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Wednesday, January 21, 2015

Citation du 22 janvier 2015

La surabondance médiatisée des évènements et des images les plus horribles sur Internet attestent une certaine faisabilité du pire. Il n’y a plus qu’à reproduire ce qu’on voit.
Jean-Albert Meynard – Le complexe de Barbe-Bleue (psychologie de la méchanceté et de la haine) – Lire la citation complète en annexe. Voir des extraits du livre ici

Assassiner froidement des innocents journalistes qui font paisiblement leur travail : comment comprendre tant méchanceté et de haine ? La science pourra-t-elle nous l’expliquer ? Si les frères Kouachi avaient survécu, aurait-il fallu les juger ou bien les déclarer irresponsables ? Et dans ce cas, qui ou quoi fallait-ils juger et condamner ?
J-A Meynard, spécialiste de la méchanceté et de la haine répond : il faut une conjugaison de facteurs, à la fois constitutionnels et circonstanciels. Mais la touche finale incombe à Internet et à la diffusion de ces horribles images : la présence de ces images sur Internet atteste une certaine faisabilité du pire. Il n’y a plus qu’à reproduire ce qu’on voit.
Au fond, le mécanisme est celui de la mise sous dépendance sectaire : à la réalité que chacun rencontre et en la quelle nous croyons tous, se substitue une autre réalité – irréelle celle-là, mais portée par l’autorité d’un maitre à penser, d’un gourou. Mais ici, le basculement dans l’irréel est facilité parce que les propos de ce « gourou » sont démultipliés par les images des écrans d’Internet.
Et de plus la même image est à la fois la preuve de la réalité et la mise en évidence de la méthode à employer. La présence quasi obsessionnelle de la Kalachnikov dans ces photos de djihadistes montre un fétichisme que les psychologique expliquerons mais qui est de tout façon gros des pires crimes.


Mais avant de classer l’affaire dans le dossier « Perversions et passage à l’acte pathologique », notons quand même que nous n’avons pas encore mis en évidence un déterminisme radical. Il reste –nous l’avons souligné déjà – que ce moment de la décision de tirer et de tuer relève du choix libre de l’individu. Que tout le monde n’ait pas ce choix à faire c’est une évidence. Mais que certains y soient confrontés et répondent par l’abstention, c’est également évident.
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Fac-simile du texte cité :

Friday, December 27, 2013

Citation du 28 décembre 2013


Sur Internet il suffisait d’inscrire un mot clé pour voir déferler des milliers de sites , livrant en désordre des bouts de phrases et des bribes de textes qui nous aspiraient vers d’autres dans un jeu de piste excitant, une trouvaille relancée à l’infini de ce qu’on ne cherchait pas. Il semblait qu’on pouvait s’emparer de la totalité des connaissances, entrer dans la multiplicité des points de vue jetés sur les blogs dans une langue neuve et brutale. S’informer sur les symptômes du cancer de la gorge, la recette de la moussaka, l’âge de Catherine Deneuve, la météo à Osaka, la culture des hortensias et du cannabis, l’influence des Nippons sur le développement de la Chine, — jouer au poker, enregistrer des films et des disques, tout acheter, des souris blanches et des revolvers, du Viagra et des godes, tout vendre et revendre. Discuter avec des inconnus, insulter, draguer, s’inventer. Les autres étaient désincarnés, sans voix ni odeur ni gestes, ils ne nous atteignaient pas. Ce qui comptait, c’est ce qu’on pouvait faire avec eux, la loi d’échange, le plaisir. Le grand désir de puissance et d’impunité s’accomplissait. On évoluait dans la réalité d’un monde d’objets sans sujets. Internet opérait l’éblouissante transformation du monde en discours. Le clic sautillant et rapide de la souris sur l’écran était la mesure du temps.
Annie Ernaux –  Les années
Ami surfeur, ce texte est pour vous!
Certes il est un peu long mais avouez qu’il faut quand même ça pour rendre justice à votre pratique solitaire et délicieuse de l’Internet.
Il est inutile de revenir sur l’énumération de tout ce qu’on peut faire au gré de ces errances, la part de hasard et de rencontres jouissives car improbables. Nous éviterons même d’évoquer ces sites de vente où vous refilez vos cadeaux à peine déballés : car c’est mal.
Nous serons par contre plus attachés à la leçon philosophique énoncée dans ce texte : On évoluait dans la réalité d’un monde d’objets sans sujets. Ça c’est fort ! Si on ajoute que la prouesse d’Internet est de transformer le monde (et les rapports humains) en pur discours (1), alors on comprendra que ce qui est parfois dénoncé comme faiblesse du réseau est en réalité sa force.
Nous renforcer comme sujet désirant et nous débarrasser de l’encombrement des autres.
Houlà ! Certains vont crier très fort : « Mais c’est une pratique masturbatoire ! »
Ben oui – c’est normal, puisqu’Internet nous permet de tout acheter, des souris blanches et des revolvers, du Viagra et des godes,
Les autres diront que – quand même ! – on y fait des rencontres qui égalent bien en richesse celles qui nous attendent au coin de la rue. Certes ; mais avouez quand même que vous y mettez pas mal de votre imagination. Voire de fantasme.
o-o-o
Je relis ce billet : on a l’impression que je ronchonne contre les nouvelles relations nouées dans la blogosphère. Pas du tout ! Dans la réalité aussi nous fantasmons, sauf que ceux sur qui nous le faisons risquent bien de nous décevoir un jour ou l’autre. Eh quoi ? Même si les gens que j’aime ne sont pas exactement comme je les imagine, faut-il donc que j’en sois avisé ? Alceste est lucide et il part se réfugier dans un désert… où il n’est même pas connecté !
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(1) Oh ! ces bisous, tendres baisers etc. que nous échangeons avec nos relations virtuelles, sans même penser à quoi ça pourrait ressembler – Et alors ? Un baiser de discours ne peut-il parfois être supérieur à un baiser dans le cou ?

