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Sunday, August 22, 2010

Citation du 22 août 2010

Ce que nous nommons "émancipation" c'est le libre choix d'une âme entre différentes limitations.

Gilbert Keith Chesterton – Daily News - 21 Décembre 1905


Il y a deux façons de lire cette citation.

- La première qui consiste à dire avec Spinoza Omnis determinatio est negatio. Et en effet, toute détermination, donc tout choix est en même temps une négation, car en choisissant tel élément, j’exclue tous les autres que j’aurais pu choisir. (1)
- La seconde qui constate en soupirant qu’on n’échappe jamais aux limitations, que lutter contre celle-ci c’est se heurter à celle là et donc, qu’il ne sert à rien de lutter.
Si Chesterton a raison, c’est parce qu’on ne peut pas choisir de tout avoir en même temps, qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre (1ère hypothèse) – mais surtout c’est qu’il ne sert à rien de luter si c’est pour s’émanciper (2ème hypothèse). D’où le côté tragique de l’anarchie, quand on sait que sa lutte va aboutir à faire se révéler de nouveaux Dieux et susciter de nouveaux maîtres.
Supposons que ce soit le cas. Est-ce que ça ne fait pas un peu progresser la marche vers la liberté que de pouvoir changer de maîtres ?
C’est à peu près ce genre de question qu’on doit se poser pour savoir ce que vaut la démocratie. Car, bien sûr, elle n’est pas l’anarchie : on va donc, en votant, se donner des maîtres qui vont nous gouverner selon leur volonté – ou si on veut : selon l’idée qu’ils se font du Bien Public. Et beaucoup de gens se disent : à quoi bon aller voter, ça ne changera rien, de droite, de gauche, ils sont tous pareils, tous aussi incapables, etc…
Admettons. Reste que les hommes au pouvoir en démocratie ont une idée – et peut-être une seule idée – en arrivant au pouvoir : comment faire pour être réélu ? Et ça risque de changer pas mal de choses.
Car si nous n’avons pas la possibilité de choisir des bons gouvernants, nous avons celle de les chasser du pouvoir, donc de les pousser à être un peu moins mauvais.
C’est déjà ça.Lien
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(1) Voir aussi ce Post.

Tuesday, November 24, 2009

Citation du 25 novembre 2009

Émanciper la femme, c'est excellent ; mais il faudrait avant tout lui enseigner l'usage de la liberté.

Emile Zola – Chroniques

avant de libérer les femmes, il faut leur apprendre à user correctement de leur liberté. Voilà que Zola se met à philosopher ? Parce qu’on on a envie de mettre la réponse de Kant en face de cette l’affirmation. Car c’est Kant qui affirmait : on ne peut mûrir pour la liberté qu’à la condition préalable d’être placé dans cette liberté (1).

Passons… Je ne voudrais pour aujourd’hui que retenir cette observation : un penseur comme Zola illustre fort bien la méfiance de son siècle (et un peu du suivant) à l’égard des femmes, et cela jusque dans les couches les plus progressistes de la société. Car ce n’est pas – ou pas seulement – dans les milieux les plus religieux ou bourgeois qu’on refuse aux femmes leur émancipation par rapport à l’autorité des hommes.

Si nous laissons de côté les balivernes moyenâgeuses sur l’incapacité des femmes à dominer leurs instincts et leur puérilité, il reste tout de même qu’on a craint fort longtemps qu’elles ne sachent pas gérer leur fortune et qu’elles soient incapables de comprendre l’action politique – entendez qu’on ne les croyait pas capables d’user correctement du droit de vote.

En fait les socialistes eux-mêmes se sont opposés à l’instauration d’un suffrage universel, donnant le droit de vote aux femmes. C’est qu’ils supposaient qu’elles ne sauraient faire usage de leur liberté pour voter selon leurs intérêts (c'est-à-dire ceux de leur classe) et qu’elles voteraient selon les ordres du curé. En réalité on ne voulait pas émanciper les femmes ; on voulait seulement qu’elles changent de maître.

Aujourd’hui que les femmes réclament non plus leur émancipation, mais l’égalité avec les hommes, il est bon de prendre conscience de la nature des résistances qu’il leur a fallu vaincre (avec les suffragettes par exemple). Histoire de vérifier qu’il n’en reste vraiment plus aujourd’hui.


(1) C’est votre jour de chance : j’ai décidé de vous offrir le texte entier :

« J'avoue que je ne puis me faire à ces façons de parler dont se servent même des gens fort sages : "Tel peuple" (en train d'élaborer sa liberté et ses lois) "n'est pas mûr pour la liberté" ; "les serfs de tel grand seigneur ne sont pas encore mûrs pour la liberté"; "les hommes, d'une manière générale, ne sont pas encore mûrs pour la liberté de croyance". Mais dans cette hypothèse, la liberté n'arrivera jamais, car on ne peut mûrir pour la liberté qu'à la condition préalable d'être placé dans cette liberté ; il faut être libre afin de pouvoir user comme il convient de ses facultés dans la liberté. Il est certain que les premiers essais seront grossiers et qu'ordinairement même ils se relieront à un état de choses plus pénible et plus dangereux que celui où l'on vit sous les ordres d'autrui, mais aussi sous sa prévoyance ; seulement, on ne peut mûrir pour la raison que par des essais personnels. » KantLa religion dans les limites de la simple raison

Monday, October 12, 2009

Citation du 13 octobre 2009

Rien n'émancipe un homme autant que le jeu. Comme, dès que l'on a un peu joué, on se sent moins esclave de l'argent !

Tristan Bernard – Auteurs, acteurs, spectateurs

…on aime mieux la chasse que la prise.

