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Wednesday, January 18, 2017

Citation du 19 janvier 2017

Apprends qu’un homme n’est pas plus qu’un autre, s’il ne fait plus qu’un autre.
Cervantès – Don Quichotte
La naissance ne donne pas d’autres valeurs que celles qui viennent avec le corps, comme il en va pour un étalon ou pour un bœuf de labour. Croire que les vertus de l’âme, les forces de l’intelligence, le talent de chanteur ou de l’orateur sont héréditaires, relèverait de la même erreur. D’où l’affirmation de Cervantès : « Un homme n’est pas plus qu’un autre, s’il ne fait plus qu’un autre ». Ce que tu vaux vient de ce que tu fais et ta naissance n’y ajoute ni n’en retranche rien. Qu’importe que tu sois né paysan ou bourgeois, que ton père ait été homme de peine ou grand seigneur : tu deviendras ce que tu  auras fait pour le devenir.

Pourtant, les faits sont têtus et les statistiques le montrent : de nos jours, les bourgeois font des enfants qui suivront les mêmes filières d’excellence que leurs parents, au point que Bourdieu a  été encensé pour avoir théorisé ce fait : il y a plusieurs formes d’héritage, au nombre des quels il faut placer l’héritage culturel, ingénieusement repéré par l’école qui a fait de sa présence le critère de la réussite scolaire.  On n’a jamais donné la préférence au gamin capable de dégommer des moineaux au lance-pierre, mais au fort en thème (ou aujourd’hui : en maths), oui.
On a dit que l’école de la République avait pour mission de donner à tous la même chance : oui, mais ce n’est vrai qu’entre les murs de la classe ; pas en dehors, quand le petit éduqué dès 4 ans au maniement des concepts rentre chez lui, dans les beaux quartiers. Ce qui ne serait rien, ou peu de choses, si ces différences ne devenaient inégalités en franchissant le seuil de la classe, en devenant matière d’examen.

Tout cela est vrai, mais on voudrait croire que la formule de Cervantès reste malgré tout valable : l’entreprise libérale ne connaît qu’une loi : celle du profit. Qu’importe d’où vous venez – ce qui compte c’est ce que vous donnez à votre patron.

C’est vrai ; mais vous n’entrez pas au même niveau dans l’organigramme selon que vous venez de l’Ecole des Mines ou du CES Pablo Neruda dans le 9-3. Et si l’enfant du peuple n’est pas sûr du tout de pouvoir monter, celui du bourgeois sait qu’il y a un cliquet qui l’assure de ne pas redescendre.

Saturday, October 15, 2016

Citation du 16 octobre 2016

Ce n’est pas pour avoir nourri spirituellement ses fils, pour les avoir instruits… qu’elle (= sainte Ida) est louée. C’est pour les avoir allaités, refusant que leur fût donné le lait d’un autre sein, afin qu’ils ne fussent pas « contaminés par de mauvaises mœurs ».
 Georges Duby – La matrone et la mal mariée. In Qu’est-ce que la société féodale ? p.1437

Nous sommes redevables de ce que nous sommes non seulement à notre père et à notre mère pour les gènes qu’ils nous ont transmis lors de notre conception, mais aussi au lait qui nous a fait vivre et grandir lorsque nous étions nourrissons. Sainte Ida dont nous parle ici Duby savait qu’on ne confie pas un enfant qui vient de naitre à une femme autre que sa mère quand bien même ses mamelles seraient gonflées de lait. Car celui-ci est porteur d’hérédité et ce serait corrupteur pour l’enfant si la nourrice avait de mauvaises mœurs.
Nous avions déjà rencontré cette idée (1)  je n’y reviens pas. Par contre ce qui peut nous étonner, c’est que l’hérédité soit considérée comme inachevée à la naissance, estimant que les gènes de l’ovule et du spermatozoïde sont nécessaires et suffisants pour déterminer celle-ci.
Au reste qui donc se soucie de trouver une nourrice pour son enfant ? Personne,  


