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Friday, April 28, 2017

Citation du 29 avril 2017

O tout ce que je ne dis pas / Ce que je ne dis à personne / Le malheur c'est que cela sonne / Et cogne obstinément en moi.
Aragon – Le fou d’Elsa
Qui donc pense en moi ? Quelle est donc cette pensée tout faite, toute armée, toute exprimée qui ne demande même pas à être proférée pour exister ?
C’est l’expression d’un désir refoulé, un désir dont l’existence nous trouble et nous blesse : savoir que c’est nous qui désirons une chose que nous jugeons abominable, comme de s’unir à sa mère ou manger de la chair humaine comme l’ont osé les héros tragiques de la Grèce. Seulement, si ce désir a été refoulé chassé de notre conscience, il n’en continue pas moins d’exister, de se renforcer, de demander à s’exprimer, à se montrer – par les images du rêve ou par les lapsus de la parole éveillée. Si montrer à qui ? A moi, en qui il exprime une nature criminelle et que je réprouve – et qui pourtant est la mienne.
Car, voilà : ce qui cogne obstinément en moi, c’est moi-même, ou du moins cette forme prise par moi-même un certain jour, un certain temps.
Oui, Descartes l’avait dit « JE pense, donc JE suis » –  et pourtant, comme certains (Lacan) le suggèrent « Ça pense en moi », étrange chose qui est moi et qui ne dit pas « Je ». Et alors on comprend mieux cette souffrance dont Aragon dit qu’on ne peut s’en défaire, que ne pas la dire à autrui ne l’empêche pas d’être honte et angoisse. L’inconscient peut bien avoir sa logique et ses désirs qui lui sont propres ; il n’en est pas moins moi. Je ne peux m’en détacher comme ce passant dont Platon nous dit que, croisant sur son chemin des cadavres suppliciés et ne pouvant s’empêcher de les regarder, dit « Allez mes yeux, repaissez vous de ce bas spectacle ! » (1)
Oui, si j’ai tant de souffrances à ces non-dits, c’est que c’est bien ma propre voix qui parle alors, et que pour m’en détacher il ne suffit pas de les entendre, ces mots et de les voir ces images. Il faut encore les accepter – c’est à dire accepter d’être celui qui a voulu et désiré tout cela ; qui l’a été mais qui ne l’est plus – ou pas !
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(1) Voici le texte : « Pour l’avoir jadis entendue, j’ajoute foi à l’histoire que voici : que donc Léontios, fils d’Aglaïôn, remontait du Pirée, le long du mur du Nord, à l’extérieur ; il s’aperçut que des cadavres gisaient près de chez l’exécuteur public : à la fois il désirait regarder, et, à la fois, au contraire, il était indigné, et se détournait. Pendant un certain temps il aurait lutté et se serait couvert le visage ; mais décidément dominé par le désir, il aurait ouvert grand les yeux et, courant vers les cadavres : « Voici pour vous, dit-il, génies du mal, rassasiez-vous de ce beau spectacle ! » Platon, République, IV, 439 e-440 d

Tuesday, January 17, 2017

Citation du 18 janvier 2017

Le plus prudent serait que chacun laissât dormir sa colère, car personne ne connaît le fond de personne, et tel va chercher de la laine qui revient tondu.
Cervantès – Don Quichotte de la Mancha (1605-1615)
On reconnait dans cette phrase la prudence de Sancho Pança et son goût immodéré pour les proverbes. Oui, n’est-ce pas, se livrer à la colère quand on peut la retenir n’est pas prudent, car c’est aller à l’inconnu qui gît au fond de nous. Et cet inconnu pourrait bien nous faire tout perdre, par exemple si dans notre fureur nous nous attaquons à plus fort que nous.
Tout cela est assez facile à comprendre, et ne mérite guère qu’on s’y arrête.
Sauf que cette idée « personne ne connaît le fond de personne » est une affirmation surprenante quand on veut bien l’étendre jusqu’à soi-même (« personne ne connaît le fond de sa propre personne ») et que 4 siècles plus tard Freud a eu bien du mal à faire entendre quand il a parlé de l’inconscient psychique. Car voilà ce qu’il nous dit : le fond de votre personne fait encore partie d’elle ; elle n’est pas une étrange force habitant le corps et qui produit un afflux de sang aux tempes ou de la bile noire qui s’écoule en surabondance. Plus encore : à l’instant même où je suis entrain de causer avec civilité, ou alors de mignonner ma douce amie, ce monstre est toujours tapi au fond de moi, et – pire encore – peut-être influence-t-il le déroulé de mes civilités ou mes caresses les plus tendres.
Cet alien qui nous manipulerait sournoisement introduit le conflit en nous mêmes : nul besoin de partir en guerre contre un ennemi étrange, loin de nos frontières. C’est en nous qu’il se trouve.

