Sunday, September 27, 2015
Citation du 28 septembre 2015
Saturday, December 10, 2011
Citation du 11 décembre 2011
Etre belle et aimée, ce n'est être que femme. Etre laide et savoir se faire aimer, c'est être princesse.
Barbey d’Aurevilly
Mesdemoiselles, vous qui désespérez de rencontrer le Prince charmant, La Citation du jour vous offre l’opportunité de réaliser votre souhait : voici la photo de celui dont toutes les jeunes filles rêvent – vous n’avez plus qu’à coller votre photo à la place de celle de Charlène et à la mettre sous votre oreiller. Vous ferez la rencontre espérée dans les jours qui suivent.
Trop facile : merci La Citation du jour…
Mais auparavant, savez-vous à quoi vous vous engagez ?
Barbey d’Aurevilly vous en avertit : sachez que pour être une vraie princesse, il vous faudra être laide et arriver à vous faire aimer quand même.
Il est vrai que dans les contes, il y a souvent un moment où le future princesse est déshéritée : laide et/ou pauvre elle n’attire personne – parfois elle a même été victime d’un sort qui l’a transformée en grenouille. Mais vient aussi le moment de la métamorphose, la vilaine Cendrillon devient la ravissante Princesse parce que le Beau Prince l’a tenue dans ses bras et a deviné sa beauté (comme la pauvre Hélène que nous a chanté Georges Brassens (1))
Barbey d’Aurevilly ne fait que retenir le début de l’histoire : si vous avez envie d’embrasser votre grenouille, c’est que vous la désirez et l’aimez telle quelle. Qu’importe qu’après elle se transforme ou pas ?
Et vous messieurs, avez-vous envie d’être un Prince ?
--> Vous devrez savoir être pauvre et arriver à vous faire aimer quand même.
Etre prince, c’est un état d’esprit.
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(1) Les sabots d’Hélène – « Sous le jupon de la pauvre Hélène / Sous son jupon mité / Moi j'ai trouvé des jambes de reine / Et je les ai gardés ».
Wednesday, November 02, 2011
Citation du 3 novembre 2011
La laideur est un mécompte de la nature, mais la femme qui en est affligée en rend responsable chacun de ceux qui la remarquent.
Marquise du Châtelet – Correspondance
1° Emilie du Chatelet était-elle laide ?
2° Si oui, ses contemporains l’ont-ils remarqué ?
--> Voici deux jugements sur la marquise du Chatelet :
1° Par la marquise du Deffand « Représentez-vous une femme grande et sèche, le teint échauffé, le visage maigre, le nez pointu, de petits yeux vert de mer, sans hanches, la poitrine étroite, de gros bras, de grosses jambes, des pieds énormes. Le rire glapissant, la bouche plate, les dents clairsemées et extrêmement gâtées. »
2° Par madame de Créquy : « C'était une merveille de force ainsi qu'un prodige de gaucherie. Elle avait des mains et des pieds formidables ; elle avait déjà la peau comme une râpe à muscade. Enfin la belle Émilie n'était qu'un vilain cent-suisse… »
--> Et voyez le portrait de la belle Emilie :
Quel nez… Si Voltaire – qui en avait un également fort bien dimensionné – a jugé que la marquise du Chatelet était une belle femme (au point d’en faire sa maitresse –durant 15 années !), ce ne peut être qu’en raison de ce qu’il disait du crapaud et se sa crapaude…
On dira que la question importe peu et que madame du Chatelet est universellement connue et glorifiée pour avoir été la première à traduire en français Newton.
Oui – quoique…
Si la laideur est un mécompte de la nature, c’est la laideur en tant qu’elle afflige les femmes, évidemment - pas les hommes. D’ailleurs à part Socrate, que savons-nous de la laideur des philosophes ou des savants ? Mais ce qu’on remarque inévitablement chez une femme, c’est sa beauté ou sa laideur. Et si l’on veut la ridiculiser, on voit bien que c’est sur ce point qu’on va l’attaquer, ce qui nous laisse supposer que la marquise du Châtelet parle ici de son cas personnel.
Comme d’habitude, on se demandera ce qu’il en est aujourd’hui : laissons-nous les femmes d’esprit être laides tant qu’elles le veulent – sans même nous en apercevoir ?
Hum…
Restons-nous comme autrefois insensibles à la laideur masculine – s’agissant des hommes d’esprit ?
Peut-être, mais on est tout de même très attentif à leur beauté : un philosophe, brillant, intéressant et beau mec, ça ne laisse pas indifférent.
Surtout quand son nom s’écrit avec 4 consommes et 3 voyelles. (1)
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(1) Si par hasard vous ne voyiez toujours pas de qui on veut parler, cliquez ici.
Tuesday, August 16, 2011
Citation du 17 aout 2011
Je suis un être mauvais, parce que je suis malheureux.
Mary Shelley – Frankenstein ou le Prométhée moderne Ch. XVII (édition Folio – page 203)
The bride of Frankenstein, film de James Whale, 1935 (à voir ici, durée 75 minutes)
Tout le drame du monstre de Frankenstein (1) est d’être unique, incomparable : différent des autres, il leur fait peur ; affligé de leur réaction, il les violente. On comprend vite qu’il est une icône du héros romantique, qui cherche l’amour pour sortir de sa solitude, et qui s’estime maudit parce qu’incompris.
