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Monday, November 06, 2017

Citation du 7 novembre 2017

Un homme d'esprit de ma connaissance voudrait qu'on étudiât et qu'on enseignât l'histoire à rebours, c'est-à-dire en commençant par notre temps et remontant de là aux siècles passés; cette idée me paraît très juste et très philosophique.
D’Alembert – Mélanges littéraires
Certains considéreront peut-être que cette idée ne vient pas d’un « homme d’esprit », mais plutôt d’un paresseux qui, se disant qu’apprendre l’histoire est bien fatiguant, voudra en limiter l’effort à ce qu’il est nécessaire de savoir pour comprendre l’imbroglio des affaires du monde actuel. Par exemple : comment comprendre la situation au moyen orient ? Essayons de remonter à la création des états lors de la « restructuration » de la région après 1918, ou encore aux raisons de l’apparition de l’Etat d’Israël, et puis ajoutons-y le rôle croissant de l’économie pétrolière, le poids des courants religieux etc. Mais, ignorons superbement ce qui se passe dans le même temps en Extrême-Orient : on verra ça plus tard – si nécessaire.

Il faut remarquer que d’Alembert n’a pas entièrement tort quand il la qualifie d’idée philosophique, car après tout l’histoire a bien aussi pour mission de donner à connaitre le passé en tant que cause des évènements actuels qui en sont l’effet ; tout juste devrait-on regretter d’ignorer le contexte antérieur au point de départ choisi. Mais n’oublions quand même pas que l’histoire scientifique récuse la prétention à connaître l’origine première des évènements. Cela c’est l’affaire des mythes pas celle de l’historien.

La question à poser est alors : en procédant à rebours du temps, que perd-on réellement ? Pas l’emboitement des évènements suivant l’axe du temps, puisqu’une fois choisi celui-ci on peut le redescendre du passé au présent (1). Mais on aura peut-être de la difficulté à bien comprendre comment interviennent des évènements extérieurs à cet axe, comme par exemple ceux qui, venus d’autres aires géographiques pourraient peu à peu interférer avec l’évènement étudié. Voyons comment la montée du nazisme et la guerre qui en découle trouvent leur origine dans le Traité de Versailles. Et puis ajoutons quand même l’URSS et Staline – et donc la Révolution bolchevique et ce qui s’ensuivit. Mais voici le Japon qui entre dans la danse, et qui va constituer avec l’Allemagne l’Axe Rome-Berlin-Tokyo. – C’est vrai : n’oublions pas qu’avant l’Allemagne hitlérienne, Mussolini inventa le fascisme en formant le projet de redonner à l’Italie la grandeur de l’Empire romain.
On est donc arrivé sur une période au moins à montrer que l’histoire généalogique est en réalité l’histoire tout court – ou plutôt « toute longue » car aucun détour n’est permis tant la réalité est complexe. Et qu’on ne suggère pas que cette époque est vraiment particulière, car on s’aperçoit que la mondialisation actuelle ne nous permet toujours pas d’en faire l’économie.

… Et pour ceux que ça intéresse, il n’est que de lire les Mémoires de Philippe de Commynes pour constater que la complexité mettant en jeu une part importante du monde connu n’est pas vraiment une nouveauté.
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On peut songer à la présentation de ces Blogs dont celui-ci est un exemple : on y va du Post actuel vers les plus anciens et du coup le temps s'y représente à rebours. Mais rien n'interdit de parcourir en sens inverse. C'est moins naturel, voilà tout.

