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Saturday, January 23, 2016

Citation du 24 janvier 2016

C’est effrayant de songer que tu es fée, et que tu fais que quand tu n’es pas là, tu es énormément plus là que quand tu es là.
Paul Valéry – Lettres à Jean Voilier
Que fait la fée ? Elle fait des miracles, le plus souvent en exauçant des souhaits ridicules. Si l’on met de côté ce dernier aspect, elle possède ce qui échappe aux hommes : le don d’ubiquité et la capacité à se déplacer dans le temps.
Et voilà donc, selon Valéry, que Jean Voilier, sa fée (1), parvient à être là quand elle ne l’est pas, ce qui suppose un don peu commun…
Mais voici qui est encore plus troublant : « quand tu n’es pas là, tu es énormément plus là que quand tu es là » dit Valéry : n’en fait-il pas trop ? A-t-il abusé de substances hallucinogènes ? Peut-être, mais ce n’est pas nécessaire, car nous reconnaissons ici l’effet du désir et de sa représentation : le fantasme. Le propre du fantasme n’est-il pas, justement, de nous donner l’illusion de la présence de l’objet désiré ? Et la réalité n’est-elle pas dans ce cas un peu insuffisante par rapport aux images véhiculées par le fantasme ? Oui, n’est-ce pas : pour nourrir un fantasme, il faut certes quelque chose qui s’ancre dans la réalité – par exemple, pour fantasmer avec un calamar géant il faut comme le montre Hokusai, être la femme du pécheur. Mais il faut aussi que cette réalité soit estompée pour arriver à supporter les variantes imposées par le désir. Encore une fois, si Jean Voilier est plus présente quand elle n’est pas là, c’est que Valéry peut l’imaginer dans toutes sortes d’attitudes qu’elle n’aurait pas eues dans la réalité.
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(1) Oui, Jean Voilier était une fée ! Pour vous en convaincre, lisez l’article Wiki : « Jean Voilier était une éditrice, romancière et avocate française. Elle fut une grande séductrice du milieu littéraire français, ayant compté parmi ses amants Jean Giraudoux, Saint-John Perse, Curzio Malaparte, Paul Valéry - qui la surnommait Héra - Émile Henriot, Robert Denoël, Pierre Roland-Lévy, mais aussi la féministe Yvonne Dornès. »

Tuesday, July 21, 2015

Citation du 22 juillet 2015

Ce que tout homme d'une certaine nature, plutôt écartée que supérieure, garde avec le plus de vigilance, c'est le secret de son âme et des habitudes intimes de ses pensées. J'aime ce Dieu Harpocrate, son index sur sa bouche.
Maurice de Guérin Journal, lettres et poèmes – Edition 1865
Commentaire II
Commentant cette citation (le 18  juillet), j’écrivais « il est terrible de devoir garder un secret » car c’est un effort voué à l’échec de l’aveu. Mais voilà que Maurice de Guerin affirme qu’au contraire il y a au moins un secret qu’on ne livre jamais : c’est celui de notre âme et des habitudes intimes de ses pensées. C’est ce qu’on nomme le « for intérieur », celui qui produit en  nous bien des pensées que nous ne livrons effectivement jamais, quel qu’en soit la raison.
Oui, ces pensées demeurent secrètes, elles sont l’expression de l’intimité que nous ne consentons jamais à confier : l’idée d’en faire confidence n’est pas forcément insoutenable, mais elle est au moins incongrue. Et si jamais l’amour pénètre dans  notre âme, on le reconnaitrait à ce qu’il viole ce principe en faveur de notre bienaimée : elle seule peut jeter un regard sur ces tréfonds obscurs.

