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Wednesday, November 01, 2017

Citation du 2 novembre 2017

Notre monde parviendra un jour à un raffinement tel qu'il sera aussi ridicule de croire en Dieu qu'aujourd'hui de croire aux fantômes.
Georg Christoph Lichtenberg – Aphorismes
J’avoue avoir un peu de mal à comprendre en quel sens l’athéisme, serait considéré comme un raffinement de la pensée, sauf à prendre au sérieux l’expression « esprit fort »
Mais restons au niveau de la vision qui nous est proposée de la foi. Car c’est bien d’elle qu’il s’agit ici et c’est elle qui est stigmatisée comme superstition craintive qui s’affole aux tremblements des feuilles dans la forêt à minuit.
Oui, la superstition qui fait craindre qu’un mot défendu, une pensée impure, l’oubli d’une génuflexion, produisent d’horribles catastrophes – c’est elle qui ressemble à s’y méprendre à ces effrois dont même les enfants s’amusent à Halloween.



La crainte de Dieu caractérise-t-elle effectivement la foi ? Ou bien s’agit-il d’une réaction marquée par le temps et par l’histoire, qui ferait que tel sentiment religieux à telle époque deviendrait ridicule aux générations suivantes ? Comme la crainte de Dieu jugée superstitieuse aujourd’hui.
La fureur de l’épiscopat quand la fête d’Halloween entra dans nos habitudes (avant d’en ressortir tout aussi vite), s’expliquait non par le blasphème à l’encontre d’une foi profonde dans l’âme du fidèle, mais au contraire par son caractère profane et mercantile.
Mais qu’on écoute un Dies irae (1) et on verra que le frisson n’est pas qu’une réaction superficielle. Et si ça ne suffit pas, qu’on se documente à propos des chapelles rayonnantes autour de l’abside des églises du temps jadis : elles permettaient la célébration simultanée de messes multiples pour demander le repos de l’âme des défunts. Des dizaines d’officiants opéraient en même temps, empochant de fortes sommes d’argent dont les héritiers abreuvaient l’église pour satisfaire aux vœux des moribonds terrorisée par la proximité des portes de l’enfer.
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(1) Celui du requiem de Verdi fera très bien l’affaire (à écouter ici)

Wednesday, July 19, 2017

Citation du 20 juillet 2017

Quand il n'y a plus de place en enfer les morts reviennent sur terre
Pub pour Zombie (1978) film de Georges Romero
La mort récente de George Romero nous rappelle l’étrange malaise qui saisit le spectateur dès la première séquence de son film La nuit des morts vivants. Cette image grisâtre, ce cimetière paysager – et puis, de loin ces formes humaines qui apparaissent et qui approchent. Des hommes, des femmes, en apparence normaux – ou presque. Et tout dans ce film tient à ce « presque ». Ce sont des « presque » morts mais ils sont seulement « presque » vivants (1). Alors que dans d’autres films horrifiques, les « zombies » (pour les appeler par leur nom « officiel ») sont défigurés, rongés par les vers et animés de la pire violence envers les gens normaux, ce sont ici des gens qui n’ont qu’une envie : celle de manger – à commencer par les vivants. Et c’est leur détermination silencieuse, leur force démultipliée par leur nombre qui nous terrifie.
Romero a bénéficié d’un hasard extraordinaire : alors que le héros de son film, incarné par un noir, est tué par le policier blanc qui l’a pris pour un zombie, La nuit des morts vivants est sorti en salle juste au moment de l’assassinat de Martin Luther King – lui donnant une signification sociale que Romero n’a jamais récusée.
Mais ne croyons pas que l’histoire s’en tienne là : le malaise engendré par ce film est réactivé à chaque moment de l’histoire par les méandres de la vie sociale : il ne suscite la terreur que parce qu’il désigne ce dont nous avons déjà peur. Car si ces hommes et ces femmes qui tendent leurs mains pour prendre tout ce qu’ils pourraient consommer, qui vous assiègent dans votre maison la nuit et le jour, qui gémissent à votre porte pour mieux dévorer la main que vous leur tendez, 


Image extraite de La nuit des morts vivants (1968)
- oui, si tous ces zombies étaient en ce moment regroupés à Calais à la Porte de la Chapelle ou sous les porches de vos rues ?
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(1) On rebaptise parfois ce film La nuit des survivants.

