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Monday, August 04, 2014

Citation du 5 août 2014



Mon cul. C'est la première fois que je photographie mon cul. (A l'aveuglette, le bras tendu.)
Jean-Charles F. Mouchette &Co (Blog) – Lireici
Connais-toi toi-même. Si tu ne connais pas ton propre cul, comment pourrais-tu te connaître?
Idem

Voici un selfie d’un genre un peu spécial, mais pas tant que ça après tout.
Les selfies : pourquoi leur imposer de nous montrer avec nos amis, ceux qu’on a choisis exprès pour faire la photo (ou pas : voyez le « photobombage » réalisé par Elisabeth 2) ?
Bien sûr, le selfie est d’abord un autoportrait ; mais à quoi nous sert-il ?
- Et s’il servait à examiner ce qui de nous-mêmes reste inconnu pour nous-mêmes ? Par exemple : pourquoi ne pas profiter de cet instrument d’introspection qu’est l’appareil photo pour photographier notre cul ? Et pas pour n’importe quelle raison. Pas pour balancer notre anatomie sur Facebook (« face » ? Hummm (1)). Non : c’est pour méditer sur son cul que l’auteur de ce Blog se photographie.

Méditer : non au sens de la spiritualité orientale, mais au sens de la philosophie occidentale, comme chez Descartes par exemple : voyez « Les Méditations métaphysiques » (sens déjà présent chez Platon : « la pensée, c’est le dialogue de l’âme avec elle-même »).
- Si notre auteur médite sur son cul, c’est d’abord parce qu’il aime la séquence culte (!) du film de Godard : Bardot qui demande « Et mes fesses, tu les trouves jolies mes fesses ? »
- Mais plus encore c’est autour de cette interrogation : Qui suis-je ? que tourne cette méditation. De même que les peintres font systématiquement leur auto portrait, comme s’il était possible de trouver la réponse à cette question dans le miroir, notre auteur fait mine de croire que cette réponse doit se trouver dans l’image de … son cul ? Plaisanterie facile que je retire bien volontiers. C’est plutôt l’idée que rien de notre corps n’est étranger à ce que nous sommes, et donc que chacune de ses parties exprime notre réalité. Ainsi, pour savoir si je suis triste ou plutôt gai, essayons de savoir si j’ai la fesse molle ou légère.

Si les selfies doivent servir à  cette introspection, alors selfions tout notre corps, morceau par morceau : notre nez – nos lèvres – nos seins pectoraux – nos fesses – etc…
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(1) Voici la traduction du mot « facebook » telle que lue dans … Facebook : La vraie traduction de Facebook en Français est: Trombinoscope.
- Définition de trombinoscope : livret qui contient la photo, portrait de chaque individu d'un groupe (ex. trombinoscope des membres d'une assemblée).

Monday, January 21, 2013

Citation du 22 janvier 2013



Pour inspecter notre propre cerveau, nous n'avons que nos propres cerveaux.
Gordon Rattray Taylor – Le cerveau et ses mystères
L'individu pensant ne saurait se partager en deux dont l'un raisonnerait, tandis que l'autre regarderait raisonner.
Auguste Comte – Cours de philosophie positive, première leçon. (Extrait ici)

Critique de l’introspection. – Il faut en effet remonter à Auguste Comte pour comprendre la restriction exprimée dans notre première citation : nous n'avons que nos propres cerveaux. Pourquoi donc ce regret ? Faudrait-il autre chose ?
Oui, car comme le dit Comte, dans l’observation il faut que le sujet observant soit autre que l’objet observé : distance et indépendance, voilà l’essence même de l’observation. Et Comte de prendre l’exemple de la passion : être – ou avoir été – passionné peut certes faciliter l’observation de la passion chez autrui, mais nullement sa connaissance, car c’est alors notre propre passion que nous jugeons en croyant juger celle de l’autre.
Sauf que bien sûr le cerveau qui observe le cerveau ne fait absolument pas usage d’une quelconque intuition intime de lui-même : sinon, en observant l’hippocampe, je sentirais des souvenirs remuer en moi parce que la mémoire est liée à cette zone du cerveau…
Bien sûr, les choses ne se passent en réalité pas comme ça : qu’est-ce qu’observer ? Est-ce parcourir du regard selon un certain ordre et selon une certaine intention (comme quand je cherche le visage humain caché dans le dessin de l’arbre) ?
Peut-être, mais pas seulement : lisez donc l’étude publiée ici qui nous décrit le dialogue entre l’hippocampe et le cortex. N’a-t-on pas le sentiment de lire la description du fonctionnement d’une de nos machines à calculer – c’est-à-dire à « penser » ?
Machine à penser… Voilà le modèle ! En fait, l’observation se fait non pas avec deux termes (l’observateur et l’observé), mais avec un troisième terme, le modèle qu’on superpose à l’objet d’observation : ou ça se superpose, et on explique ; ou ça ne superpose pas et il faut alors trouver un autre modèle.