Oui, aujourd’hui, plus de nourrices ! Mais par contre il y a des mères porteuses. La GPA, ça existe et c’est même dans certains pays un business fort lucratif : on pourrait se demander si, durant les 9 mois que le futur bébé passe dans une matrice étrangère il n’y pas « quelque chose » qui vient se mélanger aux gènes qui ont été reçus lors de la fécondation ?
« En réalité, même dans les colloques médicaux, la grossesse n’est plus considérée comme un simple portage. » peut-on lire dans cet article. (2)
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(1) « Aie dans les veines le doux lait de ta mère, et le généreux esprit de ton père ; sois bon, sois fort, sois honnête, sois juste ! Et reçois, dans le baiser de ta grand-mère, la bénédiction de ton grand-père. »  Victor Hugo – Correspondance (Voir le Post du 10 aout 2012)

(2) On trouvera ici un article qui émet des hypothèses encore plus avancées.

Thursday, August 09, 2012

Citation du 10 août 2012


Aie dans les veines le doux lait de ta mère, et le généreux esprit de ton père ; sois bon, sois fort, sois honnête, sois juste ! Et reçois, dans le baiser de ta grand-mère, la bénédiction de ton grand-père.
Victor Hugo – Correspondance
Le lait est du sang digéré, non corrompu, d’un blanc resplendissant et admirable.
Champier – De re ciboria (1560) – Cité par Madeleine Ferrières– Histoire des peurs alimentaires p. 104-105.
Selon Victor Hugo, le lait coule dans les veines de l’enfant montrant à quel point le lait a eu dans l’imaginaire collectif partie liée avec le sang. D’ailleurs comme lui, il est porteur d’hérédité, puisque les frères de lait ont quelque chose en commun, tout comme les frères de sang.
S’agit-il d’un fantasme ? Peut-être, mais on voit bien que cette intuition a été « rationalisée » par des explications « scientifiques »  dès le 16ème siècle – et peut-être avant.
La question qu’on se posait alors était : d’où vient le lait ? Question rationnelle, puisque liée à une conception déterministe de l’organisme humain : rien n’y arrive sans cause.
L’idée était donc que le lait serait une transformation du sang (on appellerait ça aujourd’hui : une métabolisation). Seulement – et toujours selon cette médecine ancestrale – avec le sang féminin on fait deux choses différentes : des menstrues, qui sont du sang corrompu ; et du lait qui est du sang digéré non corrompu ; il faut être attentif à cette origine pour comprendre que la femme ait été conçue de façon très ambivalente : comme une source de pureté mais aussi potentiellement comme une souillure.
J’ai opposé plus haut l’explication scientifique au fantasme. On voit bien que j’avais tort : le fantasme n’est jamais loin et si l’explication scientifique est une rationalisation, elle rationalise aussi le fantasme.
Fantasme… Dans le domaine de la corrélation lait/sang, il y en a un qu’on trouve chez Sade, dans les 120 journées de Sodome (1) ; méfiez-vous : si vous avez l’inconscient fragile ce qui suit va peut-être scotcher vos synapses.
… Donc voilà : à la fin des 120 journées, on sacrifie une à une les victimes dont on s’était amusé jusqu’alors en les mutilant avant de les assassiner. C’est ainsi qu’à l’une d’entre elle on tranche le mamelon d’un coup de dent afin de boire son sang. Après que le sang soit devenu du lait, le lait redevient du sang.
La boucle est bouclée.
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(1) On ne l’a peut-être pas souligné, mais le manuscrit des 120 journées a été, bien avant celui de Kerouac écrit sur un rouleau de papier en continu. Il est vrai que Sade était alors embastillé et qu’il avait trouvé cette ruse pour dissimuler son manuscrit à ses geôliers en l’enroulant autour de sa poitrine.