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Tuesday, December 02, 2014

Citation du 3 décembre 2014

La joie est stupide. Elle s’offre facilement. C’est l’émotion la plus reconnaissable, donc la moins perfide. Elle fendille les visages avec la stupeur un peu niaise de se découvrir léger. Rien n’est plus angoissant qu’un être joyeux.
Clara Dupont-Monod – Le roi disait que j'étais diable
Ces émotions qui nous rendent ridicules – 1
Il y a des gens qui ont le talent de dire beaucoup en peu de mots. Telle est Clara Dupont-Monod si j’en crois cette citation. En tout cas elle nous offre le plaisir de la dissection : allons-y gaiement !
- La joie est stupide. Dénonciation sadique d’un auteur qui aime faire  souffrir ses personnages ? Pas seulement – lisons la suite :
- Elle s’offre facilement. … La joie serait donc une surface sans profondeur ? Oui, il s’agit bien d’une déception de romancier : il n’y a rien à raconter de la joie – pas plus que du bonheur : Ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants… What else ?
- C’est l’émotion la plus reconnaissable, donc la moins perfide. Dans le registre des émotions, la joie est l’une des seule à exclure l’ambiguïté, on ne peut la feindre : elle est forcément sincère. On ne peut rien y cacher : allez donc intéresser des lecteurs avec ça ! Raison pour la quelle Iago est plus romanesque que Cendrillon au bras de son Prince.
- Elle fendille les visages avec la stupeur un peu niaise de se découvrir léger : Eh bien ! Ça vous fait envie d’être joyeux ? L’homme joyeux est tout entier dans son sourire béat ; son âme s’ouvre et … elle offre au regard de tous le spectacle de sa vacuité. De fait, si cet homme est soulagé de son fardeau de souci, sa légèreté n’est que l’effet de cet allègement. Le voici comme le chameau parvenu à l’étape et qu’on débarrasse de sa charge : sous le bât, il n’y a rien d’autre que du poil de chameau.
- Rien n’est plus angoissant qu’un être joyeux. L’homme joyeux fait l’expérience angoissante de sa vacuité.
Et alors ? Je veux dire, si nous ne sommes ni romancier ni psychanalystes ni confesseurs : quel est l’inconvénient de se sentir « vide » ? Il me semble que quelques courants de spiritualité orientale en tirent un parti fort intéressant.

Réciproque : et s’il fallait se « vider » pour accéder à la joie ?

Saturday, October 18, 2014

Citation du 18 octobre 2014


C'est parce qu'il y a un vrai danger, de vrais échecs, une vraie damnation terrestre, que les mots de victoire, de sagesse ou de joie ont un sens.
Simone de Beauvoir – Pour une morale de l'ambiguïté
J'entendrai donc par joie … une passion par laquelle l'âme passe à une perfection plus grande.
Spinoza - Ethique, III, Proposition XI, Scholie (Lire ici)

