Wednesday, November 22, 2017
Citation du 23 novembre 2017
Saturday, November 11, 2017
Citation du 12 novembre 2017
- N’empêche, il est vrai que ce qui reste est répugnant.
- Certes. La question est de savoir si nous devons considérer que ces atrocités assumées contaminent l’ensemble de la pensée de l’époque ? Que valent les leçons de morale de La Bruyère s’il tolérait que ces créatures de Dieu (puisque baptisées) soient vendues sur le marché comme vulgaire bétail ?
(1) Jean-Baptiste Colbert né le 29 août 1619 à Reims appartient à une famille de riches marchands et banquiers, parfois spéculateurs et souvent usuriers de la cité de Reims. (Art. Wiki)
Tuesday, May 10, 2016
Citation du 11 mai 2016
- Développons :
Sunday, April 27, 2014
Citation du 28 avril 2014
Être esclave c’est être arraché à sa famille, à sa parenté, à ses amis et à son village, privé de son nom, de son identité et de sa dignité ; de tout ce qui fait de quelqu’un une personne et non une pure machine humaine capable de comprendre des ordres.
Monday, June 10, 2013
Citation du 11 juin 2013
Il n'y a pas au monde de pire malheur que la servitude.
Sunday, August 28, 2011
Citation du 29 aout 2011
L'homme a découvert les outils de façon successive. Mais, depuis les temps les plus reculés, l'homme a toujours été un outil pour l'homme.
Stanislaw Jerzy Lec – Nouvelles pensées échevelées
L’usage étant aujourd’hui de s’indigner, on ne rechignera pas devant la colère qui monte en nous à la lecture de cette citation : l'homme a toujours été un outil pour l'homme.
Cela reste-t-il vrai ? L’esclavage n’a-t-il pas été aboli grâce au machinisme ? Marx disait que dans les champs de coton les esclaves avaient disparus grâce à la mule-jenny (1). Au fond, quand on proteste contre l’usage des énergies fossiles, on oublie un peu vite que c’est ça – je veux dire : le machinisme – et non la morale ni la religion qui a délivré l’humanité de l’esclavage.
Des chercheurs (en quoi ? je ne sais plus) ont fait une étude, dont la presse s’est faite l’écho, visant à traduire notre consommation énergétique en « équivalent-esclave » : savez-vous qu’en additionnant votre voiture, plus tous les moteurs électriques (ascenseur, robots de toute sorte) vous mobilisez chaque jour l’équivalent de 60 esclaves?
Laissons de côté ceux qui regrettent de ne pas avoir comme ça 60 hommes robustes à leurs pieds : ce sont des pervers et n’en parlons plus. Par contre, je demanderai aux contempteurs (2) du progrès s’ils ne pensent pas qu’à les suivre on risque de rétablir l’esclavage ?
Tenez : pour aller travailler, laissez la voiture au garage, ne prenez ni un taxi, ni un bus, ni un tram. Il vous reste votre vélo – ou vos pieds. Mais vous êtes fatigué, en plus il pleut : prenez donc un pousse-pousse ou bien un vélo taxi.
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(1) J’ai lu ça dans le Capital 1 il y a longtemps : référence à vérifier.
(2) Mot du jour – Contempteur : Qui méprise ou dénigre.
Wednesday, March 17, 2010
Citation du 18 mars 2010
Les hommes veulent être esclaves quelque part, et puiser là de quoi dominer ailleurs.
La Bruyère – Les Caractères
Ici et ailleurs 2 –
L’idée qui se fait jour ici est que l’esclavage est tout à fait supportable dès lors qu’il est compensé par ailleurs.
Puisque nous avons abondamment cité La Fontaine je ne citerai pas aujourd’hui sa fable Le loup et le chien, mais on se rappelle que le chien y affirme sans détour qu’il est effectivement enchaîné, mais que la pitance qu’on lui donne le dédommage largement. Voilà une bonne raison de critiquer nos systèmes de soumission, qui, de la famille à l’école, et de l’entreprise qui nous emploie jusqu’à l’église où nous confessons nos péchés, règlent notre vie, la formatent et l’embastillent. Tout ce que nous pouvons espérer c’est que la chaîne qui nous attache soit la plus longue possible (1).