Monday, September 02, 2013

Citation du 3 septembre 2013


Toute l'industrie, tout le commerce finira par n'être qu'un immense bazar unique, où l'on s'approvisionnera de tout.           
Zola – L'Argent
A société nouvelle, commerce nouveau : telle est la leçon qui se dégage du roman d’Emile Zola, Au Bonheur des Dames, publié en 1883 – roman dans le quel Zola décrit l’apparition des Grands magasins,  Le Bon Marché et les Grands magasins du Louvres étant les tout premiers (1).
Dans le même temps où ces magasins apparaissaient, Paris était transformé de fond en comble par Haussmann et les petits commerces, ruinés par la concurrence, disparaissaient les uns après les autres (2). Les petites employées de ces Grands magasins étaient soumises aux aléas de l’embauche, à la précarité de l’emploi, conditions du développement exponentiel de ce type de commerce.
Bien sûr on se dit que le monde actuel vient de loin, que son passé s’enracine dans une réalité qui date d’un siècle et demi, et que, plus que jamais, la concurrence ravage les cités, les vidant de leurs commerces et regroupant les grandes enseignes dans des zones périurbaines, aux allures d’excroissances pathologiques.
Bref : l’horizon deviné par Zola parait atteint aujourd’hui. Y a-t-il une autre étape qui se profile derrière ?
Eh bien, oui. Il y a le commerce sur Internet qui a modifié radicalement le comportement des clients. Souvent, les visiteurs des magasins y viennent pour voir, se renseigner, manipuler les objets, et puis vont acheter sur le Net à meilleur prix. Autrement dit, les magasins « réels » sont devenus les showrooms pour des achats virtuels. A tel point qu’une succursale d’un de ces grands magasins (c’est une FNAC je crois) a décidé de faire payer une « caution » pour le panier (obligatoire) pris à l’entrée du magasin – caution qui est remboursée seulement en cas d’achat. Façon de faire payer un droit de visite pour ceux qui n’achètent pas. On ne saurait décrire plus clairement les transformations qui affectent le commerce dans les grandes villes, et qui n’est certes pas terminé.
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(1) Voir l’expo de la B.N. ici.
(2) Ironie de l’histoire, Paris reste aujourd’hui la ville où le commerce de proximité se porte le mieux, en raison des difficultés à utiliser la voiture.

