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Wednesday, November 08, 2017

Citation du 9 novembre 2017

 Il y a une faille en toute chose, c'est par là que passe la lumière.
Anonyme
Je pensais l’autre jour (à propos de l’argent parti dans des paradis fiscaux grâce à des failles dans la perception de l’impôt) à cette ambiguïté de la faille tantôt comprise comme une fragilité dans un dispositif (la faille de sécurité dans les logiciels) tantôt comme un élément d’espoir comme ce rayon lumineux dans le cachot dont parle notre Citation-du-jour.

La faille quand elle n’est pas la menace d’une rupture (comme la faille de San Andrea – ci-dessous)


est échappée dans une limite, ouverture dans une muraille (comme les « fleurines » qui permettent l’affinage du fromage à Roquefort)



Reste que notre Citation-du-jour affirme que c’est en toute chose que se manifeste une faille. Par exemple ? Dans la falaise, une faille par la quelle s’infiltrer – pour découvrir une Grotte de Lascaux ? Ou dans le caractère « entier » d’un être humain ?

Oui, voilà qui parle un peu plus à nos imaginations : tout homme comporte une faille et c’est par là que passe la lumière intérieure. Et, tant que nous y sommes, imaginons que cette lumière venue des profondeurs, soit issue du foyer d’où rayonne la pensée, l’imagination, les émotions etc… Saisissant, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas fini : maintenant ajoutons le premier sens évoqué : la faille qui laisse filtrer cette lumière est une fêlure, dans le rempart qui charpente notre personnalité psychologique, une fragilité qui menace de dislocation tout ce qui porte notre statut social ; bref, que ce contre quoi nous luttons de toutes nos forces soit précisément ce qui nous enferme dans un déterminisme stérilisant.
N’est-ce pas cela qui explique que nombre d’artistes soient obligés de détruire leur équilibre psychologique, de devenir des alcooliques comme Modigliani, ou de laisser libre champ à leur folie (comme van Gogh ?). Faut-il se détruire come personne sociale pour s’échapper – en soi-même vers le puits d’où rayonne la lumière ?


« Il y a l'autre fainéant, le fainéant bien malgré lui, qui est rongé intérieurement par un grand désir d'action, qui ne fait rien parce qu'il est dans l'impossibilité de rien faire, puisqu'il est comme en prison dans quelque chose. » – Vincent Van Gogh – Lettre à son frère Théo

Thursday, May 14, 2015

Citation du 15 mai 2015

Ainsi va la vie, les faibles cherchent toujours à se faire aimer des dominants. Jamais on ne verra un rottweiler sauter dans les bras de son maître pour se faire cajoler. Les molosses n'ont pas besoin de flatteries pour se sentir exister.
Ingrid Desjours – Tout pour plaire (2014)


Rottweiler sautant au cou d’un passant

Si vous voulez comprendre le comportement de vos semblables, regardez comment vit votre chien. Tel il est, tel  nous sommes.
Mais non, bien sûr vous n’allez pas flairer l’arrière-train de vos amis pour savoir quelles sont leurs pensées du jour. Vous n’allez pas non plus pisser devant votre porte pour faire savoir qu’elle est bien à vous.
Ridicule. Mais ce serait pourtant moins angoissant que de faire ce que suggère Ingrid Desjours : conformer vos sentiments à votre force ou à votre faiblesse (1). Bien entendu, puisque ce sont des qualités relatives à ceux que vous côtoyez, votre attitude sera fonction de ces rencontres. Vous serez bien aimable et bien flatteur avec votre supérieur, et bien tyrannique avec vos subordonnés.
Classique. Sauf que si on a le malheur de généraliser ce propos, alors c’est notre univers affectif qui s’effondre : tous ceux que nous aimons sont aimés parce qu’ils nous dominent d’une façon ou d’une autre. Réciproquement, tous ceux qui nous aiment, le font en raison d’une quelconque supériorité qu’ils remarquent chez nous. Que celui qu’on aime cesse d’être dominant, et voilà l’amour qui s’effiloche… Horrible pensée.
Quoique : Aristote nous dit bien qu’entre l’amant et l’aimé il y a une relation d’inférieur à supérieur. Ce que l’amant aime, ce sont bien les qualités de l’aimé et on peut donc admettre que l’aimé n’a pas forcément un tel amour pour celui qui l’aime. Tout juste s’offre-t-il par générosité à l’amour qu’on lui porte. Il est naturel dit Aristote que l’enfant aime son père beaucoup  plus que celui-ci ne l’aime.
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(1) « Conformez vos sentiments à votre force ou à votre faiblesse » : remplacez « sentiments » par « morale » et vous aurez un principe que Nietzsche n’aurait pas désavoué. Reste qu’il n’aurait pas utilisé l’impératif : cette conformité s’établit tout seule.

