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Tuesday, April 11, 2017

Citation du 12 avril 2017

L’originalité, consiste à se priver de certaines choses. La personnalité s'affirme par ses limites.
Gide – Journal 3 septembre 1893

La personnalité s'affirme par ses limites : Gide aime pardessus tout prendre le contre pied de nos certitudes. Ainsi de l’originalité qui consiste non à inventer n’importe quoi sous prétexte que comme ça on sera différent des autres. Mais bien à se différencier des autres par ce qui nous est unique et sans exemple ailleurs.
Le propre des enfants est de croire qu’ils pourront épanouir leur nature en imitant les autres : ainsi de Victor Hugo qui commettait cette erreur écrivant dans les marges de ses cahier d’écolier « Etre Chateaubriand ou rien ! »
Double erreur, même : car d’une part à quoi bon être Chateaubriand puisqu’il a existé, il ne sert à rien de refaire ce qui a déjà été fait. Et d’autre part même si on désire fortement s’identifier à l’homme qu’on estime admirable, et qu’on ait par une grâce miraculeuse le don de refaire ce qu’il a déjà fait – on ne serait qu’un misérable pasticheur et non un artiste reconnu.

Exemple : de nos jours on fait des triomphes aux artistes de variété qui font les imitateurs. Mais on voit bien que ce n’est pas leur talent d’imitation qu’on applaudit, mais celui d’auteur leur permettant de faire croire que les propos de fantaisie qu’ils prononcent ont été effectivement exprimés par la célébrité imitée.


Pourquoi refusons-nous l’évidence que pour être soi-même on doit être différent de tous les autres, y compris des génies qu’on admire tant, sous prétexte qu’étant si hauts placés on ne peut espérer faire mieux ? Qu’est-ce qui en nous refuse cette limite que Gide veut nous imposer ? N’est-pas le narcissisme qui nous fait jouir de nous-mêmes ? Comme si Narcisse devait pour s’aimer d’avantage se contempler dans un miroir déformant.

Saturday, May 14, 2016

Citation du 15 mai 2016

Je suis sûr que Beethoven et Rembrandt se disaient : "Oh, zut ! J'aurais pu faire mieux !"
Woody Allen – Interview de … mai 2016
« De notre envoyé spécial à New York, François Forestier » nouvelobs.com

Woody Allen semble dire : « Si des génies tels que Beethoven et Rembrandt ne réussissent pas à produire une œuvre parfaite, alors n’allez pas me reprocher à moi pauvre Woody, de ne pas y être parvenu. Suivant leur exemple, je vais mettre en chantier une nouvelle œuvre pour réussir ce que je viens de manquer ».
La remarque de Woody Allen est sûrement valable, sinon avec ces génies, du moins avec d’autres : combien de poètes, de romanciers ou de peintres ont remanié constamment  leurs œuvres – à moins qu’ils n’en aient fait une autre en espérant mieux réussir. Haydn a composé 105 symphonies ; Scarlatti a écrit 555 sonates ; Woody Allen présente à Cannes son 46ème film.

Sommes-nous d’accord avec Woody Allen ? Qu’est-ce que la perfection dans le domaine artistique ? Pouvons-nous penser que cette merveilleuse phrase musicale qui envahit notre âme et paraît la remplir pourrait être considérée comme imparfaite et comme une simple étape dans la réalisation d’une œuvre inachevée ?


J-S Bach, Jesus bleibet meine Freude (Cantate 147) A écouter ici

Qui donc est le mieux placé pour évaluer une œuvre ? Son créateur ou le spectateur ? Peut-être que la question de la valeur de la création n’existe que pour le spectateur de l’œuvre et qu’elle n’existe pas pour son créateur ; satisfait ou insatisfait, peut-être que celui qui crée se détourne de ce qu’il vient de produire : « Passons à autre chose » ?
Que fit le Seigneur-Dieu au 8ème jour de la création ? Qu’est-ce qui nous dit qu’il ne fit pas un autre monde, abandonnant celui qu’il venait d’achever parce qu’il ne lui convenait pas ?
En tout cas, Woody Allen qui n’est ni Beethoven, ni Rembrandt et encore moins le seigneur-Dieu, déclare : « j'ai réalisé que je ne pouvais pas juger mes films. Je laisse ce soin aux autres. »
La comparaison avec l’enfantement est tentante : l’embryon pousse obscurément dans l’opacité de la matrice, et puis il s’en expulse comme ça, un jour, sans demander l’autorisation à personne. Ce qu’il vaut ne dépend pas de ses géniteurs, du moins pas de leur habileté ni de leur génie. L’éducateur passe son temps à rattraper le coup si c’est raté, à peaufiner le résultat s’il est prometteur. Hé bien, certains artiste sont comme ça : leur œuvre est comme cet enfant. Une fois lancée dans le monde, ils s’en détournent et mettent une toile vierge sur le chevalet : « Passons à autre chose »