Monday, August 20, 2012

Citation du 21 août 2012


Ordinairement, un homme qui ne parle pas ne pense pas. Je parle de celui qui n'a pas de raisons pour ne pas parler. Chacun est bien aise de mettre au jour ce qu'il croit avoir bien pensé ; les hommes sont faits comme cela.
Montesquieu – Mes pensées 1746
Un homme qui ne parle pas ne pense pas. La réciproque est hélas moins vraie ! On sait combien il est irritant d’entendre parler – pérorer – des gens qui n’ont rien à dire. Il suffit d’ouvrir son poste de radio à l’heure des « coups-de-gueule » et des « et-vous-qu’en-pensez-vous-? » : à devenir ou neurasthénique ou misanthrope. A éviter.
Plus original est le message de Montesquieu : Je parle, dit-il, de celui qui n'a pas de raisons pour ne pas parler – autrement dit, celui qui pense, et donc qui a quelque chose à dire.
Justement : suffit-il d’avoir quelque chose à dire pour le dire ? Ne faut-il pas une raison de plus ?
Chacun est bien aise de mettre au jour ce qu'il croit avoir bien pensé (...). Voilà l’essentiel : on pourrait très bien se contenter de penser quelque chose et de se dire « Voilà : c’est bien pensé. » Mais non ! Il faut incontinent courir, trouver quelqu’un qu’on va tirer par la manche : « Ecoute, écoute ce que je viens de penser : n’est-ce pas que c’est bien pensé ? »
Il peut même se faire qu’on n’agisse pas pour demander un avis ni même un assentiment. On veut comme on dit « partager », faire « circuler » ou – au moins – « communiquer ». Et si on n’a personne sous la main, on a encore les possibilités du Web 2.0 : ces messages de Blog, de Twitter, ne sont-ils pas autant de bouteilles à la mer ? (1)
Moi-même, ne suis-je pas comme le naufragé qui jette chaque jour à la mer son message dans une bouteille (dites donc il en faut des bouteilles !) : il lui suffit d’imaginer qu’il sera recueilli et lu par quelqu’un, un jour quelconque.
Mais après tout, pourquoi s’en désoler ? Les hommes sont faits comme cela.
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(1) Bouteilles à la mer… Notons que les « twitteurs » utilisent de toutes petites bouteilles (140 signes) : c’est plus vite lu. Tant mieux ! Sauf que les spécialistes de la com’ expliquent aux politiques et autres décideurs que leurs principes moraux, économiques, comportementaux – que sais-je encore ? – que ces principes donc, doivent être « twittables », c’est-à-dire qu’on doit pouvoir les enfermer dans ces petites bouteilles. On revient donc aux aphorismes. Ça ouvre une belle carrière aux commentateurs comme moi.

Monday, April 23, 2012

Citation du 24 avril 2012

Qui parle sème ; qui écoute récolte.
Proverbe Persan (à moins que ce ne soit une citation de Pythagore)
Les proverbes sont souvent révélateurs d’une civilisation, et des rapports de pouvoirs qui la soutiennent.
Comme avec celui-ci (dont on dit qu’il s’agit d’un proverbe persan, mais que certains attribuent sans trembler à Pythagore), qui situe la parole non dans le va-et-vient du dialogue mais dans le trajet qui va du magister au disciple. La parole ne peut aller que du plus (d’autorité) vers le moins (de sagesse), un peu comme le courant électrique à l’extérieur du générateur (1). Le disciple ne dialogue pas avec le maitre ; il ne lui adresse la parole que pour l’inciter à semer encore, d’avantage…
Du coup d’autres métaphores du même genre viennent à l’esprit.
- Comme celle qui évoque la stérilité de la parole en disant qu’on prêche dans le désert. Dans ce cas (comme le montre cet excellent commentaire), à moins d’être, comme saint Jean-Baptiste, capable de faire venir au fond du désert les néophytes qui se baladeraient dans le coin, on parle sans jamais être écouté.
- Mais la parole stérile est aussi parfois comparée à de la « masturbation intellectuelle » - expression qui signifie couramment qu’on se donne du plaisir solitaire en  parlant pour soi-même et en « s’écoutant parler ». Toutefois, le proverbe qui compare le parleur au semeur est enrichie par cette métaphore, qui suggère que si la production du parleur solitaire reste stérile, c’est parce qu’elle ne va pas là où elle devrait aller. Comme les malheureux spermatos dont on parlait récemment, voilà toutes ces belles phrases qui, au lieu de pénétrer dans l’oreille du disciple et de là dans son cerveau pour le féconder, filent droit dans le néant (2).
Le néant ? Quel néant ? Le cyber-espace ?
On a cru un moment que les Blogs et autres sites du Net correspondaient au désert de saint Jean-Baptiste, ou encore que le message mis en ligne était comme la bouteille jetée à la mer. Mais c’était sans compter les réseaux sociaux qui assurent ceux qui y parlent qu’il y a leur réseau pour les écouter.
Ce ne sont peut-être pas encore des disciples ; mais ce sont déjà des « amis ».
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(1) J’aurais aimé pouvoir filer la métaphore avec la circulation des électrons à l’intérieur du générateur, du moins vers le plus, mais j’avoue que je n’ai jamais très bien compris la chose.
(2) Chez les grecs anciens, la même « idée » avait cours, mais ce n’était même pas une métaphore (du moins ils semblaient y croire vraiment) : le pédagogue avait des relations pédérastiques avec ses élèves (garçons, évidemment) parce qu’on imaginait qu’il injectait un peu de sa science au cours de l’acte copulatif.

