Tuesday, December 02, 2014
Citation du 3 décembre 2014
Saturday, October 18, 2014
Citation du 18 octobre 2014
C'est parce qu'il y a un vrai danger, de vrais échecs, une vraie damnation terrestre, que les mots de victoire, de sagesse ou de joie ont un sens.
Tuesday, December 24, 2013
Citation du 25 décembre 2013
Monday, May 02, 2011
Citation du 2 mai 2011
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(1) Voir le commentaire ici. Et pour la tristesse ici.
(2) Jesus bleibet meine Freude ! La traduction française est fort douteuse. Selon une amie germanophone, on pourrait dire- soit : « Que ma joie, ma croyance en toi demeure».- Ou encore « ma joie demeure de te savoir là, présent »Les deux sont possibles car en fait la phrase allemande, est très brève et peu explicite ; volontairement ramassé ?
Thursday, September 16, 2010
Citation du 17 septembre 2010
La joie qui a besoin d'une cause, ce n'est pas de la joie, mais du plaisir.
Gustav Meyrink – La nuit de Walpurgis
Y a-t-il un plaisir sans joie ? Et une joie sans plaisir ? Est-ce raisonnable d’introduire ainsi une séparation entre deux états que nous vivons en principe simultanément ? Tout ça, c’est ergotage et compagnie…
Pourtant à mieux y regarder, on pourrait quand même dire que si joie et plaisir sont généralement simultanés ce n’est pas pour autant qu’ils se confondent et que, pour bien comprendre leur nature, il faut tout de même les envisager séparément.
Ce que nous pouvons faire avec Spinoza :
- La joie nous dit-il est la conscience d’un passage de notre être d’un état inférieur à un état supérieur. Elle est toute entière interne à nous-mêmes, elle n’a pas besoin d’une cause et surtout pas d’une cause extérieur.
Exemple : vous rencontrez une femme dont vous tombez amoureux. Elle peut bien vous apporter du plaisir – on l’espère même. Mais vous n’aurez de joie que si vous ressentez que vous grandissez à ses côtés – par exemple que vous devenez poète, ou que vous vous dépassez dans des exploits qui vous étaient auparavant inaccessibles.
Faut-il opposer la joie au plaisir ? Peut-être pas, mais les distinguer, sûrement.
Restons avec Spinoza. Selon lui, le plaisir est lié à un sentiment voluptueux qui est forcément éprouvé quelque part, c’est une titillation de tel organe à tel moment. Or, ce plaisir étant forcément limité à cet organe, il peut entrer en contradiction avec tel autre – et donc aussi avec l’organisme. Comme l’ivrogne qui éprouve du plaisir à boire, sans tenir compte que son corps est détruit par là. Le plaisir ici est déplaisir ailleurs. Or, avec la joie, rien de tel. Il n’existe aucune joie qui produirait en même temps de la tristesse. (1)
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(1) Sur la tristesse chez Spinoza, voir ici.
Friday, August 13, 2010
Citation du 14 août 2010
La tristesse est le passage de l’homme d’une plus grande à une moindre perfection.
Spinoza – Ethique, 3ème partie – Définitions des sentiments, III
Tristesse I
Le moindre avantage qu’on soit en droit d’attendre de la philosophie c’est cela : qu’elle fasse un peu le ménage dans les représentations mal fondées, dans les préjugés et dans les superstitions. Comment cela ? En nous proposant plusieurs hypothèses là où d’ordinaire une seule « certitude » nous suffit.
Le mérite de Spinoza est de souligner deux éléments propres à la tristesse :
- D’abord, la tristesse correspond à une réalité objective, qui est la perte d’un degré de perfection. Et non un sentiment lié à une subjectivité qu’il suffit d’éclairer pour la faire disparaître. Du genre : « Bouge tes fesses un peu, tu vas voir que ça ira mieux… » Non : il y a bel et bien passage … d’une plus grande à une moindre perfection.