Mais il y a plus : le Monstre se sait horrible – il le sait par la terreur qu’il engendre (2). Toutefois, ce pouvoir qu’il a sur les autres, au lieu d’en jouir, il veut le perdre : il veut oublier sa laideur dans un regard aimant, ou dans l’humanité d’un accueil, (comme avec l’aveugle du film). C’est l’échec de cet espoir qui anime toute l’histoire : rejeté par les autres, blessé par le dégoût qu’ils lui manifestent, il va les détruire.
Que demande le pauvre Monstre à Frankenstein ? Pour échapper à la solitude, il lui réclame un alter ego – ou plutôt une âme sœur : « Fabrique-moi une femme ! ».
Le Frankenstein de Mary Shelley s’y refusera. Celui du film de James Whale (qui introduit à cette fin le personnage diabolique de Pretorius) s’y résoudra ; mais la créature féminine qui sort de son laboratoire aura elle aussi horreur du Monstre.
Il faut dire qu’elle était moins laide que lui (encore que le nom de l’actrice jouant le rôle de la fiancée ne figurât pas au générique).
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(1) On sait que Mary Shelley ne l’a pas nommé, désignant l’être créé par Frankenstein du nom de « démon » ou de « monstre ». On se plait dans les commentaires à souligner que le monstre-sans-nom, après avoir pris à son créateur tous les êtres qui lui étaient chers, à défaut de lui prendre aussi la vie, lui a pris son nom.
D’ailleurs c’est déjà fait avec le film dont nous parlons aujourd’hui : « la fiancée de Frankenstein » n’est sûrement pas celle du baron Frankenstein. A la rigueur on pourrait entendre « la fiancée créée par Frankenstein », mais c’est peu probable qu’on y pense.
(2) Il n’y a pas que le regard des autres qui lui révèle sa disgrâce : dans le film de Whale, on voit le Monstre qui tel Narcisse aperçoit son visage dans le reflet d’une fontaine ; mais c’est son épouvantable laideur qu’il découvre.
Saturday, December 20, 2008
Citation du 21 décembre 2008
Une très belle femme qui regarde son image au miroir peut très bien croire qu'elle est cela. Une femme laide sait qu'elle n'est pas cela.
Simone Weil (1) – La pesanteur et la grâce, p.43,
Dire : « Je suis belle », en insistant sur le « je suis », voilà qui peut s’imaginer. Dire : « Je suis laide » n’aurait donc pas la même valeur ?
Oui, pourquoi s’identifier à sa beauté et refuser sa propre laideur ? Ne serait-ce que par un narcissisme bien ordinaire et bien banal ? Si la beauté est le reflet de la perfection d’un être, pourquoi sa laideur n’en serait pas l’imperfection ?
Si nous laissons de côté les difficultés de définition de ces notions (2), retenons que tout le problème consiste à savoir si l’apparence du corps est un indice de ce qu’est l’âme (ou de l’esprit, ou de la personnalité, ou de… comme vous voudrez dire).
Une femme laide sait qu'elle n'est pas cela. Bien sûr, Simone Weil veut dire que la femme belle devrait dire aussi : « je ne suis pas que cela ». C’est au fond la solution la plus simple : elle consiste à dire que le corps n’est pas l’expression de l’âme, et qu’entre les deux il n’y a de rapport qu’accidentellement. Chez Platon, c’est l’exemple d’Alcibiade dont la beauté recouvre une âme dévorée de passions et d’ambition ; c’est celui de Socrate dont la laideur recouvre une âme d’une beauté stupéfiante. Socrate est comparé à une statuette de Silène formant une boite et contenant des trésors.
… Bon, disons ça. Mais je sens bien que Simone Weil veut dire autre chose.
C’est dans le processus d’identification que se situe la différence : la très laide femme est finalement comme la très belle : elles veulent toutes les deux être admirées et elles utilisent les ressources qui sont les leurs. La beauté en est une ; sinon on fera appel à autre chose : la séduction de l’esprit, du savoir, du caractère, de la richesse, etc…
(1) Simone Weil, la philosophe, morte en 1943
(2) Sur la laideur, voir en particulier Post du 6 juillet 2008. Quand à savoir si une femme peut être laide, voir ici.
Saturday, July 05, 2008
Citation du 6 juillet 2008
La beauté (contrairement à la laideur) ne peut vraiment s'expliquer : elle se dit, s'affirme, se répète en chaque partie du corps mais ne se décrit pas.
Roland Barthes – S/Z
On pourrait dont décrire la laideur ? On pourrait par là même l’expliquer ?
Qu’est-ce que la laideur ?
Si on aborde la question rapidement, on dit que la laideur se montre et que son évidence est telle qu’on n’a même pas à la décrire. C’est ainsi qu’on est amené, 8 fois sur 10 à prendre l’exemple de la laideur féminine, puisque la femme étant réputée pour sa beauté, la laideur y est d’autant plus évidente ; qu’on se reporte à mon post du 21 juillet 2006, on y trouvera un exemple bien saisissant.