Saturday, January 28, 2012

Citation du 29 janvier 2012

L'enfer a été fait pour les curieux.
Saint Augustin – Les Confessions livre XI


Citation décorant un tapis de souris (en polyester durable)

Curieuse citation, ou plutôt, curieux usage d’une citation.
Alors que saint Augustin est, dans le livre XI des Confessions, aux prises avec la compréhension du temps et donc que l’enfer y incarne les souffrances du philosophe confronté à l’énigme du temps (qu’on ne peut réellement ni comprendre ni renoncer à comprendre), voilà qu’on propose un tapis de souris qui nous interpelle avec cette citation.
Ma curiosité à moi, c’est : Pourquoi ?
Pourquoi avoir choisi cette phrase pour servir de champ de course pour la souris de notre ordinateur (1) ?
Hypothèse 1 : l’ordinateur sert fréquemment à flâner sur Internet, activité qui est généralement l’aboutissement de la curiosité. Or, on sait qu’Internet apporte à notre curiosité des ressources inconnues jusque-là. D’où l’avertissement du Tapis de souris, destiné à nous détourner de cette passion supposée malsaine.
Hypothèse 2 : celui qui a conçu et fabriqué ce tapis de souris ne s’en servait pas lui-même. Il l’a réservé à la vente donc à aux autres qui ne peuvent qu’être des petits curieux, alors que lui est animé du désir de faire progresser l’humanité dans la voie de la science et du progrès technique.
Et donc je suppose que notre homme a un tapis de souris qu’il se réserve avec une citation bien glorifiante. Du genre :
L'art, c'est l'homme ajouté à la nature. (Bacon)
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(1) On connait les hippodromes, les cynodromes, faudrait-il, pour désigner les tapis de souris, inventer les muscodromes (de mus, musculus, nom scientifique de la souris) ?

Wednesday, March 23, 2011

Citation du 24 mars 2011


Toujours, je dois aller par les rues, et toujours je sens qu'il y a quelqu'un derrière moi. Et c'est moi-même !
M – Eine Stadt sucht einen Mörder (1)
Petit rappel : M est un meurtrier d’enfant, et toute la ville est à ses trousses.
Il a été repéré par un musicien de rue aveugle qui a entendu l’enfant partir avec un homme qui sifflait une chanson. Personne ne l’a vu, pas même l’aveugle ça va de soi. Un jour, l’aveugle entend à nouveau un homme qui siffle la même chanson – pour lui, pas de doute : c’est M. À la hâte, il trace dans sa main à la craie la lettre M et il frappe l’homme sur l’épaule, comme un aveugle qui se heurte à un obstacle imprévu : la lettre se décalque, constituant la trace que les poursuivants vont pouvoir pister.
Notre image montre M découvrant (trop tard) dans un miroir la trace qui le dénonce.
Je me suis laissé dire que Fritz Lang aurait puisé dans son enfance juive à Vienne le souvenir de cette obsession des persécutés à effacer leurs traces.
Ce souci de l’effacement des traces a accompagné tous les clandestins, à commencer par les résistants durant la guerre, et puis il a quitté nos préoccupations, comme s’il n’était plus d’actualité depuis que les libertés individuelles ne sont plus menacées par la férocité du pouvoir.
Et voilà l’erreur : les réseaux internet ont remis au centre de nos préoccupations la question de l’effacement des traces, depuis que des patrons ont licencié leurs employés qui ont exprimé leurs critiques sur les réseaux sociaux. Et là on s’aperçoit qu’effacer nos traces sur le Net c’est un peu plus compliqué que de chasser de la craie sur l’épaule. Il a fallu un ministre (N.K-M) et une douzaine de signataires d’une charte (intitulée « Droit à l’oubli sur Internet ») pour nous assurer que notre vie privée sera protégée et nos traces effacées.
Mais ça ne marche pas vraiment : et si c’était parce que, comme M, nous sommes à nous-mêmes nos propres persécuteurs ?
Car en effet, qu’est-ce qui nous a poussés à laisser des traces sur les réseaux ?
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(1) Traduction littérale : « M- une ville cherche un Meurtrier ».
En français, M pour maudit ; en allemand, M pour meurtrier.