On comprend que cette vision ne fasse pas plaisir.

Sunday, December 20, 2015

Citation du 21 décembre 2015

Celui que tant de prophètes et de rois avaient souhaité de voir, non seulement Joseph le vit, mais conversa avec lui, il le pressa dans ses bras d’une paternelle tendresse, il le couvrit de baisers; avec un soin jaloux et une sollicitude sans égale, il le nourrit.
Pie IX – Les Mystères du Rosaire

Image trouvée ici – En prime vous découvrirez comment un homme peut, allaiter un enfant
Nativité – Honneur à Joseph.
Oui, je sais je tape fort sur les tabous : primo, Joseph avec l’enfant, plutôt  que Marie ; ensuite le petit Jésus, comme son papa, de race « pas blanche ». De quoi faire fulminer Nadine Morano, mais qu’importe ?
Alors, c’est vrai, dans une crèche, c’est Balthazar, le roi mage, qui est noir – et qui s’incline devant l’enfant blond. Mais imaginons le petit Jésus noir (après tout beaucoup de chrétiens le sont aussi) : il faut alors aller jusqu’au bout – si Jésus est noir, alors ses parents le sont aussi. Et pourquoi pas Joseph ? Sans me prononcer sur la couleur du Seigneur-Dieu (Aïe ! Ne me lapidez pas !), on pourrait supposer que, si Jésus est métis, alors Marie est noire et que donc elle a épousé un homme de même couleur.
Passons – Non ? Je sens que ça ne passe pas du tout – que tout ce que je viens d’écrire est ressenti comme un abominable blasphème. J’évoquais il y a un instant les propos de Nadine Morano : au lieu de la huer on aurait dû mieux réfléchir. Oui, elle a raison au moins pour une chose : nous avons des racines – quand je dis « nous », je nous vise tous, nous les occidentaux, et pas seulement les cathos qui suivent le rite saint Pie V –  des racines faites des traditions venues de nos parents et de leurs grands parents et puis aussi des ancêtres de ceux-ci etc. C’est devenu un inconscient collectif que les sociologues ont étudié, et qui nous détermine sans que nous le sachions.
Ecoutons l’un d’entre eux : « … on peut maintenant définir /l’inconscient collectif/ : ensemble des normes et des représentations, élaborées collectivement, incorporées et qui définissent la scène de l’action sociale. Cet inconscient participe d’une aptitude individuelle à incorporer du collectif et à oublier les modalités de cette acquisition. » Supposons que la blancheur de la peau et la blondeur des cheveux aient été de temps immémoriaux repérées comme les couleurs des maitres. On imagine que le Surhomme avait une crinière blonde – de même que les Walkyries : Nietzsche a fait le bonheur des nazis, le jour où il a écrit dans sa Généalogie de la morale « Au fond de toutes ces races aristocratiques, il est impossible de ne pas reconnaître le fauve, la superbe brute blonde rôdant en quête de proie et de carnage. » (Ici)


Reste que le Surhomme de Nietzsche était plutôt un petit enfant que la Grande brute blonde. On imagine Zarathoustra : « Ecoutez-moi, mes frères : le Surhomme est le petit Jésus » – mais ça je ne suis pas sûr que notre inconscient collectif l’ait enregistré…

Tuesday, October 02, 2012

Citation du 3 octobre 2012



Un sujet normal est essentiellement quelqu'un qui se met dans la position de ne pas prendre au sérieux la plus grande part de son discours intérieur.
 Jacques Lacan – Les Psychoses
Combien de fois ai-je tremblé étant enfant en imaginant que les grandes personnes avaient la faculté d’entendre mes pensées silencieuses grâce à leur « petit doigt » ? (1) Mais garder ce secret ne suffisait pas : il fallait en plus se mettre dans la position de ne pas prendre au sérieux la plus grande part de son discours intérieur.
- Qu’est-ce qu’être normal ? Pour être normal, il ne suffit pas de cacher aux autres ce qui se trame dans notre conscience : il faut en plus ne pas donner de la consistance à ces fantasmes.
Bien sûr, cela signifie ne pas en faire un projet pour un futur passage à l’acte ; mais il faut de surcroît ne pas en ruminer obsessionnellement l’accomplissement. Cela signifie ne même pas en faire un récit, ni même un songe. Bref, que ça reste une vague rumeur, un bruit de fond, un discours inaudible.
- Maintenant, vous vous demandez peut-être : quel genre de type serais-je si j’étais anormal ? Un illuminé annonçant la fin du monde ? Un gourou dominateur ? Un tyran ? Un paranoïaque narcissique ? Un pervers sadique ? Un tueur psychopathe ?
Pour le savoir, prenez une feuille de papier et racontez l’une ou l’autre de vos pensées secrètes – je veux dire de ces pensées que vous avez chassées de votre esprit alors qu’elle le traversait comme un météore. Ecrivez sans faire de fioriture, comme si c’était un rapport de gendarmerie, avec tous les détails, en nommant tous les acteurs de la scène. Pour y arriver, vous allez donc être obligé de prendre au sérieux ces pensées, de les considérer comme si elles résultaient de la réalité, et non de votre discours intérieur. 
Maintenant, prenez garde : cette lucidité n’est pas sans risque : c’est comme ça que vous allez rencontrer le sale type qui se tapit au fond de vous-même.
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 (1) J’ai d’ailleurs consacré ce Post au sujet en citant le dialogue du Malade imaginaire.