- Ensuite, on évite également la surestimation de la tristesse entendue comme la façon dont la belle âme s’éprouve elle-même. Il faut se reporter aux Romantiques pour avoir une idée de ce qu’était alors la tristesse : une propriété du génie… ou du moins de l’homme qui sort du commun.
Donc :
- 1ère hypothèse : Spinoza nous dit que la tristesse est liée objectivement à une perte et non une grandeur ; c’est ainsi que la tristesse est exactement opposée à la joie. (1)
Sinon :
- 2ème hypothèse : que la tristesse soit strictement un état psychologique sans qu’aucun fondement objectif ne soit requis pour la comprendre – pourquoi pas ? Mais alors on devrait en faire un état pathologique, comme les états dépressifs, et ne surtout pas chercher à lui donner un sens, mais simplement combattre ça à coup d’anxiolytique : Prosac, la pilule du bonheur.
Ou encore, si vous y tenez :
- 3ème hypothèse : que la tristesse soit la marque du Génie, peut-être également… mais alors :
- ou bien (1ère hypothèse subsidiaire) il faut admettre le génie soit marqué par cela sans qu’on sache pourquoi,
- ou bien (2ème hypothèse subsidiaire) c’est qu’un Génie ne peut vivre heureux chez des nains comme nous – Ses ailes de Géant l’empêchent de marcher… (2)
C.Q.F.D. (comme disait Spinoza…)
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(1) Cf. Spinoza, idem – Def. II
J’ajouterai pour ceux qui veulent plus de précision que dans l’Explication de cette définition, que Spinoza précise que la tristesse n’est pas dans la moindre perfection – puisque participer à une perfection ne peut nous attrister – mais dans le passage à cette moindre perfection – c'est-à-dire dans la perte de quelque chose.
(2) Baudelaire – L’albatros (Les fleurs du mal)
Wednesday, July 15, 2009
Citation du 16 juillet 2009
Si tu pleures de joie, ne sèche pas tes larmes : tu les voles à la douleur.
Paul-Jean Toulet – Les trois impostures
Pourquoi pleure-t-on de joie ?
Des émotions aussi opposées que la joie et la douleur s’expriment par des larmes :
- s’agit-il d’une simple particularité physiologique, qui entraînerait mécaniquement la sécrétion de larmes dans certaines conditions ? Moyennant quoi elles n’auraient pas de signification particulière.
- Ou bien y a-t-il une parenté secrète entre elles ? La joie serait-elle une douleur qui a bifurqué vers autre chose ? Une douleur dénaturée ?
- Notre auteur opte semble-t-il pour une troisième solution : les larmes sont l’expression d’un paroxysme de souffrance, mais comme nous n’avons pas dans notre lexique des émotions l’équivalent pour un paroxysme de joie, alors on pleure de joie… On pleure de joie par défaut, parce que nous ne savons pas quoi faire d’autre…
Les larmes ont en outre c’est certain un caractère historique et culturel :
- Il y a des civilisations où on pleure abondamment et bien bruyamment lors des deuils ; l’antiquité a même eu des pleureuses quasi professionnelles ;
- Quant au 18ème siècle, il est celui où on versait des torrents de larmes : Rousseau raconte qu’il pleurait en lisant à Thérèse les pages de la Nouvelle Héloïse qu’il avait écrites dans la journée.
--> Mais aujourd’hui les larmes sont perçues plutôt sur le versant psychologique : elle sont l’expression – mieux même : l’occasion – d’une décompensation des émotions. Un peu comme la catharsis d’Aristote, elle permettent d’évacuer la tension émotionnelle, elles sont ce que la cellule de soutien psychologique vise à obtenir en faisant parler les victimes après l’accident.
Et donc : si une dame pique devant vous une grande crise émotionnelle, qu’elle casse le vase de fleurs, qu’elle vous griffe ou vous insulte, n’hésitez pas : giflez là. Si elle pleure, alors vous pourrez vous dire que vous lui avez fait du bien.
