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Friday, October 17, 2008

Citation du 18 octobre 2008


A partir du moment où on incarne une idée par une femme, autant qu'elle ait des seins, et de beaux seins !

Sylviane Agacinski – Entretien avec Karl Zéro

Voilà une philosophe comme je les aime : capable de manier le symbole sans renoncer à la réalité.

Mais ça, s’il y a encore peu de philosophes à le faire, les peintres par contre le font depuis longtemps et plus complètement.

Ainsi, La liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix. :

:

Je vous laisserai le plaisir d’inventorier les attributs féminins de cette libératrice combattante et ce qui font d’elle une femme de chair et non une Allégorie de marbre (s’il fallait souligner un détail, voyez la pilosité de l’aisselle).

- Allons à l’essentiel : pourquoi faut-il donc que sa poitrine soit dénudée ? Est-ce pour « faire beau » comme on pourrait le croire en suivant Sylviane Agacinski ? Mais non voyons. Imaginez vous plutôt à la place des révolutionnaires armés qui sont derrière elle. Il vous faut marcher sur un tas de cadavres avec bien sûr la crainte d’en faire bientôt partie.

Mais vous avancez quand même parce que cette belle jeune femme vous y invite… et parce qu’elle a de beaux seins.

Vous ne me croyez pas ? Rappelez vous ce scandale quand les spécialistes de l’histoire islamique ont établi que les femmes des guerriers de Mahomet se mettaient sur un promontoire pendant que leurs hommes combattaient et dénudaient leur poitrine pour stimuler leur ardeur guerrière.

Ajoutons, au cas où vous auriez besoin d’une preuve scientifique, que l’imagerie du cerveau a montré que chez l’homme, le centre de la sexualité activait celui de l’agressivité qui lui est juste voisin.

Moi, les femmes soldat, je suis pour

Wednesday, April 16, 2008

Citation du 17 avril 2008

Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente / D’accord mais de mort lente.

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972

On a beaucoup reproché à Brassens son manque d’héroïsme : comment un anarchiste comme lui peut-il avoir si peu de panache ?

Lisons sa chanson : 6 couplets = 6 arguments.

1. Ce sont des fanatiques qui prêchent de mourir pour des idées.

2. Qui donc se rappellera demain des idées pour lesquelles on meurt aujourd’hui ?

3. Ceux qui prêchent le sacrifice vivent en général très vieux.

4. A supposer qu’il faille mourir pour des idées, les quelles choisir ?

5. Aucun progrès de l’humanité nr vient récompenser un tel sacrifie

6. Laissez nous la vie, c’est notre seul luxe.

Le seul problème, c’est qu’on trouvera toujours des gens qui vont soupeser le pour et le contre, et vous démontrer qu’il y a des causes plus glorieuses que d’autres (1)

En réalité, on n’a pas dit l’essentiel : est-ce que ça a même un sens de « mourir pour » ? La mort est un fait physiologique, pouvons-nous dédier ainsi ce qui échappe à notre volonté, ce qui arrivera de toute façon qu’on le veuille ou non ? N’est-ce pas un excès d’orgueil ? Vérifions.

- Pascal disait que nous sommes tous comme des condamnés à mort, attendant notre tour d’être exécutés. Et Sartre d’ironiser par là-dessus : « Oui, disait-il, nous nous efforçons de faire de cette mort un acte héroïque… et puis nous sommes emportés par la grippe espagnole ! »

- On ne meurt jamais pour une idée ; on meurt en faisant quelque chose pour une idée. Le succès des kamikazes tient au fait qu’ils n’hésitent pas à sacrifier leur vie ; mais ce sacrifice n’a de sens que s’ils tuent le plus grand nombre de gens possibles.

On me dira que je me trompe, parce que la mort assumée est aussi un message adressé aux vivants : seul le martyr peut donner de la valeur au fait de mourir pour des idées. On se rappellera que le mot « martyr » signifie à l’origine « témoin » (2) : mourir pour ses idées signifie alors montrer qu’on les place plus haut que la vie même.
Oui, mais mourir pour sa foi, c’est beau, et pourtant ça ne suffit pas, car cet acte héroïque peut très bien échouer : son résultat dépend des autres plus que de soi-même. Que serait devenue sainte Blandine si l’arène n’avait pas existé ? Et le Christ, si on l’avait étranglé en secret au fond de sa prison ? C’est dans la conscience des autres que la mort du héros martyrisé prend son sens. Et il peut très bien se faire que les autres se désintéressent de la cause pour laquelle on se sacrifie (3)

- Kant imaginait l’homme à qui un tyran dirait : « porte un faux témoignage pour perdre un innocent, sans quoi je t’assassine ». Et il considérait que subir la mort au nom des valeurs était toujours un devoir : mieux vaut mourir juste que survivre au prix d’une injustice.

Mais on ne renonce pas à la vie en choisissant de mourir sous les coups du tyran qui nous commande de trahir. On ne fait que réagir à la situation que le tyran nous fait subir. Les résistants martyrisés n’ont pas choisi de mourir pour leurs idées : ils ont choisi de ne pas trahir leurs amis. La mort s’inscrit dans le contexte de la contrainte, c’est donc bien quelque chose qui m’échappe, et non ce dont je dispose librement. Je ne suis pas libre quand je meurs, mais quand je vis.

C’est dans le cadre de cette liberté que la chanson de Brassens prend sa valeur : La vie est à peu près [notre] seul luxe ici bas

(1) Voyez Corneille : «Si mourir pour son prince est un illustre sort, / Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort ! » (Polyeucte)

(2) Martyr (mot du jour) : du grec martur (venant de martus-marturos), signifiait témoin (langue juridique), puis chez les auteurs chrétiens : « celui qui témoigne de la vérité par son sacrifice »

(3) C’est du reste l’un des arguments de la chanson de Brassens : « Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure / Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain »

Saturday, January 05, 2008

Citation du 6 janvier 2008

Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.