Commentaire II – La joie résulte de l’accès à une plus grande perfection.
Le contraste qui est nécessaire à la joie (cf. Post d’hier)  implique un dynamisme par lequel l'âme passe à une perfection plus grande. Du coup, il ne s’agit pas obligatoirement d’un contraste lié à une représentation « intellectuelle » des maux auxquels nous avons la chance d’échapper – comme lorsqu’on dit que les Egyptiens mettaient une tête de mort sur la table du banquet pour que les convives apprécient d’être encore en vie et se réjouissent de manger les mets qu’on leur sert.
Reprenons la phrase de Spinoza :
« J'entendrai donc par joie … une passion par laquelle l'âme passe à une perfection plus grande » (Ethique, III, Proposition XI, Scholie – Lire ici)
La joie n’est pas une représentation, c’est une passion : on a donc une nouvelle conception de la joie qui révoque la sagesse comme étant inutile pour être joyeux (1). Inutile de posséder une science extrême ni une expérience exceptionnelle, puisqu’il suffit d’être en développement : le nourrisson peut bien être parfaitement joyeux ; je suppose même que la petite enfance est la période la plus propice à la joie.
- Oui, mais on m’objectera que la sagesse reste indispensable pour être heureux. En effet, si le bonheur nous permet de vivre dans la durée ce que la joie nous fait éprouver dans l’instant, alors ne faut-il pas une science telle que la sagesse pour qu’on puisse s’établir durablement dans cet état ?
Cherchons une comparaison : la joie spinoziste est strictement orgasmique : comme l’orgasme, elle est une décharge affective, une émotion qui explose et qui n’existe que dans cette explosion ; pas plus qu’il n’existe de « plateau orgasmique » qui nous assurerait indéfiniment la jouissance sexuelle, il n’existe de joie durable. La joie est liée à une circulation de l’énergie, elle ne peut en aucun cas se prolonger, sauf à être liée à un nouveau sursaut de l’être.
Etre heureux, ce n’est donc pas être joyeux. D’ailleurs comme on l’a fait observer depuis longtemps, si l’on accepte la définition spinoziste, les Dieux ne sauraient être joyeux – car pour eux qui possèdent toutes les perfections, nul perfectionnement n’est concevable. Pourtant on les nomme les « Bienheureux ».
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(1) On rappellera la thèse qui sert de fil conducteur à l’un des débats théologiques du Nom de la rose d’Umberto Eco : le Christ riait-il ?

Tuesday, December 24, 2013

Citation du 25 décembre 2013


We wish you a merry Christmas –
Air connu (« We wish you a merry Christmas » est un carol d'autrefois chanté dans la rue, par des chanteurs affamés qui venaient réclamer une part de pudding aux figues en échange de vœux de Noël et de bonne année)  – Tout ça à écouter et lire ici
Oui, Joyeux Noël : d’accord, mais lequel ?
- Celui des Bisounours ?

Bon : on a peut-être passé l’âge…
- Celui d’Hubert-Felix Thiefaine ?
« Givré dans la nuit de Noël / Un clocher balbutie son glas / Pour ce pékin dans les ruelles / Qui semble émerger du trépas / Il vient s'arrêter sur la place / Pour zoomer quelques souvenirs / Fantômes étoilés de verglas / Qui se fissurent et se déchirent »
Hubert-Félix Thiéfaine – Chroniques bluesymentales (1990), Villes natales et frenchitude
Brrrr !... Pas joyeux ! Tentons la synthèse :
- Celui de la Méchante en mode Bisounours ?


Eleonore Bridge – LeBlog de la Méchante
[La méchante en mode Bisounours : appréciez l’oxymore : !]
Oui mais voilà : c’est ça qu’il me faut. Que le jour de Noël quelqu’une me dise en me regardant dans  les yeux : Ouais, je suis pleine d’amour aujourd’hui… Profitez-en !

Monday, May 02, 2011

Citation du 2 mai 2011

Le bonheur supprime la vieillesse.
Franz Kafka
Que faut-il comprendre ? Que les gens heureux n’ont pas d’âge ou que les vieux sont malheureux ? a vieillesse est-elle un malheur qu’il suffit d’oublier pour l’effacer ?En tout cas, et quoiqu’il en soit, on est loin, très loin de la croyance en la vénérabilité de la vieillesse, car comment croire que ce soit un âge respectable s’il nous apporte le malheur ? D’ailleurs, comment imaginer qu’on ait avec l’âge atteint un état fondamental de l’être humain – alors qu’il suffit d’un sourire de bonheur pour le détruire ?Car c’est au moins cela qu’on devrait retenir : la vieillesse est provisoire, superficielle elle tend à se dissiper dès que l’humeur change – quitte sans doute à revenir dès que la tristesse regagne du terrain.J’écris « tristesse » plutôt que « malheur » : ce n’est pas simplement pour varier l’expression. C’est qu’en effet pour comprendre la pensée de Kafka il faut sans doute parler de joie et de tristesse plutôt que de bonheur et de malheur.La joie, entendue comme le fait Spinoza, est le sentiment qui accompagne un accroissement de notre être – ou de notre perfection (1). On comprend donc que si la vieillesse est une involution de l’être, elle s’accompagne de tristesse et donc que la joie l’écarte. Faut-il entendre que la joie rajeunit ceux qui l’éprouvent ? Sans doute, à condition toutefois de bien comprendre que la joie n’est pas seulement le plaisir (même accompagné de production de testostérone !).Qu’on juge que la vieillesse soit bonne ou mauvaise n’est pas ce qui importe ; ce qui compte ici c’est de savoir si c’est un état stable et définitif. Si la joie est encore possible, alors ça veut dire que la sénilité n’est pas établie et que nous pouvons encore prendre l’ascenseur capable de nous faire grimper vers de plus hautes sphères de notre être.Jésus, que ma joie demeure ! (2)
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(1) Voir le commentaire ici. Et pour la tristesse ici.
(2) Jesus bleibet meine Freude ! La traduction française est fort douteuse. Selon une amie germanophone, on pourrait dire- soit : « Que ma joie, ma croyance en toi demeure».- Ou encore « ma joie demeure de te savoir là, présent »Les deux sont possibles car en fait la phrase allemande, est très brève et peu explicite ; volontairement ramassé ?