Tuesday, January 19, 2010

Citation du 20 janvier 2010

Il faut que nous puissions vouloir que ce qui est une maxime de notre action devienne loi universelle.

Kant – Fondements de la métaphysique des mœurs – 2ème section

Voyez ce que c’et que l’illusion : moi, après le discours de Dakar pompé sur Hegel (1), je croyais que les Hommes du Président allaient défourailler à tout bout de champ de la philosophie allemande. Et qu’en particulier au cours du laborieux débat sur la loi Hadopi, la morale kantienne serait mise à contribution.

Las ! Henri Gaino devait être occupé à autre chose : rien n’est venu.

Il va falloir s’y coller nous-mêmes.

Donc, Hadopi.

Supposez que vous coinciez un petit salopard de téléchargeur, de la race de ceux qui ruinent nos artistes. Pour lui faire la morale, vous lui dites :

- Pourquoi as-tu fait ça ? Ne sais-tu pas que c’est mal ?

- Mal ? Que m’importe ? Ça me fait du bien à moi – le reste je m’en fiche.

- Tu dois agir moralement, sinon tu n’es qu’une bête. Ecoute donc le philosophe allemand Emmanuel Kant.

Il dit que, pour être morale, la maxime de ton action (celle qui exige que ton plaisir soit le plus grand possible), doit pouvoir être énoncée aussi comme une loi universelle de la nature. Tu le sais, ça ?

- …

- Si tu poses que le plaisir doit être le mobile de ton action, alors tu dois vouloir aussi qu’il soit le mobile de toute action, pour qu’importe qui et n’importe quand.

- Bon. Et alors ?

- Alors ? Hé bien, tu te contredis toi-même, puisque l’objet de ton désir est détruit par la loi du plaisir universel que tu viens d’énoncer.

- C’est quoi ce boniment ?

- En voulant que plus rien ne soit payant, tu détruis les hommes qui produisent les œuvres que tu télécharges.

- T’es ouf ou quoi ? Tu sais bien que c’est pas les artistes qui s’engraissent avec les bénéfices, mais les Majors.

Philosophe allemand que tu as dit ? Moi je vais t’en citer un autre de philosophe allemand : Karl Marx, tu connais ?


(1) Évoqué le 6 décembre 2007 (note 1). Voir aussi cet article Sarko, Hegel et les nègres.

Il est vrai que depuis on a cité d’autres sources où aurait pu puiser le Conseiller du Président. Comme celle-ci : « Grâce à nous des peuples de toutes les races humaines, naguère plongées pour la plupart dans cette torpeur millénaire où l'Histoire ne s'écrit même pas, découvraient à leur tour la liberté, le progrès, la justice. » Général De Gaulle, discours prononcé en 1947 en hommage à Félix Eboué.

Thursday, January 14, 2010

Citation du 15 janvier 2010

Posséder c’est se faire posséder.


Miss.Tic

Louer c’est rester libre.

Miss.Tic – Publicité Ucar.

Certains d’entre vous se sont peut-être dit en voyant les camionnettes de location siglée du slogan illustré par Miss.Tic qu’elle devait avoir des ennuis avec son percepteur, et que trop honnête pour ouvrir un compte secret en Suisse, elle avait opté pour une solution compatible avec se conscience de citoyenne et qui aurait en plus l’avantage de renflouer les caisses de l’Etat français.

Erreur – Totale erreur.

--> Je ne veux pas dire que la conscience citoyenne de Miss.Tic ne soit pas à la hauteur de cet engagement, mais plutôt que le message diffusé par son œuvre la prédisposait à suivre ce chemin. En dénonçant la possession, Miss.Tic a dénoncé la propriété privée – ce qui, il faut le dire est raccord avec une tendance profonde de notre civilisation.

