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Wednesday, November 22, 2017

Citation du 23 novembre 2017

Lorsqu’on a un présent vide et atone, on a intérêt à avoir un passé riche et intense quitte à l'arranger un peu.
Didier Martz - Essayiste
Dans sa chronique du 22 novembre (cf. ici), Didier Martz rend compte d’une curieuse décision du conseil municipal de Reims, qui propose 200000 euros pour réaliser une statue en bronze du footballeur Raymond Kopa, récemment décédé, qui fut dans les années 50 un glorieux joueur de l’équipe de foot de la ville et dont le souvenir est resté dans toutes les mémoires (du moins par ici). Et de comparer cette largesse à l’étrange refus des 2000 euros nécessaires à la réhabilitation d’une statue de l’Abbé Miroy, jeune prêtre fusillé en 1870 par les Prussien pour un acte de résistance. La France se déshonore-t-elle en refusant de rendre au respect public un résistant patriote alors que dans le même temps elle couronne un joueur de foot ?

O tempora, O mores : vivons selon les mœurs de notre temps, et contentons-nous d’être pragmatiques…
Mais justement : pourquoi faut-il tant d’argent pour réaliser une statue qui devra ressembler aussi exactement que possible au modèle vivant qui est dans toutes les pages de nos magasines ? Une imprimante 3D ferait aussi bien l’affaire et pour bien moins cher, ce qui laisserait un reliquat pour remettre l’Abbé Miroy à sa place.
Et puis, tant qu’on y est, profitons-en pour régler un problème qui me titille la conscience (1) : à l’heure où les américains déboulonnent les statues des généraux sudistes coupables de complicité avec l’esclavagisme, nous, rémois, conservons nos statues de Colbert, enfant du pays certes, mais aussi signataire du Code Noir, qui réglemente les mutilations tortures et autres sévices que les colons des Antilles avaient le droit infliger à leurs esclaves. -
--> Soyons pragmatiques : déboulonnons la statue de Colbert en centre ville et mettons à la place la statue de Kopa : mieux vaut gagner des millions en jouant au foot qu’en opprimant de pauvres êtres humains. Et puis, pour faire bonne mesure, débaptisons le Lycée Colbert et renommons-le : Lycée Raymond Kopa
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(1) Voir ici, mon Post du 12 novembre

Sunday, July 30, 2017

Citation du 31 juillet 2017

Le viol est le seul crime où la victime devient l’accusée.
Anonyme
« Ça se passe au Pakistan. Une fillette de 12 ans est violée par un garçon de 17 ans : de quoi ruiner l’honneur de la famille de la fillette, dans une culture où la honte d’un tel acte retombe sur la victime et non sur l’agresseur. Le panchayat (cours de justice locale) décide que l’honneur de la famille de la victime serait lavé si son frère violait lui-même la sœur de l’accusé. Celle-ci qui a 16 ans est trainée au milieu de la nuit jusque devant le conseil, et la « réparation » exécutée en public »
Libération, le 28 juillet 2017 – page 9
Voulant rédiger un Post sur cette information, je suis allé picorer les citations concernant le viol dans les encyclopédies en ligne. Et là, stupéfaction : pratiquement aucune ne fournit de citation concernant le viol sexuel (des femmes en particulier) – ceci d’autant plus incompréhensible que le dictionnaire de droit décrit avec une extrême précision la nature du viol (article 222-23 du Code pénal à lire ici)
En fait dans certaines sociétés le viol apparaît comme une manière d’atteindre non pas les femmes mais les hommes – ceux de sa famille ou de son clan. Au point qu’il soit non pas l’expression de la libido masculine, mais bien de la violence voulue et calculée (on dirait presque : raisonnable), comme le serait l’usage d’une arme
Et c’est là que cette histoire incroyable nous est racontée : deux viols dont l’un est effectivement libidineux et l’autre est une sanction judiciaire, comme les  coups de fouet ou la dégradation publique.

