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Sunday, February 26, 2017

Citation du 27 février 2017

S'il ne se passe rien, écris pour le dire.
Cicéron
Un haussement d’épaule, une moue dégoutée : vous n’appréciez pas cette citation de Cicéron : « Encore une vanne ! On le sait depuis longtemps que seuls les crétins disent  « Ce n’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule » : de qui se moque-t-on ? »

Tout doux cher ami ! Croyez-vous donc que c’est pour une pareille banalité qu’on conserve cette pensée depuis plus de 2000 ans ? Que pendant tout ce temps, les lettrés qui l’ont lue se sont dit : « Tient ! Une vanne de Cicéron ? Gardons-la précieusement… »
Non, n’est-ce pas : il faut impérativement prendre au sérieux cette injonction : on peut ne rien avoir à dire, certes ; mais c’est peut-être simplement parce qu’il ne se passe rien. Dans ce cas, peut-être est-ce une raison suffisante pour le remarquer, comme Louis XVI inscrivant dans son livre de raison « Rien » à la date du 14 juillet 1789, signifiant que ce jour-là il n’avait rien pris à la chasse (voir ici) – ce qui n’est pas rien du tout, puisqu’alors on comprend que les loisirs du Roi sont suffisamment importants pour en conserver la trace.

Tout se passe comme si Cicéron adressait un avertissement à la presse de notre temps qui est à l’affut de tout évènement qui passe, si inessentiel soit-il. Qu’est-ce qui fait que l’éternuement d’une vedette du showbiz est suffisamment important pour qu’on en parle, alors que la poursuite du siège d’une ville du moyen orient au cours de la quelle les gens continuent de mourir à petit feu ne mérite pas une seule petite mention ? C’est que la première « nouvelle » relève de l’instantané, de l’évènementiel, et que, quelque soit le calibre de l’événement, il l’emporte sur les faits de longue durée. S’il ne se passe rien c’est peut-être que rien ne change, donc que tout ce qui était continue d’être.
Nous avons besoin de nouveauté, non pas que ce qui est nouveau soit plus important que ce qui dure, mais plutôt parce que nous avons besoin de surprise. Voyez comme nos hommes politiques l’entretiennent savamment et font de leur décision un évènement simplement parce qu’ils ont su faire croire jusqu’au dernier moment qu’ils allaient faire l’inverse de ce qu’ils annoncent finalement (1).
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(1) On aura saisi l’allusion à l’annonce du ralliement de monsieur Bayrou à monsieur Macron.

Tuesday, May 15, 2012

Citation du 16 mai 2012


Les événements effacent les événements ; inscriptions gravées sur d'autres inscriptions, ils font des pages de l'histoire des palimpsestes.
Chateaubriand – Mémoires d'outre-tombe
Dans la série les inventeurs visionnaires – Aujourd’hui : le buzz.
Le mot palimpseste désigne :
            - soit une technique visant à réutiliser un parchemin déjà écrit en le lessivant,
            - soit (par métonymie) les vieux textes qui ressurgissent à un examen attentif sous les nouvelles inscriptions, permettant par exemple de ressusciter des pages de Cicéron qu’on croyait à tout jamais perdues.
Chateaubriand prend le premier sens : le palimpseste est une figure de la succession des événements. En effet, l’événement peut être considéré comme faisant partie d’un enchainement par lequel il vient à l’existence en remplaçant un événement antérieur ; mécanisme qui fera qu’il sera à son tour supplanté par un événement ultérieur.
Tout événement qui apparait ne peut le faire qu’en chassant de l’actualité un événement antérieur.
Nuance : le palimpseste comme on l’a dit, est un traitement du parchemin qui régénère sa virginité (1). L’événement selon Chateaubriand est nécessaire à la fois pour faire disparaitre un événement antérieur et pour faire apparaitre le nouvel événement. Autrement dit dans l’actualité, jamais de page blanche. Mais il y a des événements dont le seul rôle est de renouveler la page, de la rafraichir comme on dit aujourd’hui. C’est cela faire le buzz.
Seulement, Chateaubriand constatait que ça marchait comme ça au XIXème siècle, bien avant que ne soient inventés l’Internet et les médias d’aujourd’hui.
Et donc, on peut dire que nos inventions récentes n’ont fait que perfectionner un système qui fonctionnait bien avant, que ce sont donc des inventions d’outils (comme on dit aujourd’hui) et pas de nouvelles manières d’être.
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(1) Dans son livre intitulé Sur la route du papier, Erik Orsenna raconte que l’un des premiers usages du papier en occident a été de servir à rédiger des actes officiels parce qu’on ne pouvait le gratter ni le lessiver sans le détériorer : sa fragilité le rendait infalsifiable.

