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Tuesday, August 17, 2010

Citation du 18 août 2010

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. […] / Elle part, elle s'évertue ; / Elle se hâte avec lenteur./ […] / De quoi vous sert votre vitesse ?

La Fontaine – Le lièvre et la tortue

2ème partie : De quoi vous sert votre vitesse ?

Et si cette fable nous parlait de développement durable (1) ?

Mais bien sûr au 17ème siècle il ne s’agit pas tellement d’économiser quoique ce soit, mais de comprendre que la vertu suffit pour réussir, quelques soient les moyens dont on dispose.

Dans notre Post d’hier, nous traduisions ainsi la morale de la fable : les ressources physiques, la puissance de la richesse sont des quantités, non des qualités. Ajoutons aujourd’hui : comme telles, ce sont des moyens, non des fins : ce qui importe, c’est ce qu’on veut en faire.

Oui, mais et notre développement durable alors ?

Hé bien, je serais tenté de dire qu’avec le souci de préservation des ressources, pour nous aussi, le règne de la quantité n’est plus l’essentiel. Qu’il ne s’agit même pas d’économiser, mais seulement de valoriser. Qu’importe qu’en me déplaçant en vélo je dépense moins de sous et que je puisse les entasser sur mon Livret d’Ecolo-Epargne – là où est l’Ecureuil ! – l’argent n’a plus d’intérêt, mais la vie de nos enfants, oui. Vertueux…

Mais revenons un peu à notre fable, et voyons ce qui s’y passe maintenant.

Notre Lièvre ne roule pas encore en Ferrari, mais il se déplace déjà en Cayenne (au désastreux bilan carbone), alors que la Tortue sur son poussif Vélib avance sans appauvrir l’air de la planète, ni polluer les nappes phréatiques. Bravo !

Oui, mais voilà : la Tortue vient de gagner 1000000 euros à l’Euromillion. Et vous savez quoi ? Je viens de la trouver entrain de s’exciter sur un catalogue de voiture de luxe :

L’argent, ça pourrit tout…

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(1) Contrairement à ce qui vous pourriez penser il ne s’agit pas d’un oxymore – enfin peut-être pas…

Monday, August 16, 2010

Citation du 17 août 2010

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. […] / Elle part, elle s'évertue ; / Elle se hâte avec lenteur./ […] / De quoi vous sert votre vitesse ?

La Fontaine – Le lièvre et la tortue

1ère partie : Elle se hâte avec lenteur.

L’oxymore (1) le plus célèbre peut-être de la littérature française : la hâte dans la lenteur (2).

Mais comme toujours, quand un procédé rhétorique est mis œuvre il faut aussi qu’il apporte un sens particulier. Ici, c’est l’idée que la lenteur permet de réussir dans une entreprise – voire même dans une compétition de vitesse.

A notre époque, la morale qu’on aimerait tirer de cette fable c’est que l’économie d’énergie fossile est possible, parce que la surconsommation liée à la vitesse n’apporte rien de bon.

Mais La Fontaine met en jeu autre chose dans sa fable : c’est le sérieux. Le lièvre n’est pas seulement celui qui va vite, mais aussi celui qui s’amuse, qui musarde parce qu’il croit que sa vitesse lui permettra de réussir quand même. Or voilà la morale : quand on n’est pas sérieux, quelque soient les qualités dont on dispose par ailleurs, on échoue devant ceux qui sont moins bien doués mais qui travaillent avec acharnement.

L’oxymore nous dit donc ceci : Si la contradiction entre la hâte et la lenteur n’existe pas, c’est parce que la hâte sérieuse est une qualité et non une quantité (comme l’est la vitesse du lièvre). La hâte sérieuse est celle qui correspond à l’effort soutenu et orienté toujours vers le même but : elle accompagne la vertu du caractère.

C’est pour cela que la tortue l’emporte quand même.

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(1) Un oxymore est une expression qui met côte à côte deux mots ayant des sens opposés et aboutissant à une image contradictoire comme dans « cette obscure lueur qui tombe des étoiles ». Voir La Liste.

(2) De la hâte dans la lenteur : je ne résiste pas au plaisir de renvoyer à la publicité Ovomaltine, qui nous montre un Suisse à l’accent un peu traînant nous annonçant qu’il a 8 secondes pour délivrer son message publicitaire avant que… ça n’explose.

Thursday, November 16, 2006

Citation du 17 novembre 2006

C'est dans la lenteur qu'éclate la majesté humaine. De préférence sur une surface horizontale. Louis XIV n'allait jamais à bicyclette.

Alexandre VIALATTE - Chroniques de La Montagne - 14 janvier 1964

« Louis XIV n'allait jamais à bicyclette ». C’est malin ça… Et quand il faisait l’amour à la Montespan, était-ce avec une majestueuse lenteur ?

Le témoignage le plus sérieux là dessus, c’est dans la musique qu’il se trouve. Qu’on écoute les Entrées des Ballets de Lully : on y trouvera effectivement cette lenteur majestueuse ; et on se rappellera que Louis XIV avait lui-même chorégraphié certains d’entre eux. D’ailleurs la danse (= le ballet baroque) est bien une manifestation de la majesté, empruntant à la cérémonie certaines de ses figures. De surcroît, la danse est l’effacement de l’effort, légèreté non seulement du geste, mais aussi du corps : le danseur se déplace comme sur une « surface horizontale ». Ici, cette faculté de se mouvoir sans effort, est une image de la puissance. Mais revenons à la lenteur.

La lenteur est effectivement un signe de la majesté : elle signifie que le Roi ne se meut pas dans la même temporalité que le commun des mortels. Comme le pensait Bergson, chaque être ou chaque réalité a sa propre temporalité (« Il faut attendre que le sucre fonde » disait-il) : celle des seigneurs n’est pas celle des roturiers.

N’y aurait-il pas une leçon pour nous pauvres roturiers ? Ici, la lenteur n’est plus un signe de distinction : elle résulte d’une modification de l’écoulement du temps. La lenteur est une distension de l’instant, elle produit un instant suspendu qui ne finirait jamais ou du moins, le plus tard possible. C’est donc une manière de faire durer l’instant, de le rapprocher autant que faire se peut, de l’éternité.

A la même époque, Boileau déplorait justement la brièveté de l’instant :

« Hastons-nous ; le Temps fuit, et nous traîne avec soy.
Le moment où je parle est déjà loin de moy
. » (1)

L’erreur de Boileau, c’est de chercher dans la hâte le moyen de mieux vivre l’instant (2). Il n’a pas su comprendre pourquoi « Louis XIV n'allait jamais à bicyclette ».

(1) Nicolas BOILEAU- Épîtres - III

(2) Voir la citation de Paul Fort, message du 3 janvier, et celle de Ronsard du 27 avril