Il y a tant de choses à dire, tant de frémissements d’indignation contenus à la lecture de cette histoire qu’on ne sait par où commencer. Tentons quand même de le faire, même si on en oublie en route.
- Déjà, la loi du Talion. Œil pour œil, dent pour dent. Sauf que ce n’est pas le violeur qui sera violé mais sa sœur. On comprend que la victime visée par ce viol n’est pas la femme (jugée quantité négligeable ?) mais sa famille sur la quelle le déshonneur va retomber. Seul le déshonneur infligé peut laver le déshonneur subi.
- La femme, propriété exclusive de sa famille et puis ensuite du mari. Souiller une femme, c’est montrer que son « propriétaire » n’a pas pu la protéger. En enfermant sa femme, on ne montre certes pas qu’elle est vertueuse, mais qu’importe ? Ce qui compte, c’est de montrer qu’on a le pouvoir de la « protéger » des prédateurs.
- L’honneur enfin, valeur devenue bien secondaire chez nous, mais qui dans des sociétés traditionnelles au contact des quelles nous vivons du fait des migrations, apparait avec force dans de multiples situations (comme de ne jamais signer de contrat, la poignée de mains entre contractants suffisant).
- C’est vrai que chez nous aussi on a beaucoup tué pour laver son honneur. Toutefois, l’affront était personnellement subi. Mais dans le cas évoqué aujourd’hui, c’est sur la tête de la femme que repose l’honneur des hommes. Et là c’est la pire des situations.

Thursday, March 30, 2017

Citation du 31 mars 2017

Et qui veut tout pouvoir doit oser tout enfreindre, / Fuir comme un déshonneur la vertu qui le perd, / Et voler sans scrupule au crime qui le sert.
Corneille – La mort de Pompée (1643)

Moi j'ai les mains sales. Jusqu'aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après? Est-ce que tu t'imagines qu'on peut gouverner innocemment?
Jean-Paul Sartre – Les Mains sales (1948)
De la trahison de monsieur Valls
Corneille est un écrivain de grande ressource pour qui veut réfléchir en compagnie des auteurs classiques aux aléas de la vie actuelle. Car si notre vie est faite de petits évènements qui apparaissent et qui s’envolent au hasard de l’actualité, Corneille, quant à lui, ne pense et n’écrit que dans l’universel et l’éternel.
Oui, la trahison (ou comme on voudra l’appeler) de monsieur Valls désertant le camps qu’il avait juré de défendre pour se ranger sous la bannière de son ennemi paraît n’être qu’une petite manœuvre électoraliste ; mais Corneille, lui, nous explique que bien au contraire tous les hommes de pouvoir feront pareil, partout et toujours, et on devine que ceux qui ne le font pas sont en réalité ceux qui ont su dissimuler leur trahison plus soigneusement.
Car qu’est-ce que le déshonneur ? Le refus d’honorer la parole donnée ? Certes, mais il y a peut-être un plus grand déshonneur au regard du quel celui-ci n’existe plus. Pour l’homme de pouvoir, la vertu qu’il doit servir en toute circonstance est ce qui donne et permet de conserver le pouvoir : on comprend qu’il s’agit de la virtu de Machiavel, celle qui porte en elle la force et la détermination de s’en servir. Une telle valeur est suprême elle ne peut donc avoir de justification, sans quoi on devrait la rattacher à une autre valeur – la quelle serait également à fonder sur une cause supérieure et ainsi de suite.
o-o-o

Certains hausseront les épaules : Machiavel est l’homme au quel il a toujours été mal vu de se rattacher. Et puis, on reproche à monsieur Valls un bien vilain parjure, puisque qu’on peut lui montrer le papier qu’il a signé par le quel il jure de faire ce qu’il vient de refuser : soutenir le candidat de son parti. Mais un peu comme dans Les mains sales, la pièce de Jean-Paul Sartre, voici que la situation a changé : l’ennemi d’hier est devenu l’allié d’aujourd’hui. Pour sauver la patrie c’est à lui qu’il faut désormais s’allier. Les valeurs ne sont pas transcendantes, elles résultent de nos choix et de nos engagements : Manuel Valls est un héros existentialiste. Il ne craint pas de se salir les mains.

Tuesday, April 07, 2015

Citation du 8 avril 2015

Le jugement n'intervient pas d'un coup ; c'est la procédure qui insensiblement devient jugement.
Kafka – Le Procès
Ecoutez la triste histoire de Jean Germain, sénateur d’Indre-et-Loire
Le Sénateur Germain, qui avait été durant 19 ans maire de Tour, vient de se donner la mort pour ne pas avoir à comparaitre dans un procès où il est accusé, à tort selon lui, de complicité d’escroquerie dans une affaire où était impliquée une proche collaboratrice. Il pouvait bénéficier d’un  non-lieu, mais il estimait qu’il était déjà déshonoré par la suspicion dont il avait été l’objet dans les médias.

