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Wednesday, August 09, 2017

Citation du 10 aout 2017

L’homme est la seule espèce où les mâles tuent massivement les femelles de leur espèce.
Françoise Héritier – Article de Science et avenir d’aout 2017
(Repris de l’article publié ici le 24 janvier 2012)

Il y a quelques jours (le 31 juillet) nous nous faisions l’écho de l’indignation soulevée par le viol des femmes entendu comme méthode d’humiliation des hommes, considérant donc les femmes comme une propriété quelconque.
Rien à dire sauf que c’est un peu facile : voilà un crime odieux dont nous pouvons allègrement nous innocenter : ce sont les autres qui font ça – les fanatiques, les arriérés, les …
Bref, il faut aussi nous sonder en tant qu’espèce et non entant que faisant partie d’une civilisation particulière.
Déjà, précisons que cette brève intervention de Françoise Héritier prend place dans un dossier consacré à la violence intra-spécifique (1) : les hommes ne sont pas les seuls mammifères à massacrer ceux de leur espèce : le suricate est le pire – après nous.
En revanche, les hommes sont les seuls à tuer massivement les femelles de leur espèce. Et cela est très surprenant parce qu’en terme d’évolution les femelles sont indispensables à la survie de l’espèce. C’est donc un comportement collectif mais qui irait à l’encontre de l’intérêt de l’espèce. Voilà qui donne à réfléchir !
Lisons Françoise Héritier : «  L’humain est bien doué de raison, mais c’est justement cette capacité qui le conduit à avoir un comportement déraisonnable. » On croirait lire Rousseau : en matière d’anthropologie on n’aurait donc rien découvert de mieux depuis son époque ? Ça mérite réflexion.

Les questions sont pressantes et multiples : faisons un choix. Avec Françoise Héritier, demandons nous non pas pourquoi les mâles massacrent les femelles mais comment ces massacres ont pu persister malgré les mécanismes de l’évolution et de la conservation de l’espèce. Car enfin ce sont bien les femmes qui assurent la propagation de l’espèce, et cela même les plus fanatiques des hommes l’ont quand même perçu : au moyen-âge les théologiens et les moines ont considéré que – hélas – Dieu nous avait fait de telle sorte qu’on soit obligés de copuler pour faire des enfants.
On dira que les primates (en particulier les chimpanzés) tuent systématiquement les petits de la femelle qu’ils viennent de prendre. Mais c’est là un mécanisme de protection de sa propre descendance : il faut supprimer ceux qui pourraient être concurrents de ses enfants. Les hommes en feraient donc de même, non pas en tuant les femmes, mais en tuant les enfants de leurs adversaires, dont ils captureraient les femmes pour leur faire de petits qui seraient de leur sang. Qu’on se rappelle l’histoire de l’enlèvement des Sabines.



Nicolas Poussin – L’enlèvement des Sabines

Oui, les romains n’ont pas massacré les femmes des Sabins. Ils leur ont fait des enfants.
Ce qui laisse entière la question. (2)
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(1) Rappelons quand même qu’il s’agit d’un extrait d’un article plus long et publié à l’adresse signalée ci-dessus.
(2) Nous suivons ici Platon dont certains dialogues (dits « aporétiques ») se terminent sur un point d’interrogation.

Thursday, June 15, 2017

Citation du 16 juin 2017

L'homme est une création du désir, non pas une création du besoin.
Bachelard
L’opposition entre désir et besoin est toujours d’actualité, mais elle ne date pas d’aujourd’hui, chaque époque la mettant en jeu à partir de sa problématique propre. Pour refuser le désir et pour s’en tenir à la satisfaction des besoins, notre époque a mis en avant :
            - la conservation de la planète.
Mais autrefois, on avait d’autres préoccupations qui toutes aboutissaient pourtant à la même volonté d’exclure le désir :
            - la préservation de la pureté de l’âme ;
            - le bonheur dans la sérénité.
Il en va de même pour le adeptes du désir : les motifs de le privilégier sont restés à peu près les mêmes :
            - soit on fait (comme ici) du désir le moteur du progrès humain ;
            - soit son exclusion est jugée contre-nature et d’une insupportable tyrannie ;
            - soit enfin on introduit le plaisir – contre partie du désir – comme souverain bien.

