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Monday, May 22, 2017

Citation du 23 mai 2017

Il faut être rameur avant de tenir le gouvernail, avoir gardé la proue et observé les vents avant de gouverner soi-même le navire.
Aristophane
Ah !... L’expérience ! Depuis toujours elle a été l’objet de discussions et de contestations : les uns pour dire, comme Aristophane, qu’il faut avoir franchi toutes les étapes du processus de production pour prétendre commander ensuite ; les autres affirment qu’à faire cela on n’arrive au commandement que lorsqu’on est vieux et qu’on a perdu l’indispensable enthousiasme de la jeunesse.
Comme on le sait, la vie politique française vient de rencontrer ce dilemme,  avec l’élection d’un Jeune-Président qui n’a du gouvernement que peu d’expérience et du labeur politique aucun. Un blanc-bec sans expérience, qui à moins de 40 ans prétend commander des vieux routiers de la politique ? Et siéger dans des congrès internationaux ? Et parler d’égal à égal avec les grands de ce monde ? Fi donc !
Jamais rameur ; jamais vigie et pourtant déjà capitaine. Oui, telle est l’aventure de notre Jeune-Président. Et croyez-vous qu’on lui ait jeté cette inexpérience dans les jambes pour arrêter sa course au pouvoir ? Pas du tout ! Rien de rien !
Jeunisme contre culte des Séniors, tel serait donc le débat qui nous aurait dû nous agiter ? Peut-être, mais comme on s’en rappelle les attaques contre notre Jeune-Homme ont été bien différentes : au lieu de lui reprocher son manque d’expérience, c’est au contraire une trop grande expérience qu’on lui a reprochée. Seulement c’est de l’expérience de la banque qu’il s’agissait. On a dénoncé en lui le Banquier qui a été durant 2 ans chez Rothschild, période au cours de la quelle il serait devenu le financier qui livre le pauvre peuple aux actionnaires avides de le saigner aux quatre veines.

Tout se passe comme si dans la vie d’un homme il n’y avait place que pour une seule expérience formatrice : une fois passé par là, tout se referme et pour toujours vous êtes ce qu’on a fait de vous. Faites bien attention : si vous commencé à gagner votre vie en étant hôtesse chez McDo ou livreur chez DHL, alors vous le serez à  jamais quelques soient vos métiers futurs.

Friday, May 05, 2017

Citation du 6 mai 2017

La folie : faire la même chose encore et encore en s’attendant à un résultat différent.  
Albert Einstein


 « Irish whiskey triple distilled matured and bottled in Ireland »
« - Un des secrets d'élaboration de Jameson réside dans sa triple distillation lente en alambics de cuivre. Cette méthode lui confère sa douceur remarquable et sa rondeur en bouche. »
Avec cette triple distillation du whisky irlandais, on remarque  tout de suite qu’ici on n’assomme pas les braves gens avec « les abstracteurs de quintessence » ! - mais avouez que ce serait tentant. Bref on peut faire et refaire la même chose avec chaque fois un résultat différent lorsqu’on agit sur un produit qui se transforme à chaque fois.
Quant à Einstein, il avait bien sûr autre chose en vue : il s’agissait  de reprendre un geste identique effectué sur une substance identique. On aurait alors une croyance qui consisterait à dire : « Ce qui a échoué x fois réussira à la x+1ème  tentative » (1). Pourquoi ? Parce que la phase de la lune aura changé ou que les prières auront été faites avec plus de ferveur. On sait que c’est faux depuis bien longtemps, et de nos jours, à part les jardiniers, personne ne croit encore à l’influence de la lune sur notre monde (2).

Bref, rien de nouveau sous la lune (heu… le soleil plutôt). Quelle nouveauté pointe donc Einstein ? En quoi la science moderne apparait-elle avec ce principe qui place l’expérience et  l’expérimentateur au centre du processus ?
Je dirai que cette conception de la science débarrasse l’homme de tout intermédiaire dans son rapport à la matière : même le concept de nature paraît alors superflu. Qu’on regarde comment Descartes rejette tout ce fatras hors de son Discours de la méthode en affirmant qu’il ne parle pas de notre monde déjà étudié par les philosophes mais d’un monde nouveau, tout semblable au notre, sauf justement, qu’il serait vierge de toute influence occulte imaginée (et surtout : défendue) par les théologiens (3)
Répétons-le : le savant est seul face à la Nature et c’est déjà bien assez compliqué comme cela !
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(1) On aurait pu aussi dire : « Ce qui a réussi x fois réussira aussi bien la x+1ème fois ». On aurait alors le principe de la méthode expérimentale qui ne refait pas l’expérience, mais qui donne le moyen de la refaire en indiquant tous les paramètres nécessaires.
(2) Pour ceux finasseraient, je signale que bien entendu, je laisse aussi de côté le phénomène des marées.
(3) « …je me résolus de laisser tout ce monde ici à leurs disputes, et de parler seulement de ce qui arriverait dans un nouveau, si Dieu créait maintenant quelque part dans les espaces imaginaires assez de matière pour le composer, et qu'il agitât diversement et sans ordre les diverses parties de cette matière, en sorte qu'il en composât un chaos aussi confus que les poètes en puissent feindre, et que par après, il ne fit autre chose que prêter son concours ordinaire  à la nature, et la laisser agir suivant les lois qu'il a établies. » Descartes, Discours 5ème partie