Thursday, September 16, 2010

Citation du 17 septembre 2010

La joie qui a besoin d'une cause, ce n'est pas de la joie, mais du plaisir.

Gustav Meyrink – La nuit de Walpurgis

Y a-t-il un plaisir sans joie ? Et une joie sans plaisir ? Est-ce raisonnable d’introduire ainsi une séparation entre deux états que nous vivons en principe simultanément ? Tout ça, c’est ergotage et compagnie…

Pourtant à mieux y regarder, on pourrait quand même dire que si joie et plaisir sont généralement simultanés ce n’est pas pour autant qu’ils se confondent et que, pour bien comprendre leur nature, il faut tout de même les envisager séparément.

Ce que nous pouvons faire avec Spinoza :

- La joie nous dit-il est la conscience d’un passage de notre être d’un état inférieur à un état supérieur. Elle est toute entière interne à nous-mêmes, elle n’a pas besoin d’une cause et surtout pas d’une cause extérieur.

Exemple : vous rencontrez une femme dont vous tombez amoureux. Elle peut bien vous apporter du plaisir – on l’espère même. Mais vous n’aurez de joie que si vous ressentez que vous grandissez à ses côtés – par exemple que vous devenez poète, ou que vous vous dépassez dans des exploits qui vous étaient auparavant inaccessibles.

Faut-il opposer la joie au plaisir ? Peut-être pas, mais les distinguer, sûrement.

Restons avec Spinoza. Selon lui, le plaisir est lié à un sentiment voluptueux qui est forcément éprouvé quelque part, c’est une titillation de tel organe à tel moment. Or, ce plaisir étant forcément limité à cet organe, il peut entrer en contradiction avec tel autre – et donc aussi avec l’organisme. Comme l’ivrogne qui éprouve du plaisir à boire, sans tenir compte que son corps est détruit par là. Le plaisir ici est déplaisir ailleurs. Or, avec la joie, rien de tel. Il n’existe aucune joie qui produirait en même temps de la tristesse. (1)

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(1) Sur la tristesse chez Spinoza, voir ici.

Friday, August 13, 2010

Citation du 14 août 2010

La tristesse est le passage de l’homme d’une plus grande à une moindre perfection.

Spinoza – Ethique, 3ème partie – Définitions des sentiments, III

Tristesse I

Le moindre avantage qu’on soit en droit d’attendre de la philosophie c’est cela : qu’elle fasse un peu le ménage dans les représentations mal fondées, dans les préjugés et dans les superstitions. Comment cela ? En nous proposant plusieurs hypothèses là où d’ordinaire une seule « certitude » nous suffit.