Se plaçant dans une perspective évolutionniste, Bachelard entre donc dans une voie déjà tracée avant lui : faisant cela il considère l’âge d’or comme un progrès à venir et non comme un paradis perdu dans un passé  auquel nous aspirons encore.
Pourquoi pas ?
--> Mais il fait un peu plus que cela : puisque ce sont les inventions liées au désir qui induisent les changements de l’homme, il fait de l’évolution de l’espèce un effet de la culture et non de la nature. Chaque tournant de la civilisation, comme la maitrise du feu ou la découverte de l’agriculture et de l’élevage, ou encore les rites religieux ou les règles matrimoniales ont eu un effet en terme d’évolution ; l’évolution de la culture ouvre ainsi des portes et en ferme d’autres. De plus, ne l’oublions pas, l’évolution de l’espèce humaine n’est pas terminée, elle se poursuit encore sous nos yeux, sans que nous le sachions, comme des chaines de montagne (l’Himalaya par exemple) continuent de se surélever centimètres après centimètres.

Les choix de civilisations ne sont donc pas seulement des désirs à faire triompher pour aujourd’hui ; ce sont aussi des engagements qui impliquent l’espèce toute entière pour demain.

Saturday, April 22, 2017

Citation du 23 avril 2017

Armstrong, un jour, tôt ou tard, On n'est que des os / Est ce que les tiens seront noirs ? Ce serait rigolo / [...] / Au delà de nos oripeaux / Noir et Blanc sont ressemblants / Comme deux gouttes d'eau
Claude Nougaro - Chanson (adaptation de Go down Moses -
Arrangement de Maurice Vander)


Les scientifiques l’ont dit et répété : les gènes porteurs des caractéristiques raciales comme la couleur de la peau ou des cheveux sont des allèles parmi les moins importantes dans la constitution de l’organisme, comme des reflets variables à la surface d’un bulle de savon.
Il va de soi qu’il faudrait une sacrée dose d’obstination et de fanatisme pour prétendre qu’il y aurait également des gènes responsables du comportement sexuel ou de la position dans la société (même si on l’a déjà prétendu) – voire même de la foi religieuse. On dira plutôt que c’est l’histoire qui fait l’homme et que, réduit à l’état de squelette (ou de poussière comme dans notre Post d’hier), il y a peu de chances que quelque chose en soit marqué.
C’est une évidence ; mais alors pourquoi cette obstination à chercher dans la nature – la race, l’espèce, la génétique – les sources de ces différences qui portent les inégalités de condition ?
L’ouvrier est-il né ouvrier, et le bourgeois – bourgeois ? N’est-ce pas que l’on veuille pérenniser ces classes sociales, en faire un héritage de la nature, comme il y avait autrefois la croyance dans la différence de nature entre les nobles et les roturiers, le sang bleu courant dans les veines des premiers et non des seconds ? Et d’ailleurs cet espoir de voir la nature relayer notre personnalité ou nos goûts particuliers se retrouve dans la croyance que nous les transmettrons de façon héréditaire à nos descendants (1).
Toutefois, certains chercheurs estiment aujourd’hui probable cette possibilité que des caractères acquis se transmettent par l’hérédité (héritabilité épigénique cf. ici). Mais, voyez comme nous sommes : tellement convaincus que ce qui compte, c’est qu’Armstrong était noir de peau … et que ça explique pourquoi il jouait si divinement de la trompette.
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Saturday, April 02, 2016

Citation du 3 avril 2016

Si les choses que Dieu produit immédiatement étaient faites pour atteindre la fin que Dieu se propose, il s'ensuivrait que celles que Dieu produit les dernières seraient les plus parfaites de toutes, les autres ayant été faites en vue de celles-ci.
Spinoza – Ethique appendice du livre 1
Dans sa critique du finalisme (= tout ce qui existe possède une fonction et existe en vue d’un but) Spinoza condamne également l’évolutionnisme parce qu’il suppose le finalisme : par exemple, les états successifs de l’Univers iraient du moins parfait au plus parfait ce qui suppose qu’Il ait créé autrefois comme un brouillon de ce qui est aujourd’hui, ce qui contredit au principe selon le quel un être parfait ne peut créer quelque  des choses également parfaites (1).
A l’encontre de cet évolutionnisme, Spinoza considère que tout ce qui existe est aussi parfait que possible ; appliqué à l’évolution des espèces, cela signifie que tout dans la nature est parfait à sa façon, c’est à dire conforme au milieu dans le quel il vit et ce n'est pas contradictoire avec ce qu'aujourd’hui nous pensons avec Darwin. Nous disons en effet que, si le monde change, alors les espèces vivantes doivent changer également pour s’y adapter. Ainsi de l’être humain : nous savons qu’il a évolué dans le temps et qu’il a eu des formes très différentes de ce qu’il est devenu aujourd’hui. Certains y ont vu la confirmation de la supériorité de la race blanche, supposée d’apparition récente, sur les races de couleur supposées primitives – c’est exactement sur ces bases-là que les doctrines racistes du 19ème siècle ont fonctionné.

