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Wednesday, July 05, 2017

Citation du 6 juillet 2017

La souffrance à bicyclette est noble car elle correspond au plein épanouissement de la volonté.
Henri Desgranges – Créateur du Tour de France en 1903
Supposez que vous n’ayez que le début de cette citation : « La souffrance est noble, car… ».
Comment seriez-vous tenté de la compléter ? Quelque chose du genre « … car elle est productive » - sachant qu’on parlerait de la souffrance de l’accouchement, ou des soins qu’il faut endurer alors que les anesthésiants n’existent pas ; ou encore – bien mieux ! – des punitions infligées au coupable pour l'obliger à renoncer aux crimes qu’on lui impute ?

Hé bien non ! « Elle correspond au plein épanouissement de la volonté ». Étrange, n’est-ce pas ? Voyons cela :
- Déjà, comment comprendre cette correspondance entre la souffrance et l’épanouissement de la volonté ? S’agit-il de ce qui accompagne cet épanouissement, d’une sorte d’épiphénomène, un peu comme l’échauffement du moteur quand il fournit de l’énergie ? Ou alors de son effet ? N’en serait-il pas plutôt la condition ? Oui, c’est cela qu’on suppose, un peu comme quand on dit qu’il faut «souffrir pour être belle » : la volonté qui s’épanouit ne peut le faire qu’en imposant à l’individu la souffrance.
Le mystère s’épaissit, car comment la souffrance, qui est une alerte que la nature à disposée en nous pour nous obliger à mettre fin à un état pathologique pourrait-elle devenir ce qui accompagne le passage à ce qu’il y a de meilleur ?
- Il ne s’agit toutefois pas de n’importe quelle souffrance : si vous avez mal aux dents, inutile de croire que ça va vous aider à devenir meilleur : allez chez le dentiste. Mais la souffrance « à bicyclette », ça oui, c’est rien que du bonus. Alors, qu’est-ce que cette souffrance a de particulier ? Le grimpeur qui titube sur son vélo dans les derniers lacets du col : en quoi sa souffrance l’aide-t-elle à devenir meilleur ? Est-il en lutte contre la nature pour l’obliger à supporter une transformation utile à sa vie (comme l’épuisant effort pour creuser les canaux d’irrigation dans un champ) ? Ou bien plutôt ne serait-il pas en lutte contre lui-même pour obliger une part de son être à supporter les efforts voulus par une autre part ? Au quel cas, il faudrait admettre que la volonté est enracinée dans cette seconde part et qu’elle impose à l’autre ces souffrances pour se conformer à sa loi.
Oui, voilà la réponse : si le coureur cycliste doit souffrir, c’est parce que sa volonté en a décidé ainsi. Mais comme toujours, ce n’est pas celui qui décide qui fait : il oblige l’autre part – à  savoir les muscles, les tendons, le cœur et les poumons – à faire le travail, comme le bœuf de trait est obligé de souffrir les efforts que le paysan a décidé de lui imposer.

Pas de quoi se vanter.

