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Saturday, June 25, 2016

Citation du 26 juin 2016

Ce qu'on n'a pas, ce qu'on n'est pas,  ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l'amour
Platon – Le Banquet 200c


Socrate : Pour désirer il faut manquer de la chose que l’on désire…
Philippe Brenot et Laetitia Coryn. –  Sex story (Une histoire de la sexualité en bandée dessinée)

Voici une page de Sex story, la bande dessinée de Brenot et Coryn, consacrée au Banquet de Platon et dans la quelle l’image vient s’ajouter au texte.
Que vaut cette mise en image ? Déjà notons que Socrate harangue la foule alors que Platon l’imagine conversant avec les quelques convives du banquet ; ensuite il s’exprime de façon très ampoulée et confuse alors que chez Platon sa conclusion est d’une lumineuse simplicité. Mais enfin, on vérifiera dans l’ouvrage cité qu’à bien d’autres occasions l’illustration apporte plus qu’elle n’en emporte.
- A nous maintenant de relever le défi : on se demandera comment comprendre le propos de Socrate ; puis on tâchera de trouver les images qui viennent l’illustrer.
1 –  De quoi manque-t-on en étant amoureux ?
Nous avons une réponse largement diffusée par la psychanalyse : le désir fondamental est désir de pénis. La femme en éprouverait le manque – d’où la revendication de le posséder auprès de qui le détient. Quant au garçon, sans cesse  menacé de le perdre (castration), il serait angoissé par le souci de conserver ce qu’il a ; d’ailleurs, dans le même passage du Banquet, Platon fait dire à Socrate ceci : « Vois donc, quand tu prétends désirer ce tu as, si tu ne  veux pas précisément dire : je veux posséder aussi dans l'avenir les biens que je possède maintenant. » (Banquet, 200d)
2 – Si c’est là le sens, alors, pas de problème : voici comment l’image nous permet de comprendre ce passage :


Images piquées sur Internet, sans que j’en ai noté la référence. Je sais : c’est mal.

Reconnaissons que c’est moins conceptuel que Platon, mais c’est encore compréhensible. Lisez donc cette BD pour vous en convaincre.

Monday, September 07, 2015

Citation du 8 septembre 2015

La photographie littérale introduit au scandale de l’horreur, non à l’horreur elle-même.
Roland Barthes – Mythologies (Photos-chocs) (Ecrit entre 1954 et 1956)

Photo du petit Aylan
Le choc de cette photo a été immense et on peut l’analyser en se reportant au petit ouvrage de Myriam Revault d'Allonnes « L'homme compassionnel » (édité au Seuil). Toutefois, nous ne prendrons en compte ici que les axes indiqués par Barthes dans son analyse des « photos-choc » vues dans une exposition de …1955.
Ecoutons donc Roland Barthes.
- L’erreur souvent commise par les photographes qui veulent faire un effet-choc est la mise en scène ou du moins un cadrage spécialement étudié pour « faire effet ». Le photographe est alors présent dans la photo, il guide l’interprétation, et du coup l’imagination du spectateur est mise à l’écart.
- Mais on n’est pas plus impressionné par la photo qui saisit le moment instantané, le sabre levé qui va décapiter, ou la balle qui frappe le ventre – par exemple de Lee Harvey Oswald (l’assassin de J.F.K. – voir ici) : ces photos sont elles aussi trop explicites, sans mystère donc sans interprétation possibles. « La capture de l’instant unique y apparaît, trop intentionnelle, gratuite, issue d’une volonté de langage encombrante » écrit Barthes.
- Reste donc la photo littérale, qui nous livre l’événement dans sa frontalité, sans signification ajoutée, mais qui nous met en présence du scandale du fait réel. Barthes souligne que ces photos sont souvent des photos d’agence, ce qui correspond à la photo qui nous préoccupe.
- Quel est donc ce fait au quel nous sommes confrontés ? Quel est ce scandale qui nous transit ? Celui d’un petit enfant devenu une épave échouée sur la plage, abandonné dans la solitude de la mort.
Toutefois, ainsi que le dit notre citation-du-jour, Barthes estime que ce n’est pas encore le l’horreur en elle-même. Car pour la retrouver, ce n’est pas la photo qu’il nous faut, mais l’œuvre peinte : seul l’artiste saura distordre la réalité pour lui donner ce supplément de signification capable de nous plonger dans cette exception, ce que la photo est impuissante à faire