Il y a deux voies pour discuter cette formule : l’une qui serait de se demander s’il y a un dédommagement possible à la privation de liberté ; mais cette voie a été parcourue ici même plus d’une fois en suivant J.J. Rousseau (2).
L’autre qui serait de remonter un peu plus haut et de se demander à partir de quand on peut parler d’esclavage.
Il y a aussi deux conceptions de l’esclavage : l’une qui est économique, l’autre qui est morale. Sur l’économique, on a vite fait de dire avec Spinoza que l’esclave est celui qui n’est jamais utile à lui-même, mais seulement à son maître (3). Il est clair que seuls les esclaves « réels » sont dans ce cas, tous les travailleurs même exploités ont au moins un petit avantage qui leur est consenti.
Et puis il y a les esclaves « moraux » : j’entends pas là tous ceux qui ont abdiqué leur pouvoir de décision, qui ont renoncé à leur responsabilité et qui se laissent conduire par la main comme les petits enfants. De Kant à Tocqueville (4) beaucoup de moralistes y ont vu un subterfuge de l'Etat pour récupérer le pouvoir perdu du fait de la démocratie.
Heureusement, nous avons le néo-libéralisme pour nous éviter ce défaut.
(1) Ceci pour reprendre la formule de Cavanna.
(2) A vrai dire je n’ai pas retrouvé le Post où j’aurais décrit la pensée de Rousseau sur ce point. On se reportera donc au Contrat social I, 4 et si on n’a pas le temps on pourra lire au moins cet extrait.
(3) Spinoza, Traité théologico-politique voir ici.
(4) Encore un extrait de texte ? En voici deux pour le même prix : Kant ici – Tocqueville là
Tuesday, July 08, 2008
Citation du 9 juillet 2008
Article 59. Octroyons aux affranchis les mêmes droits, privilèges et immunités dont jouissent les personnes nées libres; voulons que le mérite d'une liberté acquise produise en eux, tant pour leurs personnes que pour leurs biens, les mêmes effets que le bonheur de la liberté naturelle cause à nos autres sujets.
Code noir – 1685 (1)
Qu’est-ce que la liberté ? Question inutile et suspicieuse, puisque la liberté c’est la part de l’imprévisible présent dans chaque individu, c’est ce choix qu’on peut faire à tout moment de changer de trottoir sans raison apparente, de continuer de vivre avec les mêmes personnes ou de le refuser, etc…
Alors, les dictionnaires de philosophie – entre autre – nous en avertissent : la liberté a d’abord été une condition social, celle du citoyen grec ou romain par opposition à l’esclave, et ce n’est qu’ensuite qu’on s’est avisé de décrire les prérogatives de ce statut en gardant le même vocable.
On le sait, mais on l’oublie régulièrement.
Voici donc l’article59 du Code noir qui remet les idées en place :
- d’abord on peut avoir la liberté par privilège de naissance, c’est même la seule façon « normale » d’être libre. On naît libre, comme on naît noble ou roturier. Etre libre, c’est donc bien bénéficier d’une position sociale donnée par la naissance, et c’est même pour cela que la déclaration des droits de l’homme commence par la formule : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.» : puisqu’on ne peut pas faire que la liberté s’obtienne autrement que par la naissance, alors faisons qu’elle soit universelle.
- ensuite, être libre, c’est bénéficier d’avantages qu’on peut énumérer et décrire, car ils sont fixés par le droit. Ajoutons que certains de ces droits sont des privilèges, ce qui suppose bien que tout être humain n’en bénéficie pas.
On pourrait dire : voilà de vieilles conventions qui ont été balayées par la révolution - comme on vient justement de le voir - et par l'évolution de nos sociétés Passons à autre chose.
« Passons à autre chose » : oui, et heureusement. Mais pas avant d’avoir repéré les comment notre propre vision de la liberté se détache de cette conception « sociale ».