Monday, April 18, 2016

Citation du 19 avril 2016

Toute connaissance est une réponse à une question.
Gaston Bachelard

Ce que nous suggère cette citation, c’est qu’il n’y a pas de découverte totalement fortuite mais que chacune d’entre elle a été faite parce qu’on cherchait quelque chose, même si c’était autre chose.
On pourrait reparler de la Chasse de Pan (1), mais on prendra plutôt l’exemple de la découverte de la pénicilline, faite par Alexander Flemming alors qu’il cherchait un antibactérien dans une toute autre direction ; de fait, si la moisissure du penicillium a contaminé sa culture de bacilles c’est que le hasard a fait que son voisin de « paillasse » travaillait alors sur l’allergie provoquée par ce champignon microscopique.
Toutefois, cette découverte qui a bouleversé le développement de l’humanité au 20ème siècle n’est pas complètement fortuite : depuis l’antiquité l’effet antibactérien de cette moisissure était remarqué, sans qu’on l’ait isolée et étudiée complètement. Mais ce qu’il y a de nouveau ici, et en même temps ce qui corrobore notre auteur-du-jour, c’est que l’esprit scientifique est ouvert à la nouveauté, quelle qu’elle soit. C’est là qu’elle procède à l’inverse la mentalité magique : celle-ci ne cherche aucune réponse ni même aucune preuve. Elle sait ce qui va arriver avant même que ça arrive parce que la tradition lui a révélé qu’il ne pouvait en être autrement. Ainsi, pour guérir un panaris, il faut chasser le mauvais esprit qui s’est emparé du malade, le quel esprit du mal est connu avant même d’être recherché : s’il ne répond pas, c’est parce qu’il est trop fort ou alors parce que le chaman est mauvais. On ne peut pas se tromper sur la question parce que la tradition nous dispense – voire même condamne – la recherche d’autre chose.
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(1) Bacon appelait l’expérimentation « Chasse de Pan », en souvenir du Dieu Pan qui partit à la chasse et tomba en chemin sur une nymphe. Prise inattendue, mais bonne prise quand même !

Tuesday, June 02, 2015

Citation du 3 juin 2015

Si les vieux ne servent même plus à démystifier le monde pour les plus jeunes, alors à quoi pourraient-ils encore servir ?
Jean-Pierre Hamel – Blog Citation du jour (10 février 2007)
Oui, vous avez bien lu : je m’autocite dans ce Blog qui voudrait être une anthologie des citations remarquables. Quel orgueil !
Mais acceptez, chers lecteurs, que je le fasse juste pour une fois, sans aucune prétention, mais pour glisser quelques idées qui me viennent à cette occasion.
On a l’habitude de ricaner quand on entend un vieux marmonner : « Aujourd’hui tout fiche le camp ! Plus de morale, plus de respect, plus de conscience professionnelle, ni citoyenne ». Les vieux-ronchons (pour parler comme Michel Serres) sont bons à mettre au rencart et voilà tout.
Mais écoutons-les mieux : peut-être n’est-ce là qu’une petite partie de leurs propos. Peut-être qu’après ça ils ont bien d’autres choses à dire. Comme par exemple :
- Voyez les émotions qui vous agitent dans les sursauts de la vie publique : vous êtes Charlie et c’est merveilleux ! Mais croyez-moi : cette agitation est aussi vieille que notre monde et je l’ai toujours connue. On croit que ça arrive pour la première fois parce qu’on le vit pour la première fois à 20 ans. Seulement, comme le premier amour, la première manif’ et le premier meeting ne sont en réalité que la réédition d’une longue série. Votre première fois, n’est qu’une fois parmi bien d’autres.
- Dis-donc Grand père, tu crois ne pas être un vieux ronchon et tu nous dis que notre émotion, notre impression d’être entrain de soulever le ciel n’est en réalité qu’une engaine usée pour avoir été trop souvent fredonnée et qu’en réalité elle change rien à la banalité du quotidien ? Et tu voudrais qu’on te saute au cou ?

- Je ne servirais donc à rien ? Bon d’accord, je comprends. Mais si vous voulez m’envoyez à l’hospice, n’oubliez pas d’y mettre aussi les historiens !