Wednesday, April 29, 2015

Citation du 30 avril 2015

.. je suis peu à peu arrivé à mettre en doute, non seulement la causalité psychanalytique de l'image, mais encore toute causalité psychologique de l'image poétique.
Bachelard – La Poétique de l'espace, 1957, p. 156.
Si vous voulez mettre dans l’embarras un interlocuteur qui fait son savant dès que vous parlez de littérature, posez-lui cette question :
- Dis-moi, mon cher, qu’est-ce que c’est selon toi que la poésie ?
C’est méchant, n’est-ce pas ? On en a zigouillé pour moins que ça – demandez à Socrate !

Je pose un principe qu’on aura du mal à contester : lorsqu’on doit fournir une définition un peu difficile, le plus simple est de dire non ce qu’est la chose, mais ce qu’elle n’est pas. Comme ce procédé a été employé systématiquement pour la définition de Dieu, on appelle cela une « théologie négative ».
Ainsi de la poésie définie non comme un procédé issu de mécanismes analysables, mais comme un pur jaillissement créatif, quelque chose qu’on reconnaît à ce que rien ne peut en être une cause explicative. L’image poétique n’est donc pas un symbole, quelque chose qui ne se comprendrait qu’à condition de connaître un système de correspondance au sein du quel il prendrait une signification ; elle ne dépend pas non plus de l’état psychologique du poète – pas seulement en tout cas.
La tradition millénaire a déjà fait état de cette particularité de la poésie : le poète doit avoir le concours de sa Muse pour produire ses poèmes. Pas de poésie sans inspiration, puisque, comme on vient de le dire, pas de création qui dépende seulement de causes connues et mécaniquement utilisables.
- Nous voilà donc tiré d’affaire : allons chercher dans la liste des Muses celle qui serait en charge de l’inspiration poétique. Mais là : catastrophe ! Il n’y a pas une muse qui réponde à cette définition, il y en a au moins trois: Terpsichore (pour la poésie lyrique) et Calliope (poésie épique – la Muse à la belle voix) – sans oublier Thalie et la poésie pastorale… Certains spécialistes n’hésitent pas à dire que les 9 Muses sont toutes des muses de la poésie, parce que la poésie ne signifie rien d’autre que la création artistique.
Nous voilà bien embarrassés, n’est-ce pas ? Sauf que maintenant nous savons pourquoi il est difficile de fournir une définition de la poésie. C’est que la poésie ou bien est un concept trop large pour être défini (« Création » dont on ne peut donner l’origine dans l’esprit humain) ; ou bien il s’agit d’une production littéraire dont le contenu suppose une définition spécifique – qui donc exclu toutes les autres.
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(1) « C'est Platon (dans Ion) vers 401 av. J.-C., puis les néo-platoniciens, qui font des neuf Muses les médiatrices entre le dieu et le poète ou tout créateur intellectuel. » Wiki, Art. Muses

Wednesday, January 21, 2015

Citation du 22 janvier 2015

La surabondance médiatisée des évènements et des images les plus horribles sur Internet attestent une certaine faisabilité du pire. Il n’y a plus qu’à reproduire ce qu’on voit.
Jean-Albert Meynard – Le complexe de Barbe-Bleue (psychologie de la méchanceté et de la haine) – Lire la citation complète en annexe. Voir des extraits du livre ici

