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Monday, September 01, 2014

Citation du 2 septembre 2014



L'amour comporte une mutualité de sentiments, une certitude de jouissances que rien n'altère, et un trop constant échange de plaisirs, une trop complète adhérence entre les cœurs pour ne pas exclure la jalousie. La possession est alors un moyen et non un but ; une infidélité fait souffrir, mais ne détache pas
Honoré de Balzac – La Duchesse de Langeais
L’infidélité (suite)
Ohé, les cœurs brisés ! Ce message est pour vous. Votre bonne amie vous a plaqué pour partir avec un godelureau minable, et du coup vous vous sentez encore plus minable que lui.
Lisez Balzac, vous serez consolés.
On a dit hier avec Spinoza que l’amour-passion était le lieu de plein de déconvenues, et que l’amour vérité bien plus authentique ne nous était pas accessible (1).
Mais consolez-vous : Balzac vient nous l’affirmer : contrairement à ce que prétend Spinoza, l’amour peut exister en dehors de la passion et il nous est accessible : c’est l’amour-fusion, non seulement avec l’être aimé, mais aussi avec la nature, le monde, l’univers.
Si donc vous avez été plaqué par une belle infidèle, dites vous que cet amour n’était pas le beau, le grand, le vrai amour.
Comment reconnaitre l’amour véritable alors ? Très simple : l’amour est ce qui résiste à la désespérance.
o-o-o
J’avoue que je ne m’amuse pas à paraphraser Balzac : la vérité est que je n’arrive pas à dire mieux que lui.
Je vous laisse donc avec son texte – Bonne lecture !
« L'amour et la passion sont deux différents états de l'âme que poètes et gens du monde, philosophes et niais confondent continuellement. L'amour comporte une mutualité de sentiments, une certitude de jouissances que rien n'altère, et un trop constant échange de plaisirs, une trop complète adhérence entre les cœurs pour ne pas exclure la jalousie. La possession est alors un moyen et non un but ; une infidélité fait souffrir, mais ne détache pas ; l'âme n'est ni plus ni moins ardente ou troublée, elle est incessamment heureuse ; enfin le désir étendu par un souffle divin d'un bout à l'autre sur l'immensité du temps nous le teint d'une même couleur : la vie est bleue comme l'est un ciel pur. La passion est le pressentiment de l'amour et de son infini auquel aspirent toutes les âmes souffrantes. La passion est un espoir qui peut-être sera trompé. Passion signifie à la fois souffrance et transition ; la passion cesse quand l'espérance est morte. » Honoré de Balzac – La Duchesse de Langeais
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(1) Sauf pour Dieu – Cf. Court traité chapitre XXII

Sunday, August 31, 2014

Citation du 1er septembre 2014


… l’amour, peut naître […] de l'opinion. [Dans ce cas], il est certain que l'homme, lorsqu’il voit ou croit voir quelque chose de bon, tend à s'unir à cet objet ; et, en raison du bien qu’il y remarque, il le choisit comme le meilleur de tous, et en dehors de lui il ne voit rien de préférable ni de plus séduisant. Mais s'il arrive, comme cela est fréquent, qu’il rencontre un autre bien qui lui paraisse meilleur que le précédent, alors son amour se tourne sur l'heure du premier vers le second…
L’infidélité
Il y a deux expériences différentes de l’infidélité : soit on est victime de l’infidélité de notre conjoint(e) ; soit on est soi-même infidèle.
Le mieux, c’est le second cas : Spinoza nous dit que l’amour étant lié à l’évaluation comparative de l’être aimé, dès que nous trouvons une compagne qui nous conviendrait mieux c’est tout naturellement que nous nous tournons vers elle, délaissant la première. Le Président Hollande n’a pas été blâmé d’avoir délaissé sa concubine pour une actrice de cinéma, mais seulement d’avoir pris des risques inconsidérés pour aller la retrouver.
… Evidemment, c’est lorsque nous sommes nous-mêmes victimes et non acteurs de l’infidélité que nous en souffrons.
Mais : n’oublions pas que selon Spinoza nous sommes ici dans l’amour d’opinion et non de l’amour né des idées vraies, forme d’amour que nous réservons à Dieu (1). L’amour d’opinion étant lié à la passion, c’est-à-dire au bien que nous procure un être dans l’instant où nous éprouvons de l’amour pour lui – et réciproquement. Donc, ne nous étonnons pas s’il est volage.
o-o-o
- Dis-moi, Roger : dis-moi que tu m’aimeras toujours !
- Oh ! ma Lucette, je t’aime de toute mon âme. Mais si je trouve mieux que toi un jour, c’est cette femme-là que j’aimerai totalement.
- Salaud ! Tu n’es bien qu’un porc !
- Ne te fâche pas, Lucette ! Ça ne voudrait pas dire que tu serais moins belle ou moins désirable qu’avant. Ça veut seulement dire que mon désir pour toi s’est éteint. Et tu sais, le désir, ce n’est pas grand-chose…
D’ailleurs,  toi-même ma Lucette, tu dis que tu m’aimes, parce que tu crois que je suis le plus beau, le plus fort etc… mais si tu rencontrais là, maintenant, sur ton chemin ton acteur de ciné préféré, est-ce que tu ne me planterais pas illico ?
Car, à part Dieu, qui donc peut-on aimer d’une connaissance vraie ?
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(1) Spinoza précise : « Nous ne parlons pas ici de l'amour,, ou de la connaissance claire, parce qu’il ne doit rien à l'opinion. (Voy. plus loin, chap. XXII). »