Le mérite de Spinoza est de souligner deux éléments propres à la tristesse :

- D’abord, la tristesse correspond à une réalité objective, qui est la perte d’un degré de perfection. Et non un sentiment lié à une subjectivité qu’il suffit d’éclairer pour la faire disparaître. Du genre : « Bouge tes fesses un peu, tu vas voir que ça ira mieux… » Non : il y a bel et bien passage … d’une plus grande à une moindre perfection.

- Ensuite, on évite également la surestimation de la tristesse entendue comme la façon dont la belle âme s’éprouve elle-même. Il faut se reporter aux Romantiques pour avoir une idée de ce qu’était alors la tristesse : une propriété du génie… ou du moins de l’homme qui sort du commun.

Donc :

- 1ère hypothèse : Spinoza nous dit que la tristesse est liée objectivement à une perte et non une grandeur ; c’est ainsi que la tristesse est exactement opposée à la joie. (1)

Sinon :

- 2ème hypothèse : que la tristesse soit strictement un état psychologique sans qu’aucun fondement objectif ne soit requis pour la comprendre – pourquoi pas ? Mais alors on devrait en faire un état pathologique, comme les états dépressifs, et ne surtout pas chercher à lui donner un sens, mais simplement combattre ça à coup d’anxiolytique : Prosac, la pilule du bonheur.

Ou encore, si vous y tenez :

- 3ème hypothèse : que la tristesse soit la marque du Génie, peut-être également… mais alors :

- ou bien (1ère hypothèse subsidiaire) il faut admettre le génie soit marqué par cela sans qu’on sache pourquoi,

- ou bien (2ème hypothèse subsidiaire) c’est qu’un Génie ne peut vivre heureux chez des nains comme nous – Ses ailes de Géant l’empêchent de marcher… (2)

C.Q.F.D. (comme disait Spinoza…)

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(1) Cf. Spinoza, idem – Def. II

J’ajouterai pour ceux qui veulent plus de précision que dans l’Explication de cette définition, que Spinoza précise que la tristesse n’est pas dans la moindre perfection – puisque participer à une perfection ne peut nous attrister – mais dans le passage à cette moindre perfection – c'est-à-dire dans la perte de quelque chose.

(2) Baudelaire – L’albatros (Les fleurs du mal)

Wednesday, July 15, 2009

Citation du 16 juillet 2009

Si tu pleures de joie, ne sèche pas tes larmes : tu les voles à la douleur.

Paul-Jean Toulet – Les trois impostures

Pourquoi pleure-t-on de joie ?

Des émotions aussi opposées que la joie et la douleur s’expriment par des larmes :

- s’agit-il d’une simple particularité physiologique, qui entraînerait mécaniquement la sécrétion de larmes dans certaines conditions ? Moyennant quoi elles n’auraient pas de signification particulière.

- Ou bien y a-t-il une parenté secrète entre elles ? La joie serait-elle une douleur qui a bifurqué vers autre chose ? Une douleur dénaturée ?

- Notre auteur opte semble-t-il pour une troisième solution : les larmes sont l’expression d’un paroxysme de souffrance, mais comme nous n’avons pas dans notre lexique des émotions l’équivalent pour un paroxysme de joie, alors on pleure de joie… On pleure de joie par défaut, parce que nous ne savons pas quoi faire d’autre…

Les larmes ont en outre c’est certain un caractère historique et culturel :

- Il y a des civilisations où on pleure abondamment et bien bruyamment lors des deuils ; l’antiquité a même eu des pleureuses quasi professionnelles ;

- Quant au 18ème siècle, il est celui où on versait des torrents de larmes : Rousseau raconte qu’il pleurait en lisant à Thérèse les pages de la Nouvelle Héloïse qu’il avait écrites dans la journée.

--> Mais aujourd’hui les larmes sont perçues plutôt sur le versant psychologique : elle sont l’expression – mieux même : l’occasion – d’une décompensation des émotions. Un peu comme la catharsis d’Aristote, elle permettent d’évacuer la tension émotionnelle, elles sont ce que la cellule de soutien psychologique vise à obtenir en faisant parler les victimes après l’accident.