Tuesday, March 14, 2006

Citation du 15 mars 2006

« Connais-toi toi-même. Maxime aussi pernicieuse que laide. Quiconque s'observe arrête son développement. La chenille qui chercherait à bien se connaître ne deviendrait jamais papillon. »

Gide - Les nouvelles nourritures

Auguste Comte ironisait sur celui qui voudrait être à sa fenêtre pour se regarder passer dans la rue : cette critique de l’introspection est reprise par Gide, qui l’oriente vers sa nocivité pratique. C’est sûr que la chenille ne se demande pas si elle doit devenir papillon. Mais l’homme ne peut-il quant à lui se demander quel homme il va - il doit - devenir ? Vouloir opposer la spontanéité à la réflexion rationnelle, c’est sans doute intéressant mais est-ce réaliste ?

Bergson disait qu’on ne peut connaître l’avenir parce qu’il n’existe pas, et qu’il n’existe pas parce qu’il nous faut l’inventer. En devenir, nous mouvant sans cesse d’un passé immédiat à un avenir imminent, nous ne formons jamais une réalité stable comme un objet que nous - ou d’autres - pourrions étudier. De ce point de vue le précepte socratique est vain en effet, puisqu’on ne peut connaître ce qu’on est en train de devenir ; aucune essence éternelle à découvrir derrière le rideau des apparences, aucun statut social capable de déterminer notre nature, aucune hérédité pour nous définir.

Mais si nous ne pouvons nous définir du moins devons nous orienter notre évolution en tenant compte de ce que nous sommes devenus. Qui donc pourrait affirmer sans faire rire : « Aujourd’hui, j’étudie la physiologie des bigorneaux, mais hier je m'étais spécialisé en littérature chinoise - époque ming - ; je réfléchis à demain ; peut-être devrais-je faire une recherche sur la technique du béton pré-contraint… ». Même Sartre disant « l’existence précède l’essence » admet tout à fait que l’essence existe. D’ailleurs si la chenille n’a pas besoin de connaître le papillon qu’elle va devenir, celui-ci peut en revanche, réfléchir à sa condition papillonnante.

Le seul problème reste donc de savoir si nous sommes devenus le papillon que nous avons à être.

Monday, March 13, 2006

Citation du 14 mars 2006

"Connais-toi toi-même » et « Sois sage », c’est la même chose.

Platon Charmide

On connaît le paradoxe de la sagesse socratique ; conçue comme savoir indépassable, Socrate, au lieu de lui donner comme objet l’immensité et l’éloignement de l’Univers, lui assigne ce qu’il y a de plus proche de nous-mêmes, à savoir : nous-mêmes.

Science difficile car la proximité est justement ce qui empêche de connaître : où est le miroir qui me permettra de me voir moi-même pour m’étudier à distance d’objet ? Alors qu’Aristote conseillait de trouver un ami, fidèle reflet de nous-mêmes, Platon conseille de se tourner vers Dieu, Ame supérieure qui éclaire les âmes humaines en leur montrant ce qu'elles doivent être.

Car voilà la finesse : la sagesse n’est pas seulement science, elle est aussi art : celui d’agir opportunément par science ; le commandement socratique est au fond une maxime morale. « Connais-toi toi-même pour devenir ce que tu dois être » ; et peut-être même : « Compare donc ce que tu as fait de toi avec ce que tu aurais pu être ». La jeunesse est l’âge des projets les plus fous ; et des abandons encore plus déraisonnables. La sagesse, supposée apanage de la vieillesse est l’âge où la science n’éclaire plus que le chemin … des autres ! Car, si la sagesse et folie vont de paire, la folie du sage ne serait pas n’importe quelle folie : elle serait folie du vieillard qui croirait que le flambeau de la sagesse éclaire sa propre vie, qu’il y a encore un chemin à éclairer devant lui.

Socrate ne cherche donc pas la sagesse pour lui-même, mais pour éclairer les autres. Est-ce plus facile ? En tout cas c’est plus dangereux : qui donc aime savoir ce qu’il aurait dû être ?

A suivre