Monday, May 04, 2015

Citation du 5 mai 2015

Il n’y a pas de phénomènes moraux, il n’y a que des interprétations morales des phénomènes.
Nietzsche – Par delà le bien et le mal
Où donc est la morale ? Dans les actes ou dans les intentions?
            - Seuls les actes comptent ; le bien s’incarne dans certains actes, qu’il suffit de réaliser pour devenir bon et gagner le paradis. Ainsi faisaient les pharisiens, qui accomplissaient des actes vertueux, ce qui ne les n’empêchait pas d’avoir un cœur impur.
            - Si au contraire la morale est une affaire de cœur, il faut dire qu’elle dépend de chacun de nous, car elle n’est rien d’autre que le jugement que nous portons sur les évènements de la vie. En dehors de ça, il n’y a que de la technique : des actes efficaces ou non.
Admettons provisoirement que ce soit là le sens de cette phrase de Nietzsche. Mais si ces évaluations sont des interprétations morales, reste à savoir en fonction de quoi elles se font.
On a déjà évoqué ici la distinction wébérienne entre éthique de la responsabilité et l’éthique de la conviction : certains voudront que tout acte coïncide avec ses principes, même si l’échec est garanti. D’autres préféreront obtenir un résultat conforme à la valeur souhaitée, même si ni l’acte lui-même, ni le résultat ne ressemblent tout à fait à ce qu’on appelle la morale.

Est-ce là ce que pensait Nietzsche lorsqu’il affirme qu’il n’y a aucun « phénomène moral » ? En fait, je crois qu’il ne visait pas une quelconque relativité des valeurs morales. Car, ce qui compte avant tout selon lui, ce n’est pas seulement l’évaluation des actes, c’est d’abord leur production : c’est elle qui nous donne la réalité de l’acte moral (d’où le terme étrange de « phénomène »). S’il faut examiner leur origine pour les évaluer, c’est parce qu’ils sont produits de façon très variable. Les uns sont sous l’emprise des principes qui sont l’expression de la transcendance. Ainsi des Commandements divins. C’est pour ceux-là qu’il s’écrie : « Brisez, brisez les tables de la loi ! » (Zarathoustra). Les autres, au lieu d’être l’extériorisation d’une volonté, sont l’effet d’une réaction aux forces qui oppriment l’homme

Car l’acte pour être moral – et donc pour être évaluable – doit être l’expression d’une force qui habite l’homme qui et qui l’exprime. C’est comme cela qu’il y a une morale du maitre et une morale de l’esclave :
            - La première est habitée par une force qui exprime la puissance de la volonté.
            - La seconde est l’expression du ressentiment et donc n’existe que par la souffrance subie. 

Interpréter les actes moraux consiste donc à les  classer selon leur origine – c’est en cela que consiste la « généalogie » de la morale.

Wednesday, December 07, 2011

Citation du 8 décembre 2011

Le luxe, l'incontinence et la liberté, quand ils sont soutenus par la force, constituent la vertu et le bonheur ; le reste, toutes ces belles idées, ces conventions contraires à la nature, ne sont que niaiseries et néant

Platon – Gorgias (Discours de Calliclès) – A lire ici (1)

Les philosophes ont cet avantage qu’ils ne reculent pas devant l’examen des thèses les plus scandaleuses, parce qu’elles peuvent être vraies, et que de toutes façons, elles sont nécessaires pour comprendre celles qui sont mieux-pensantes.

Alors voilà, aujourd’hui on va s’interroger sur le droit du plus fort.

Hier nous avions corrélé la tolérance avec la modestie ; nous disions : sachons ne pas exiger des autres qu’ils soient à notre niveau, pour autant qu’ils sont des êtres humains.

- Oui ? Et pourquoi ? Au nom de quoi ?

Selon Calliclès, c’est la nature qui nous enseigne à préserver le droit du plus fort : la force est une réalité, la faiblesse est néant.

On dirait aujourd’hui que préserver la Nature (notre Nature, notre Terre…) passe par ce respect des rapports de force. Et que l’équilibre écologique résulte justement du fait que les faibles proies restent toujours les victimes des prédateurs et qu’elles ne parviennent à subsister que par une fécondité supérieure. Donc, moins de renards = trop de lapins. Dans la société féodale, les paysans faisaient plein d’enfants et les seigneurs les spoliaient des fruits de leur travail. Quoi de plus « naturel » ?