Et en particulier que la liberté serait un effort à faire sur nous-mêmes, qu’elle supposerait une ascèse, un combat contre nous-mêmes, qui ferait qu’on ne naît pas libre ; on le devient.
(1) Code noir : ensemble de règles destinées à réglementer l’esclavage dans les Antilles - Signé de Louis XIV. A lire ici (je l’avais aussi évoqué dans un post du 10 mai 2006)
Sunday, March 23, 2008
Citation du 24 mars 2008
Le danger dans le passé était que les hommes deviennent des esclaves. Le danger dans le futur est qu'ils deviennent des robots.
Erich Fromm (psychanalyste américain 1900-1980)
1er danger : tomber en esclavage.
2ème danger : devenir un robot
3ème danger : que les robots réduisent les hommes en esclavage.
Avouez qu’on est un peu surpris de ne pas trouver ce 3ème danger signalé par notre auteur. Sauf a supposer qu’il n’ait pas voulu entre dans le débats des trois lois d’Isaac Asimov (1), ce qui supposerait que les robots soient des être intelligents et responsables - autrement dit des sujets de droit - ce qui relève de la science fiction. Toutefois, si les hommes devenaient eux-mêmes des robots, alors ils seraient soumis aux lois d’Asimov - à supposer que cela ait encore un sens, c'est à dire que l'humanité ait encore une forme d'existence.
Laissons pour le moment de côté cet aspect, et concentrons nous sur le passage du 1er danger au second.
Pour faire un peu vite, relevons que le danger de l’esclavage pour l'homme moderne consiste dans l’inconscience du moment où il succomberait à cet état : il ne s’agit pas d’un rapt violent suivi d’une mise en vente sur le marché aux esclaves. Il s’agit plutôt de l’homme qui devient esclave de lui-même, esclave de ses habitudes, des dépendances qu’il s’est créées, etc.
On admettra donc que le danger de devenir un robot concerne des hommes dont le comportement devient stéréotypé, inconscient, systématiquement copié sur des règles ou des usages jamais remis en question.
Quelle différence entre devenir un esclave et devenir un robot ?
Ecartons l’absence de responsabilité : le robot, même extra lucide quant aux conséquences de ce qu’il fait n’est pas responsable de ses actes ; exactement comme l’esclave, qui ne peut être tenu pour responsable des actes qu’il a commis sous la responsabilité de son maître. Le Code Noir insiste pour dire aux maîtres : vous êtes toujours responsables de ce que font vos esclaves.
Mais il y a surtout la déshumanisation : même si l’esclave n’était jamais considéré que comme un « instrument animé » (Aristote), il lui restait tout de même un résidu d’humanité, quelque chose qui faisait qu’on pouvait s’imaginer être à sa place. C’est ainsi que le même Aristote disait qu’il était avantageux pour l’esclave d’être gouverné par un maître, car cela lui donnait ce qui lui manquait, à savoir l’art que possèdent normalement les humains de décider ce qu’il convient de faire. Le robot, lui ne peut jamais décider de son avenir, puisque seul le programme qui lui a été fixé peut le déterminer.
Il y a aussi l’insensibilité : le robot n’a pas de sentiment, pas d’émotions, et si ça lui arrive, ça le détraque, il cesse d’être une machine pour devenir un homme. Voyez Terminator : l’émotion n’est pas à sa place dans ses circuits électroniques.
(1) Comme les Mousquetaires de Dumas, les 3 lois sont en réalité 4 :
- Loi Zéro : Un robot ne peut nuire à l’humanité ni, restant passif, permettre que l’humanité souffre d’un mal.
- Première Loi : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger, sauf en cas de contradiction avec la Loi Zéro.
- Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Loi Zéro ou la Première Loi.
- Troisième Loi : Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’est pas en contradiction avec la Loi Zéro, la Première ou la Deuxième Loi.
Friday, August 04, 2006
Citation du 5 août 2006
Adam a eu au moins un privilège sur tous les maris qui l'ont suivi. Eve n'a jamais pu lui énumérer tous les hommes qu'elle aurait pu épouser si elle l'avait voulu !