Sunday, February 10, 2008

Citation du 11 février 2008

Au lieu de quoi j'ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle

C'est en nous qu'il nous faut nous taire

Louis Aragon - Le fou d'Elsa

Au lieu de quoi j'ai peur de moi : nos principales souffrances, c’est de nous-même qu’elle viennent. Raskolnikov c’est toi, c’est moi ; c’est nous tous.

cette chose en moi qui parle : que la psychanalyse soit une science ou une philosophie, qu’importe ? En tout cas elle a pris au sérieux ces propos du poète, et avant de s’interroger sur le sens de nos pensées, elle nous interroge sur leur origine : « D’où ça parle ? »

C'est en nous qu'il nous faut nous taire. Oui. Mais comment fermer la bouche à cette voix qui parle en nous ? Autant se demander comment fermer ses yeux aux images qui surgissent de notre mémoire, ou comment endormir ces souffrances qui nous viennent en songe. Et comment fermer nos oreilles à une voix qui vient de l’intérieur ?

Le tourment de Raskolnikov était simple à surmonter : car il était conscient. Sa culpabilité était facile à déceler, son crime était bien délimité. Il lui suffisait de faire des aveux pour que son tourment prenne fin.

Mais nous, innocents citoyens, bons père de famille : qu’avons-nous à nous reprocher ? Pourquoi ces angoisses, si nous sommes innocents ? Il nous faut une faute originelle pour comprendre que nous ne soyons pas responsables, mais coupables. Freud l’a dit : éduquez vos enfants comme vous voulez, de toute façon, ça sera mal. Entendez qu’ils auront de toute façon un sentiment de culpabilité.

Seul un mythe originel - le péché d’Adam donc - peut donner du sens à tout ça.

Wednesday, November 14, 2007

Citation du 15 novembre 2007

La conscience règne et ne gouverne pas

Paul Valéry - Mauvaises pensées et autres, 1942

Paradoxe d’un règne sans pouvoir. On dit que cette phrase de Valéry est une paraphrase de Thiers : « Le roi règne et ne gouverne pas ». Ce paradoxe s’éclaire alors puisque la monarchie constitutionnelle est née de ce décalage entre le pouvoir (gouverner) et l’apparence du pouvoir (régner). Les théoriciens du pouvoir, Jean Bodin en tête, ont bien su montrer que le pouvoir ne se divise pas - ou du moins quand c’est le cas, il se subordonne à un pouvoir qui reste souverain : celui de Dieu ou celui du peuple.

On devine que la tentation de discuter cette particularité du pouvoir à la lumière des dernières péripéties constitutionnelles française est grande : j’y résisterai.

Retour à Valéry : c’est de la conscience qu’il s’agit, et quoique n’ayant pas sous la main son texte, je suppose qu’il s’agit du rapport de la conscience avec l’inconscient. On est dans une perspective très particulière : la psychanalyse y apparaît comme la doctrine enseignant la dualité de personnalité, où la liberté et la maîtrise consciente de soi ne sont que des illusions, et où la manipulation par nos instincts est la réalité. On sait qu’Alain a lutté contre ce fantôme que Valéry croit percevoir. Certes, je suis conscient de ce que je fais, je peux résister ou céder à mes envies, au point qu’on me considère comme responsable de mes faits et gestes. Mais cette conscience elle même n’est peut-être qu’une illusion, fruit de notre orgueil ( ou si vous voulez notre narcissisme).

Qui donc dit « je » ? On connaît la réponse de Freud : le moi n’est pas le maître dans sa propre maison, même - et peut-être surtout - quand nous nous croyons libres, nous sommes en réalité poussés par nos tendances inconscientes à faire ce que nous faisons. En sorte que pour être vraiment libres, nous devrions nous abstenir de faire ce qui nous tient à cœur, et aller contre notre tendance, en un mot de nous contrarier nous-mêmes.