Aujourd’hui, les medias se déchainent à présent contre … les medias qui ont décrit les faits supposés à charge de telle sorte que le malheureux sénateur était (selon ses propres termes dans sa lettre d’adieu à la vie) « condamné avant d’avoir été jugé »  comme on dit « Calomniez, il en restera toujours quelque chose. » Le procès auquel Jean Germain, notre malheureux sénateur, n’a pas voulu comparaitre aurait donc été comme celui de Kafka un simulacre ne servant  qu’à confirmer une culpabilité décrétée bien avant.

Seulement, voilà : le message de Kafka est bien plus terrifiant. Chez lui, pas de rumeur, pas de medias, pas d’opinion publique. Rien que le silence feutré des bureaux, et la présence obsédante de dossiers poussiéreux. Le simple fait d’être convoqué à comparaitre devant des magistrats-instructeurs, d’avoir à préparer sa défense (même s’il n’a rien à se reprocher), de se justifier sans savoir de quoi il est exactement accusé, voilà les charges qui le condamnent. Joseph K. ne sait pas ce qui lui est reproché, mais il sait que le simple fonctionnement de l’institution judiciaire suffit à le perdre, que c’est elle qui établit la culpabilité.

Des prétoires de Kafka ou de la vox populi des medias d’aujourd’hui, que faut-il redouter le plus ?
Le livre de Kafka a été publié pour la première fois en 1925, époque où l’on ne connaissait pas encore les procès staliniens ; époque où BFM-TV n’existait pas encore ; ni les Réseaux-sociaux, Facebook, Tweeter, …
Bref : cette liste pour dire que si Kafka n’a pas connu le pire de l’injustice à son époque, rien ne dit que ce que nous soyons plus lucides.

Le dernier cercle de l’Enfer n’est peut-être pas pour aujourd’hui, mais seulement pour demain… ou après-demain !

Friday, January 24, 2014

Citation du 25 janvier 2014



Selon Pierre Bourdieu, [dans la société Kabyle] il est tout à fait possible de transformer l’honneur en argent, mais pratiquement impossible de convertir l’argent en honneur.
David Graeber – La dette (p. 339)
A quoi ça sert l’honneur ?
Voilà une question qui aurait fait tomber par terre quelqu’un comme Montesquieu, et aussi quiconque l’entendrait aujourd’hui encore au-delà des frontières de l’Arabie. Quant à nous cette notion est parfaitement désuète au point qu’on n’imagine même pas nous guider sur la valeur qu’elle nous indique.
Toutefois, même chez nous l’honneur est resté longtemps vivace dans les transactions commerciales sous forme de confiance : une poignée de main pour conclure un marché, et voilà qui scelle l’affaire encore plus sûrement qu’un contrat en bonne et due forme.
C’est dans ce cadre que prend place la remarque attribuée à Bourdieu : les dettes supposent toujours la confiance et donc une certaine respectabilité. Rembourser ses dettes est une question d’honneur, et – avant de ne prêter qu’aux riches – on n’a  prêté d’abord qu’aux gens honorables. D’où l’expression de prêt d’honneur pour désigner des prêts à taux zéro (taux réservé au risque zéro de non remboursement).
Si vous êtes dubitatif devant ces remarques, songez au cas de la Grèce : on lui reproche non pas tant de s’être endetté au-delà du raisonnable, mais surtout de l’avoir fait en trompant ses débiteurs sur la réalité de ses comptes publics. Les Grecs nous ont menti pour qu’on leur prête de l’argent, et cette faute justifie qu’on les étrangle maintenant, fortement mais pas trop, pour que ça dure plus longtemps. Cette faute est leur déshonneur – et à cela il n’y a rien à faire, car bien sûr l’honneur ne s’achète pas, comme le dit Bourdieu.
o-o-o
On se récrie devant ces pays où la vertu des femmes est la condition de l’honneur des hommes : mœurs moyenâgeuses !
Mais ne l’oublions pas : l’honneur existe aussi chez nous aujourd’hui. Simplement il ne dépend pas des femmes mais de la gestion de notre compte en banque. C’est ce qui est rappelé de façon réglementaire dans tous les prospectus financiers :
« Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager. Cette mention est à présent obligatoire sur toute publicité pour le crédit depuis le 1er septembre, suite à l’adoption de la loi Lagarde (LOI n° 2010-737 du 1er juillet 2010) sur le crédit. »

Wednesday, June 23, 2010

Citation du 24 juin 2010

L'honneur doit être un éperon pour la vertu, et non pas un étrier pour l'orgueil.