Anonyme
Cet « Anonyme » n’est sûrement pas un ami qui nous veut du bien… En tout cas il ne rate pas une occasion de raviver les conflits dans les foyers.
« Tous les maris » à l’exception d’Adam, seraient donc confrontés aux récriminations de leurs épouses, déçues par leurs insuffisances en tant qu’époux. Freud analyse d’ailleurs le rêve d’une jeune femme (1) qui révèle ainsi qu’elle aurait bien pu s’acheter avec sa dot trois maris comme celui qu’elle a épousé : elle s’estime volée. On voit ici que s’inverse la croyance selon la quelle c’est l’homme qui achète la femme (ou si on veut qui l’échange - cf. Lévi-Strauss). En réalité, c’est elle qui conclut la transaction et l’homme devient, entant que mari, un objet de consommation dont on pourrait bien demander le remboursement en cas d’insatisfaction.
Ah !... Rêvons un peu… Etre l’esclave qu’on achète et qu’on attache au pied du lit pendant que l’épousée s’envoie en l’air avec un docker rencontré sur le port… Quel pied ! Ce fantasme masochiste d’une lune de miel très particulière aurait bien pu être inspiré de Sacher Masoch (2). Toute fois, lui ne se serait pas contenté des quelques semaines de la lune de miel : il avait conclu un contrat d’esclavage (durée : 6 mois) avec Wanda son épouse. Un CDD d’esclavage, et voilà.
Revenons à la réalité. Un CDD d’esclavage ? Pfff ! Dépassé ! Un CNE d’esclavage, plutôt, avec licenciement instantané et non justifié ; angoisse de l’instabilité : garantie. Car, voyez-vous le mariage comme engagement définitif ne satisfait plus personne : le couple primordial n’a plus la cote aujourd’hui, même conçu comme un moyen de s’attacher à vie les services d’une servante, ou les ressources d’un ouvrier.
Qu’Eve - ou Wanda - se réjouisse donc : elle peut changer de mari ; quand à Adam-Masoch, il retrouve l’angoisse d’être un esclave licencié.
(1) Sur le rêve, p. 109-110
(2) La Vénus à la fourrure
Tuesday, May 09, 2006
Citation du 10 mai 2006
« Les enfants, qui naîtront des mariages entre les esclaves, seront esclaves, et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différents. »
Code noir - 1685 - Art. 12 (1)
Aujourd’hui, nous avons une perception un peu déformée de l’esclavage : on le voit plutôt comme la perte de la liberté caractérisée par le fait de travailler sans cesse, sans aucun bénéfice autre que d’avoir la vie sauve. On peut alors avec Marx parler des prolétaires comme d’esclaves des temps modernes. Mais être un esclave, c’est bien autre chose : c’est justement être une chose qu’on achète, qu’on revend, dont on peut hériter ou qui sera saisie en cas de dette. L’esclave est une marchandise qu’on évalue et palpe comme le cheval ou le bœuf ; il ne saurait donc se définir simplement par la suppression de la liberté d’aller ou de venir, de disposer de son temps, de décider qui il veut rencontrer, comme l’est par exemple le prisonnier. L’esclave du Code Noir, c’est cet animal qu’on marque au fer rouge du monogramme de son maître et qu’on punit en cas de faute par mutilation, pour pouvoir le repérer à coup sûr.
On ne peut donc se contenter de le définir, comme on le fait parfois en philosophie, par la perte de la responsabilité ou de l’humanité. Non que ce soit faux. Mais ce sont les faits qui importent, en particulier ceux du monde actuel, parce que sont eux qui créent le choc de l’insupportable, ce sont eux qui sont le scandale. L’esclavage existe toujours, il s’exhibe jusque sur nos trottoirs : il s’appelle - entre autre - prostitution.
Et là, même pas de Code Noir.
(1) On peut consulter l’intégralité du Code noir avec notes sur : http://abolitions.free.fr/IMG/pdf/codenoirtxt.pdf