Tuesday, December 11, 2012
Citation du 12 décembre 2012
Saturday, September 08, 2012
Citation du 9 septembre 2012
Wednesday, July 18, 2012
Citation du 19 juillet 2012
Tuesday, December 14, 2010
Citation du 15 décembre 2010
Tuesday, September 07, 2010
Citation du 8 septembre 2010
L'erreur préférable à l'inquiétude.
Lorsqu'on ne sait pas la vérité d'une chose, il est bon qu'il y ait une erreur commune qui fixe l'esprit des hommes, comme, par exemple, la lune, à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies, etc. ; car la maladie principale de l'homme est la curiosité inquiète des choses qu'il ne peut savoir ; et il ne lui est pas si mauvais d'être dans l'erreur, que dans cette curiosité inutile.
Pascal – Pensées (Fragment Le Guern 628)
L'erreur préférable à l'inquiétude… Deux observations donnent raison à Pascal :
- La première, c’est l’incroyable crédulité des « gens » (= tous sauf nous, bien sûr !) a admettre une affirmation tout à fait invérifiée sous réserve qu’elle soit affirmée avec conviction et surtout qu’elle donne réponse à une interrogation qu’ils se posent. (1)
- La seconde, c’est l’attachement que nous avons pour nos opinions dès lors qu’elles nous mettent à l’abri du doute. Le doute, ressenti comme une maladie de l’âme – ou au moins une de ses faiblesses. Pour un néophyte, lire Descartes, présente une difficulté majeure : admettre qu’on puisse douter par volonté de savoir. C’est peut-être encore plus difficile à comprendre que le cogito.
Voyez l’exemple donné par Pascal : le rôle de la lune dans les épisodes climatiques, voire même dans l’évolution des maladies (pensons aux lunatiques). Même moi, qui ne fréquente pas spécialement les jardiniers, j’ai renoncé à ricaner quand ils affirment cultiver avec la lune : a quoi bon se faire des ennemis pour si peu…
Mais lisons d’un peu plus près le texte de Pascal. Il contient une remarque qui doit nous faire dresser l’oreille (ou les neurones ? Oui, si vous voulez) : il ne lui est pas si mauvais d'être dans l'erreur, que dans cette curiosité inutile. Ce qui compte, voyez-vous, ce n’est pas ce que nous faisons objectivement avec notre savoir (comme d’amender le sol du jardin si nous connaissons sa composition, ou lancer une fusée grâce à des calculs balistiques), mais bien ce que ce savoir produit en nous.
La connaissance pour Pascal – du moins dans ce fragment – doit être évaluée en termes psychologiques. Et c’est avec ce critère qu’elle est mise en compétition avec la croyance.
Ou avec la foi.
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(1) C’est ce que dira Lévi-strauss dans un texte justement célèbre, cité et commenté ici.
Monday, March 12, 2007
Citation du 13 mars 2007
J’ai souvent été frappé du fait que les professeurs de sciences, plus encore que les autres si c’est possible, ne comprennent pas qu’on ne comprenne pas.
G. Bachelard - La formation de l’esprit scientifique.
Je vais faire plaisir aux cancres - s’il y en a qui me lisent : votre professeur y est peut-être pour quelque chose.
En disant cela, je sais que je cours le double risque de paraître donner des leçons à ceux qui font ce dur métier ; et de flatter bassement tous ceux qui ont tâté de l’échec scolaire. Autant dire que je m’adresse à ceux qui auront la patience de lire, et l’esprit libre de préjugé.
Bachelard évoque ici une psychologie de l’erreur, qui ne doit rien aux préjugés sociaux-culturels (encore que ça existe bien évidemment) et il met en cause, chez les enseignants, l’indifférence - voire l’ignorance - pour ces mécanismes. Dans certaines erreurs, le langage, et surtout l’intuition première y sont pour quelque chose : prenons, dit Bachelard, l’exemple du principe d’Archimède. On n’y comprend rien parce qu’on suppose que le morceau de bois « flotte » sur l’eau ; quand on l’enfonce, on dit qu’il « résiste ». On est de ce fait incapable de comprendre qu’il est en réalité soutenu à la surface par une poussée calculable mathématiquement.
Vous êtes prof de physique, vous expliquez cela à vos jeunes élèves : ils vont être morts de rire. Dur métier, oui… Mais demandez au prof de physique pourquoi ses élèves ne le comprennent pas, et il vous répondra qu’ils n’ont pas écouté, ou qu’ils sont de mauvaise volonté ; peut-être même qu’ils sont trop bêtes.
Alors vous me direz qu’il y a des IUFM pour résoudre ces difficultés, que des théoriciens de la pédagogie ont depuis longtemps trouvé la parade, etc… Mais dans la pratique, il y a toujours des profs qui «ne comprennent pas qu’on ne comprenne pas ». Pourquoi ?