C’est bien ce que l’on fait avec certains moments de notre vie ?

Wednesday, September 05, 2012

Citation du 6 septembre 2012


J'aime les anecdotes sur la petitesse des grands de ce monde. J'aime me dire que Shakespeare levait volontiers le coude. Je me cramponne même au récit de cette ultime orgie avec son ami Ben Jonson. Peut-être l'histoire est-elle apocryphe, mais j'espère que non. J'aime l'imaginer sous les traits d'un braconnier, d'un bon à rien de village, vilipendé par le maître d'école, cible constante des sermons du magistrat local. J'aime songer que Cromwell avait une verrue sur le nez ; cette pensée me réconcilie avec mes propres traits. J'aime savoir qu'il mettait des bonbons sur les chaises pour voir les dames élégantes abîmer leurs belles robes ; me dire que sa farce idiote le faisait hurler de rire, comme n'importe quel Dudule de banlieue avec son pistolet à eau les jours de fête. J'aime lire que Carlyle balançait des tranches de bacon à la tête de sa femme et se rendait parfois parfaitement ridicule pour des contrariétés de rien du tout, qui auraient fait sourire un homme équilibré. Je songe alors à la cinquantaine de bourdes que je commets par semaine et je me dis : « Moi aussi, je suis un homme de lettres ».
 Jerome K. Jerome – Arrière-pensées d'un paresseux (1886)

Je cite dans sa longueur le texte de Jerome K. Jerome pour sa saveur : nous aussi nous sommes ravis d’imaginer le verre de trop de Shakespeare, la verrue de Cromwell, ou les colères de Carlyle. Nous aimons tout cela comme nous aimons lire dans les potins de Voici les ridicules caprices des stars. Comme K. Jerome, nous avons la fierté de nous dire que nous avons au moins quelque chose de commun avec ces sommités. (1)
Mais que de petits sentiments ! N’avons-nous rien de mieux à penser ? Je crois bien que c’est dans Amadeus, le film de Milos Forman que le véritable problème est posé : il nous montre en effet un Mozart vulgaire, joueur et frivole trousseur de jupons qui, même dans l’expression de son art met une fantaisie peu compatible avec le sérieux. Qu’on lise pour s’en convaincre les notes marginales écrites de sa main dans les marges de son concerto pour cor – ou encore qu’on se rappelle ce concours avec un ami pour savoir qui fera une partition pour le clavier injouable pour l’autre. C’est Mozart qui gagne : sa partition comportait une mesure requérant un accord de 11 notes – oui mais l’interprète n’a que 10 doigts. Et Mozart de jouer la 11ème note… avec son nez !
Le Salieri du film de Forman s’interroge comme nous : comment un pareil génie peut-il coïncider avec de pareilles niaiseries, et avec – du moins dans le film – une pareille vulgarité ?
Qui saura le dire ? Mais qu’au moins on sache que les petitesses des grands ne servent pas à me consoler de ma propre médiocrité ; elles m’interpellent sur la nature du génie – et sur les excuses que celui-ci leur fournit. Mozart vulgaire ? Soit ; supposons-le. Et puis retournons écouter sa musique.
… Mais aussi : quand le plus grand génie de la finance et de la politique aurait pour manie de trousser les femmes de ménage dans les chambre d’hôtels, faudrait-il le lui pardonner, parce que tous les génies ont leurs faiblesses ?
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(1) Et les philosophes ? Baillet nous dit que Descartes se débauchait une fois tous les trois mois – ce qui veut dire que, pour le moins, il s’enivrait. Quant au biographe de Kant, il nous raconte qu’il donnait des coups de cannes aux miséreux qui s’approchaient de lui pour solliciter une aumône.