Nicolas Sarkozy - Président de la République française - Discours au Latran

…dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé : que ceux qui me lisent hors de France - s’il y en a - m’excusent : un citoyen français ne peut entendre ces paroles tomber de la bouche d’un Président de la République française sans sursauter.

J’avais dès le 26 décembre pointé ce discours - qui date du 20 - et dit ma surprise devant l’absence de réactions… Il faut dire que ça commence à venir, en particulier de l’excellent Henri Pena-Ruiz, dont la tribune dans le Figaro énumère les « Cinq fautes du président » beaucoup mieux que je ne le ferais moi-même. Qu’on s’y reporte.

Je me contenterai de remarquer que ce passage du discours place le domaine moral dans le périmètre de l’héroïsme. Celui qui enseigne la morale est caractérisé par la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance : c’est donc bien un héros. Sacrifice et espérance - on devine sacrifice parce qu'espérance - sont les zones dans les quelles les valeurs deviennent perceptibles. Sans cela, le bien et le mal ne sauraient se définir que par l’avantageux, ce qui peut inclure l’espérance, certes, mais qui exclut radicalement le sacrifice et l’héroïsme.

Le héros, source de la morale…Bergson… Ça ne vous rappelle rien ? Mais oui, bien sûr : Guy Môquet ! (1)

Mais du même coup, pourquoi faire appel au pasteur et au curé ?
- Guy Môquet est-il un héros messianique ? Non
- Nous a-t-il promis un au-delà meilleur réservé aux pécheurs repentis? Non plus (2)
- Est-il mort en brandissant la Croix ? Non, bien sûr.
Dans ce cas, pourquoi l’instituteur, à supposer qu’il ait à enseigner ce que sont le Bien et le Mal, aurait-il à faire appel au curé pour célébrer ce héros laïque ? Il lui suffirait de lire chaque année la lettre de Guy Môquet…

Je n’ai pas de conseil à donner, mais si j’étais monsieur Sarkozy je virerais Guaino et j’embaucherais Pena-Ruiz.


(1) Sinon voir Post du 22 octobre 2007

(2) S'il a promis quelque chose comme ça, c'est seulement aux justes

Sunday, October 21, 2007

Citation du 22 octobre 2007

[La moralité complète] pour être pleinement elle-même, doit s’incarner dans une personnalité privilégiée qui devient un exemple.

H. Bergson - Les deux sources de la morale et de la religion ch.1

Aujourd’hui, les enseignants de lycée doivent lire à leurs élèves la lettre de Guy Môquet et construire une séquence pédagogique autour d’elle. Si je laisse de côté la répugnance de bon nombre de profs à pratiquer l’hommage obligatoire, reste qu’ils sont également perplexes devant l’application pédagogique (ce qui signifie quelque chose d’autre que l’éducation morale ou même civique).

Moi qui ai été dans une vie antérieure prof de philo (1), je sais bien ce que j’aurais fait : j’aurais fouillé dans ma musette pour en sortir ce concept que Bergson nomme « l’appel du héros ».

C’est qu’en effet l’obligation morale, lorsqu’elle ne se résout pas dans un dressage pur et simple suppose deux choses :

- d’une part que l’obligation soit une aspiration qui, venant de l’individu lui-même, le pousse vers de belles et grandes actions.

- d’autre part qu’elle l’amène au dépassement de soi, que ce soit toujours au-delà de ses limites actuelles qu’il porte ses regards.

Pour que se réalise cette morale, il faut un héros.

Le héros est ce personnage qui incarne la transcendance morale. Son appel n’est donc pas une exhortation, encore moins un ordre quelconque (2). Il est un exemple, quelqu’un qui nous révèle l’ordre supérieur des valeurs. Comme on le voit, Bergson admet qu’existe en morale aussi une perception de la transcendance, quelque chose que Kant nommerait le respect, ou que Pascal définirait comme « croix et folie ». C’est dire que le problème ici est de savoir si on n’est pas déjà dans le religieux : le héros n’est-il pas en réalité un saint ? Chacun répondra comme il le sentira (3).

Maintenant supposons qu’on veuille décoder le message de Guy Môquet : alors on doit avouer qu’il faut commencer par le décaper du vernis idéologique déposé sur lui par l’actuel pouvoir politique ; et rappeler que les « compagnons » de Môquet sont en réalité ses « camarades » communistes ; qu’être communiste est le délit pour le quel il est arrêté par la police française, qu’il n’est donc pas au moment de son arrestation un résistant mais un révolutionnaire en lutte contre les exploiteurs capitalistes : voir en annexe un extrait du poème trouvé dans sa poche lors de son arrestation.

Reste que aujourd’hui Guy Môquet est un héros.

(1) Que mes sympathiques lecteurs se rassurent : grâce à un excellent karma j’ai pu me réincarner en blogger épanoui.

(2) Exit donc le Cor de Rolland et son piteux appel au secours .

(3) Voir là dessus le débat entre Luc Ferry et Marcel Gauchet - Le religieux après la religion - Livre de Poche.

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Annexe. Extrait d’un poème de Guy Môquet trouvé sur lui lors de son arrestation. Ce poème est dédié à trois camarades arrêtés peu avant.

Les traîtres de notre pays / Ces agents du capitalisme / Nous les chasserons hors d’ici / Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution / Pour que vainque le communisme / Pour vous sortir de la prison

Pour tuer le capitalisme / Ils se sont sacrifiés pour nous / Par leur action libératrice