Monday, September 18, 2017
Citation du 19 septembre 2017
Friday, March 30, 2012
Citation du 31 mars 2012
L'autorité de ceux qui enseignent nuit la plupart du temps à ceux qui veulent s'instruire.
Cicéron
L’autorité nuit à l’enseignement : ce principe est aujourd’hui bien connu (encore que souvent contesté). Par contre ce qui surprend c’est de le trouver sous le calame de Cicéron (le « vrai » Cicéron, pas son frère, comme ce fut le cas hier).
--> L’enseignement, comment ça ne marche pas ? Au lieu de nous demander ce qu’il faut faire, commençons par nous demander quelles erreurs il ne faut pas commettre. Parce qu’il nous serait difficile de trouver des exemples de réussite, en revanche pour trouver des cas d’échecs, il n’y a qu’à se baisser pour en ramasser à pleins bras.
Alors, voilà ce que Cicéron nous apprend : ce qui fait obstacle à l’enseignement, c’est précisément ce qui est requis du maitre (= celui qui enseigne) : son autorité morale. D’ailleurs, les deux sont tellement inséparables qu’en latin on les désigne par le même mot : magister.
Et en effet, il semble bien que pour être crédible, le maître doive être chargé de science et de diplômes. Il doit donc du haut de sa chaire surplomber son élève, le quel se sentira sans doute encore plus ignorant et encore plus indigne de son ignorance devant tant de science et de sagesse. Si le maître est l’exemple de ce qu’on doit atteindre, plus haut il sera et plus inaccessible le but de parvenir à sa hauteur.
Faut-il donc un « maître ignorant », comme le réclame Rancière ? (1).
Peut-être ; mais réfléchissons d’abord avec les moyens du bord – c’est-à-dire faisant référence à ce qui se passe aujourd’hui.
Qui enseigne aujourd’hui ? Réponse : les coach(e)s.
Quelle différence entre un coach et un maitre d’école ?
Euh... Je ne sais pas trop parce que des coach(e)s je n’en ai jamais fréquenté. Je suppose – et j’espère – qu’un coach c’est quelqu’un qui ne se plante pas devant son élève en lui disant : « Regardez-moi, et faites comme moi », mais quelqu’un qui se met à ses côtés et qui dit : « nous allons faire ensemble ce que vous devez apprendre : ce que je fais, faites-le en même temps que moi, avec moi – et moi avec vous. »
J’ai entendu dire qu’à l’armée l’instructeur qui inflige à une recrue une série de pompes les fait lui aussi et en même temps.
Après tout, ce n’est pas si ridicule.
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(1) Voir ici
Friday, September 29, 2006
Citation du 1er octobre 2006
Citation du 30 septembre 2006
Un homme qui enseigne peut devenir aisément opiniâtre (1), parce qu'il fait le métier de quelqu'un qui n'a jamais tort.
MONTESQUIEU
J’ai horreur des gens qui n’ont jamais tort, ou plutôt qui se posent comme n’ayant jamais tort. Certes, c’est le cas de tout le monde : dès qu’on ouvre la bouche, chacun estime avoir raison, sinon on se tairait. Mais, étant donné que la vie nous rabaisse dans nos prétentions, ce travers disparaît assez vite…sauf chez les certains profs ! Et Montesquieu le dit fort clairement : c’est leur métier d’avoir raison.
Qu’est-ce que ça vous dit ça ? Qui donc peut avoir raison, en quelque sorte statutairement ? A mon sens, seuls les juges ont ce pouvoir, hérité des « maîtres de vérité » de l’antiquité (2). Dans ce cas, la vérité n’est pas rationnelle : elle est le fruit d’un pouvoir particulier, l’expression d’un charisme. C’est pour cette raison que la vérité judiciaire ne peut être critiquée. Mais quid de l’enseignant ? Quel est son charisme particulier ? D’où lui viendrait ce pouvoir ? Et surtout la vérité qu’il est sensé transmettre à ses élèves peut-elle se décréter ?
Une anecdote avant d’aller plus loin, qui concerne Louis XV enfant (il est monté sur le trône à 5 ans). On raconte (qui ? J’ai oublié…) que son précepteur (l’abbé Perot) s’efforce de lui faire comprendre la démonstration d’un théorème d’Euclide. Le jeune roi n’y comprend rien, malgré les efforts de son professeur. A bout d’argument, celui-ci s’exclame : « Sire je vous donne ma parole que ce théorème est exact ! » « Que n’avez-vous commencé par là, Monsieur », répond l’enfant.
Voilà la vérité décrétée, la vérité qui est l’effet d’un pouvoir de l’enseignant, la vérité qui dispense de réfléchir, et qui laisse l’élève dans la dépendance de son professeur au quel il lui faudra toujours demander ce qu’il faut penser.