Monday, September 11, 2017

Citation du 12 septembre 2017

L'ignorance et la bêtise sont des facteurs considérables de l'Histoire.
Raymond Aron – Le spectateur engagé

Voilà un sujet de méditation qui risque de nous entrainer très loin : car si l'ignorance et la bêtise paraissent parfaitement contingents, en revanche on voudra toujours expliquer de façon rationnelle et par des causes essentielles les évènements historiques. On se dit que, par exemple, Louis XVI qui fut incapable de reprendre le contrôle de la situation en 1789, aurait de toute façon été entraîné par la tornade révolutionnaire, quand bien même il eut été conseillé par Machiavel en personne. Pourtant Aron le suggère, il en aurait été autrement avec un roi un peu plus malin : peut-être aurait-il réussi à se maintenir au pouvoir, le temps de redresser la situation économique et politique ? On dira qu’on parle pour ne rien dire parce qu’on ne réécrit pas l’histoire. Oui, c’est vrai : l’histoire ne peut se réécrire – mais c’est tout bonnement parce qu’elle n’est jamais écrite sauf après-coup, par l’historien qui introduit la nécessité d’un enchainement logique.
Pour tenter de vérifier l’adage de Raymond Aron, tâchons d’analyser un évènement contemporain, qui n’est pas encore dans les manuels d’histoire : le Brexit.
On nous explique que les citoyens britanniques ont été inondés de fausses nouvelles qui ont déformé l’opinion, l’entrainant vers le vote favorable à la sortie de l’Europe – la vérité ne se révélant qu’en suite lorsque ces conseillers maléfiques ont fuit leurs responsabilités au lendemain du vote.  Ces mensonges étaient faciles à démasquer, mais… c’est précisément ce que beaucoup n’ont pas su faire (par ignorance), ou ont refusé de faire (par bêtise).
Mais en fait c’est là que nous retrouvons l’incertitude précédente : est-ce de la bêtise et de l’ignorance, forces indéniables mais accidentelles, ou bien s’agit-il d’illusions issues de désirs puissants et profonds qui accompagnent la nature humaine en toute époque et en tout lieu ?
A moins que cette analyse ne soit elle-même qu’un peu d’illusion projetée sur le puissant cours de l’histoire, fleuve profond et souterrain qui en charriant les choses humaines nous donne à croire qu’elles ont décidé elle-même de se déplacer, alors qu’elles ne sont qu’entrainées ?

Tuesday, September 06, 2016

Citation du 7 septembre 2016

Le terme de "régression" n'implique pas une philosophie évolutionniste de l'histoire mais la référence aux objectifs que se donnent les peuples et même les doctrinaires (…)
Raymond Aron – Une histoire du XXe siècle
Contrairement à Valéry qui affirmait « L’histoire est le produit le plus dangereux… » (1) parce qu’elle évoque les époques héroïques que les peuples rêvent de revivre (comme de revenir à l’empire romain, avec Mussolini), Aron tient à distinguer entre l’histoire véritable et les idéologies qui font délirer les peuples. L’idée de Raymond Aron est que, contrairement à celles-ci, l’histoire ne régresse pas, ne fait jamais machine arrière, mais que, par contre, ce sont les objectifs avoués des hommes qui le font.
Autrement dit, entre les buts poursuivis par certains peuples et la réalité qui se façonne dans l’histoire, l’écart peut être gigantesque. Ce n’est pas une idée nouvelle, Hegel le disait déjà : les hommes suivent leurs passions, mais l’histoire n’enregistre que le fil rationnel de leurs effets ; et Marx disant « Ce sont les hommes qui font l’histoire mais ils ne savent pas qu’ils la font ».
Et si l’erreur dénoncée par Raymond Aron était plus vaste qu’il ne le dit. Si non seulement on ne pouvait revenir en arrière, mais si aussi  on ne pouvait faire de bond en avant ?
Prenons l’exemple de l’Espace Schengen, dont on dit qu’il est désormais en ruine : l’erreur n’a-t-elle pas été de croire que ce vaste territoire sans frontières était issu de pays qui avaient enterré leurs particularismes et leurs nationalismes pour ne révérer que le Dieu euro ?