Thursday, July 26, 2012

Citation du 27 juillet 2012


Le génie est fait d’un pour cent d’inspiration et de quatre-vingt-dix-neuf pour cent de transpiration.
Thomas Edison
Inspiration/Transpiration : j’ai toujours eu la plus grande méfiance pour ces formules soutenue par une allitération : y a-t-il autre chose dedans ?
--> Ce qu’on n’a pas imaginé, c’est que rien de ce que fait le génie ne ressemble à ce que fait l’homme ordinaire, que tout ce qu’il fait est génial – et donc que le génie « transpire » autrement que le commun des mortels
Ainsi, par exemple : pour vous réveiller le matin, vous prenez du café. En mettant les choses au mieux, ça va vous réveiller – et puis c’est tout.
--> Voyez maintenant comment Balzac décrit l’action du café sur l’écrivain.
« Le café tombe dans votre estomac (…). Dès lors, tout s’agite : les idées s’ébranlent comme les bataillons de la Grande armée sur le terrain d’une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l’artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d’esprits arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent ; le papier se couvre d’encre, car la veille commence et finit par des torrents d’eau noire, comme la bataille de poudre noire. » Balzac – Traité des excitants modernes (à lire ici)
Maintenant : buvez du café, et puis mettez-vous à écrire. Dites-moi si tout se passe comme le dit Balzac. Voilà –
Continuons sur cette ligne (!) : prendrez-vous de la cocaïne pour écrire comme Sartre ou je ne sais plus qui ? On peut parier que les effets de ces dopants sur l’homme ordinaire ne seront pas plus créatifs que ceux du café. Par contre s’agissant d’un génie, ils lui permettront d’être encore plus génial.
Baudelaire disait que les effets du haschisch  (je cite de mémoire) étaient fonction de l’état dans lequel se trouvait le consommateur : gai, il rit ; triste, il pleure - génial il s’ingénie.
Donc : si vous êtes un homme normal, ne prenez pas de substances illicites : ce serait gâché.

Friday, September 16, 2011

Citation du 17 septembre 2011

Sans la passion, il n'y a pas de génie. (Ohne Leidenschaft gibt es keine Genialität)

Theodor Mommsen

Il n’est en son pouvoir (= celui du génie) ni de concevoir à volonté ou suivant un plan de telles idées ni de les communiquer aux autres dans des préceptes qui les mettraient à même de réaliser des produits semblables.

Kant – Critique de la faculté de juger, § 43

Qu’est-ce que le génie? Une longue patience ? Un peu d’inspiration et beaucoup de transpiration ? Tous ceux qui ont voulu le définir se sont ridiculisés.

Il vaut mieux définir l’origine ou le produit du génie – c’est-à-dire l’œuvre.

Comme Kant pour qui l’œuvre géniale est simplement l’œuvre qu’on ne peut reproduire, quand bien même on saurait parfaitement comment elle a été faite.

Comme Mommsen qui s’attache à éclairer l’origine du génie : la passion, dont on dira certes qu’elle n’est pas présente uniquement chez des génies, mais qui apparait comme une condition nécessaire de l’œuvre géniale.

Toutefois, cette dernière remarque risque de nous tromper : on imagine le passionné pris d’une fièvre créatrice, qui crée dans la nuit un tableau un poème une sonate ? Mais alors, que faire de ces œuvres qui se sont élaborés dans la lenteur dans une durée interminable ? Imaginez-vous Léonard « torchant » la Joconde en une nuit ? Comme on le sait, il lui a fallu 3 années durant lesquels il a patiemment peint son tableau en sfumato, parfois jusqu’à 20 couches superposées (1). Où donc est la passion là-dedans ?

Sans doute faut-il en effet beaucoup de passion pour se concentrer pendant 3 ans sur le même travail, mobiliser ses ressources physiques et intellectuelles pour le faire aboutir, sans jamais brusquer ni dévier de l’effort. La passion est bien ce qui opère ce miracle de focaliser toutes les ressources de l’individu sur un point précis et de l’y maintenir aussi longtemps que son objet est désiré.

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(1) Pour vous en assurer, lisez ceci et voyez cela : Wikipédia vous offre une gigantesque reproduction de la Joconde : 90Mo dites donc ! Avec ça vous pouvez contempler l’art du sfumato et même compter les craquelures de la peinture.