Charles Cahier – Proverbes et aphorismes

J’ai longtemps hésité avant de mettre un ligne quelques réflexions sur l’échec de l’équipe de France de football à la Coupe du Monde, parce que faute de la plus petite empathie avec mes compatriotes qui souffrent des frasques ridicules de notre Onze national, je me sentais bien incapable d’y comprendre quelque chose.

Et puis je suis tombé sur cette citation de ce monsieur Cahier (improbable auteur dont la bio se trouve seulement sur la version anglaise de Wikipédia) et j’ai compris que le déshonneur ressenti par les amateurs de football français au spectacle jugé désolant de leur équipe nationale (1) n’était en fait qu’une blessure narcissique, un orgueil froissé.

Alors, le vieux misanthrope qui se cache en moi a marmonné : Qui sommes nous, nous les Français, pour nous sentir humiliés par le comportement de onze « sportifs » ?

Voilà ce qui se passe :

- La France se sent humiliée par insultes proférées par Nicolas Anelka car voilà le jargon des voyous de banlieues qui remplace le verbe de Racine (Finfielkraut dixit… à peu près).

- Quand c’est le capitaine de l’équipe qui se prend au collet avec le préparateur physique, nos yeux ébahis voient une mutinerie lancée paradoxalement par le capitaine du paquebot France.

- Quand cet épisode de la grève de l’entraînement se prépare sur le terrain, on voit à la télé Raymond Domenech qui désigne d'un geste du bras à ses joueurs les photographes et journalistes installés sur la hauteur qui les surplombe : les indiens se préparent à la curée – c’est la civilisation qui est menacée.

Sauvegardons notre honneur : envoyons pour affronter les équipes adverses non plus 11 joueurs chevronnés mais incapables de jouer en équipe, mais plutôt 11 « bras-cassés » solidaires et dociles.

Qu’on perde tout, sauf l’honneur.


(1) A noter que Fernando Arrabal dans le Libé du 22 juin (p.15) félicite Nicolas Anelka d’avoir injurié le coach, considérant que, soutenu par ses camarades, il avait réitéré le geste inaugural de la Révolution française : ne manquait plus que la tête de Domenech au bout d’une pique.

Tuesday, May 11, 2010

Citation du 12 mai 2010

Tout est perdu fors l’honneur.

François 1er – Pavie, 24 février 1525

Voyez comme on est : on veut bien se rappeler que 1515 est la date de la bataille de Marignan parce qu’on l’a gagnée, mais que 1525 (seulement 10 ans plus tard !) soit l’anniversaire de la défaite de Pavie, ça on n’arrive pas à se le mettre dans la tête…

Bon, passons… Reste que cette formule est bien énigmatique : comment peut-on tout perdre et malgré tout avoir l’honneur sauf ? (1)

Qu’est-ce qu’il a fait, François 1er pour sauvegarder son honneur ? Devant le retournement de situation qui le rendait vulnérable durant le siège de Pavie, il refuse de lever le siège et de se retirer, affirmant : « un Roi de France ne recule pas devant ses ennemis et ne change pas ses projets d'après leurs caprices ».

Ça, c’est de la constance ! J’en connais qui devant des retournements de situations économiques affirment de la même façon qu’ils ne vont pas modifier leur politique fiscale (2), sous prétexte qu’on n’en change pas tous les jours…

Donc, l’honneur, c’est de faire selon sa volonté et pas selon celle des autres – en particulier celle des ennemis du Prince.

Quant à ce qui est arrivé ensuite, voyez plutôt : « François 1er prisonnier de Charles Quint en Espagne signe le traité de Madrid, par lequel il cède la Bourgogne à Charles Quint, renonce à la Flandre, au Milanais et à Naples. Le traité prévoit encore la libération du Roi, contre une forte rançon et un échange avec ses deux fils : le Dauphin François et Henri. L'échange se fera le 17 mars 1526 et les deux fils de François Ier resteront en captivité jusqu'au 1er juillet 1530. Les autres termes du traité ne seront jamais respectés par le Roi car il estimera que "tout homme gardé ne peut avoir obligation de foi". » (Lu ici)

Autrement dit on peut sauvegarder son honneur tout en mentant et en trahissant sa parole.