Et encore : si nous ne pleurions pas dans les plus grandes joies, c’est alors que nous souffririons.
Soit… N’empêche que ça a quand même moins d’allure que de dire que les larmes de joies sont dérobées à la douleur.
Friday, November 16, 2007
Citation du 17 novembre 2007
La modification de l'humeur est ce que l'alcool peut offrir de plus précieux à l'homme et ce qui fait que tous les hommes ne renoncent pas avec la même facilité à ce "poison". L'humeur enjouée, d'origine endogène ou toxique, abaisse les forces d'inhibition, la critique en particulier, et rend par là de nouveau abordables des sources de plaisir dont la répression fermait l'accès. Il est fort instructif de noter combien l'exaltation de l'humeur nous rend peu exigeants sur la qualité de l'esprit. C'est que l'humeur supplée à l'esprit, comme l'esprit doit s'efforcer de suppléer à cette humeur qui offre des possibilités de jouissance habituellement inhibées, et, parmi ces dernières, le plaisir de l'absurde.
Sigmund Freud - Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient (1905)
C’est un peu long pour une citation, c’est vrai, mais je n’ai pas su comment couper ce texte sans le rendre obscure. Mais j’ai confiance en mes lecteurs : ils avent lire.
L’alcool rend-il crétin ?
Freud ne prend pas la peine de poser cette question. La seule qui vaille c’est : pourquoi l’alcool rend-il crétin ?
Première observation de Freud : l’alcool rend supportable la crétinerie des autres - et donc forcément la sienne propre. L’alcool ne rend pas vraiment crétin puisque que nous le sommes déjà : il lève l’inhibition qui empêchait d’exprimer notre crétinerie.
Deuxième observation : l’alcool - et avec lui toute circonstance stimulant l’humeur enjouée - rend l’esprit inutile. Etre crétin, c’est rire de grosses bidasseries, et pour ça il faut vraiment se lâcher. Mais pour se lâcher, il faut d’abord emprisonner notre esprit c’est à dire l’intelligence.
Et en effet, que se passe-t-il quand vous êtes sobre ? Vous êtes raisonnable, pondéré, prévisible pour les autres également sobres ? Oui, mais surtout, vous êtes « exigeant sur la qualité de l’esprit ». Et ça, ça veut dire que vous allez censurer les manifestations qui donnent du plaisir, surtout le plaisir de l’absurde.
Je laisserai de côté la question de l’humour absurde - le non-sens des anglo-saxons - pour me contenter de la généralité : l’intelligence - ou la finesse d’esprit dont j’admettrai que c’est la même chose - n’est pas là pour nous faire rire. Pire même : elle est l’empêcheuse de jouir, le trouble-fête, le rabat-joie. Pour rire, il faut donc d’abord la mettre hors circuit, et pour cela il faut picoler. Pas de fête sans la picole, parce que pas de joie sans ivresse.
Deux questions :
- D’abord faut-il s’en remettre à l’alcool pour jouir du plaisir de l’humeur enjouée ? Pas nécessairement : voir les Confessions d’un mangeur d’opium de Thomas Quincey (1), où on découvre que le prolétariat londonien prenait du laudanum (= opium) le samedi soir comme plus tard les ouvriers français allaient boire leur paye au bistrot.
- Ensuite et surtout : ne peut-on réconcilier intelligence et plaisir ? La thèse développée par Freud dans Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient c’est que oui, c’est possible à condition que ce plaisir soit sadique. L’intelligence qui fait rire, le fait toujours aux dépends de quelqu’un; pour qu’un mot d’esprit soit drôle il faut être trois : celui qui fait le mot d’esprit, celui qui ne l’a pas compris, et celui qui se moque de lui.
Allez : c’est samedi. Amusez-vous quand même…
(1) Baudelaire en a rendu compte dans les Paradis artificiels