Saturday, May 08, 2010

Citation du 9 mai 2010

En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois qu’un événement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu pour se dérouler ainsi.

Franklin D. Roosevelt – Discours, entretiens et autres sources

L’événement apparaît comme la trace de l’inévitable contingence de l’histoire, le fait que les effets sont toujours « en débordement sur leur cause » (H. Arendt). L’événement doit alors être compris dans son originalité irréductible et non pas « expliqué », c’est-à-dire intégré à une causalité.

Source : Dictionnaire la Philosophie de A à Z

Quand on lit cette pensée de Roosevelt on se dit qu’aujourd’hui, ou bien il nous faudrait à nouveau des hommes aussi clairvoyants que lui, ou bien nos politiciens le sont encore réellement et alors il faut les traduire devant un tribunal pour haute trahison.

Parce que tous les malheurs qui nous frappent, s’ils étaient prévisibles, alors que n’ont-ils fait le nécessaire pour les atténuer ?

Supposons qu’ils soient aussi clairvoyants que Roosevelt le dit : quelles options s’offrent à eux devant un malheur imminent ?

1 – Faire comme Churchill qui disait à ses compatriotes en 1940 : Je vous promets de la sueur, du sang et des larmes ?

2 – Faire comme les dirigeants grecs voyant s’enfler leur déficit : maquiller les comptes et fermer les yeux sur l’inévitable catastrophe financière qu’on observe à présent ?

3 – Faire comme le président américain Georges W. Bush, s’adressant aux habitants de la Nouvelle–Orléans à la veille du passage de l’ouragan Katrina : Je vais prier pour vous ? (1)

Il y a donc deux choses à déterminer :

- Premièrement si tous les événements sont prévisibles, ou bien si, comme le dit excellemment Arendt, ils sont des effets en débordement sur leur cause.

- En suite si pour les événements qui resteraient prévisibles il est en notre pouvoir de les contrecarrer.

A quoi servent les dirigeants politiques si les événements sont les uns imprévisibles et les autres inévitables ? Franchement on pourrait aussi bien économiser sur leurs traitement en les supprimant : ils ne servent à rien.

L’histoire des maisons de Vendée que le gouvernement veut raser parce qu’inondables nous le rappelle : on ne peut rien contre les forces naturelles, et l’exemple de la Louisiane (2) nous le rappelle aussi.

Mais, si on ne peut rien contre la nature, on peut quelque chose « avec » : si on peut prévoir ses effets on peut encore s’y préparer ; et donc raser les maisons indûment construites en zone inondables.

Quoi de politique là dedans ? Un bon ingénieur des Ponts et Chaussées ferait tout aussi bien l’affaire.


(1) C’était il est vrai après avoir déclaré l’état d’urgence.

(2) Je pense ici à l’ouragan, pas à la marée noire

Thursday, February 22, 2007

Citation du 23 février 2007

De ce lieu et de ce jour, date une nouvelle époque dans l’histoire du monde.

Goethe - Campagne de France et de Mayence (à propos de la bataille de Valmy)

Deux observations :

- D’abord c’est en 1817 que Goethe publia cette remarque concernant la bataille de Valmy. Aurait-il dit la même chose le soir du 20 septembre 1792, date de la bataille ?

- En suite, y a-t-il eu quelque part dans l’histoire des ruptures aussi franches, provoquant le basculement d’une époque et l’arrivée d’une autre ?

Nous avons connu le même sentiment que Goethe en 1989, dans la nuit du 9 au 10 novembre, quand le mur de Berlin tomba. Nous aussi nous aurions pu dire : De ce lieu et de ce jour, date une nouvelle époque dans l’histoire du monde. De pareils événements existent-ils vraiment ? Oui si on admet qu’ils signalent une rupture ; mais peut-être pas si on pense qu’ils l’ont provoquée.

Que ce soit la chute du mur qui marque ce passage d’une époque à l’autre importe peu dans la mesure où il s’agit bien entendu d’un symbole. Ce qui compte c’est que le bloc soviétique cessait d’exister et que les régimes politiques se vidaient de l’intérieur, ne conservant qu’une apparence : la « révolution de velours » en Tchécoslovaquie en est le témoignage. Ce ne sont donc pas les événements qui font l’histoire, c’est l’histoire qui fait l’événement. Les ruptures sont des phénomènes des surface, liés à des résistances superficielles aux changements permanents et profonds : comme le tremblement de terre.

Peut-on aller plus loin ? Ces changements existent-ils vraiment ? Oui, bien sûr : le « nouvel ordre mondial » est une réalité, mais est-ce que ça change quelque chose ?

Je me rappelle…. Le lendemain de la chute du mur, un élève d’extrême droite me dit « Ça fait chier… Maintenant on n’a plus d’ennemis ! ». Mais il se trompait.