Friday, November 04, 2016

Citation du 5 novembre 2016

Avant d'agir, écoute. / Avant de réagir, réfléchis. / Avant de dépenser, gagne. / Avant de critiquer, patiente. / Avant de prier, pardonne. / Avant d'abandonner, essaye.
(Before you act, listen. / Before you react, think. / Before you spend, earn. / Before you criticize, wait. / Before you pray, forgive. / Before you quit, try.)
Hemingway
Cette litanie nous parle d’expérience et de sagesse acquises au contact de la réalité. Banal ?
Voyons ça de plus près. Il y a 6 injonctions : 4 sont facilement identifiables : ce sont des conseils de modération, un peu comme on dit qu’il faut tourner 7 fois sa langue avant de parler.,
Puis il y a la 5ème : Avant de prier, pardonne. Bizarre : prier, pardonner qu’est-ce que ça peut avoir comme rapport ? La prière et le pardon seraient-ils alternatifs ? Oui, s’il s’agit de demander à Dieu de faire ce qu’on ne peut faire soi-même – comme guérir le moribond.  Ou comme pardonner ? Pas si évident : Hemingway nous conseille de le faire nous-mêmes plutôt que de demander l’intercession de Dieu. Quelque chose comme « Pardonnez-vous les uns aux autres ». Ce qui se comprend à condition que l’amour qui soutient ce pardon soit au rendez-vous et que le pardon en question ne requiert pas l’immense amour de Dieu pour ses créatures : deux conditions pas forcément réunies.
Enfin on arrive à la 6ème injonction : Avant d'abandonner, essaye. Là on n’a pas l’impression que Hemingway se soit beaucoup fatigué pour produire ça. C’est même le conseil que les parents doivent le plus fréquemment donner à leur progéniture devenue feignante à force d’avoir pris l’habitude d’être secourue pour n’importe quelle raison.

Becquée de l’hirondelle rustique – Vu ici

L’intérêt de ce passage est de rompre une impression de symétrie qui se révèle simpliste et qui consisterait à recommander de patienter avant d’agir. Ici les petits de l’hirondelle clament famine alors que, vu leur taille, ils pourraient quand même essayer de chasser l’insecte eux-mêmes !

Toutefois, il y a deux sortes d’abandon : l’un qui est comme on vient de le voir l’abandon feignant. Et puis il y  a l’abandon d’échec, celui qui ayant raté 10 fois renonce à tenter le coup une 11ème fois. C’est là peut-être que le conseil de Hemingway trouve son intérêt.

Wednesday, February 06, 2013

Citation du 7 février 2013

Tout effort est un crime, parce que toute action est un rêve paralysé.
Fernando Pessoa – Le Livre de l’intranquillité
Hier encore je célébrais l’effort, mais aujourd’hui je me sens tout fatigué – et je me dis : « N’ai-je pas perdu quelque chose en route ? » Je veux dire : si j’étais resté dans mon lit au lieu d’aller casser des cailloux sur le chemin n’aurais-je pas eu raison au bout du compte ?
Est-ce qu’en agissant je ne suis pas passé à côté de quelque chose ?
L’idée est suffisamment simple pour paraître une évidence : entre le rêve et la vie réelle, il y a l’écart qu’on trouve entre le fantasme et la réalité. L’un est tout entier fait pour exprimer et d’une certaine façon satisfaire notre désir ; l’autre l'ignore superbement, au point que ce (bas-)monde est souvent défini comme une vallée de larmes.
Pessoa ajoute quelque chose de plus original : nous passons de l’un à l’autre en faisant effort pour agir – c’est-à-dire pour transformer la réalité, ou du moins pour  nous y insérer. A chaque fois que j’agis, je détruis ou je paralyse mon rêve. Un peu comme Gérard Philippe, le rêveur des Belles de nuit, je ne devrais me réveiller qu’en espérant me rendormir bientôt.
On se dit alors : à quoi bon trimer pour obtenir des petits bonheurs sans consistance ni durée alors que nous avons un champ indéfini de plaisirs offerts par nos rêves ?
--> Mais quand même, voyons un peu ce qui se passe réellement : est-il si sûr que nous transportions – péniblement et avec effort – un petit bout de notre rêve dans la vie réelle ? Pessoa nous dit qu’on va du rêve à l’action – avec l’illusion de le retrouver réalisé. Mais en réalité, c’est l’inverse qui se passe : on va du réel au rêve – entendez : on est prié de croire que la réalité, c’est juste ce dont on aurait pu (ou dû) rêver.
Et bien sûr, cette réalité-là, il faudra trimer pour l’obtenir : gagner des sous pour acheter la belle voiture, le beau costard, le voyage à Ibiza, et sembler alors être un beau-mec, super viril et respecté de tous