Pascal – Pensées, fragment 142 (voir l’extrait en annexe ; et un début de commentaire dans ce Post)

On pousse des hauts cris à propos de l’ouverture de sites de jeux d’argent en ligne ; mais pourquoi donc ? Est-ce immoral ? Est-on d’un coup devenu si soucieux de préserver nos semblables d’une addiction de plus ?

Et si ce n’était que par peur d’y succomber nous-mêmes ? Si ce n’était que pusillanimité devant un plaisir que nous nous interdisons ?

Quel est donc ce plaisir du jeu – entendez du jeu d’argent ?

Posons plus clairement le problème : supposons le passionné de jeu sache qu’il va perdre ; s’il joue quand même, c’est que le plaisir et l’espérance sont malgré tout à son horizon. Qu’espère donc celui qui joue ?

Pour Tristan Bernard, l’espérance n’est rien, seul compte le plaisir : bien sûr, sa remarque est une boutade, mais on peut aussi la prendre au sérieux. Le joueur est capable de se donner au jeu au point que rien d’autre – et surtout pas l‘argent n’a d’importance.

Oui, mais qu’est-ce qu’il trouve de si exceptionnel dans le jeu ?

- C’est Pascal qui répond : dans le jeu on trouve le danger et la difficulté, qui vont nous faire perdre conscience de notre condition humaine – par exemple, le truc-à-gratter qui va me faire oublier que les rêves d’île-aux-cocotiers ne sont que des rêves, et que je vais rentrer dans mon HLM pourri avec mon ticket froissé au fond de ma poche. Alors bien sûr, la difficulté n’est pas au rendez-vous du grattage ; mais le danger, oui : celui de perdre tout l’argent du mois. Aucun joueur ne connaît de limites, c’est là le danger qu’il assume.

Le jeu est un puissant divertissement, qui par les risques qu’il nous fait prendre et/ou les difficultés qui met sur notre chemin nous dispense de penser à notre triste et banale existence.

Qu’est-ce qui pourrait nous distraire autant ? En dehors du jeu, quel danger pourrions nous courir, quels risque pourrions-nous prendre pour nous oublier nous-mêmes ?

Il n’y a que la guerre qui réponde à cette question ; les combats, les bombardements, les mitraillages, voilà qui nous dispenserait de penser à autre chose qu’à sauver notre peau.

… Finalement, je trouve plutôt rassurant que les jeux d’argents envahissent la toile.

*******************

[...]
Ce n'est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu'on recherche ni les dangers de la guerre ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit. Raison pourquoi on aime mieux la chasse que la prise.

De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement. De là vient que la prison est un supplice si horrible. De là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. Et c'est enfin le plus grand sujet de félicité de la condition des rois de ce qu'on essaie sans cesse à les divertir et à leur procurer toutes sortes de plaisirs. - Le roi est environné de gens qui ne pensent qu'à divertir le roi et à l'empêcher de penser à lui. Car il est malheureux, tout roi qu'il est, s'il y pense.
Pascal – Pensées, fragment 142


Friday, October 13, 2006

Citation du 14 octobre 2006

On ne supprime la misère qu'en donnant aux plus démunis les moyens de contrôler eux-mêmes leur destin

Muhammad Yunus - Le Monde diplomatique. 1997

Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006 : voilà la bonne nouvelle de la journée (1).
En plus, il a l'air plutôt sympa ; voyez vous même :


Pour faire vite, Yunus a fondé une banque (2) qui prête aux mendiants et qui fait des bénéfices ; c’est ce qu’on appelle le micro-crédit. Dit comme ça on attendrait pour Yunus le Nobel de l’économie plus que celui de la paix. C’est que le but de cette banque n’est pas de faire des bénéfices, mais de tirer les pauvres de leur misère.

Des esprits chagrins (dont Lech Walesa) regrettent que ce Nobel n’aille pas à une personnalité qui œuvre pour la paix dans le domaine international. Mais c’est avec ce genre de réflexion qu’on finit par attribuer le Nobel de la paix aux casques bleus, c’est à dire à des soldats en mission. On peut tout de même dire que si la paix est menacée, c’est bien par la pauvreté, car on ne peut tout de même pas s’attendre à ce que les gens se laissent mourir de faim sans rien faire alors que d’autres crèvent d’obésité à côté d’eux.

Venons-en à notre citation, car elle n’est pas un simple prétexte pour parler de Yunus. C’est l’autonomie des hommes qui seul leur permet de vivre et d’échapper aux besoins. Voyez :

- Rousseau : les citoyens doivent détenir et exercer le pouvoir souverain, ils n’ont pas à apprendre une science particulière pour cela, bien au contraire, car eux seuls connaissent leurs vrais besoins.

- Marx : l’émancipation du prolétariat sera l’œuvre du prolétariat lui-même.

- Reagan : les pays pauvres n’ont qu’à faire comme les USA : créer des entreprises.

Alors là on tombe de haut ! On croit trouver un principe et on voit qu’il mène droit au cynisme libéral…

Soyons sérieux. Le libéralisme est dans son sens contemporain la liberté pour les forts d’écraser les faibles. Ce dont on parle ici c’est de la capacité à fortifier les faibles. Et ce n’est possible qu’à condition de leur donner du pouvoir, c’est à dire de les protéger des prédateurs. Et de leur faire confiance, comme le fait la Grameen Bank.

Tout de même : une banque, prix Nobel de la Paix….

(1) On aura noté que les USA ont trusté tous les Nobel, à l’exception de ceux de la littérature et de la paix.

(2) Il s’agit de la Grameen Bank à qui, du reste, ce Nobel est co-attribué.