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Tuesday, November 12, 2013

Citation du 13 novembre 2013



[C’est Balzac qui parle]  « Je saupoudre quelquefois mes romans d'une bonne petite obscurité afin que le bon lecteur se prenne la tête à deux mains et se dise : (…) "Ça me dépasse ! Sapristi ! tout de même, comme ce Balzac est fort !"
Albert Cim – Récréations littéraires
Eloge de l’obscurité I
Et d’abord, l’obscurité littéraire. Le commentaire de Balzac est quant à lui on ne peut plus clair : l’obscurité dans un texte est un stimulant qui peut mécaniquement concentrer l’esprit du lecteur sur la page du livre qu’il lisait peut-être rêveusement – selon un axiome qui fonctionne à tous les coups : tout ce qui est opaque est profond.
Il y a donc dans les romans que nous lisons des obscurités qui relèvent de la manipulation du lecteur, des obscurités non-signifiantes, qu’on aurait pu éviter sans que l’œuvre en pâtisse, puisqu’elles n’agissent qu’au moment de la lecture.
Le problème est qu’il y a mille et une obscurités différentes, et que l’on est parfois dans l’incertitude de l’origine de celle sur laquelle nous butons (1). Mais on peut sans doute faire notre apprentissage avec les romans policiers qui nous offrent la lumière à la fin, quand tout est dit. C’est là qu’on peut faire la distinction entre les obscurités nécessitées par l’intrigue et celles qui n’ont été disposées que par artifice, pour rendre plus mystérieux ce qui ne l’était pas suffisamment. Il s’agit de pages qu’on pourrait réécrire sans rien omettre qui puisse donner à comprendre l’intrigue – et sans qu’on en perde rien de son intérêt.
Je réclame, au nom du droit imprescriptible du lecteur à être considéré comme un être doué de pensée, le droit de réécrire tel ou tel passage d’un roman – ou d’un essai – de telle sorte que tous les procédés visant seulement à manipuler son intérêt ou son admiration soient impitoyablement éliminés.
Exemple : rétablir l’ordre des chapitres qui permettent de comprendre d’où viennent certains personnages qui sont interpolés d’épisodes qu’on nous découvre plus loin dans le récit tel que voulu par l’auteur.
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(1) En philosophie, Heidegger et Lacan incarnent l’obscurité de langage la mieux connue. Mais bien avant eux, c’est Héraclite qu’on a surnommé l’obscur.

Saturday, January 05, 2013

Citation du 6 janvier 2013



Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, ni ne jetez vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils les piétinent de leur pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent.
Evangile de Matthieu 7:6
Nolite mittere margaritas ante porcos (ne jetez pas les perles aux pourceaux) : ce proverbe qu’on a conservé sous la forme latine de la Vulgate, est extrait du Sermon sur la montagne, dont le chapitre 7 est un véritable trésor des locutions proverbiales que nous utilisons encore aujourd’hui  sans même connaitre leur origine. Il arrive même parfois que nous les adaptions dans un langage plus proche de nous, tels que : « Ne donnons pas de la confiture à un cochon ».
Avant d’être une recommandation d’éviter de perdre son temps à vouloir convertir ceux qui n’ont pas le sens du spirituel, ce proverbe opère déjà une distinction entre les « cochons » et les autres.
Qui sont donc ces cochons ? Des matérialistes et des athées ? Oui, bien sûr. Mais aussi, dans un sens plus profane il s’agit surtout ce tous ceux qui ne font pas partie de notre élite, et même – outrecuidance exorbitante – qui refusent de nous suivre et nous méprisent au lieu de reconnaitre la supériorité de nos valeurs.
Pour nous qui employons ce proverbe en-dehors du domaine religieux, ces cochons sont par exemple des « mépriseurs » d’œuvres d’art, ceux qui devant un tableau de Picasso demandent : « Qu’est-ce que ça représente ? » ou devant une œuvre de Miro : « Mon fils est à la maternelle : il en fait autant chaque jour. »
Je dois dire que le refus de donner nos perles à des cochons est une attitude plutôt réconfortante : puisque ces gens sont des porcs dans la mesure où ils refusent d’être nos disciples, c’est donc que nous sommes des maitres.
Mais si on y regarde mieux, on peut aussi observer que c’est là l’origine de l’ésotérisme, puisqu’on interdit la diffusion du savoir à ceux qu’on n’estime pas digne de le recevoir (1). Ne va-t-on pas être alors le complice de toutes sortes d’obscurantismes ? Cette posture ne risque donc-t-elle pas de couvrir toutes les impostures ?
L’Evangile nous met en garde contre une perte de temps ; on pourrait, par précaution, prendre quand même le temps de parler à ces cochons.
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(1) Pour le philosophe, la référence ici est la LettreVII de Platon.

Tuesday, December 09, 2008

Citation du 10 décembre 2008


C'est en cherchant l'impossible que l'homme a toujours réalisé et reconnu le possible, et ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait le possible n'ont jamais avancé d'un seul pas.

Bakounine – L'empire knouto-germanique (1)

Bakounine s’en prend ici à tous ceux qui font obstacle au développement de la connaissance, tous ceux qui se dressent, comme Dieu le Père, pour interdire l’accès au savoir – le fruit défendu de l’arbre de la science.

Contre quoi il affirme non seulement qu’il est dans la nature de l’homme de s’élancer contre l’obstacle, mais encore qu’elle en est capable, grâce à sa formidable puissance d'abstraction.

Mais pourquoi interdirait-on l’accès à la science ?