Alors, on voit que les écolos d’aujourd’hui contournent soigneusement cet aspect de la nature : reste qu’ils s’intéressent plus au droit « de la Terre » qu’aux Droit de l’Homme.

Et si ils n’étaient démocrates que juste le temps d’accéder au pouvoir ? Et qu’après ils nous disaient : « Le droit du plus fort est dans l’ordre de la Nature : le luxe, l'incontinence et la liberté, quand ils sont soutenus par la force, constituent la vertu et le bonheur ; le reste, toutes ces belles idées, ces conventions contraires à la nature, ne sont que niaiseries et néant » ?

Ça fait frémir, n’est-ce pas ?

- Attendez… Ça commence bien comme ça : « Le luxe, l'incontinence et la liberté » ?

… Je vais peut-être prendre ma carte chez Europe-Ecologie.

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(1) C’est le dialogue Socrate-Calliclès qui figure dans cet extrait, il est peut-être un peu long : en cherchant vous trouverez facilement le passage correspondant à notre citation. Pourtant n’oubliez pas que ce que vous laissez ce côté est aussi passionnant…

Tuesday, November 02, 2010

Citation du 3 novembre 2010

Les hommes faibles sont les chiens des hommes fermes.
Diderot – Jacques le Fataliste et son maître



L’idée est un peu facile : les hommes « faibles » sont les chiens soumis aux hommes « fermes », ils sont leur souffre-douleur, et éventuellement ils leur servent docilement de garde du corps.
Des chiens de garde… Idée facile, mais paradoxale quand même : mais quand on voit à quoi ressemble un tel animal, on se dit qu’il faudrait réviser notre conception de la faiblesse : car les crocs de ce molosse sont tout sauf un symbole de faiblesse.
On peut alors faire deux observations :
- D’abord, la force physique est non une grandeur, mais un rapport. C’est ainsi que Rousseau, dans un texte maintes fois cité (ici même), disait que la force et la faiblesse physique n’étaient pas des propriétés des êtres, mais l’effet de leur situation concrète. Le pistolet du brigand est sa véritable force : que l’arme change de main et le fort devient le faible.
- Ensuite, que ces caractéristiques concernent aussi les personnalités. Diderot nous signale que la force et la faiblesse affectent non pas seulement le physique, mais aussi le caractère : dans sa citation, il oppose la faiblesse non à la force, mais à la fermeté – qui n’est pas une caractéristique du corps, mais la personnalité : un grand malabar irrésolu qui pleure en appelant sa maman est un faible.
Mais ne passons pas sous silence une troisième caractéristique de la faiblesse, qui est sans doute aussi importante et plutôt raccord avec notre citation : les faibles – ou du moins ceux qui se reconnaissent tels – recherchent la protection d’un homme fort. Et par protection, il ne faut pas simplement entendre une force sous laquelle ils puissent trouver refuge. Les faibles sont ceux qui attendent des forts les prises de décisions qu’eux-mêmes hésitent à prendre : c’est ainsi qu’Aristote justifiait l’esclavage. Il est avantageux d’être esclave, disait-il, quand on n’est pas capable de prendre par soi-même les bonnes décisions.
Peut-on généraliser, et voir là un indice indiscutable de faiblesse ?
Pourquoi pas ? Mais voilà : notre époque est celle des spécialistes qu’on convoque pour tout :
- Au secours dites-moi ce que je dois faire pour le petit qui fait pipi au lit, pour mon mari addict au foot, pour ma belle-mère jalouse, pour l’épargne dont nous ne sait que faire….

Tuesday, August 26, 2008

Citation du 27 août 2008

On a tous tendance à voir dans la force un coupable et dans la faiblesse une innocente victime.

Milan Kundera- L’insoutenable légèreté de l’être

Cette remarque de Kundera semble frappée au coin du bon sens : oui, on le reconnaît facilement, le droit du plus faible semble bien être l’aune à la quelle mesurer le degré d’évolution du droit, et le justicier sur son cheval blanc vole toujours au secours de la veuve et de l’orphelin.

Et puis on se dit que Kundera a une idée derrière la tête : ne veut-il pas suggérer que cette tendance est en réalité un préjugé, et que le faible pourrait bien ne pas être aussi innocent qu’il y paraît ? Pourquoi en effet la force serait elle coupable, dès lors qu’elle est simplement force, et la faiblesse simplement innocence ? Lors qu’on commence une enquête après un meurtre, on dit bien qu’aucune piste n’est privilégiée ; le plus faible témoin est aussi suspect que le plus fort.

