Tuesday, December 16, 2014
Citation du 17 décembre 2014
Monday, January 27, 2014
Citation du 28 janvier 2014
Saturday, December 28, 2013
Citation du 29 décembre 2013
Tuesday, February 14, 2012
Citation du 15 février 2012
- Les finances sont presque partout mal administrées, moins par l'incapacité de ceux qui les gèrent, que par l'incertitude où ils sont s'ils les géreront longtemps.
- Que peut entreprendre de grand un homme, qui craint à chaque instant qu'on ne lui demande ses comptes ? Quelle apparence qu'il travaille pour son successeur ?
- Presque tous les projets utiles sont d'une lente exécution. La guérison est longue, le palliatif s'applique en un moment.
- Quel est le ministre qui fera planter tous les bords de nos mers de bois propres à la construction des vaisseaux ? Cette plantation ne sera utile que dans un siècle ou dans un siècle et demi.
- Au lieu de travailler pour le bien de l'État, le ministre des finances travaille pour sa gloire.
La Beaumelle – Mes pensées ou Le qu'en dira-t-on (1752) CLXV
J’ai bien hésité avant de publier cette citation dans la continuité de ses alinéas : ne valait-il pas mieux la désarticuler, quitte à y revenir successivement 5 fois ?
Et puis j’ai considéré qu’on ne gagnerait rien à la monnayer ainsi et que chaque aphorisme se renforçait des aphorismes voisins.
On songe en lisant La Beaumelle à la campagne électorale française et aux sarcasmes qui accompagnent les projets de réformes faits par certains candidats parce qu’ils couvrent hardiment les 10 années à venir : - Vous vous voyez donc non seulement élu, mais encore réélu ? leur dit-on.
Par ailleurs, les journalistes demandent aux candidats : - Si vous êtes élu Président, quelle est la première mesure que vous prendrez ? L’homme ne va pas répondre : « planter tous les bords de nos mers de bois propres à la construction des vaisseaux », justement parce que, ce qu’on veut, ce sont des mesures urgentes et – surtout – efficaces tout de suite.
--> La Beaumelle parle depuis son milieu de 18ème siècle pour nous dire que les ministres des finances travaillent pour leur gloire immédiate et que c’est pour cela qu’ils sont inefficaces : l’action de la finance demande du temps pour réussir, et eux, comme nous aujourd’hui, ils veulent tout, tout de suite.
Tout cela est bien évident, et on ne gagnerait pas grand-chose à rajouter des exemples et des applaudissements.
Par contre, je trouve quand même bien significatif que La Beaumelle ait choisi, pour illustrer les impatiences de l’ambition, précisément le domaine de la finance. C’est qu’en réalité la finance est dans le long terme, et les financiers dans le court terme.
Car aujourd’hui, en pleine tempête financière, qu’entendons-nous ? Que le temps de la politique (et de ses réformes) est beaucoup trop lent pour les Marchés. Que ceux-ci s’impatientent devant les atermoiements des gouvernants et qu’eux, ils veulent des mesures efficaces dans la semaine, ou à la rigueur dans le mois qui suit.
C’est que ces courtiers de la finance sont dans le court terme. On passe aujourd’hui des ordres en bourses grâce à des programmes informatiques qui réagissent à la fraction de seconde près et qui sont capables de vous acheter et de vous vendre 100 fois par heure le même paquet d’actions.
On est bien au-delà des impatiences de ministres de La Beaumelle. Mais du coup, on peut voir encore mieux combien il avait raison : ce n’est pas que le profit soit, en soi, une mauvaise chose. Mais nous, nous savons que c’est le profit à court terme, celui qui se moque des conséquences à moyen ou à long terme, qui est une catastrophe aussi bien pour les hommes que pour leur environnement.
Mais, La Beaumelle devait quand même le savoir : à son époque, le roi de France était Louis XV – oui, celui qui a dit : Après moi le déluge !
Friday, February 18, 2011
Citation du 19 février 2011
Michael Douglas a raison de dire en 2010 : « Greed is not just good, it's legal.” [La cupidité n’est pas seulement bonne, elle est légale.]
Marc Fiorentino pour La Tribune - 09/02/2011
Les financiers se mêlent maintenant d’avoir des jugements moraux ? En tout cas, ils se soucient plus encore de légalité que de moralité.
Décryptons :
- Greed is good : si ça semble aller de soi, c’est sans doute parce qu’on a affaire à un financier anglo-saxon. Dans ces pays, si j’en crois John Rawls, les théoriciens du droit soutiennent que pour comprendre le fonctionnement de la société il suffit de deux principes de base : les hommes sont égoïstes et ils sont rationnels.
Ajoutons simplement que, dans ce contexte, les hommes sont égoïstes quant aux fins, et rationnels quant aux moyens.
- Greed is legal : rappelons que cette réplique est placée dans un film consacré à Wall street (1), et que l’action se passe en pleine crise des subprimes, ce qui nous renvoie à la déréglementation des marchés et la légalisation des prises de risques par les traders.
Ce qui nous renvoie aussi à ce qu’on appelle encore aujourd’hui le libéralisme, avec cette idée que ce qui est légal, c’est n’est pas ce qui est explicitement autorisé par la loi, mais simplement ce qu’elle n’interdit pas.
Exemple :
- Ai-je le droit de dépouiller mon voisin de ses biens ? Non, parce que la loi interdit le vol.