Mais comme Spinoza on peut aussi dire que chaque espèce a eu sa perfection, qu’elle a eu sa place dans la nature au moment où elle existait parce qu’elle lui était adaptée : les homo-habilis n’auraient surement pas survécus sans cela. Et d’ailleurs nous-mêmes, homo sapiens, serions-nous capables avec  notre corps grêle surmonté d’une grosse tête de vaincre l’ours des cavernes ?
Et puis, si on déplore « notre corps grêle surmonté d’une grosse tête » – si on considère que l’humanité dégénère, que nos jeunes générations courent moins vite qu’avant et qu’elles trimbalent plus de graisse : considérons que pour triturer un écran de Smartphone, il suffit de ne pas avoir de trop gros doigts. Relisons ce poème prophétique d’Raymond Queneau :
Moi jmégris du bout des douas
Oui du bout des douas
Oui du bout des douas
Moi jmégris du bout des douas
Seskilya dplus diatingié
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(1) Dans l’hypothèse de la création en 7 jours telle que décrite dans la genèse: selon le finalisme Dieu en créant le monde, aurait créé et le monde tel qu’il était il y a 13 milliards d’années et ce qu’il doit à terme devenir, étant entendu que cet état final doit être supérieur à l’état initial. C’est la thèse de Leibniz

Wednesday, August 05, 2015

Citation du 6 aout 2015

Si la question de la priorité de l’œuf sur la poule ou de la poule sur l’œuf vous embarrasse, c’est que vous supposez que les animaux ont été originairement ce qu’ils sont à présent. Quelle folie ! 

Photo « citée » le 11/11/2011
C’est sur cette histoire de « l’œuf et de la poule » que se jettent les créationnistes de tout poil (je devrais dire : de toute plume). Car on touche ici à l’impossibilité pour l’esprit humain de penser la cause première.
Qu’y avait-il avant ?... En répondant, on en arrive forcément à un Fiat divin au-delà du quel il est impie de prétendre aller. La cause est entendue : Dieu a-t-il voulu la poule, ou bien a-t-il voulu l’œuf ? Qu’importe : si c’est Dieu qui l’a voulu je n’ai pas à demander ce qu’il en est. D’ailleurs, s’Il l’a voulu, Il a pu créer en même temps la poule et l’œuf.
On voit du même coup la faiblesse de cet argument : c’est qu’on suppose qu’il a fallu absolument et de toute éternité une poule pour pondre un œuf de poule : et j'attribue la cause première des êtres vivants au Créateur, alors la poule descend de … la poule ! Ainsi, la création est fixée une fois pour toutes dans l’état que nous lui connaissons, les espèces vivantes n’ont pas pu évoluer ; de toute façon, la création étant parfaite – forcément parfaite – rien n’a pu changer. Or dans la réalité la vie est faite pour évoluer, les plantes pour s’hybrider, les animaux pour se métisser, les cellules vivantes pour muter. Pour refuser cela les créationnistes doivent rejeter tous les apports de la science, de la zoologie, en terme de datation, de fossiles etc.
Concédons qu’il est quand même vrai que les chiens ne font pas des chats ; mais admettons aussi que l’œuf qui donne naissance à une poule ait été pondu – il y a longtemps – par un animal légèrement différent de la poule. D’ailleurs, s’il est vrai que les chiens ne font pas des chats, il est vrai également qu’ils ont un ancêtre commun.

Relisons notre Citation : il est remarquable que Diderot ait pointé justement cet argument, alors que l’évolutionnisme à son époque n’était pas encore théorisé : en témoigne ce site qui recense les arguments en faveur de cette réponse sans même songer à donner la parole à Diderot : quelle injustice !