté est menacée ?
Réponse 1 : Quand une certaine liberté ne nous est accordée que pour faire oublier le déni des autres libertés. C’est ainsi que selon Huxley, notre auteur-du-jour, se trouve accrue la liberté sexuelle en compensation de la diminution de la liberté économique et politique. (1)
- Dans un premier moment, on pense que Huxley a encore abusé de substances prohibées pour écrire une pareille ânerie : on sait bien que les dictatures qui briment tous les pouvoirs humains – y compris l’économique et le politique – commencent par fermer le robinet des messieurs et à encager les dames. D’ailleurs, Le meilleur des mondes qui libère la sexualité dans le temps où il contrôle la reproduction est une dystopie que personne ne souhaite voir arriver.
Tentons alors ceci :
Réponse 2 : Lorsqu’on attente à notre bourse (taxes, impôts), parce que, comme le dit Rousseau, on ne saurait le faire qu’à condition d’avoir déjà subtilisé toutes les autres libertés. Ce qui signifie que certaines libertés disparaissent sans qu’on s’en aperçoive, sauf quand il est trop tard pour protester.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : si une liberté disparait sans que je proteste, c’est simplement parce qu’il s’agit de la liberté de mon voisin.
C’est ce que dit ce terrible poème :
Quand ils sont venus chercher les communistes, Je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste
Quand ils sont venus chercher les juifs, Je n’ai rien dit, je n’étais pas juif
Quand ils sont venus chercher les catholiques, Je n’ai rien dit, j'étais protestant...
... Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait plus personne pour dire quelque chose
Pasteur Martin Niemöller (Déporté à Dachau) - Voir ici
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(1) On pensera aussi à la permissivité de l’alcoolisme, comme avec le « gin de la victoire » (gin for the win) dans 1984 de George Orwell

Saturday, June 17, 2017

Citation du 18 juin 2017

La liberté des sujets ne réside par conséquent que dans les choses que le souverain, en réglementant les actions des hommes, a passées sous silence, par exemple la liberté d’acheter, de vendre, et de conclure d’autres contrats les uns avec les autres ; de choisir leur résidence, leur genre de nourriture, leur métier, d’éduquer leurs enfants comme ils le jugent convenable et ainsi de suite.
Hobbes – Léviathan (1651)
Liberté… ce mot écrit aux frontons de notre République est une exigence fondamentale de notre société. Nous devons la défendre coûte que coûte parce que sa disparition serait l’acte de décès de notre organisation politique. Voilà la thèse démentie ici par Hobbes.
Ici, la liberté n’est pas entendue comme un principe organisateur de la société, mais simplement comme l’effet d’une lacune dans le tissu des lois ; elle est une faille dans l’organisation de la société et elle ne subsiste qu’à condition qu’une harmonie s’établisse spontanément entre les hommes, sans que l’Etat ait besoin de l’imposer par la violence d’un règlement. (Sur tout cela voir le texte complet en annexe). Au fond, la liberté publique est un phénomène collectif qui échappe à deux régulations opposées : l’une qui vient de la contrainte de la loi ; l’autre qui résulte d’un besoin individuel satisfait par l’entraide collective.
1 – On comprend que pour Hobbes cette dernière situation corresponde à la nécessité où nous sommes de nous associer à autrui pour survivre, qui ne résiste pas à l’inégalité de force entre les groupe sociaux, dès lors qu’un maitre a pu imposer sa volonté à des esclaves. L’esclave est l’homme qui réclame la contrainte de la loi comme étant nécessaire pour soumettre son maitre à l’autorité d’un souverain.
2 – La liberté est une situation, elle ne peut être une revendication (1) : or, réclamer que tout homme soit aussi libre que moi, c’est me mettre en danger d’être soumis à l’expression de cette liberté dès lors que la libre force de l’adversaire l’emporte sur la mienne. Réclamer ce qu’on a – à savoir la liberté physique et naturelle ; et refuser ce qui pour la sauvegarder serait en état de la supprimer – à savoir la loi – voilà l’absurde dilemme au quel l’homme social est soumis.
3 – Hobbes ne dénoue pas le problème de façon théorique : il le soumet simplement à l’observation concrète. Oui, il y a de la liberté publique dans les sociétés soumises par ailleurs à la volonté d’un souverain. Mais cela est purement accidentel et ne peut d’ailleurs pas durer indéfiniment.
« Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! » disait Saint-Just. Avec l’état d’exception on voit combien ce paradoxe reste actuel.
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(1) Notre revendication républicaine de liberté porte sur l’interdiction d’empêcher l’expression de la liberté individuelle. Elle ne la crée pas, elle la rend viable partout où elle existe déjà.
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Annexe.
« Étant donné […] qu’il n’existe pas au monde de République où l’on ait établi suffisamment de règles pour présider à toutes les actions et paroles des hommes (car cela serait impossible), il s’ensuit nécessairement que, dans tous les domaines d’activité que les lois ont passés sous silence, les gens ont la liberté de faire ce que leur propre raison leur indique comme étant le plus profitable. Car si nous prenons la liberté au sens propre de liberté corporelle, c’est-à-dire le fait de ne pas être enchaîné, ni emprisonné, il serait tout à fait absurde, de la part des hommes, de crier comme ils le font pour obtenir cette liberté dont ils jouissent si manifestement. D’autre part, si nous entendons par liberté le fait d’être soustrait aux lois, il n’est pas moins absurde de la part des hommes de réclamer comme ils le font cette liberté qui permettrait à tous les autres hommes de se rendre maîtres de leurs vies. Et cependant, aussi absurde que ce soit, c'est bien ce qu’ils réclament ; ne sachant pas que les lois sont sans pouvoir pour les protéger s’il n’est pas un glaive entre les mains d’un homme (ou de plusieurs), pour faire exécuter ces lois. La liberté des sujets ne réside par conséquent que dans les choses que le souverain, en réglementant les actions des hommes, a passées sous silence, par exemple la liberté d’acheter, de vendre, et de conclure d’autres contrats les uns avec les autres ; de choisir leur résidence, leur genre de nourriture, leur métier, d’éduquer leurs enfants comme ils le jugent convenable et ainsi de suite. » Hobbes – Léviathan (1651)

