Friday, April 28, 2017
Citation du 29 avril 2017
Tuesday, January 17, 2017
Citation du 18 janvier 2017
Sunday, December 20, 2015
Citation du 21 décembre 2015
Tuesday, October 02, 2012
Citation du 3 octobre 2012
Sunday, February 10, 2008
Citation du 11 février 2008
Au lieu de quoi j'ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle
…
C'est en nous qu'il nous faut nous taire
Louis Aragon - Le fou d'Elsa
Au lieu de quoi j'ai peur de moi : nos principales souffrances, c’est de nous-même qu’elle viennent. Raskolnikov c’est toi, c’est moi ; c’est nous tous.
cette chose en moi qui parle : que la psychanalyse soit une science ou une philosophie, qu’importe ? En tout cas elle a pris au sérieux ces propos du poète, et avant de s’interroger sur le sens de nos pensées, elle nous interroge sur leur origine : « D’où ça parle ? »
C'est en nous qu'il nous faut nous taire. Oui. Mais comment fermer la bouche à cette voix qui parle en nous ? Autant se demander comment fermer ses yeux aux images qui surgissent de notre mémoire, ou comment endormir ces souffrances qui nous viennent en songe. Et comment fermer nos oreilles à une voix qui vient de l’intérieur ?
Le tourment de Raskolnikov était simple à surmonter : car il était conscient. Sa culpabilité était facile à déceler, son crime était bien délimité. Il lui suffisait de faire des aveux pour que son tourment prenne fin.
Mais nous, innocents citoyens, bons père de famille : qu’avons-nous à nous reprocher ? Pourquoi ces angoisses, si nous sommes innocents ? Il nous faut une faute originelle pour comprendre que nous ne soyons pas responsables, mais coupables. Freud l’a dit : éduquez vos enfants comme vous voulez, de toute façon, ça sera mal. Entendez qu’ils auront de toute façon un sentiment de culpabilité.
Seul un mythe originel - le péché d’Adam donc - peut donner du sens à tout ça.
Wednesday, November 14, 2007
Citation du 15 novembre 2007
La conscience règne et ne gouverne pas
Paul Valéry - Mauvaises pensées et autres, 1942
Paradoxe d’un règne sans pouvoir. On dit que cette phrase de Valéry est une paraphrase de Thiers : « Le roi règne et ne gouverne pas ». Ce paradoxe s’éclaire alors puisque la monarchie constitutionnelle est née de ce décalage entre le pouvoir (gouverner) et l’apparence du pouvoir (régner). Les théoriciens du pouvoir, Jean Bodin en tête, ont bien su montrer que le pouvoir ne se divise pas - ou du moins quand c’est le cas, il se subordonne à un pouvoir qui reste souverain : celui de Dieu ou celui du peuple.
On devine que la tentation de discuter cette particularité du pouvoir à la lumière des dernières péripéties constitutionnelles française est grande : j’y résisterai.
Retour à Valéry : c’est de la conscience qu’il s’agit, et quoique n’ayant pas sous la main son texte, je suppose qu’il s’agit du rapport de la conscience avec l’inconscient. On est dans une perspective très particulière : la psychanalyse y apparaît comme la doctrine enseignant la dualité de personnalité, où la liberté et la maîtrise consciente de soi ne sont que des illusions, et où la manipulation par nos instincts est la réalité. On sait qu’Alain a lutté contre ce fantôme que Valéry croit percevoir. Certes, je suis conscient de ce que je fais, je peux résister ou céder à mes envies, au point qu’on me considère comme responsable de mes faits et gestes. Mais cette conscience elle même n’est peut-être qu’une illusion, fruit de notre orgueil ( ou si vous voulez notre narcissisme).
Qui donc dit « je » ? On connaît la réponse de Freud : le moi n’est pas le maître dans sa propre maison, même - et peut-être surtout - quand nous nous croyons libres, nous sommes en réalité poussés par nos tendances inconscientes à faire ce que nous faisons. En sorte que pour être vraiment libres, nous devrions nous abstenir de faire ce qui nous tient à cœur, et aller contre notre tendance, en un mot de nous contrarier nous-mêmes.
Faisons-nous moines anachorètes, retirons-nous dans le désert, et attendons comme saint Antoine que nos démons se montrent.
Mais alors dansons la sarabande avec eux.
Saturday, September 16, 2006
Citation du 17 septembre 2006
Sunday, June 04, 2006
Citation du 5 juin 2006
On jugerait bien plus sûrement un homme d'après ce qu'il rêve que d'après ce qu'il pense.
Victor Hugo
Quoi donc ? Je ne serais donc que la somme de mes rêves, que ces volutes de pensées qui m’échappent sans que je puisse les contrôler ? Elles me signifieraient alors même que j’ignore ce qu’elles signifient ?
N’y a-t-il pas un paradoxe à me reconnaître dans ce que je ne connais pas ? Lorsque je pense à moi-même, la première certitude qui me vient, c’est que je suis le même que celui que j’étais en m’endormant hier soir, et que cette identité n’est pas remise en question par les rêves qui se sont intercalés durant la nuit. Plus encore : je crois que je ne suis moi-même que lorsque, me réveillant le matin, je secoue la tête pour chasser les songes qui l’embrument encore, et je regagne petit à petit la « réalité », grâce au rituel du petit déjeuner.
Mais demandons à Platon ce qu’il en pense (1) ; lui, il n’a pas eu besoin de Freud pour interpréter les rêves (c’est bien sûr la réciproque qui est vraie !) : ils sont l’expression de l’âme désirante, libérée de la tutelle de la raison par le sommeil, et excitée par la nourriture ou les pensées impures de la veille. S’ils sont criminels - c’est d’ailleurs leur caractéristique principale - si nous accomplissons sans honte en rêve des actes abominables, c’est qu’en dormant nous délivrons la bête qui est en nous : nous sommes responsables de nos rêves. Dis-moi ce que tu rêves, je te dirai qui tu es. Tes rêves révèlent si tu as choisi d’être guidé par ta raison ou par ton (bas)-ventre.
Seulement, alors que Platon affirme qu’il faut dresser cette bête impure qui est en nous et nous identifier à notre esprit, Victor Hugo, lui, dit au contraire que c’est dans nos rêves que nous sommes d’avantage nous-mêmes. C’est qu’il voit en eux le produit de notre imagination : c’est elle qui est la liberté suprême de l’esprit, aptitude à créer et peut-être à entrer en communication avec les plus hautes sphères de l’être.
En tout cas les surréalistes ne diront pas autre chose.
(1) C’est dans la République, livre IX en 571a et suivants