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Sunday, June 08, 2014

Citation du 9 juin 2014



La beauté est l’ensemble de ces choses qui nous traversent et nous ignorent, aggravant soudain la légèreté de vivre.
Christian Bobin – L’Enchantement simple, et autres textes
Eloge de l’inquiétude I
L’inquiétude est l’expérience de la transcendance de la valeur, que ce soit celle du sacré ou du beau.
De l’inquiétude nait aussi bien le sentiment religieux que le désir d’extase esthétique.
Sans l’inquiétude, l’homme ne serait qu’un pourceau, tout juste bon à espérer retrouver son auge. C’est l’inquiétude qui le pousse à devenir artiste ou poète, qui relève son visage lorsqu’il sonde du regard le ciel nocturne. C’est l’inquiétude qui fait de lui un métaphysicien….
Christian Bobin nous mène au cœur de cette expérience de l’inquiétude : elle apparait lorsque notre « légèreté de vivre » nous parait être une carence. Et nous éprouvons particulièrement cette insuffisance lorsque nous sommes traversés par la beauté sans pouvoir la retenir, attestant pas là notre manque de densité.
Mais demandons-nous : cette inquiétante légèreté, est-elle la nôtre, ou bien celle de la beauté ? On songe alors à la comparaison avec les neutrinos : ils traversent notre corps à chaque instant par milliards sans même que nous le sachions – mais les physiciens ne songent pas du tout à s’en inquiéter : cette particularité atteste non pas la déficience de la matière dont nous sommes faits, mais bien la quasi immatérialité de cette particule élémentaire.
o-o-o
Pour ma part, je relève quand même dans cette citation que la beauté à la fois nous transperce, mais qu’elle est en même temps insaisissable. Est-elle venue d’un ailleurs transcendant ? Est-elle éphémère – justement comme ces particules qui ne vivent qu’un temps infime ?
Si l’on en croit la citation complète de Bobin (voir Annexe), il n’y pas de doute : la beauté est l’expérience d’une transcendance qui est caractérisée par l’éphémère : c’est par elle que l’extraordinaire éloignement de la beauté peut se révéler.
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Annexe – « À l’enfant qui me demanderait ce que c’est que la beauté – et ce ne pourrait être qu’un enfant, car cet âge seul a le désir de l’éclair et l’inquiétude de l’essentiel – je répondrais ceci : est beau tout ce qui s’éloigne de nous, après nous avoir frôlés. Est beau le déséquilibre profond que cause en nous ce léger heurt d’une aile blanche. La beauté est l’ensemble de ces choses qui nous traversent et nous ignorent, aggravant soudain la légèreté de vivre. » Christian Bobin

Thursday, August 10, 2006

Citation du 11 août 2006

Une bonne publicité devrait ressembler à un bon sermon ; elle ne doit pas seulement soulager les affligés, mais elle doit aussi affliger les satisfaits.
Bernice Fitzgibbon - Macy's, Gimbels and me
La question du jour était, je le rappelle : comment donc la publicité fait-elle pour nous manipuler ?
Réponse d’une éminente spécialiste en communication : elle doit associer promesse et menace. Voilà tout. Qu’est-ce à dire ?
Menace d’abord. « Comment, madame Marcelle (1), avez-vous pu laisser s’entartrer la résistance de votre machine à laver ??? Hein ? Quoi ! Vous avez utilisé un anticalcaire sans marque, parce qu’il était moins cher ? Et vous n’avez pas tenu compte de la recommandation du fabricant de votre machine pour l’anticalcaire « Goncal » ? Qu’est-ce que vos voisines vont penser de vous ? Et vos enfants ? Et votre mari quand vous lui présenterez la note du dépanneur ? »
Promesse ensuite. « Madame Marcelle, voyez la chance que vous avez : avec Goncal dans votre machine vous n’avez même plus besoin d’y penser. Plus de débordement à craindre, plus de note de dépanneur. Quand à la consommation d’électricité, je vous laisse la surprise. »
Le décor est planté. Toutefois, l’intérêt de cette citation est ailleurs. Il ne s’agit pas de situer l’impact de la publicité dans le domaine du désir (banal) mais dans celui de la métaphysique (au sens où on parle d’angoisse métaphysique). De même que la religion prend appui sur la faille qui parcourt en secret l’âme humaine (= la mortalité, ou simplement l’impureté), faille qu’il faut élargir si besoin, et promettre de la combler (par la vie éternelle, ou par la perfection narcissique), la publicité doit d’abord susciter la certitude de notre radicale insuffisance dans la mesure où nous sommes inférieurs à nos espérances. D’abord vous vous êtes rêvé ; et puis ensuite vous vous êtes regardé au miroir (de la salle de bain ou de l’attitude des autres à votre égard) ; et là vous avez compris que vous ne pouviez pas être pleinement vous-même … sans l’adjuvant du produit XY. L’essentiel est de susciter cette angoisse et cette espérance. Après si j’ose dire, le plus dur est fait. Il n’y a plus qu’à introduire le produit dans la faille ainsi ouverte.
Maintenant que faut-il penser des pubs où une pin-up montre ses fesses pour faire acheter n’importe quel produit (de la voiture au gel douche) ? Hé bien Bernice Fitzgibbon n’en parle pas, simplement parce qu’elle n’évoque que les « bonnes publicités »
(1) Le prénom a été changé (NDLR)