Inutile de dire que nos dirigeants politiques sont tous des émules de notre bon roi François…


(1) François 1er aurait en réalité écrit à sa mère Louise de Savoie : "Madame, pour vous avertir comme se porte le reste de mon infortune, de toute chose ne m'est demeuré que l'honneur et la vie qui m'est sauve"

(2) A ne lire que par ceux qui ceux qui vivent au-delà de nos frontières : l’exemple évoqué est celui du « bouclier fiscal ».

Sunday, January 31, 2010

Citation du 1er février 2010

Si vous perdez vos enseignes, cornettes ou guidons, ne perdez point de vue mon panache; vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire.

Henri IV – 14 mars 1590 à la bataille d’Ivry

Ralliez-vous à mon panache blanc !...

Quand on a la prétention de livrer à ses lecteurs les plus célèbres citations – celles qui, justement, ont forgé notre Identité Nationale – comment éviter celle-ci ? Mais, s’il faut en plus comme je le prétends en faire un commentaire, alors c’est le piège …

Bon – j’essaie quand même et tant pis pour moi si je me plante.

--> D’abord : ce que dit le futur Henri IV (1) à ses soldats ne se comprend que si le champ de bataille est suffisamment réduit pour que le soldat du dernier rang puisse voir encore le panache qui orne la chapeau de son chef – qui est supposé être en tête de la mêlée. J’ai lu autrefois dans le Dimanche de Bouvines de Duby que cette célèbre bataille s’était déroulée, comme toutes les batailles de l’époque, dans un champ dont les deux armées ennemies occupaient les deux extrémités, en sorte que la disposition des troupes lors de l’affrontement ressemblait à celles des pièces du jeu d’échec. Difficile d’imaginer une telle situation aujourd’hui.

Donc cette citation nous instruit sur les différences qu’il faut reconnaître entre les batailles d’autrefois et celles d’aujourd’hui.

--> Ensuite, le roi chef d’armée est porteur d’une marque distinctive, le panache blanc, qui le signale comme tel à tous – y compris à l’ennemi.

Qu’en est-il aujourd’hui ? On n’imagine pas le général en chef arborant sur le champ de bataille un signe distinctif visible de loin. S’il a bien ses galons, ceux-ci de couleur neutre et surtout pas en métal doré qui brille au soleil !

--> Que reste-t-il de l’ordre du jour de Henri IV à ses troupes ?

La victoire et l’honneur, oui, il n’y a que ça qui reste. Et encore : l’armée est le dernier lieu où l’honneur des hommes soit encore évoqué.

Car si la victoire reste partout requise pour faire avancer coûte que coûte, par contre l’honneur dans nos sociétés occidentales est devenu une notion bien poussiéreuse.

…Vu les circonstances dans les quelles l’honneur est invoqué, je me demande s’il faut le regretter.


(1) Car il s’agissait en fait du futur roi de France, et de l’ordre du jour rapporté ici

Saturday, March 28, 2009

Citation du 29 mars 2009

L'honneur et le profit ne couchent pas dans le même lit.

Cervantès - Nouvelles exemplaires

Voici une observation quasiment proverbiale, et que chacun se répète en cette époque de parachutages dorés.

Comme je n’ai pas l’habitude d’enfoncer les portes ouvertes, je n’en dirai pas plus sur cette évidence.

Et en même temps, reconnaissons-le : nous moralisons à tout va, c’est devenu une manie obsédante : il nous faut de la vertu – partout !

Alors, le profit ferait-il exception ? N’y aurait-il aucune valeur qui accepte de coucher avec lui ?

Bien entendu, vous avez déjà la réponse : à une époque où l’on nous parle de moraliser le capitalisme, on nous a répété sur tous les tons que le profit va avec le mérite. Si vous avez bien travaillé, vous avez produit, donc vous pouvez profiter des fruits de votre travail. Nulle contradiction entre capital et morale, dès lors que le profit = le mérite. Au point que les puritains américains ont érigé cette équation en clé pour accéder au paradis (1).

Comme les deux membres de l’équation sont réversibles on peut aussi bien écrire : mérite = profit – voire même mérite => profit.