Seulement voilà : ça ce n’est pas encore une description. Qu’est-ce qui, en-dehors de la répulsion, explique la laideur, comme Barthes le veut ?
Alors, j’ai pris mon dictionnaire, et j’ai regardé dedans.
Laideur –
Sens général : à la fois moral et visuel
Sens restreint : esthétique
Le laid n’est pas simplement le non-beau, c’est le contraire actif de la beauté.
La laideur c’est ce qui est à la fois
- impuissance (amorphe)
- et forme confuse
Exemple la laideur du porc : la masse graisseuse étouffe la force du beau corps ou la faiblesse de la grâce délicate.
--> Définition : le laid est ce qui est impuissant à coordonner ses parties et qui par son incohérence manque à atteindre son propre style.
(Vocabulaire d’esthétique d’Etienne Souriau)
Thursday, July 20, 2006
Citation du 21 juillet 2006
Une fille laide est une fille qu'on saute sans élan.
Francis Veber
La laideur… Qu’est-ce que c’est ? Par exemple, est-ce que c’est ça ?
(Ça, c’est La duchesse laide de Quentin Metsys)
Je laisse aux féministes le soin de tirer leurs propres conclusions de cette mise en cause de la laideur des femmes ; je prodiguerai néanmoins quelques remarques personnelles.
Si vous prenez une Encyclopédie des citations, à l’article laideur, vous trouverez 90% de citations consacrées à la laideur féminine. Donc la question est : pourquoi est-ce cette laideur-là qui interpelle et pas une autre (laideur de l’homme, ou laideur de l’animal) ? On peut supposer que cette insistance à parler de la laideur féminine renvoie à une déception : les hommes attendent des femmes qu’elles soient belles. Est-ce si sûr ?
La beauté est- elle liée à la sexualité ou à ses dérivés ? Ou bien faut-il voir, comme Kant, dans la beauté ce qui doit au contraire être distingué de l’attirance que nous éprouvons pour ce qui nous est agréable ou avantageux ? On parlerait alors de beauté féminine de façon toute désintéressée, d’un point de vue nécessairement « désincarné ». La beauté au sens « noble », évaluée du point de vue seulement esthétique ne serait donc pas sexualisée, et il faudrait même dire que la beauté éloigne de la sexualité.
Je crois pour ma part que l’analyse de Kant présente un avantage : c’est de rendre compte du respect qu’impose la beauté humaine. Pas comme le sublime de la nature (toujours Kant), mais presque.
Rappelez-vous le film de Bertrand Blier Trop belle pour moi. On y voit un homme préférer une femme « laide », parce que la belle femme qu’il a épousée lui paraît inaccessible : trop belle, elle impose la distance : c’est une femme qu’on contemple, on ne la touche pas, comme les chef-d’œuvre des musées.
En revanche, si « une fille laide est une fille qu’on saute sans élan », c’est parce qu’on est proche d’elle.
Wednesday, July 19, 2006
Citation du 20 juillet 2006
Le beau n'a qu'un type ; le laid en a mille.
Victor Hugo Préface de Cromwell
Victor pompe allègrement dans le réservoir des principes de la scolastique. Exemple : la vérité est unique mais l’erreur est multiple. Ainsi, 2+2=4, vérité unique ; 2+2=5, ou 6, ou 3,758 : erreurs multiples. Comme il y a une règle absolue du vrai, il doit donc y avoir un principe unique qui permette de juger du beau.
Seulement, ce faisant, il pose la beauté comme définissable selon des principes rigoureux. Et la laideur alors ? N’y a-t-il rien que l’absence de beauté pour la signaler ? S’il y a mille façon d’être laid et une seule d’être beau, la monotonie guette les esthètes. Mais surtout, cela veut dire que cette règle s’applique aussi bien aux choses naturelles qu’aux œuvres d’art. Au lieu d’être le produit d’une libre création, le beau est un état, une manière d’être, un degré de perfection des choses. Bref, Victor parle ici en philosophe, pas en artiste…
Mais la beauté n’est-elle pas affaire de création, d’invention, de nouveauté ? Ne dirions-nous pas plus justement que si le beau suit des règles, c’est qu’il les invente en même temps que l’œuvre se crée ? Tout l’art moderne s’est développé sur un rejet des règles établies, la libération de la création n’étant plus l’affaire de quelques génies, mais la manière d’être de l’artiste dans son travail.
Seulement, voilà. Qui donc se préoccupe aujourd’hui de beauté et de laideur ? Victor apparaît bien « académique » de penser l’art en de pareils termes. Ces concepts sont en réalité des concepts liés à l’histoire de l’art, de la culture, leur évolution est aujourd’hui achevée, non pas avec un absolu, comme Hegel le croyait, mais dans le néant.
Finalement, Victor avait - en partie - raison : si on affirme qu’il y a une multitude de types du beau, alors c’est qu’il n’existe plus. Il ne cède même pas la place à la laideur.