Mais peut-être n’y a-t-il eu que résurgence de ce qui n’avait pas disparu, mais s’était juste éclipsé – à savoir la persistance des Etats-nations, chacun étant en lutte perpétuelle contre ses voisins ? Déjà la Grande Bretagne a choisi de retrouver sa souveraineté nationale en quittant l’Europe Unie. Déjà lors de la réunification des deux Allemagnes, on a tremblé de voir renaitre le Grand Reich germanique. Et demain ? L’Empire Austro-hongrois ? L’Empire napoléonien ? A moins qu’on n’ait affaire à celui de Charles Quint ou d’Auguste ?
Toute la question est de savoir, non pas s’il y a illusion, mais où elle se cache ?
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(1) « L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. Ses propriétés sont bien connues. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution, et rend les nations amères, superbes,  insupportables et vaines. » Paul Valéry – Regards sur le monde actuel.

Sunday, July 31, 2016

Citation du 1er aout 2016

Penser, c'est être à la recherche d'un promontoire.
Montaigne – Essais


Caspar David Friedrich – Der Wanderer (1818)
Commentaire 2. –
Oui, je sais : on dit qu’il s’agit d’un voyageur contemplant une mer de nuages. Sans doute.
Mais du coup on oublie l’essentiel : les nuages bouchant la vue empêchent de voir qu’on est sur un promontoire en altitude. Supposez que d’un coup les nuages se dissipent : le Voyageur contemple alors les pentes vertigineuses de la montagne et là bas, tout en bas, dans le fond de la vallée, le village avec ses maisons petites, si petites…
Evidemment, cette perspective invite à méditer sur la relativité et la petitesse des choses humaines. D’avion, plus de frontières, et depuis l’espace, recherchant des traces humaines, le Cosmonaute le constate : seule la Grand Muraille est encore visible ; quand au voyageur de Friedrich sur son éperon rocheux, il n’est lui-même une petite chose au milieu des rocs et des à pics.
Voilà ce que Montaigne nous signale : penser c’est prendre cette altitude qui met chaque chose à sa juste place : faut-il donc s’étriper pour une frontière qui n’est qu’une ligne tracée à la craie sur le sol ?

Ceci admis, on peut encore se demander : où pourrions-nous trouver un tel promontoire ? Comment acquérir le point de vue surplombant d’où il est possible d’avoir cette vue synthétique ? Faut-il le rechercher dans la Révélation divine ? Dans les ouvrage de philosophie ? Ou plutôt dans les études des historiens ?

Oui, c’est vers cela que je penche : les historiens, perchés sur l’empilement des siècles, peuvent avoir sur le passé une vue plongeante et globalisante. Eux peuvent le dire : « Je sais ce qui s’est passé mieux que ceux-là mêmes qui ont fait l’événement ». Le seul problème c’est que la pensée n’éclaire pas la route qui va devant, mais seulement celle qui arrive de derrière.

Thursday, October 22, 2015

Citation du 23 octobre 2015

L'enfance est le commencement de l'humanité.
Lacordaire – Conférence de Notre-Dame de Paris (1835)
Deux manières de lire cette citation :
- L’une, banale, consiste à dire que l’enfant qui vient de naitre commence un périple qui passe par toutes les étapes de l’hominisation : c’est comme cela qu’il va accéder finalement au statut d’être humain à part entière. On jugeait ainsi autrefois que l’enfance était une période de la vie qui se définissait par ses carences plutôt que par ses richesses spécifiques: l’enfant est un petit homme (femme) privé de raison : ne dit-on pas que 7 ans est l’âge de raison ? (1) 
- L’autre consiste à inverser les éléments de la phrase : l’humanité à son commencement était comme le petit enfant aujourd’hui. Les hommes primitifs (les chasseurs cueilleurs du paléolithique) étaient des grands enfants, et l’évolution de l’humanité passe par une succession d’étapes analogues à celles de l’adulte qui avant d’arriver à l’âge d’homme doit d’abord être adolescent, puis jeune homme, etc…

