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Thursday, September 28, 2017

Citation du 29 septembre 2017

Exister réellement, pour les hommes comme pour tout ce qui existe, ne signifie pas autre chose que se manifester.
Bakounine

Manifestation.
A. – Subst. masc.
1. Action, fait de révéler.      
2. Rassemblement de personnes, dans un lieu public ou sur la voie publique, dans le but de faire connaître, de défendre une opinion.
Si le premier sens du terme manifestation relève de la philosophie classique, son second sens, bien que dérivé de celui-ci, en est pourtant très éloigné, au point qu’on se demande s’ils ont quelque chose en commun.
L’intérêt de la citation de Bakounine est justement de laisser entrevoir cette liaison ; car si se manifester consiste à se révéler, il est possible qu’on ne le puisse qu’à condition de sortir de chez soi et de crier très fort dans la rue.  
- Si l’on accepte cette définition, alors on doit conclure que pour exister il faut être plusieurs, et encore, ce rassemblement doit avoir pour caractéristique d’être visible, audible et d’occuper l’espace de façon encombrante. Car, voilà le nœud de l’affaire : s’il faut se rassembler pour exister, il faut aussi le faire de façon tapageuse, en remplissant les rues et les trottoirs (1), en stagnant sur les chaussées et les ronds-points – bref : qu’on ne puisse ignorer cette existence parce qu’on est encombré de sa présence.
- Une autre caractéristique de la manifestation consiste dans le fait qu’elle n’existe pas seulement parce que des gens sont réunis quelque part – car une simple foule à l’entrée de RER ne constitue pas une manif’ ; encore faut-il que tous ces gens soient réunis pour soutenir une opinion, ou contre quelque chose. Donc, pas de manifestation sans banderoles ni slogans.


Maintenant, appliquons ce que nous venons de constater au domaine de la manifestation comme condition de l’être. Moi, par exemple, dois-je pour exister envahir votre espace ? Dois-crier très fort dans vos oreilles ? Dois-je écrire sur mon T-shirt que « Je suis un génie » ou quelque chose comme ça ?
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(1) Comme on le sait une des causes des différences d’évaluation des manifestants entre la police et les organisateurs tient au fait que la police ne compte que les gens strictement engagés sur la chaussée et que les organisateurs comptent aussi ceux qui sont sur les trottoirs.

Friday, December 20, 2013

Citation du 21 décembre 2013



Une civilisation implique des règles fixes, une discipline, le passage de l'instinctif au rationnel, la prévoyance de l'avenir, un degré élevé de culture, conditions que les foules, abandonnées à elles-mêmes, se sont toujours montrées absolument incapables de réaliser.
Gustave Le Bon – Psychologie des foules
On connait le mépris de Le Bon pour la foule, qui aurait le pouvoir de faire descendre l’homme en dessous de la dignité humaine – ce qui justifiait selon lui l’existence d’un pouvoir politique autoritaire capable de la mater.
Mais ce qu’il semble ignorer, c’est qu’entre l’individu et la foule, il y a place pour d’autres multitudes.
- Celle des soldats marchant au pas :


Cette image de l’armée nord-coréenne confirme bien les propos de Le Bon : la cohorte militaire est à l’exact opposé de la foule car son allure uniforme est une image de la puissance de son maitre. Faire que la multitude marche comme un seul homme, telle est l’image la plus saisissante du pouvoir.
- Mais il y a aussi la foule des manifestants – par exemple ceux qui se réunissent sur la place de l’Indépendance à Kiev depuis un mois.

Ici, point de régression à l’instinctif, point de ces visages déformés par la colère ou la haine, point de gestes supposant la violence. Ce sont des individus raisonnables réunis pour faire que leurs 100000 voix réunies fasse entendre ce que la voix de chacun serait impuissante à porter aux oreilles du pouvoir.

Saturday, February 04, 2012

Citation du 5 février 2012

Rien n'est si contagieux que l'exemple.

La Rochefoucauld

Panurge sans autre chose dire jette en pleine mer son mouton criant & bellant. Tous les aultres moutons crians & bellans en pareille intonation commencèrent soy jecter & saulter en mer après à la file. La foulle (= l’empressement) estoit à qui premier saulteroit après leur compaignon.

Rabelais – Quart livre, chapitre VIII (à lire ici – si flemme à lire : on peut aussi l'écouter)

Tout mouton suit le mouton qui le précède, c’est ce qu’on appelle l’instinct grégaire.