Car la civilisation du Net – si on me permet cette expression – à pour originalité de s’être construite sur la gratuité, sur le partage et le don. Toutes ces vertus qu’on croyait définitivement enterrées par le matérialisme moderne sont ressorties et on fait florès (1).

On pense que le Net a rendu possible le vol : les droits d’auteurs jamais payés, les musiques illégalement copiées, etc… Moi, je crois que c’est l’indifférence à la propriété qui se manifeste ainsi. Qu’avons-nous besoin de posséder ? Il suffit d’utiliser pour jouir d’un produit de la culture. Quand j’écoute une musique sur le Net, je n’ai pas besoin de la posséder, sauf si c’est pour la balader sur mon MP3.

On l’aura compris : je suis un adepte du streaming, et qu’importe s’il faut payer pour cela ? Car même si je loue, je reste libre…


(1) Et encore je ne parle pas de l’« amitié » cultivée par Facebook.

Wednesday, October 03, 2007

Citation du 4 octobre 2007

Se connecter à Internet, c'est y rencontrer des centaines de gens avec qui vous n'auriez jamais eu envie d'avoir quelque rapport que ce soit.

Dave Barry - Chroniques déjantées d'Internet

Si vous arrivez comme moi, par hasard (1), sur le portail de l’école des Vieilles vignes (j’ai cru comprendre que c’était à la Ferté Allais), voilà ce que vous aller trouver : l’autoportrait de Jessica (et de tous les élèves de la classe de CM2

Je m’appelle Jessica, j’ai 10 ans et j’habite à la Ferté Alais. J’ai une sœur qui s’appelle Candice et un frère qui s’appelle Stéphane. Je fais de la danse. J’aime écouter de la musique et j’aime lire. J’ai 4 copines qui s’appellent :

Julie, Mélanie, Aurélie et Solène.

Autoportrait de Jessica (Portail de la classe de CM2 de l’école des vieilles vignes)

Vous allez vous dire : « Tiens, la pédagogie Freinet tient le coup. » Et puis vous vous direz un instant après qu’il s’agit de quelques chose de plus informel, mais de plus vaste également : sans projet explicite, peut-être même sans autre ambition que de faire découvrir aux enfants le mécanisme de mise en page Internet, toutes les classes de toutes les écoles peuvent en faire autant.

Mais, demandez à Jessica (Jessica, si tu nous lis, réponds !) à quoi elle pensait en cliquant sur sa souris pour mettre en ligne son portrait ? Plus généralement, quel rapport les enfants ont-ils avec ce « média » ?

Dans le cas préssent :

- Ou bien ils ne pensent à rien, ce qui est peut-être le plus courant ;

- ou bien ils pensent qu’ils vont montrer ça à maman-papa, pour les étonner ;

- ou bien ils vont donner le lien à leurs copines-copains, qui en feront autant : c’est la tribu (les filles du CM2 des Vieilles vignes) qui se réunit (il est probable que ça se passe plutôt sur les chats Hotmail).

- enfin peut-être que certains conçoivent leur envoi comme une bouteille à la mer, qu’ils rêvent que des enfants du Québec ou de Tahiti leurs répondront un jour (2).

Mais vous, les parents, est-ce que vous ne vous demandez pas s’il n’y a pas des cyber-pervers qui, au lieu d’aller guetter les petites filles à la sortie des écoles, rôdent sur le Net à leur recherche ? Des gens qui vont s’immiscer sous une fausse identité dans un chat, qui vont repérer leurs victimes grâce aux détails qu’on leur fournit innocemment ? (3)

… En tout cas, moi j’aime les petites danseuses qui n’ont que 10 ans. - Vous pourriez m’indiquer le chemin pour l’Ecole des Vieilles Vignes ?

(1) Le lien correspondant au poème de Fombeur (Post du 2 octobre) venait de là.

(2) Quand j’étais enfant, de temps à autre il y avait des lâchers de ballons. Au bout de la ficelle, on accrochait une carte avec son adresse. Et chacun de rêver pendant… au moins une semaine (!) qu’il allait recevoir une réponse de très très loin, là où le ballon allait échouer…

(3) On comprendra que je ne mets pas du tout en cause la compétence et le sens des responsabilités des maîtres de cette école. Ce que j’énonce, c’est une généralité, que chacun connaît et qui doit avoir des conséquences jusque dans la Charte Internet des écoles.