Quelles sont ces pensées ? Ce à quoi on songe le plus immédiatement, ce sont les fantasmes. D’ailleurs en confiant nos pensées intimes à notre bienaimée nous prenons le risque qu’elle se sauve en courant ! Mais il n’y a pas que ces images un peu choquantes ; il y a toutes ces pensées qui seraient inappropriées si nous les communiquions à l’extérieur, toutes ces représentations, jugements, sentiments qui prospèrent dans les replis de notre conscience et qui nous apportent un plaisir doux et confortable. Tout n’est pas forcément choquant en eux ; mais s’ils restent secrets c’est que nous ressentons qu’ils n’ont rien de commun avec le monde qui nous environne, qu’ils y paraitraient ennuyeux, décalés, sans intérêt pour les autres.


J’ai trouvé quelque part cette question : les fantasmes sont-ils nécessairement choquants ? Pour ma part, je crois que ce n’est pas nécessaire, mais qu’on ne peut pourtant les raconter valablement : ils restent secrets parce qu’il n’y a pas d’oreilles pour les écouter valablement.

Tuesday, January 20, 2015

Citation du 21 janvier 2015

Le désir ne voit jamais mieux que la nuit.
Shakespeare – Vénus et Adonis (CXX)

Délaissant le mythe classique, Shakespeare fait d’Adonis un très beau et très pur jeune homme qui reste chaste alors que Vénus multiplie les assauts pour le séduire pendant une nuit … torride ! Lassé d’un tel combat, Adonis s’excuse : « Je suis attendu par mes amis… Voilà qu'il fait obscur, et je tomberai en m'en allant. » On le voit : le prétexte est un peu gros, et du coup le bel Adonis se fait ramasser : « Le désir ne voit jamais mieux que la nuit. » répond sa divine amoureuse

Oui, le désir voit clair la nuit, parce que pour voir l’objet désiré il faut utiliser les yeux… du cœur ! Comment mieux signifier que la réalité n’est jamais l’objet réel du désir, et qu’il faut lui réserver le rôle de simple support pour le fantasme ? Et c’est un estompant les contours du réel que celui-ci devient un support convenable pour l’imagination.
- Imaginez une situation de drague en boite, quand sur le coup des 2 heures du matin, un couple est enlacé comme dans la chanson de Léo Ferré : ils n’y voient plus rien, à cette heure-là, la piste est enténébrée ; ils ont déjà bien au-delà des 0,5gr d’alcool ; mais ils ont des yeux au bout des doigts, au bout des lèvres, au bout du corps. Oui – mais ne vous y trompez pas : il ne s’agit pas seulement d’hormones, il s’agit aussi de sensations d’ordre purement psychique. Quand bien même ce couple se séparait en quittant la piste, chacun aurait une image précise et tenace de l’être qu’il a enlacé, qu’il a désiré.
Alors, oui : après la nuit, le jour. Après les effusions nocturnes, le corps effondré dans sommeil au petit jour… Rappelez-vous : le beau marin qui au petit matin quitte sa belle amante ne lui laissant que la trace de son parfum… (1)
La nuit, le désir voit avec les mains ; le jour ce n’est plus qu’avec les parfums.
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(1) Le Mâle – Eau de toilette signée Jean-Paul Gaultier. Un classique de la pub ! (Voir ici).

Thursday, June 12, 2014

Citation du 13 juin 2014


Appelons la femme un bel animal sans fourrure dont la peau est très recherchée.
Jules Renard – Journal
Qu’est-ce que la femme a de commun avec l’animal ? Sa crinière ? Sa démarche féline ? Ses coups de griffe ?
- Selon Jules Renard la femme est cet animal paradoxal qui possède une peau mais pas de fourrure et qu’on aime pour cela. Si on laisse de côté les fantasmes érotiques que soulève cette observation, poussons un peu plus loin ce propos : imaginons une peau de femme sans femme.
C’est cette image qui vient d’être activée par l’annonce de la découverte d’un livre relié en peau de femme dans un vieux fonds du 19ème siècle de la bibliothèque de Harvard (1).