Friday, October 30, 2015

Citation du 31 octobre 2015

Mais un fantôme depuis punit cette famille ingrate  / Quand ces bourreaux nous ont meurtri les miches à coups de savate  / Il vient la nuit tirer les pieds de ma mère  / Qui aussitôt fout une baffe à mon père.
Pierre Perret – Tonton Cristobal (chanson)
Quand je serai un fantôme, je reviendrai vous hanter dans votre sommeil ! je vous enlèverai votre couverture devant tout le monde ! je vous planterai un bouquet d'orties dans le cul et vous vous gratterez pour l'éternité !
Mathias Malzieu – Métamorphose en bord de ciel (2011)

Trick or treat!

Voici Halloween ! Aujourd’hui les sorcières font du rodéo sur leur balai, et les morts sortent de leurs tombes pour venir embêter les vivants. Moment où les petits enfants viennent également embêter les grandes personnes….
Ah ! Faire comme ces garnements, ça fait envie, n’est-ce pas ? Devenir l’espace d’un jour une sorcière, l’espace d’une nuit un fantôme…
Et vous, que feriez-vous, si vous étiez un fantôme, lâché d’un coup dans le monde des vivants et libre de leur faire toutes sortes de blagues ?
- Il y a bien sûr l’histoire du fantôme qui tire les pieds des dormeurs pour les terroriser. Mais ça c’est très banal. On peut imaginer, comme Pierre Perret qu’en plus de les terroriser cette secousse soit l’occasion d’une scène de ménage bien saignante : et ça va continuer toute la journée !
Mais à ce que je vois, vous êtes insatisfait et votre imagination est déçue : « Tout ça c’est du pipi de chat ! ».
- Alors, voici l’idée suggérée par Mathias Malaizieu. Vous êtes donc un fantôme, vous circulez partout – même à travers les murs – et vous êtes capable d’agir dans le monde réel. Voilà donc une première idée : au lieu de tirer les pieds des dormeurs, tirez leur couverture, pour que tout le monde les voie à poil – ou pire : dans un atroce pyjamas rayé. La honte !
- Mais voici encore mieux : vous allez leur planter un bouquet d'orties dans le cul pour qu’ils se grattent durant l'éternité ! Imaginez ces pauvres gens assis dans le fauteuil du salon et qui se trémoussent parce que ça les gratte furieusement. Au point qu’ils n’en peuvent plus et les voilà, devant leurs amis distingués, qui se grattent publiquement le cul…

What a dirty trick !

Tuesday, October 30, 2012

Citation du 31 octobre 2012



Vivre dans un camp de nudistes doit sans doute gâcher tout le plaisir qu’on attend d’Halloween.
Anonyme
Le corps du nudiste est sans aucun vêtement ; le fantôme d’Halloween n’est qu’un vêtement (suaire) sans corps ; à moins que dénudé, ce fantôme ne soit plus qu’un misérable squelette.
Mais, n'en doutons pas : le jour d’Halloween, les spectres qui enlèvent leurs suaires, peuvent révéler bien des surprises
En témoigne cette œuvre de Salvador Dali :


Dali – Human skull consisting of seven naked women’s bodies

Qui sont ces fantômes qui vont, errant dans les jardins et dans les rues, la nuit d’Halloween ? Sont-ils si désincarnés ? Salvador Dali nous prouve que non, et nous oblige du même coup à nous retourner sur nous-mêmes pour nous interroger sur les fantômes qui peuplent notre imaginaire : d’où viennent-ils ? Que nous disent-ils ?
On cite souvent Spinoza (1) lorsqu’on veut parler un peu sérieusement des fantômes. Mais Spinoza se contente de repousser dédaigneusement l’hypothèse de leur existence dans la nature, œuvre selon lui des fantaisies insanes de notre imagination, sans prendre au sérieux le sens qu’ils pourraient alors avoir pour nous. Or les fantômes en disent beaucoup sur nous-mêmes, nos obsessions, nos angoisses, nos désirs secrets et défendus, etc…
Par exemple, l’intérêt de ce dessin de Dali n’est pas seulement de nous faire réfléchir aux fantômes. Il est aussi de nous inviter à une réflexion sur la mort et l’érotisme, ce qui est un peu plus excitant, avouez-le.
Quant à moi, sans aller jusqu’aux méditations macabres de Bataille, je penserai plutôt à Hamlet, déterrant un crâne d’une tombe fraichement ouverte : To be, or not to be
Oui, mais en tenant ce crâne entre ses mains, que voit-il ?
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(1) Correspondance avec Hugo Boxel. On peut la lire ici (lettre 51 et suivantes).