Faisons-nous moines anachorètes, retirons-nous dans le désert, et attendons comme saint Antoine que nos démons se montrent.

Mais alors dansons la sarabande avec eux.

Saturday, September 16, 2006

Citation du 17 septembre 2006

Le sommeil de la raison engendre des monstres
Francisco Goya




Cette citation figure en espagnol sur l’accotement de la table où dort le personnage. Il existe une version dessinée de cette gravure, légendée par Goya, précisant qu’il se représente ici lui-même rêvant. Il ajoute encore que le but de cette œuvre est de nous engager à nous prémunir par le contrôle de la raison des monstruosités que sont les vulgarités - de l’imagination - indignes de l’œuvre d’un artiste.
On voit où il veut en venir : les fantasmes qui vont tant exciter les surréalistes ne sont que vulgarités, déchets de la pensée humaine, et ils doivent être soumis à la censure de la raison c’est à dire mis en rapport avec la réalité. Le réalisme serait le sens ultime de cette belle formule ; à lire donc ainsi: « Le sommeil de la raison n’engendre que des monstres ».
Reste à savoir si cette œuvre dit bien ce que son auteur veut lui faire dire. Quant à moi je vois un homme endormi, certes, mais qui est assiégé par des monstres (à plumes ou à poils) qui s’abattent sur lui, qui le pressent de toute part. Lorsque notre raison s’endort, nous sommes dans l’angoisse, parce que la part obscure de notre être reprend le pouvoir. Autrement dit, ce que suggère cette gravure, ce n’est pas une conception de l’œuvre, mais une représentation de la condition humaine.
Nous serions alors dans la lignée de Shakespeare ; c’est Macbeth qui regrette l’innocence du sommeil, bain de pureté devenu inaccessible en raison du meurtre qu’il a commis. Si la raison doit nous protéger de nous mêmes, c’est que nous sommes nous-mêmes les monstres dont nous nous effrayons tant. Le péché originel n’est également pas loin. La perte du sommeil comme conséquence de la faute (Cf. le crime de Caïn, Citation du 2 avril 2006), n’est donc qu’un aspect du mal ; le sommeil du coupable est bien plus épouvantable.

Sunday, June 04, 2006

Citation du 5 juin 2006

On jugerait bien plus sûrement un homme d'après ce qu'il rêve que d'après ce qu'il pense.

Victor Hugo

Quoi donc ? Je ne serais donc que la somme de mes rêves, que ces volutes de pensées qui m’échappent sans que je puisse les contrôler ? Elles me signifieraient alors même que j’ignore ce qu’elles signifient ?

N’y a-t-il pas un paradoxe à me reconnaître dans ce que je ne connais pas ? Lorsque je pense à moi-même, la première certitude qui me vient, c’est que je suis le même que celui que j’étais en m’endormant hier soir, et que cette identité n’est pas remise en question par les rêves qui se sont intercalés durant la nuit. Plus encore : je crois que je ne suis moi-même que lorsque, me réveillant le matin, je secoue la tête pour chasser les songes qui l’embrument encore, et je regagne petit à petit la « réalité », grâce au rituel du petit déjeuner.

Mais demandons à Platon ce qu’il en pense (1) ; lui, il n’a pas eu besoin de Freud pour interpréter les rêves (c’est bien sûr la réciproque qui est vraie !) : ils sont l’expression de l’âme désirante, libérée de la tutelle de la raison par le sommeil, et excitée par la nourriture ou les pensées impures de la veille. S’ils sont criminels - c’est d’ailleurs leur caractéristique principale - si nous accomplissons sans honte en rêve des actes abominables, c’est qu’en dormant nous délivrons la bête qui est en nous : nous sommes responsables de nos rêves. Dis-moi ce que tu rêves, je te dirai qui tu es. Tes rêves révèlent si tu as choisi d’être guidé par ta raison ou par ton (bas)-ventre.

Seulement, alors que Platon affirme qu’il faut dresser cette bête impure qui est en nous et nous identifier à notre esprit, Victor Hugo, lui, dit au contraire que c’est dans nos rêves que nous sommes d’avantage nous-mêmes. C’est qu’il voit en eux le produit de notre imagination : c’est elle qui est la liberté suprême de l’esprit, aptitude à créer et peut-être à entrer en communication avec les plus hautes sphères de l’être.

En tout cas les surréalistes ne diront pas autre chose.


(1) C’est dans la République, livre IX en 571a et suivants