Cette croyance qui paraît simplement naïve et innocente, est liée à des préjugés antérieurs au développement de la science ; mais elle est en réalité toujours active dans la théorie des races. Sinon, pourquoi serions-nous si réactifs dès que le mot « race » apparait ?
--> C’est que l’idée de race est intimement liée à celle d’évolution différentielle de l’humanité, certaines de ces races étant considérées comme des fossiles vivants venus de périodes archaïques : les « races » jugées primitives aujourd’hui étant faites d’enfants dans un corps d’homme. Raison pour la quelle les colonisateurs devaient les gouverner comme on gouverne les enfants, avec toutefois la différence que l’enfant évolue vers l’âge adulte alors que le sauvage passé à l’âge adulte sans être sorti de l’enfance ne pourrait jamais accéder à la véritable indépendance (2)
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(1) Sur tout cela, lire le livre d’Elisabeth Badinter « L’amour en plus ». (1980)
(2) Là encore, pour mémoire, qu’on relise si on en a le courage le discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy en 2007 : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Etc. ».

Et toujours pour mémoire qu’on se rappelle que tout cela est pompé dans Hegel : « L'Afrique n'est pas une partie historique du monde. Elle n'a pas de mouvements, de développements à montrer, de mouvements historiques en elle. C'est-à-dire que sa partie septentrionale appartient au monde européen ou asiatique ; ce que nous entendons précisément par l'Afrique est l'esprit ahistorique, l'esprit non développé, encore enveloppé dans des conditions de naturel et qui doit être présenté ici seulement comme au seuil de l'histoire du monde. » Hegel, Leçon sur la philosophie de l’histoire (1822-1823)

Sunday, January 25, 2015

Citation du 26 janvier 2015

Les amours et les haines des peuples sont fondées, non sur des jugements, mais sur des souvenirs, des craintes et des fantômes.
André Maurois
L'histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs…
Paul Valéry (Cité le 5 /4/06 – Voir ci-dessous la citation complète)

Lorsque la tourmente de la vie secoue très fort un peuple, comme ce fut le cas du notre il y a quelques jours, il se regroupe autour de souvenirs passés. « Si tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens ». Décidément ce proverbe africain (?) recèle une inépuisable sagesse.
La France humiliée, la France jetée à terre ne peut se ressaisir qu’en se regroupant autour de ses Héros : Clovis, Saint Louis, Jeanne d’Arc, Louis XIV, Napoléon, Voltaire (chassez l’intrus)… De Gaulle eut le génie non seulement de rappeler cette origine, mais encore d’appeler chaque français à venir prendre place dans l’ombre de ces géants.

Que ces géants soient des mirages, qu’ils nous invitent par leur présence à des réactions incontrôlées parce que jamais fondées sur des jugements, après tout qu’importe ?  N’est-ce pas dans le vécu immédiat que nous cherchons notre bonheur, notre tranquillité, - notre salut ?
- Seulement voilà : chacun de ces personnages a été grand pour des faits qu’il a accompli dans une époque donnée, dans un contexte donné. Aujourd’hui, on ne peut plus faire semblant de l’ignorer : les plus réactionnaires se ridiculiseront quand ils voudront reprendre le glaive de Jeanne d’Arc ou la hache de Charles Martel.

Je suis
Charles Martel

Faut-il expliquer d’avantage ? Dire qui était Charles Martel – et dire aussi que le monde dans quel il guerroyait n’avait rien à voir avec celui d’aujourd’hui - et ses sarrazins avec nos musulmans ? Grossière erreur ? Oui, mais à tout prendre pas plus grossière que d’invoquer Jeanne d’Arc ou Saint Louis… Et puis qu’importe ? Que Clovis fut un sauvage à queue de cheval ou Jeanne d’Arc une bergère qui sentait fort la chèvre… Oui, qu’importe ?
… A moins qu’on cherche la vérité. Car, pour trouver, il faut refuser de vivre au rythme de ses émotions et se tourner vers ses jugements.
Mais c’est un peu plus difficile…
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« L'histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellectuel ait élaboré. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. L'histoire justifie ce que l'on veut, n'enseigne rigoureusement rien, car elle contient des exemples de tout et donne des exemples de tout. »  Paul Valéry – Regards sur le monde actuel. (Lire le reste ici)