J’entends des petites voix qui protestent : elles me disent : « Mais les patrons ils n’ont pas mérité de gagner en prime d’une année ce que nous gagnons en 377 années de salaire (2). »

Alors, écoutez bien : dans un régime capitaliste, travailler signifie faire gagner de l’argent aux autres, à l’entreprise, aux actionnaires – et à vous-même. Le mérite se mesure donc bien au profit qu’on permet de réaliser à tous ceux qui payent votre salaire.

….Hélas ! Ne nous voilons pas la face, arrêtons de nous obsédons avec les parachutes de nos PDG : nous ne sommes pas prêts de voir les gens les plus méritants devenir les plus riches du pays. C’est qu’il y a bien des façons de mesurer le salaire, et le mérite-profit n’est pas toujours le critère choisi. S’il y a des ouvriers payés en-dessous du profit qu’ils apportent à l’entreprise, il y a des patrons payés au-dessus.

- Dernière observation : autrefois – il y a bien, bien longtemps – la valeur politique était : la solidarité, grâce à la quelle nous étions « citoyens responsables ». Aujourd’hui, quand on dit aux patrons du CAC 40 qu’ils doivent êtres solidaires, ils ont des difficultés de compréhension.


(1) Là-dessus voir Max Weber – Ethique protestante et esprit du capitalisme, et … les discours de Notre-Président, décidément beaucoup plus américain qu’on le croit.

(2) Ça peut être beaucoup plus, je sais…

Thursday, December 04, 2008

Citation du 5 décembre 2008


Le ridicule déshonore plus que le déshonneur.

La Rochefoucauld – Maximes

M. de la Rochefoucauld dit, que le déshonorant offense moins que le ridicule. Je penserais comme lui, par la raison qu'il n'est au pouvoir de personne d'en déshonorer une autre : c'est notre propre conduite et non les discours d'autrui qui nous déshonorent. Les causes du déshonneur sont connues et certaines : le ridicule est purement arbitraire.

Madame de Lambert – Avis d'une mère à son fils

Avouez que pour quelqu’un qui, comme moi, commente des citations, l’idéal est de trouver une citation qui en commente une autre.

Il faut pourtant observer que madame de Lambert (1) commence par une traduction : « le ridicule déshonore plus que le déshonneur » devient « le déshonorant offense moins que le ridicule ».

Ce qui veut dire qu’on a encore à expliquer cette traduction : que veut dire madame de Lambert ?

Et en effet, madame de Lambert nous guide très sûrement vers le sens de la pensée de La Rochefoucauld : être déshonoré, c’est être offensé et l’offense vient des autres. Et donc, on ne peut jamais être déshonoré par soi-même, mais seulement par les autres. Ce qui veut dire aussi que le vrai déshonneur ne vient pas d’une situation mais de l’intention d’offenser, la quelle se manifeste par la raillerie ridiculisante.

Même s’il y a sans doute des situations ridiculisantes, elles ne le sont vraiment que si autrui est là pour s’en moquer : on n’est ridicule que lorsqu’on est ridiculisé.

Bon. Maintenant, la question est : faut-il se sentir offensé quand on se moque de nous ? Je veux dire : offensé au point d’en être déshonoré, et on sait comment finissait les querelles d’honneur à l’époque de madame de Lambert. D’ailleurs le film de Patrice Leconte dont on se rappelle peut-être (2), montre à la perfection le caractère infâmant de la ridiculisation.

Est-ce si évident ?

Il faut rappeler que Spinoza (un des rares philosophes à ma connaissance ayant écrit quelque chose sur ce sujet), considère que tourner quelqu’un en ridicule déshonore celui qui raille et non celui qui en est l’objet : « La moquerie et la raillerie reposent sur une opinion fausse et manifestent une imperfection dans le moqueur et le railleur. » (Court traité, ch. XI). Il revient à la charge, dans l’Ethique (IVème partie, proposition XLV, scolie – corollaire 1) : « L’envie, la moquerie, le mépris, la colère, la vengeance et les autres sentiments qui se rapportent à la haine ou en naissent sont mauvais… ».

Si déshonneur il y a, il serait donc plus pour le railleur que pour le raillé.


(1) A l’époque de la Régence, son salon passait pour le temple des bienséances et du bon goût, nous dit Wikipédia – voir la suite.

(2) Ridicule film de Patrice Leconte date de 1996. Voir ici.