Thursday, August 06, 2009

Citation du 7 août 2009

Le génie est un talent consistant à produire ce pour quoi aucune règle déterminée ne se peut indiquer – […] l’originalité doit être sa première propriété.

Kant – Critique de la faculté de juger, §46

Rien de plus original, rien de plus soi que de se nourrir des autres. Mais il faut les digérer. Le lion est fait de mouton assimilé.

P. Valéry – Tel quel

Bon, résumons nous : alors que pour Kant le génie n’a pas de règles, qu’il est invention, création pure, Valéry ajoute que l’influence des prédécesseurs ne nuit pas à l’originalité du génie, mais qu’un processus de macération vient en métamorphoser l’influence dans le surgissement d’une personnalité nouvelle.

On a encore dans les yeux l’exposition qui a eu lieu récemment à Paris, montrant les tableaux de Picasso, rapprochés des œuvres qui les avaient inspirés (1). On peut considérer que ces chef d’œuvres ont nourris d’autres chef d’œuvres, et donc on peut – avec tout le respect qu’on lui doit – corriger Valéry : le lion doit manger du lion pour faire œuvre de lion.

- Maintenant, doit on considérer que le génie est une propriété de la nature d’un homme, d’un artiste ? Que le génie est génial du matin au soir, et qu’il ne peut produire son œuvre qu’à la condition d’être génial ?

Plus brutalement : le peintre de génie, ne lui arrive-t-il pas de produire des croûtes ?

Si le plagiat est l’exact contraire de la création géniale, que penser de l’auto-plagiat ?

Nous visons en particulier Magritte qui, victime de son succès et pressé par ses agents qui lui passaient des commandes pour des œuvres déjà vendues, a été « contraint » de les reproduire, avec des changements parfois imperceptibles, pour satisfaire sa « clientèle ». Et quand il lui arrive de sortir de ses productions habituelles (pensons à sa période « vache » (2)) il y est reconduit manu militari par ses admirateurs.



(1) On peut regarder une petite vidéo ici

(2) Comme il est difficile de trouver une illustration de cette période qui n’a duré que quelques mois, en voici un exemple, datant de 1948 et titré « la famine ». Où l’on voit que le lion Magritte s’est fait bouffer par les moutons (je veux dire : ses agents commerciaux).

Sunday, September 16, 2007

Citation du 17 septembre 2007

J'ai passé ma vie entière à essayer de dessiner comme un enfant

Picasso

Picasso avait-il conscience du tort qu’il faisait à l’art en général et aux artistes en particulier en disant cela ?

Sans doute pas, parce que pour le savoir il faut se mêler à la foule dans une expo d’art moderne. Combien de fois en passant devant des tableaux de Picasso - ou mieux encore : de Miró - entend-on « Ça, Fripounet m’en a rapporté un de la Maternelle » ?

Picasso, dessiner comme un enfant ? Ça dessine comment un enfant ?

Comme ça ?

En réalité, les enfants font des dessins très stéréotypés, dont on peut dire qu’ils sont issus de leur développement psychomoteur plus que de leur génie propre. Non pas que certains enfants ne savent pas - d’instinct dirait-on - produire des œuvres déjà originales : mais alors ce sont des dessins produits par des enfants, mais ce ne sont pas des dessins d’enfants.

Picasso a-t-il jamais dessiné comme un enfant - étant enfant ? Quant on connaît sa précocité, on peut en douter. Raison de plus me direz vous pour le croire lorsqu’il affirme que toute sa vie il a essayé de dessiner comme un enfant.

Mais enfin, si l’enfant artiste est un mythe, qu’est que ce mythe contient comme vérité sur l’art ?

- que rien n’est plus facile que d’être un artiste, et la déconstruction de l’idole édifiée par les artistes romantiques pour se représenter eux-mêmes comme des génies est désormais accomplie.

- que les traditions, les écoles, en un mot l’Académisme tue l’art.

L’art naïf - si on veut bien entendre par là l’absence de techniques sophistiquées de représentation - a montré ce qu’il en était.

Voyez ce tableau du Douanier Rousseau :

on a l’impression que les nuages vont lui tomber sur la tête, quand à ses pieds ils n’arrivent pas à toucher le sol. Mais est-ce un tableau infantile ?