1 – Il y a quelques années, un polémique s’était développée à propos des recherches en génétique humaine. Jacques Testart, biologiste, avait préféré interrompre ses recherches sur le génome humain, affirmant que les scientifiques qui parviendraient à en maîtriser la formule prendraient le responsabilité des manipulations qu’on ne manquerait pas de lui faire subir dès lors qu’on en aurait le pouvoir. On retrouve ces préoccupations aujourd’hui encore sur son site, dans un article contre le diagnostique préimplantatoires.

2 – On retrouve aussi cet interdit chez les adeptes de l’ésotérismes, comme aujourd’hui encore les francs-maçons, pour qui la sagesse est un préalable à la possession du savoir – à l’opposé de la thèse des grecs, qui affirmait au contraire que la sagesse est la conséquence du savoir. Il faudrait alors que la science soit cachée à tous ceux qui n’ont pas reçus l’initiation.

3 – Mais enfin… l’idée développée par la Bible est encore la plus fréquemment rencontrée au cours de l’histoire : qui accroît la science accroît sa puissance, et c’est ça qu’il ne faut pas. On se rappelle qu’au XVIIème siècle les femmes et les esclaves ne devaient pas être instruits, même pas apprendre à lire (2), parce que cela constituait un ferment de révolte contre l’Autorité.

Que Dieu le Père n’ait pas voulu ça, je n’en sais rien. En tout cas c’est bien l’interprétation qu’en a tiré son Eglise.


(1) Bakounine, Michel : l'empire knouto-germanique. Œuvres complètes. Champ libre, Paris, 1982, vol. VIII (pp. 246-247). Comme cette citation est enlevée de son contexte voici quelques lignes qui complètent l'idée :
" ... l'édification de la science universelle, la compréhension de l'unité... (Ce but se trouve en contradiction flagrante avec l'impossibilité évidente pour l'homme de pouvoir le réaliser jamais.) [...] " et pourtant l'homme ne peut y renoncer et il n'y renoncera jamais. " [...] " Cette contradiction est dans la nature de l'homme, et surtout elle est dans la nature de notre esprit : armé de sa formidable puissance d'abstraction, il ne reconnaît et ne reconnaîtra jamais aucune limite pour sa curiosité impérieuse, passionnée, avide de tout savoir et de tout embrasser. Il suffit de lui dire : " Tu n'iras pas au-delà ", pour que, de toute la puissance de cette curiosité irritée par l'obstacle, il tende à s'élancer au-delà. " [...] " Cette immodération, cette désobéissance, cette révolte de l'esprit humain contre toute limite imposée soit au nom du Bon Dieu, soit au nom de la science, constituent son honneur, le secret de sa puissance et de sa liberté. C'est en cherchant l'impossible que l'homme a toujours réalisé et reconnu le possible, et ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait le possible n'ont jamais avancé d'un seul pas. "

(2) En fait les femmes pouvaient apprendre à lire pour avoir accès à l’Evangile, mais pas à écrire pour ne pas correspondre avec un éventuel amant.

Wednesday, November 15, 2006

Citation du 16 novembre 2006

« Il est facile d'imiter les hommes de science. Leurs découvertes sont transmissibles, celles des artistes ne le sont pas. La contemplation prolongée de la Joconde ne nous donne pas le talent de Vinci. Mais, si un savant de génie invente la poudre et qu'il en donne la formule, tous les imbéciles en font : ils nous l'ont bien prouvé, et ce n'est pas fini. »

Marcel PAGNOL - Notes sur le rire

[Marcel Pagnol avait-il lu Kant ? C’est un fait qu’on trouve exactement le même point de départ dans la Critique de la faculté de juger, § 46-47. Si Pagnol ne tire pas cette idée de son propre fonds, alors Kant n’est pas un génie puisqu’on peut l’imiter. Il est alors un homme de science, et donc la philosophie elle-même est une science. Evitons ce débat épineux…]

Pagnol nous dit : les imbéciles n’ont pas inventé la poudre. Ça ne les empêche pas, hélas, de pouvoir l’utiliser. Or, aujourd’hui que voit-on ? Que la fabrication des armes atomiques est à la portée d’Etats dont la recherche scientifique est le dernier des soucis, parce que cette élaboration est devenue une recette qu’on trouve même sur Internet pour peu qu’on la recherche (1). C’est donc, ainsi que le laisse supposer notre citation, le caractère propre à la science d’être transmissible qui justifierait (notez l’emploi du conditionnel !) l’ésotérisme.

Platon, dans sa célèbre Lettre VII, condamne la diffusion des savoirs : la science doit être divulguée uniquement à ceux qui en sont dignes, c’est à dire capables de comprendre et capables d’utiliser ce pouvoir avec sagesse. Les sectes ésotériques (y compris la franc-maçonnerie) subordonnent la possession de leurs mystères à l’évolution spirituelle de l’initié : à tel degré d’évolution correspond telle révélation.

Radicalement opposée à cette attitude, la philosophie des Lumières en faisant de la Raison le critère de l’humanité a totalement disqualifié l’ésotérisme, ainsi qu’en témoigne l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : s’ils écrivaient aujourd’hui l’Encyclopédie, c’est là qu’on trouverait la recette de la Bombe !

On favoriserait donc la dissémination de l’arme nucléaire en fonction des principes du rationalisme issu des lumières ?

Ahmadinejad, l’Islamiste, n’aurait donc plus qu’à remercier nos encyclopédistes ???

(1) Je crois me rappeler que l’Union Européenne elle-même aurait diffusé l’ensemble des procédés utilisables pour enrichir l’uranium et en tirer l’arme nucléaire.