Peut-être cet instinct nous parait-il nocif, et en particulier parce qu’il mène à l’exemple décrit par Rabelais dans l’épisode si fameux des Moutons de Panurge : on y voit en effet le troupeau embarqué sur un bateau se jeter à la mer pour suivre – non pas l’exemple donné par l’un des leurs – mais plus simplement le plongeon d’un mouton jeté par-dessus bord par Panurge.

Il est vais que Rabelais ajoute, quelques lignes plus bas « comme le dit Aristote au livre 9 de l’Histoire des animaux, c’est l’animal le plus sot et le plus stupide du monde ». Et pourtant : si l’on se dit que si les moutons sont moutonniers, que devrait-on dire des hommes, de la foule et … des supporters de foot ?

On voit que chez les hommes, la grégarité et l’esprit moutonnier sont bien la principale preuve de sottise, parce qu’elles sont source des violences et des horreurs que les foules sont capables de perpétrer.

Autre chose : n’oublions pas qu’il n’y a de troupeau – du moins chez les hommes – que par rejet des individus qui n’en font pas partie.

C’est ainsi que le parti suisse de l’UDC (1) a fait du mouton noir le symbole des étrangers à jeter hors des frontières. Ce qui suppose que si Panurge avait trouvé un mouton noir dans le troupeau et qu’il l’ait jeté par-dessus bord, aucun des autres moutons ne l’aurait suivi.

Certains diront qu’il faut remercier les moutons noirs, parce que, sans eux, les moutons blancs ne formeraient pas un troupeau.

Mais ces gens-là, ce sont des humanistes mélancoliques.

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(1) L'Union démocratique du centre (UDC) est un parti politique suisse de droite, moralement conservateur et économiquement libéral. (Source)

Friday, January 13, 2012

Citation du 14 janvier 2012

Ce sont ceux qui ont peu de larmes qui pleurent vite le défunt.
Proverbe Africain

Douleur III
On aura reconnu dans cette photo une scène de désespoir aux obsèques de Kim-Jong-Il.
La stupéfaction devant ces expressions de désespoir et ces larmes, est venue de leur unanimité : ce sont des foules entières qui pleurent et se tordent de douleur ; même les soldats s’y sont mis.
--> La douleur, nous parait être une émotion individuelle, quelque chose qui surgit au sein de l’être et se manifeste à l’extérieur par débordement. Comment synchroniser de pareilles larmes ? Ce que les dirigeants nord-coréens prouvent en diffusant ces scènes, va bien au-delà de la preuve de l’attachement du peuple à son Leader Bien-aimé : ces larmes prouvent, si elles sont sincères, qu’existe une communauté d’âme dans ce peuple qui pleure … comme un seul homme.
Mais justement, faut-il aller jusque-là ? On sait bien qu’il y a des pleureuses professionnelles dans certains pays ; on connait aussi le proverbe africain cité aujourd’hui : Ce sont ceux qui ont peu de larmes qui pleurent vite le défunt.
Où situer la douleur du peuple Coréen lors de la mort de son Cher leader ? Du côté de l’unanimité de la douleur, ou bien dans la manifestation de masse, chacun étant habitué à prendre sa place dans un spectacle grandiose et collectif, comme dans les parades populaires lors des manifestations à la gloire du parti ?
Il y a bien des réponses, parmi lesquelles je choisis celle-ci : on est peut-être en face d’un phénomène de foule, comme le disait Le Bon dans son ouvrage sur La psychologie des foules. On sait que Freud lui-même salua cet ouvrage établissant « les modifications du moi lorsqu'il est au sein d'un groupe agissant » : c’est-à-dire la foule.
Simplement, en Corée du Nord, la foule inclut un peuple entier, et sa mobilisation est permanente.

Tuesday, January 25, 2011

Citation du 26 janvier 2011

- Voulez-vous voir la vérité ? Tournez le dos à la multitude.

Antoine Sabatier de Castres – Pensées et observations morales et politiques – Ed de Vienne 1794 Livre I Ch.1 p.16

Ce qui peut intéresser dans cette citation, c’est la mise en évidence de l’inconscience de l’erreur. (Lire le texte en annexe)

Quand tous marchent vers l'erreur nul ne parait y marcher : autrement dit, quand l’erreur est commune, on croit être dans le vrai. Et d’ailleurs c’est pour cela qu’il faut tourner le dos à la multitude, même si elle va dans le bon sens ; car c’est seulement à ce moment-là qu’on en sera certain.