A mon avis, c’est que les profs ne savent pas ce que c’est que d’être un élève qui ne comprend pas : eux, ils ont été des bons élèves qui ont toujours su trouver leur place dans la classe et se faire apprécier de leurs profs - bref : ils ont aimé ça. Oui, mais quand on a été humilié par des profs sadiques, « cancrifié » dans des disciplines fondamentales, même - et surtout - si on a pris sa revanche dans la vie, on ne se mêle pas de devenir prof.
Pour lutter contre l’échec scolaire, il faudrait réserver les concours de recrutement des enseignants à ceux qui ont été des cancres. Eux seuls comprendraient qu’on ne comprenne pas.
Saturday, September 09, 2006
Citation du 10 septembre 2006
Il n'est rien qui soit véritablement à nous que nos erreurs.
Victor Brochard - De l'erreur
Si l’erreur est notre seule propriété, c’est qu’elle exprime notre être véritable, et qu’à la question « qui suis-je ? » il faut répondre : « Je suis la somme de mes erreurs. »
Il y a de quoi écrire des volumes là dessus. Moi qui m’en tiens à quelques remarques (quelques « starters » de réflexion, si possible), je dirai simplement que la phrase de V. Brochard (1858-1907. Spécialiste des sceptiques grecs) affirme que l’erreur est une création, et que donc ce n’est pas un pur néant.
C’est une création parce qu’elle ne peut nous exprimer qu’à condition d’être une œuvre individuelle. La vérité n’est pas une œuvre et elle n’est surtout pas individuelle. Soit le théorème de Pythagore. Puis-je imaginer que c’est une création de Pythagore ? Si c’était le cas, la vérité contenue dans ce théorème aurait commencé d’être au moment même où Pythagore l’aurait énoncée pour la première fois. La théorie de la réminiscence de Platon veut dire ça : les vérités sont éternelles on ne peut croire qu’elle aient commencé avec nous.
Soit. Mais on pourrait croire aussi que l’erreur nous appartient parce qu’elle exprime notre imperfection. C’est Descartes qui le dit : Dieu a, dans Sa grande bonté créé les vérités, et les erreurs ne sont que l’effet de l’imperfection de la créature. L’erreur est humaine.
Oui, mais si l’erreur - en tant qu’imperfection - est un néant, elle n’est pas une œuvre, et donc elle n’est pas notre bien le plus authentique ; elle n’est qu’une conséquence de notre finitude, tout comme l’est notre mortalité. Reste donc à dire que l’erreur est invention. Comme la vérité ? soit. Mais la vérité ne nous appartient pas en propre parce qu’elle doit pouvoir se partager, alors que l’erreur est cette invention que personne ne pourra partager avec moi.
Si donc l’erreur est quelque chose, qu’est-elle ? L’erreur ne produit pas de connaissance ; certes. Mais elle produit du sens. A côté de la vérité, il y a encore de la place pour du sens. Restons avec Descartes : lorsqu’il dit par exemple que les poumons ont pour fonction de refroidir le sang échauffé par le cœur, c’est faux bien sûr ; mais ça a du sens par rapport à sa doctrine mécaniste.
Tuesday, August 01, 2006
Citation du 2 août 2006
Bien des erreurs sont nées d'une vérité dont on abuse.
Voltaire
« …une vérité dont on abuse ». Etrange… Qu’est-ce donc qu’abuser de la vérité ?
1ère hypothèse : c’est appliquer une théorie vraie au-delà de ses limites de validité. Par exemple, utiliser les calculs de Newton pour rendre compte des phénomènes lumineux dans l’espace des galaxies, ce que seule la Relativité sait faire. Idem pour comprendre les phénomènes corpusculaires à l’aide de la Relativité, ce que seule la physique des quanta sait faire. La théorie ne fait pas la théorie de ses propres limites et par nature, le savant cherche à l’appliquer à tout ce qui existe ; et c’est là qu’il abuse de la « vérité ».
2ème hypothèse : c’est tirer des conséquences pratiques d’une vérité générale donc nécessairement abstraite. Ainsi, on voit en politique, ou dans le gestion des communes des élus qui se chargent de faire le bonheur des autres sans se soucier d’autre chose que de l’efficacité des mesures prises.
On pourrait bien s’arrêter là ; après tout Voltaire parle de vérité qui tourne à l’erreur. Mais supposons qu’il ait voulu dire « une erreur ou bien une faute ». Alors nous avons une troisième hypothèse.
3ème hypothèse : c’est croire que la vérité l’emporte sur tout ce qui existe. La puissance bienfaisante de l’illusion est bien connue, et il faut être Alceste pour la rejeter totalement. Abuser de la vérité c’est l’imposer aux autres lorsqu’ils ne sont pas en état d’en tirer profit, pire même, lorsqu’elle peut les détruire.
Quant à Voltaire on ne peut pas dire qu’il ait abusé de la vérité, lui qui faisait taire le baron d’Holbach, athée notoire, lorsque celui-ci tenait des propos libertaires en présence des laquais. « Taisez-vous, sinon ils vont nous égorger » disait l’ermite de Ferney…
La vérité : « A consommer avec modération. »