Enfin, on se dit qu’il y a quelque chose qui cloche. Kundera fait comme si la force et la faiblesse étaient des valeurs absolues : qu’il y ait un seul homme sur terre, on pourrait encore dire qu’il est fort ou faible (1). Pour ma part, je ferais mienne plutôt la thèse de Rousseau : il n’y a que des hommes plus forts que d’autres, et des hommes qui leur sont plus faibles.

Dans ce cas, plutôt que de parler de fort et de faible, il vaudrait mieux parler de vainqueur et de vaincus. Et peut-être alors devrait-on en effet secourir les vaincus, quel que soient leur responsabilité dans leur échec ? Après la bataille, la Croix Rouge secoure tous les blessés quelque soit leur camps.

Dernière réticence : que devrait-on dire de David en face de Goliath ? N’est-ce pas justement le plus faible qui l’emporte sur le plus fort ?

--> C’est qu’en réalité, il y a plusieurs niveaux de confrontation, et que l’un de ceux-ci sera seul déterminant : dans le combat rapproché, David était vaincu à coup sûr ; dans le combat à moyenne distance, il avait l’arme pour gagner : c’est elle qui le rendit plus fort que Goliath, qui n’avait que ses poings.

Le voyou qui attaque à l’arme blanche se fait étendre par le policier qui a un P.38 ; personne ne s’en étonne.

(1) Il est vrai qu’il y serait encouragé par des gens comme Nietzsche ; mais le contexte philosophique de l’Insoutenable légèreté de l’être est si je me rappelle bien plutôt du côté des présocratiques. Encore que des présocratiques à Nietzsche, il n’y ait pas des kilomètres.

Sunday, May 11, 2008

Citation du 12 mai 2008

Sans les disciples aveugles, jamais encore l'influence d'un homme et de son oeuvre n'est devenue grande. Aider au triomphe d'une idée n'a souvent d'autre sens que : l'associer si fraternellement à la sottise que le poids de la seconde emporte aussi la victoire pour la première.

Nietzsche - Humain, trop humain.

- Le fanatisme est nécessaire au triomphe d’idée, parce que la sottise est le poids qui emporte la victoire. Qui donc va devenir disciple s’il n’est aveugle, ou du moins s’il n'a été aveuglé ? Mais surtout : qui donc peut devenir un maître à penser ou à croire s’il n’a le bénéfice de la sottise humaine ? Voilà le message de Nietzsche.

- Voilà une grosse pierre dans le jardin de nos politiques les plus populaires, dont on pensait déjà qu’elles avaient un comportement de stars…

Mais, inutile de tourner autour du pot : en lisant cette phrase de Nietzsche, c’est à Jésus que je pense. Et je crois qu’elle va choquer les croyants qui estiment que les apôtres les évangélistes et les martyrs, eux qui ont répandu la foi chrétienne, ont répandu la lumière et non les ténèbres.

Peut-être… Mais peut-on être un fidèle sans accepter de renoncer à la vérification des faits ? Peut-on avoir la foi sans oublier toute lucidité, au point d’être offusqué par la lumière de l’histoire ? Voyez comment les créationnistes rejettent en bloc les évidences de la zoologie et de la biologie ; voyez même comment ces super intellectuels que sont les théologiens se contorsionnent depuis Galilée pour faire une place aux vérités révélées à côté – ou : au dessus – des découvertes scientifiques. Bref : sottise consentie, mais sottise quand même.

Jésus a-t-il voulu un tel aveuglement ? Aurait-il dit comme Pascal : « Abêtissez-vous » ? (1)

L’originalité du christianisme, c’est que Jésus n’est pas sur terre pour fonder une nouvelle religion – Jésus n’est pas Mahomet – mais pour racheter les péchés des hommes. Ce sont les autres qui ont fondé une religion avec ça.

Autrement dit, ce n’est pas Jésus qui a eu des disciples aveugles ; c’est Paul.



(1) Extrait du fragment 397 (418 Lafuma) : ". - Ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre et guéris d'un mal dont vous voulez guérir ; suivez la manière par où ils ont commencé. C'est en faisant tout comme s'ils croyaient, en prenant de l'eau bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturellement même cela vous fera croire et vous abêtira. - Mais c'est ce que je crains. - Et pour quoi ? qu'avez-vous à perdre ?"