Monday, July 26, 2010

Citation du 27 juillet 2010

C’est pour mieux goûter la vie que je change son goût…

Patrick Chamoiseau – Solibo magnifique

Solibo est le héros du roman de Patrick Chamoiseau. A Fort de France, Solibo est un conteur qui subjugue les femmes et les hommes, et qui a même un pouvoir sur les animaux. Il est aussi un peu un clochard, mais surtout il pratique un art irremplaçable : celui de la parole.

Toutefois, le voilà qui meurt un jour d’une « égorgette de la parole », étouffé par les mots qu’il n’a pas pu dire parce qu’il n’y avait plus personne pour les écouter… Jolie parabole pour illustrer notre époque avide de communication, où pourtant nos lèvres trouvent de moins en moins d’oreilles pour les écouter… (1)

Mais revenons à notre histoire : en plus de l’art de parler Solibo a un autre talent : celui de vivre et de rendre heureux ceux qui le suivent.

Solibo sait vivre : il sait que pour vivre il ne faut pas de routine, pas de répétition, pas d’habitude. Par exemple, il est impossible de savoir où le trouver, avec qui, se livrant à quelle occupation. Même s’il vient tous les jours à midi Chez Chinotte pour prendre son punch, le voilà qui entre une fois par la porte, une autre fois par la fenêtre, une autre fois par derrière…

Eloge du changement, éloge de la superficialité, éloge du plaisir sans cesse renouvelé parce que sans cesse différent. Nous avions fait il y a un an (voir ici) l’éloge de l’inconstance à la suite d’une citation de Le Clézio : Le Clézio, lui aussi venu des îles – est-ce un hasard ?

Le plaisir de l’inconstance n’est pas ici le plaisir un peu sadique de la séduction. C’est un art de l’effleurement qui suit le contour des choses pour en humer le nectar, et qui en toute liberté vole vers d’autres fleurs. C’est l’art de butiner.

Nous voici loin de la sagesse antique, loin aussi de Nietzsche et de son éternel retour.

Mais nous voici aussi proche des pierres qui roulent parce qu’elles ne veulent surtout pas amasser de mousse.

Car, c’est comme ça que – contrairement à ce que dit la chanson – we can get satisfaction. (2)

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(1) Et Facebook me direz-vous avec ses millions d’amis ? Est-ce que ça ne dément pas ces allégations grincheuses ? Certes, ça réchauffe le cœur. Mais ça ne change rien à notre propos : Chamoiseau dans son livre oppose fortement l’art de la parole à celui de l’écriture. La parole est seulement parole proférée, elle inclut bien sûr tout ce que la personne qui parle ajoute à son message par ses mimiques, le ton de sa voix, ses postures etc. Et aussi – et surtout faudrait-il dire – le lien intime, qui relie le « parleur » à son auditoire.

Facebook qu’on le veuille ou non, c’est de l’écrit. Donc du solitaire.

(2) Paroles anglaises : ici – Difficulté à suivre en anglais ? Pas de Problème : voyez ici

Sunday, July 05, 2009

Citation du 6 juillet 2009


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Mangue li goût, so noyau kili, la mangue c’est bon, mais que dire de son noyau?
Le Clézio – Ritournelle de la faim p.50
Ce proverbe mauricien cité par Le Clézio a le mérite de pouvoir s’interpréter de multiples façons, selon les circonstances.
Il rappelle en moins pompeux le mythe africain ( ?) de l’arbre portant 2 fruits : un qui nourrit et un qui empoisonne, en sorte que celui qui en mange un et qui a de la chance peut survivre – mais pas l’arbre qui crève quand il ne porte plus ensemble les deux fruits du bien et du mal.
Oui, mais ici, on a plutôt faire à un autre type d’avertissement.
Déjà, le mal ou l’aspect rugueux des gens n’est pas ce qui s’offre en premier. Comme la mangue nous désaltère et nous régale d’abord, certaines personnes sont miel et sucre pour commencer. Mais voilà qu’on les fréquente un peu plus : sous la chair juteuse, le noyau dur et tranchant…
Deux leçons – peut-être trois :
- D’abord acceptez l’idée que les gens sont comme les mangues : impossible d’éviter leurs défauts dès lors qu’on les fréquente un peu durablement. Et même les couples, qui s’engagent à vivre ensemble pour le pire et le meilleur tiennent compte de la chair et du noyau.
- Ensuite, libre à vous d’y voir plutôt un encouragement à l’inconstance : papillonnez, grappillez la saveur des premières rencontres, mordez la chair, mais jamais jusqu’au noyau. Laissez tomber avant.
- Mais surtout, et c’est là le plus évident : renoncez à faire la synthèse des qualités et des défauts des amis. Ne prétendez pas les résumer dans une seule réalité. L’ami, c’est celui qui justement me prend comme je suis et qui, connaissant les défauts, ne les porte pas au débit de notre amitié.