Si on veut voir comment fonctionne ce mécanisme, qu’on se tourne vers les sectes.

On y trouve en effet des gens super diplômés, des scientifiques ou des spécialistes dans toutes sortes de domaines ; or voilà que tous ces gens se mettent à délirer, tous de la même façon, et à nous raconter des trucs bizarres, dont on ne peut imaginer la bêtise (1). Ce que nous appelons vérité n’est donc parfois rien d’autre qu’un délire partagé et Spinoza ne disait pas autre chose. En tout cas, la conviction commune n’est absolument pas la preuve qu’on soit dans le vrai. Elle nous montre simplement quel rapport nous avons avec l’opinion des autres.

Voilà ce que nous rappelle Sabatier de Castres : ce délire apparaît partout, dès lors qu’il y a une « multitude », que ce soit celle de la foule, du parti politique ou de la bande d’amis ; on pourrait même avancer que c’est ça le signe de la multitude : le partage d’une opinion commune, simplement parce qu’elle est commune.

Le moment de la vérité est celui de la solitude, car c’est le moment où nous confrontons notre opinion à la preuve. Or, le grand nombre n’a jamais constitué une preuve : le suffrage du plus grand nombre établit ce qu’est l’opinion commune, mais pas la vérité. Ça peut paraître antidémocratique ; mais c’est comme ça.

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(1) Si on me trouve excessif, qu’on se rappelle l’histoire de Gilbert Bourdin, le Messie cosmo-planétaire.

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Annexe :

« L'erreur fut et sera toujours le partage du très-grand nombre. Peu d'homme agissent par leur volonté et pensent d'après eux-mêmes. Presque tous se conduisent par imitation ; l'exemple est leur premier maître, et l'habitude, leur raison ; ils regardent sans voir, entendent sans écouter, et ne suivent d'autre guide que la multitude qui les précède ou les environne. Quand tous marchent vers l'erreur nul ne parait y marcher ; il n'y a que celui qui sort de la foule et qui s'arrête qui aperçoive le mouvement insensé des autres. On l'a dit ; mais c'est ici le lieu de le répéter : Voulez-vous voir la vérité ? Tournez le dos à la multitude. »

Thursday, October 28, 2010

Citation du 29 octobre 2010

Dieu est "le juge" parce qu'il ignore la foule et ne connaît que les individus.

Kierkegaard – Traité du désespoir

Commentaire II

Voilà de quoi méditer, mes très chers frères – de quoi remettre en question bien des engagements…

Selon Kierkegaard, si Dieu ne peut juger qu’un « moi », existant particulier, et non le peuple ou le parti ou la congrégation auxquels je prétends pourtant m’identifier, c’est parce que seul les individus existent, et aussi parce que ce sont les individus qui sont les seuls sujets moraux et religieux.

La foule est précisément la négation de l’individu ; elle est cet être collectif qui a donné à Le Bon l’idée – la première selon Freud – de l’inconscient psychique. On peut en effet admettre que Dieu n’a créé et n’a connu qu’Adam. Pas une équipe de foot avec tous ses supporters. Quant au peuple élu, admettons qu’il appartient à une religion à laquelle ne revoie sûrement pas le christianisme de Kierkegaard.

Mais plus sérieusement, on peut dire que la seule existence qui soit accordée à l’homme est celle de l’individu. Qu’est-ce qu’exister en effet, sinon devenir et non être (1) ? Comme le fait observer le commentaire cité en note, Dieu n’existe pas – il est. L’homme n’est pas – il existe.

Exister, c’est franchir les étapes de la vie, c’est connaître l’angoisse de l’avenir, parce que cet avenir n’est pas acquis, parce qu’il n’est même pas écrit, et parce que notre liberté est justement de devenir ce que nous ne sommes pas prédestinés à être. Et tout ça sous le regard de Dieu qui nous juge.

On comprend dès lors qu’il soit plus facile de se réfugier dans une vérité préétablie, sous l’autorité d’un maitre qui nous dicte notre conduite et devant le quel notre seul souci sera d’accomplir comme il faut la mission qu’il nous aura confiée.

Sachons, nous dit Kierkegaard, renoncer à ce supplément d’être que nous apporte la collectivité, et admettons que notre rapport à Dieu – ou à l’absolu quel qu’il soit – ne se définit que dans l’existence concrète de l’individu.

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(1) Dans la mesure où (comme le dit cet excellent commentaire – à lire ici) être, c’est rester identique à soi, être le même.