Friday, April 07, 2017

Citation du 8 avril 2017

La droite, c'est une famille politique pour laquelle le plus important, c'est sans doute la liberté. Quant à la gauche, c'est une famille politique pour laquelle le plus important, c'est l'égalité.
Emmanuel Macron, candidat à la Présidentielle 2017 – Extrait de l’émission de C8 « Présidentielle: des candidats au tableau »




AH !... Mes chers amis vous êtes, comme beaucoup de français, dans l’incertitude quant au vote du 1er tour de la présidentielle ; vous vous dites : « On ne s’y reconnaît plus ! Entre les ouvriers qui votent Marine Le Pen et les ultra gauches qui sont plus populistes que marxistes, on ne sait plus où on en est ! Nous, nous ne connaissons que la droite et la gauche et du coup on ne sait plus qui est qui ! »
Du calme ! La Citation-du-jour est là pour vous aider : nous allons demander à Emmanuel Macron de nous dire comment faire la distinction droite-gauche au tableau noir, exactement comme si nous étions des élèves de CM1.
La droite, c’est la revendication de la liberté… d’entreprendre et donc de bénéficier de son entreprise pour soi seul. Par exemple, si vous étiez un paysan vous ne cultiveriez votre champ qu’à condition d’être sûr de pouvoir le moissonner, de vendre le grain sur le marché et d’empocher le fruit de votre travail sans que le percepteur ne vienne vous faire les poches.

Oui, mais alors la gauche se dresse : « Il faut que l’égalité entre les citoyens soit prioritaire, et l’égalité n’est possible que si les plus pauvres ont les mêmes chances que les plus riches. Pour égaliser les ressources il faut donc que les plus riches aident les plus pauvres à sortir de leur misère en payant l’éducation de leurs enfants, en subventionnant leurs entreprises et en soutenant la vie des plus vieux.
- Mais pour cela, dit alors Emmanuel Macron, il faut un peu de… de quoi les enfants ? Dites c’est quoi la devise de la République Française ?
- Li-ber-té, É-ga-li-té, Fra-ter-ni-ré !
- Eh, bien voilà : nous, nous pensons qu’il faut mettre ensemble la liberté d’entreprendre et l’égalité sociale, mais pour cela il faut un peu de fraternité.

Voilà, chers amis : vous avez compris ce qu’est la droite, ce qu’est la gauche, et pour quoi vous n’y comprenez plus rien.

Encore dans le doute ? Revenez demain je vous expliquerai la suite…