Assassiner froidement des innocents journalistes qui font paisiblement leur travail : comment comprendre tant méchanceté et de haine ? La science pourra-t-elle nous l’expliquer ? Si les frères Kouachi avaient survécu, aurait-il fallu les juger ou bien les déclarer irresponsables ? Et dans ce cas, qui ou quoi fallait-ils juger et condamner ?
J-A Meynard, spécialiste de la méchanceté et de la haine répond : il faut une conjugaison de facteurs, à la fois constitutionnels et circonstanciels. Mais la touche finale incombe à Internet et à la diffusion de ces horribles images : la présence de ces images sur Internet atteste une certaine faisabilité du pire. Il n’y a plus qu’à reproduire ce qu’on voit.
Au fond, le mécanisme est celui de la mise sous dépendance sectaire : à la réalité que chacun rencontre et en la quelle nous croyons tous, se substitue une autre réalité – irréelle celle-là, mais portée par l’autorité d’un maitre à penser, d’un gourou. Mais ici, le basculement dans l’irréel est facilité parce que les propos de ce « gourou » sont démultipliés par les images des écrans d’Internet.
Et de plus la même image est à la fois la preuve de la réalité et la mise en évidence de la méthode à employer. La présence quasi obsessionnelle de la Kalachnikov dans ces photos de djihadistes montre un fétichisme que les psychologique expliquerons mais qui est de tout façon gros des pires crimes.


Mais avant de classer l’affaire dans le dossier « Perversions et passage à l’acte pathologique », notons quand même que nous n’avons pas encore mis en évidence un déterminisme radical. Il reste –nous l’avons souligné déjà – que ce moment de la décision de tirer et de tuer relève du choix libre de l’individu. Que tout le monde n’ait pas ce choix à faire c’est une évidence. Mais que certains y soient confrontés et répondent par l’abstention, c’est également évident.
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Fac-simile du texte cité :

Sunday, January 04, 2015

Citation du 5 janvier 2014

Nous prenons plaisir à contempler les images les plus exactes de choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, comme les formes d'animaux les plus méprisés et des cadavres.
(Aristote, Poétique, IV, 1148b.)

Paul Mc Carthy – Complex Shit (haut de 50 pieds)

Déchet I
Qu’est-ce qu’une image ? Aristote répond : ce qui nous rend supportable ce qu’on ne supporterait pas de voir dans la réalité. Et il explique : l’image c’est une représentation : entendez une re-présentation, c’est à dire une seconde présentation.
Qu’est-ce que possède cette seconde présentation que la première n’avait pas ? Elle est porteuse d’un savoir : celui qui a présidé à son choix et à sa mise en valeur ; or, dit Aristote, ce que les hommes aiment pardessus tout, c’est la connaissance : l’image qui assouvit cette tendance est aimée pour cela. Ajoutons aussi qu’on aime l’image qu’on a choisie et créée parce qu’on s’y reconnaît un peu soi-même.
o-o-o
Ainsi Paul Mc Carthy, avec son œuvre Complex shit, nous présente une « merde » (sauf votre respect) qui est un peu différente de la « merde » réelle : elle est en plastique – donc  inodore – et surtout elle fait 50 pieds de haut (= 16 mètres).
Au lieu de hausser les épaules et de grommeler « N’importe quoi ! » tentez plutôt de prendre au sérieux ce principe aristotélicien. Un merde de 16 mètres de haut, désodorisée et – on peut l’imaginer – désinfectée. Qu’est-ce que ça vous dit ? Pas grand chose ? Regardez mieux l’image : là-bas, dans le lointain. Des tours, des gratte-ciels. Nous sommes à Hongkong et l’énormité des buildings, la densité humaine, sont une évidence. Que font tous ces gens entassés ainsi ? Allez-y, n’hésitez pas : ils évacuent, ils exonèrent, ils défèquent – bref : ils crottent.
Seulement voilà : nous vivons dans un monde où ce genre de chose doit être exclu, caché, ignoré ; nous sommes dans le déni de l’ordure.

Ça ne vous dit rien ça? Eh oui! Sous nos pieds, dans nos égouts, roulent des fleuves de merdes qui vont se jeter dans la mer. Mais la mer va dans, un Tsunami final, nous les renvoyer sur la tête et nous noyer dedans – nous et nos gratte-ciels


Je sais : je deviens un peu trop lyrique. Que voulez-vous: c’est l’œuvre de Mc Carthy qui me porte.