Et donc : si une dame pique devant vous une grande crise émotionnelle, qu’elle casse le vase de fleurs, qu’elle vous griffe ou vous insulte, n’hésitez pas : giflez là. Si elle pleure, alors vous pourrez vous dire que vous lui avez fait du bien.

Et encore : si nous ne pleurions pas dans les plus grandes joies, c’est alors que nous souffririons.

Soit… N’empêche que ça a quand même moins d’allure que de dire que les larmes de joies sont dérobées à la douleur.

Friday, November 16, 2007

Citation du 17 novembre 2007

La modification de l'humeur est ce que l'alcool peut offrir de plus précieux à l'homme et ce qui fait que tous les hommes ne renoncent pas avec la même facilité à ce "poison". L'humeur enjouée, d'origine endogène ou toxique, abaisse les forces d'inhibition, la critique en particulier, et rend par là de nouveau abordables des sources de plaisir dont la répression fermait l'accès. Il est fort instructif de noter combien l'exaltation de l'humeur nous rend peu exigeants sur la qualité de l'esprit. C'est que l'humeur supplée à l'esprit, comme l'esprit doit s'efforcer de suppléer à cette humeur qui offre des possibilités de jouissance habituellement inhibées, et, parmi ces dernières, le plaisir de l'absurde.

Sigmund Freud - Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient (1905)

C’est un peu long pour une citation, c’est vrai, mais je n’ai pas su comment couper ce texte sans le rendre obscure. Mais j’ai confiance en mes lecteurs : ils avent lire.

L’alcool rend-il crétin ?

Freud ne prend pas la peine de poser cette question. La seule qui vaille c’est : pourquoi l’alcool rend-il crétin ?

Première observation de Freud : l’alcool rend supportable la crétinerie des autres - et donc forcément la sienne propre. L’alcool ne rend pas vraiment crétin puisque que nous le sommes déjà : il lève l’inhibition qui empêchait d’exprimer notre crétinerie.

Deuxième observation : l’alcool - et avec lui toute circonstance stimulant l’humeur enjouée - rend l’esprit inutile. Etre crétin, c’est rire de grosses bidasseries, et pour ça il faut vraiment se lâcher. Mais pour se lâcher, il faut d’abord emprisonner notre esprit c’est à dire l’intelligence.

Et en effet, que se passe-t-il quand vous êtes sobre ? Vous êtes raisonnable, pondéré, prévisible pour les autres également sobres ? Oui, mais surtout, vous êtes « exigeant sur la qualité de l’esprit ». Et ça, ça veut dire que vous allez censurer les manifestations qui donnent du plaisir, surtout le plaisir de l’absurde.

Je laisserai de côté la question de l’humour absurde - le non-sens des anglo-saxons - pour me contenter de la généralité : l’intelligence - ou la finesse d’esprit dont j’admettrai que c’est la même chose - n’est pas là pour nous faire rire. Pire même : elle est l’empêcheuse de jouir, le trouble-fête, le rabat-joie. Pour rire, il faut donc d’abord la mettre hors circuit, et pour cela il faut picoler. Pas de fête sans la picole, parce que pas de joie sans ivresse.

Deux questions :

- D’abord faut-il s’en remettre à l’alcool pour jouir du plaisir de l’humeur enjouée ? Pas nécessairement : voir les Confessions d’un mangeur d’opium de Thomas Quincey (1), où on découvre que le prolétariat londonien prenait du laudanum (= opium) le samedi soir comme plus tard les ouvriers français allaient boire leur paye au bistrot.

- Ensuite et surtout : ne peut-on réconcilier intelligence et plaisir ? La thèse développée par Freud dans Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient c’est que oui, c’est possible à condition que ce plaisir soit sadique. L’intelligence qui fait rire, le fait toujours aux dépends de quelqu’un; pour qu’un mot d’esprit soit drôle il faut être trois : celui qui fait le mot d’esprit, celui qui ne l’a pas compris, et celui qui se moque de lui.

Allez : c’est samedi. Amusez-vous quand même…

(1) Baudelaire en a rendu compte dans les Paradis artificiels