Tuesday, March 12, 2013

Citation du 13 mars 2013



Les jeunes ne savent pas que l’expérience est une défaite et qu’il faut tout perdre pour savoir un peu.
Camus – L’ironie [Extrait de : L’envers et l’endroit (1937) – p. 18 (Pléiade)]
L’expérience serait-elle, comme la culture selon Edouard Herriot (1) ce qui sert à nous construire, à condition qu’on sache l’oublier ?
Vérifions : Camus nous met en garde contre le fait d’ignorer que l’expérience est une défaite : tel est le  privilège de l’âge mûr – savoir par expérience qu’il faut oublier l’expérience.
Oui, sans doute : la défaite est ce qui nous attend si l’on s’imagine que l’expérience vécue contient la solution qu’on pourra appliquer telle quelle pour résoudre les problèmes du présent.
- Par exemple : cette horrible guerre (14-18) dont, en 1937 (date de publication de cette première œuvre de Camus), on veut croire qu’elle nous enseigne ce qu’il faut faire pour en éviter le retour.
--> Oui, mais voilà que l’expérience, qui prétend façonner l’avenir à son image, nous trompe : on ne peut faire face à un présent radicalement nouveau qu’à condition d’oublier l’expérience passée.
Faudrait-il dire que les vieux sont inférieurs aux jeunes, non seulement parce qu’ils ont perdu la force de faire, mais encore parce que leur expérience fausse leur capacité à comprendre le monde ? Et que, par contre, les jeunes sont des conquérants à l’assaut du réel – conquête qui leur est possible parce qu’ils sont entièrement neufs devant des circonstances également neuves.
Oui, en 1937 on pouvait interpeler l’ancien combattant rescapé des tranchées : - Vieillard, quelle est ta victoire ? Est-elle de te souvenir d’un passé révolu ? Est-elle d’avoir survécu à l’enfer ? Est-elle d’avoir appris seulement que le pire est réellement possible ?
le pire est réellement possible : c’est à cela que cette phrase de Camus nous fait penser. Il ne s’agit pas d’un banal « cassandrisme » : Aujourd’hui pire qu’hier et bien moins que demain. Pensons plutôt à l’avertissement de Paul Valéry (2) : les progrès de la civilisation sont aussi les progrès du carnage.
Ce qu’il faut garder de l’expérience, c’est ce qui se propage à jet continu du passé vers l’avenir.
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(1) Nous pensons bien entendu à sa formule : La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié.
(2) Rappelons cette atroce citation : Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anéantir tant de villes en si peu de temps; mais il a fallu non moins de qualités morales. (Paul Valéry, La crise de l’esprit – Commenté ici)

Monday, October 03, 2011

Citation du 4 octobre 2011

C'est la théorie qui décide de ce que nous pouvons observer.

Albert Einstein

J’en étais à chercher une pensée d’Einstein qui pourrait nous éclairer sur ce qu’il dirait au cas où, ressuscité, il aurait connaissance de ces impertinents neutrinos qui vont plus vite que les photons.

Et je tombe sur cette phrase : C'est la théorie qui décide de ce que nous pouvons observer – et je me dis que depuis l’époque de Galilée, on n’a pas beaucoup appris.

Je m’explique : Galilée, ayant inventé la lunette astronomique et ayant constaté qu’il y avait des montagnes sur la lune et des taches sur le soleil – ce qui contredisait à la théorie aristotélicienne dominante à son l’époque – s’entendit répondre : « Aristote n’a jamais dit qu’il fallait observer le ciel avec une lunette astronomique ».

Et alors aujourd’hui, certains disent : « il est impossible que les neutrinos aillent si vite, parce que la théorie de la relativité dit que c’est impossible… Donc votre observation est fausse.»

Qu’avons-nous donc appris depuis Galilée ? Que les révolutions scientifiques ne se font pas sans dégâts psychologiques (chez les physiciens) ? Qu’elles sont soutenues par les convictions des savants plus encore que par les expériences ?

En tous cas, on voit bien qu’un changement si radical dans la théorie ne va pas sans souffrances : même l’équipe qui a découvert ces neutrinos si véloces dit à la communauté scientifique « Montrez-nous que nous avons fait une erreur, et nous vous remercierons » – et ce n’est pas par modestie.

Maintenant, il y a des scientifiques plus « philosophes » qui disent : « Oh… Si c’est vérifié, il n’y aura pas à changer de théorie. On dira que dans la formule « E=mc2 », hé bien n’est-ce pas, la variable « c » ne désignera plus la vitesse de la lumière mais celle des neutrinos. »

--> Dites-moi pas que les photons, quand ils accélèrent, ils deviennent des neutrinos !

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N.B. Moi, pauvre philosophe, je n’ai pas le bagage scientifique (et surtout mathématique) pour en discuter, pourtant il y a quelque chose de bien embarrassant dans tout ça : c’est que les photons, même quand on les excite et qu’on leur balance de l’énergie supplémentaire, ils n’accélèrent pas ! Rien, pas un epsilon au-dessus des 300000km/s ! Qu’est-ce donc qui les retient, puisque les neutrinos, eux, ils sont capable d’aller plus vite ?