Monday, October 31, 2011

Citation du 1er novembre 2011


(...) Voici donc pour quelle cause je crois qu’il y a des spectres… parce qu’aussi bien qu’un corps sans âme, il existe une âme sans corps… Je pense donc qu’il y a des esprits de tout genre, sauf peut-être du sexe féminin.
Hugo Boxel – Lettre 53 à Spinoza, du 21 septembre 1674
(Lire l’extrait en annexe – Lire l’ensemble des « lettres sur les fantômes » ici)
Sculpture exposée dans les caves du Champagne Pommery – A voir sur le Site des Grigris de Sophie,
Hugo Boxel répond à Spinoza qui lui demandait si les fantômes ont un sexe, un âge, s’ils sont sages ou insensés etc…
Et voilà donc la réponse : il y a toute sorte de fantômes sauf peut-être du sexe féminin.
Et ça, ça me sidère.
Déjà, avec notre représentation des fantômes on n’imagine même pas se poser la question du sexe, puisque ce sont des squelettes : les os n’ont pas de sexe.
Ensuite en y pensant mieux, on se dit qu’en Ecosse, réputée pour ses revenants, il doit bien y avoir des fantômes de femmes – pauvres âmes tourmentées condamnées à errer dans les couloirs des châteaux la nuit.
Ainsi donc, on se demande pourquoi Boxel, qui croit aux fantômes, ne croit pas qu’il y en ait de féminins. Dans sa lettre il se contente de donner des raisons théologiques : Dieu a créé tout ce qui devait l’être même si ça nous parait incroyable. Donc il faut conclure qu’il n’était pas nécessaire à la Création qu’il y ait des fantômes féminins, c’est-à-dire des esprits féminins séparés des corps féminins. Et c’est là qu’on comprend – ou qu’on croit comprendre – que pour Hugo Boxel la femme ne peut pas devenir fantôme, parce qu’elle ne saurait être un pur esprit. Une femme a nécessairement un corps de femme ; il faut qu’elle le trimbale partout, car sans lui, elle cesse d’être.
- Oui, une femme sans corps n’est plus une femme – elle n’est plus rien du tout.
Si Dieu n’a pas créé des esprits sans corps de sexe féminin, c’est simplement parce qu’il ne le pouvait pas.
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Annexe.
Au très profond philosophe B. de Spinoza Lettre LIII
Monsieur,
(...) Voici donc pour quelle cause je crois qu’il y a des spectres. D’abord parce qu’il importe à la beauté et à la perfection de l’univers qu’il y en ait. En deuxième lieu parce qu’il est vraisemblable que le créateur a créé des êtres qui lui ressemblent plus que des êtres corporels. En troisième lieu, parce qu’aussi bien qu’un corps sans âme, il existe une âme sans corps. En quatrième lieu enfin, parce que je crois que dans les plus hautes régions de l’atmosphère, dans le lieu ou l’espace le plus élevé, il n’y a pas de corps caché qui n’ait ses habitants et conséquemment que l’espace immense compris entre nous et les astres n’est pas vide mais rempli d’habitants spirituels. Peut-être ceux qui sont le plus haut et le plus loin sont les vrais esprits, ceux qui sont plus bas, dans la région inférieure de l’air, des créatures d’une matière très subtile et très ténue, et en outre invisible. Je pense donc qu’il y a des esprits de tout genre, sauf peut-être du sexe féminin.
Hugo Boxel – Le 21 septembre 1674.