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Saturday, March 26, 2011

Citation du 27 mars 2011

Ce qu'on peut expliquer de plusieurs manières ne mérite d'être expliqué d'aucune.

Voltaire – Le siècle de Louis XIV

C’est Freud qui expliquait combien il était ridicule de se justifier de plusieurs façons différentes, comme la ménagère de l’histoire, à qui une voisine reprochait de lui avoir rendu un chaudron percé alors qu’il était intact au moment où elle le lui avait prêté :

- Ce chaudron je te l’ai rendu intact, et d’ailleurs il était déjà percé quand tu me l’as prêté. Et en plus, je ne te l’ai jamais emprunté.

Trop de justifications tuent la justification.

C’est un principe qu’il est bon d’avoir présent à l’esprit quand nous entendons nos politiciens expliquer leurs actions et les résultats obtenus. Combien multiplient ainsi leurs justifications :

- Le déficit s’est creusé, mais ç’aurait été bien pire si l’opposition avait été aux affaires. Et d’ailleurs, ce que nous avons fait n’ajoute rien à la crise qui est internationale et qu’on aurait bien vu se développer de toute façon. Et puis, il faut relativiser : la crise dont vous parlez n’existe que dans les Médias : en réalité on ne vit pas plus mal en France qu’il y a trois ans.

Devons-nous faire de ce constat de Voltaire un moyen d’évaluer notre propre conscience au moment où nous nous justifions ? Pourquoi multiplier les justifications quand notre chérie a trouvé du rouge à lèvre sur notre mouchoir, du genre :

- Mais tu te trompes ! Ce n’est pas du rouge à lèvre, mais de la peinture que j’ai essuyée sur ma manche. Et puis je me rappelle, j’ai prêté ce mouchoir à ma secrétaire… D’ailleurs, où est-ce que tu as vue, cette tâche ?

Oui, pourquoi toutes ces explications – sinon parce que nous ressentons la faiblesse de chacun d’elle ?

Monday, April 24, 2006

Citation du 24 avril 2006

« A force d'expliquer l'inexplicable, notre pays en est venu à excuser l'inexcusable. »

Nicolas Sarkozy Ministre de l’intérieur - 2ème séance du mardi 8 novembre 2005

Règle numéro un : se méfier des belles formules. Elles ne sont pas forcément fausses ; mais elles ne sont pas vraies simplement parce qu’elles sont belles.

Application : doit on croire qu’expliquer ce qui ne peut l’être conduit à excuser ce qui ne doit pas l’être ? Ceci ne fonctionne que si on admet qu’expliquer c’est excuser, et que comprendre les causes d’un acte, c’est du même coup pardonner la faute qu’on a commise.

Mais on est dans deux registres différents : d’un côté on est dans la causalité mécanique (j’ai glissé, je suis tombé, entraînant dans ma chute celle du vase qui s’est brisé) ; de l’autre on est dans celui de la responsabilité liée à la volonté donc au choix libre. Ainsi, la faute m’incombe en tant que j’ai voulu le mal que j’ai fait. A la rigueur on peut dire que je suis responsable de l’accident que j’ai produit (cassé la vase), parce que j’aurais dû le prévoir et donc vouloir l’éviter (l’enfant a cassé le vase, parce qu’il courait trop vite ; il savait bien pourtant, on lui avait dit mille fois de ne pas courir en traversant le salon ciré).

On objectera peut-être que c’est le ressort habituel de la plaidoirie des avocats que d’excuser leur client en faisant état de leur enfance maltraitée, ou des misères qu’une société injuste leur a infligées. Sans doute. Mais c’est que justement, ils plaident l’irresponsabilité, qui consiste à déplacer l’origine de la faute de celui qui a agi sur ce qui a déterminé à agir. Alors, ce n’est absolument pas une excuse, sauf à admettre qu’elle ne constitue pas un pardon : pardonner, ça veut dire : « continuons à vivre ensemble » ; excuser voudrait dire : « tu n’es qu’on pauvre irresponsable, il va falloir te soigner si tu veux continuer à vivre avec nous. »

Mais après tout c’est peut-être cela que voulait dire le ministre.