Livre relié en peau de femme. Bibliothèque de Harvard

Cette image provoque  un certain malaise – oui, mais pourquoi ?
            1 – Une femme serait intéressante parce que sa peau ferait un très beau vélin. Malgré soi, on pense aux nazis dont on dit qu’ils faisaient des abat-jours de parchemin avec la peau des juifs. Vraie ou pas cette légende apparait comme un mépris ultime pour l’être humain qui est alors ravalé au rang de l’animal de boucherie destiné à l’équarrissage.
            2 – Ou alors, parce que l’amour du corps féminin serait dans ce cas uniquement amour de la peau féminine. Désirer ne conserver de la femme que la peau, c’est faire à coup sûr du fétichisme. De même que celui qui est fétichiste du pied ou du nombril fixe son désir sur cette partie du corps, le fétichiste de la peau serait celui qui imaginerait relier son livre de chevet avec la peau de la femme qu’il aime.
Et voilà que ça existe : vous en aviez rêvé ? Le docteur Boulland l’a fait. Si ce livre est pour nous source de désagrément, n’est-ce pas parce qu’il nous confronte à notre propre désir ?
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(1) « Un livre relié en peau de femme retrouvé à Harvard ; il s’agit Des destinées de l'âme, d'Arsène Houssaye, un auteur français des années 1800 aussi connu sous le pseudonyme d'Alfred Mousse.
Le propriétaire du livre était le Docteur Ludovic Boulland, (1839-1932), bibliophile et ami d'Arsène Houssay. La peau a été identifiée comme appartenant au corps d'une patiente du médecin atteinte de maladie mentale, et morte d'une crise cardiaque. Ludovic Bouland a même laissé une note : « Un livre sur l’âme humaine méritait bien qu’on lui donnât un vêtement humain: aussi lui avais-je réservé depuis longtemps ce morceau de peau humaine pris sur le dos d’une femme. » –Dépêche de Presse

Saturday, May 17, 2014

Citation du 18 mai 2014


Aujourd’hui c’est dimanche : profitant de ce que les enfants sont écroulés devant Disney Channel, vous venez de faire une grasse matinée – peut-être même un peu friponne ?
En tout cas vous avez attrapé votre iPad pour lire avec votre charmante la nouvelle Citation-du-jour. La voici :
Hélène – On raconte, c'est vrai, que Zeus prenant la forme d'un cygne et fuyant la poursuite d'un aigle, dans le sein de ma mère transforma cette ruse en étreinte : mais peut-on accorder du crédit à ce conte ?
Euripide – Hélène vers 17 à 21
Peut-on croire cette histoire ? C’est une vraie question tant l’union d’un volatile (fut-ce un cygne) et d’une femme parait improbable (1).
Improbable, mais pas irreprésentable : nombreux sont les peintures ou les sculpteurs qui ont représenté l’approche du Cygne divin et ses attouchements avec le corps de cette femme.
- La plupart du temps, on voit Léda et son cygne dans de gentils préliminaires : soit elle l’embrasse sur le bout du bec. Soit c’est lui qui vient la béqueter. Il peut même se faire que, bravant la censure qui interdit de représenter le sexe féminin, des peintres comme Boucher en profitent pour montrer Léda s’offrant au cygne dans la position classiquement appelée Venus observa (2) :

François Boucher - Léda et le Cygne - 1740
L’essentiel est qu’à chaque fois que l’on a voulu représenter l’union finale, on a montré le cygne grimpé sur Léda, dans la position du missionnaire (comme ici).
Suis-je complétement tordu ou bien le cygne, avec son long cou, serait plutôt un symbole phallique ? dites-moi comme çà, sans réfléchir : avec quoi le cygne a-t-il pénétré Léda ?

Edi Brancolini
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(1) D’autant que selon la fable, Léda accoucha d’un œuf, d’où sortit, entre autre, la future Hélène de Troie.
(2) Venus observa : Position de coït où les amants se font face