Tuesday, February 05, 2013

Citation du 6 février 2013



Proportionner la jouissance à l'effort et l'assouvissement au besoin.
Victor Hugo – Les Misérables
L’effort, nous l’avons vu hier, est la condition de l’estime et du respect de soi.
Mais bof… Ce que je voudrais avoir, ce n’est pas tant le respect, mais le bonheur. La vie du saint, avec ses efforts pour mériter le Paradis, très peu pour moi. Même si pour être heureux je devais vivre en pourceau – eh bien pourquoi pas ? Allons-y ! Trainons-nous dans la fange.
… Ou alors, écoutons Victor Hugo : pour être heureux, il suffit que je sois comblé par ce que la réalité m’apporte. Ce qui suppose, comme le disait  Descartes, que du coup je sache limiter mon attente : « Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde » (1)
Reprenons donc : ce qu’on doit chercher, c’est seulement la jouissance qu’on peut se donner à soi-même et limiter notre assouvissement juste au niveau de nos besoins.
La différence avec la morale des pourceaux, c’est qu’on ne peut jouir que dans l’effort et non dans l’inaction ou la paresse. La vraie jouissance est non seulement celle qu’on obtient par son mérite personnel,  mais encore celle qui culmine dans le plein emploi de nos capacités.
Mais il y a plus : les pourceaux sont-ils heureux ? Sans doute pas, parce que, loin de se limiter à la satisfaction de leur besoin, ils sont dans la logique du désir – c’est-à-dire du « Toujours plus ! ». Par exemple, si je suis heureux d’avoir fait hier la fête, mon bonheur ne peut se poursuivre aujourd’hui que dans une autre fête, plus grande, plus intense, plus explosive encore que la précédente.
--> Ce qui est impossible, et ce qu’on ne visera pas si on recherche l’assouvissement uniquement dans la satisfaction de nos besoins.
A suivre…
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(1) Descartes – Discours de la méthode  (3ème partie)

Monday, February 04, 2013

Citation du 5 février 2013



Lorsqu'on fait un effort, on s'aime.
Jean-Marie Poupart – Les Ruches
C'est dans l'effort que l'on trouve la satisfaction et non dans la réussite. Un plein effort est une pleine victoire.
Gandhi – Lettres à l'Ashram
Quelle morale avons-nous ? Existe-t-elle seulement ? Sans Dieu, sans transcendance, n’est-elle pas seulement une doctrine de l’ego triomphant, un pur narcissisme érigé en idéal ?
Ceux qui s’interrogent ainsi, s’entendent dire :
« Pour valoir plus, travaillez plus ! Battez des records de productivité ! Dépassez vos objectifs, remportez les concours de vente de votre entreprise ! »
Et ensuite ?
«Sculptez-vous un corps de star, cultivez votre érudition : quelque soient vos efforts vous y trouverez le respect de vous-même, car c’est là qu’est le vrai mérite.
Ford est notre Dieu et Stakhanov est son prophète. »
Moi, quand je lis ça, mon ADN d’anarcho-nihiliste ne fait qu’un tour…
Et puis je me dis : « Quand même, voilà une morale bien plaisante, puisqu’avec elle, même l’échec est une réussite. »
Exemple ? Je prépare un concours très difficile : une agrégation de philo ou le concours de l’ENA. Je suis collé : vais-je déprimer ? Non, parce que je sais que c’est dans l'effort que l'on trouve la satisfaction et non dans la réussite. Un peu comme le baron de Coubertin, je vais me dire que l’important n’est pas de vaincre etc…
Autrement dit, la valeur de l’effort est indirecte parce qu’elle a un effet-rebond : en visant un objectif, j’en atteins un autre. Je voulais mériter le Paradis : il me reste inaccessible mais les efforts pour me sanctifier vont faire naitre en moi un être nouveau. Je visais la transcendance, et je me développe dans l’immanence du vécu d’ici-bas.
Et alors ? Ce n’est déjà pas si mal !

Quoique : à suivre