Il y a une complicité prof-élèves : les premiers pérorent devant des élèves qui n’y comprennent rien, mais qui ne demandent surtout pas d’explication parce qu’ils sont comme le jeune Louis XV ; les profs ne veulent surtout pas le savoir, parce qu’il faudrait inventer le moyen de se faire comprendre.
La suite à demain
(1) opiniâtre : se dit de quelqu’un qui tient avec entêtement à ses opinions.
(2) Voir à ce sujet Marcel Detienne, Les Maîtres de vérité dans la Grèce archaïque
Thursday, September 14, 2006
Citation du 15 septembre 2006
Un philosophe peut-il véritablement, avec bonne conscience, s'engager à avoir tous les jours quelque chose à enseigner ?
Nietzsche, /Considérations inactuelles/ III, § 8.
Nietzsche poursuit : « Et si d'aventure un jour il avait ce sentiment : aujourd'hui, je ne peux rien penser, rien d'intelligent ne me vient à l'esprit - il lui faudrait malgré tout prendre place et faire semblant de penser ! »
Il ne s’agit pas de se lamenter sur la condition du philosophe devenu par les vicissitudes de l’existence prof de philo. Mais je crois qu’on peut relever deux choses étonnantes :
- D’abord, pourquoi ce professeur improvise-t-il son cours devant ses élèves ? Il n’a qu’à apprendre par cœur son exposé, le réciter et s’arrêter pour donner des éclaircissements quand il y a des questions dans la classe.
- Ensuite, que penser du prof qui se sert de ce texte pour présenter son cours à ses élèves en début d’année (1)?
Ces deux questions se ramènent à une seule : comment peut-on enseigner non pas la pensée, mais à penser ?
Question redoutable. On peut néanmoins tenter une réponse : on ne peut enseigner à penser qu’à condition de penser soi-même - et c’est bien ce que dit Nietzsche. Ce qui veut dire qu’on s’engage à fabriquer son discours sur place, à main nue, en prenant le risque de se tromper. Les matheux me comprendront : s’ils font le corrigé d’un exercice au tableau, en le récitant sans comprendre ce qu’ils disent, personne ne les comprendra. Il faut bien qu’ils refassent leur démonstration, qu’ils la repensent qu’ils refassent le chemin déjà fait comme si c’était la première fois. C’est là précisément là que l’humain est irremplaçable.
Naguère un « ministre » de l’éducation nationale disait que les profs avaient peur parce qu’ils se sentaient menacés par la machine-Internet. Tant qu’il y aura des élèves pour qui il sera utile qu’un prof leur dise : « je vais re-fabriquer mon cours devant vous, et secouez moi si ça ne vient pas », alors la machine à enseigner sera une fiction.
(1) Si j’en parle c’est parce que ça existe.
Monday, September 04, 2006
Citation du 5 septembre 2006
Art. 4-1 - Une note de vie scolaire est attribuée aux élèves de la classe de sixième à la classe de troisième des établissements relevant du ministère de l’éducation nationale. Cette note mesure l’assiduité de l’élève et son respect des dispositions du règlement intérieur.[…]
Bulletin Officiel du ministère de l’Education Nationale. n° 22 du 1er juin 2006
Alors voilà : le zéro de conduite est de retour. Après l’éducation civique et les leçons de morales : la notation du comportement. Quelle leçon d’humilité devant l’histoire !
Rappelez-vous. Après mai 68 on a cru que le monde ne serait plus jamais le même. Armstrong avait marché sur la lune ; les jeunes faisaient des barricades et écrivaient « Il est interdit d’interdire » sur les murs de Paris ; les pères clamaient qu’ils préfèreraient que leurs filles couchent avec n’importe qui plutôt que de s’enrôler chez les Mao… L’autorité était morte, le père avait été tué. Charles de Gaulle reculait devant la « chienlit ».
Aujourd’hui, les enfants des soixante-huitards sont confrontées aux problèmes que soulève l’éducation de leurs propres enfants. Ils plébiscitent Ségolène ou Sarko, et ils restaurent le zéro de conduite. Retour à la case départ ? L’historien contestera qu’on puisse revenir en arrière. En revanche, le sociologue durkheimien risque d’être d’avantage intéressé par cette hypothèse.
Pour lui, la disparition de l’autorité est non pas une conquête de la liberté politique, mais la preuve d’une crise de la société, incapable d’imposer ses valeurs (1). Au fond, c’est le nihilisme qui est réfuté ici : on ne peut vivre sans valeurs. Si l’on n’est pas capable de vivre sur des valeurs choisies par l’individu lui-même, alors il faut passer par des valeurs collectives. Comment des valeurs peuvent-elles être collectives ? Par l’éducation et par la contrainte. Par le dressage (Nietzsche).
Chaque enseignant aura désormais droit à une formation IUFM de dompteur.
Ça va être le cirque dans les bahuts !
(1) Voir message du 22 juillet 2006