- Bon ; mais est-ce que j’ai le droit de lui vendre à crédit quelque chose, sachant qu’il ne pourra pas payer les traites et cela, tout en exigeant un hypothèque sur sa maison ? Réponse oui, parce que ça, aucune loi ne l’interdit.
On me dira peut-être que c’est la loi de Wall street et que ça n’a pas cours ailleurs.
Vous êtes libre de l’espérer, mais vous risquez d’être déçu. C’est qu’il ne faudrait pas confondre les préceptes de la morale, que tout le monde connaît - mais que bien peu appliquent, et les obligations juridiques qui sont impératives, mais bien peu fréquentes.
Essayez de les superposer : vous allez voir que les deux ne se recouvrent pas tout à fait.
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(1) Il s’agit de “Wall Street : money never sleeps”. J’ajoute que la bande annonce du film traduit « greed » par “avidité”. Je préfère quant à moi « cupidité », parce qu’il ne s’agit pas de sexe ni de tarte au chocolat, mais bien de dollar.
Friday, September 10, 2010
Citation du 11 septembre 2010
Faites-moi de bonne politique et je vous ferai de bonnes finances.
Baron Louis – Phrase historique prononcée en 1830
Comme les choses changent : ce qui devait paraître évident en 1830 est devenu totalement incongru aujourd’hui, au point qu’on lirait maintenant sans sursauter cette phrase si elle était inversée : Donnez moi de bonnes finances, et je vous ferai de la bonne politique.
Pourtant, le baron Louis, ministre des finances à cinq reprises, et sous des régimes différents savait de quoi il parlait (1). Je crois comprendre en tout cas qu’il voulait dire que dans un pays, l’organisation sociale, la décision de créer des infrastructures (routes, ponts, ports, etc.), l’établissement d’une paix juste et durable avec les pays voisins – toutes choses dont les politiques ont la charge – étaient la condition du développement économique, donc de finances saines.
Que dit-on aujourd’hui ? Que pour gouverner il faut avoir les moyens nécessaires pour faire ce qu’il convient afin que le peuple soit satisfait, que c’est là, comme le soulignent Luc Ferry et Alain Renaut que gît la véritable légitimité politique (2). Au point que lorsque le mécontentement populaire se manifeste contre des projets gouvernementaux (comme c’est le cas en ce moment en France avec le projet de réforme des retraites), la légitimité venue des urnes est remise ne cause par les protestations de la rue.
Sans argent, pas de bonne politique, à moins d’admettre comme les anarchistes libéraux qu’il y a toujours trop d’Etat et que la cure d’austérité qui lui est imposée par la crise financière est une très bonne chose.
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(1) Pour une rapide biographie du Baron Louis, voir ici.
(2) Luc Ferry et Alain Renaut – Philosophie politique, 3, Postface. Il s’agit de la distinction entre les droits liberté et les droits créance. Ces derniers sont constitués par les « service publics » que l’Etat est censé apporter aux citoyens, tels que la sécurité, l’éducation, les services de santés etc. Alors que les droits liberté supposent la limitation du pouvoir de l’Etat (supposé menacer les libertés individuelles), les droits créances supposent au contraire un renforcement de celui-ci.
Cette contradiction a été l'un des enjeux , aux Etats-Unis, du débat sur la réforme de l'assurance santé.
Thursday, September 09, 2010
Citation du 10 septembre 2010
Pour rétablir nos finances, il faut déclarer la guerre à la Suisse, puis la perdre afin d'être envahis et de disposer enfin d'une monnaie forte.
Coluche
Une phrase, 3 idées – 3 idées, 3 erreurs…
- D’abord, l’idée que les Suisses pourraient envahir un pays et le doter de leur monnaie… Les nombreuses votations par les quelles les Suisses ont refusé l’élargissement de leurs frontières à l’Europe Unie montrent à l’évidence qu’ils n’y songent vraiment pas.
- Ensuite, l’idée qu’il faut perdre une guerre pour changer de monnaie. J’admets qu’à l’époque où Coluche prononçait cette sentence, on croyait encore dur comme fer que la monnaie était le cœur de la souveraineté, et que « battre monnaie » constituait le pouvoir régalien ultime. La création de l’euro nous a bien détrompés.
- Mais surtout, l’idée que pour rétablir nos finances, il nous faut disposer d'une monnaie forte.
Si on veut bien laisser un simple citoyen – comme moi – s’exprimer sur un sujet aussi technique, voici ce qu’il dira : la santé financière d’un pays peut avoir deux assises :
- l’une qui vient des profits réalisés entre autre – ou surtout : voyez l’Islande, la Grande-Bretagne, l’Irlande, etc… – grâce à la spéculation financière. Là, je ne vois pas du tout ce qu’une monnaie forte pour avoir comme intérêt.
- L’autre qui vient des performances de l’économie « réelle », comme la production industrielle et le commerce.
Là encore, les épisodes récents de la crise mondiale de la finance montrent que la monnaie forte non seulement n’est pas indispensable à la prospérité d’un pays, mais qu’elle peut aussi lui faire obstacle. Que n’a-t-on dit sur la baisse de l’euro par rapport au dollar ? entre autre que si cette baisse résultait du manque de confiance des financiers-spéculateurs sur les chances de rétablissement de l’économie européenne, en revanche elle créait une opportunité de retour de la croissance…
On a même suggéré que la Grèce en rétablissant la drachme pourrait rétablir en même temps son économie…