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Thursday, May 26, 2016

Citation du 27 mai 2016

Trouvez-moi un économiste manchot !
Jean Tirole – Economie du bien commun p.104
(Cette exclamation est celle de  Harry Truman, excédé par les économistes qu’il consultait et qui lui répondaient ainsi : « D’un côté – on this hand – ceci peut arriver, mais d’un autre côté – on the other hand – cela peut aussi arriver. »)
La science et la politique ne sont pas soumises aux mêmes contraintes, et cela on le sait depuis Max Weber au moins. Il est vrai que Weber s’attachait à montrer que le savant peut prendre la politique comme objet d’étude, mais que dans ce cas il ne fait pas de politique, puisqu’il doit se limiter à l’étude désintéressée de la structure de ses actions. Réciproquement : prendre position politiquement, donc émettre un jugement de valeur, exclut qu’on puisse avoir une connaissance objective des faits. Tantôt, je suis un scientifique qui étudie la politique d’un pays ; tantôt je suis un  citoyen engagé dans cette vie politique.
Tout cela est bien connu, et on le vérifie tous les jours avec ces débats passionnés et ineptes par exemple à la Chambre des députés lors des questions de l’opposition au gouvernement.

Mais le désarroi de Truman révèle quelque chose de plus : le responsable politique a besoin de certitude pour agir en toute sécurité ; il recherche alors une vérité scientifique au près de ses conseillers scientifiques et il n’obtient que des hypothèses. Comme le disait Popper, en science il n’y a pas de vérité mais seulement des « vérisimilitude » – des vérités probables, mais jamais certaines, cat il reste toujours possible que l’inverse de ce qu’on a prévu advienne – l’économiste manchot, qui donnerait une possibilité comme étant la seule pensable serait donc bien un handicapé … mental !

Mettons alors que le gouvernant ne cherche pas à imprimer dans la réalité ses rêves et ses valeurs, mais  qu'il cherche seulement à gouverner en gestionnaire, sans chercher à faire ce qui est bien mais simplement ce qui est possible (vous voyez à qui je pense ?) ; il ne pourrait pourtant pas être certain d’agir en toute sécurité : comme Truman il serait encore obligé de choisir entre plusieurs hypothèses. Non seulement il ne faut pas confondre ce qui devrait être (jugement de valeur) avec ce qui peut être (jugement d’existence) ; mais encore, même ce dernier jugement reste soumis à une validation empirique – donc statistique.

Sunday, August 16, 2015

Citation du 17 aout 2015

La plus utile et honorable science et occupation à une femme, c'est la science du ménage.
Montaigne – Essais  III, 9
Avant de sursauter, on lira (en Annexe) le paragraphe de Montaigne: la ménagère dont il nous parle est la femme mariée qui gère la maison du mari et le décharge de ce soucis. Ce n’est pas la torchonette ou la « pousse-caddy » ; c’est une épouse versée en économie domestique (pléonasme du temps de Montaigne). On lira aussi qu’à l’opposé de la « ménagère » on trouve la femme oisive qui vit du travail de son mari, et qui n’a rien à lui répondre lorsqu’il rentre tout « marmiteux » du travail alors qu’elle n’a rien à lui donner à manger parce qu’elle est encore entrain de se coiffer et s’attifer.
Bref : à l’origine de ce statut de la femme, la coutume antique qui fait de l’oikos (la maison) le domaine où s’exerce le pouvoir de la femme. Sauf que Montaigne inverse le principe aristotélicien qui veut que (dans la procréation) l’homme apporte la forme et la femme la matière. Ici, c’est l’inverse : « Si le mari fournit de matière, nature même veut qu'elles fournissent de forme. » A l’homme d’apporter les sous ; à la femme de les gérer avec parcimonie. Je suis sûr que ce partage des responsabilités dans le mariage existe toujours.
Montaigne ne cherche nulle équité dans ce partage. Ce qu’il veut c’est pouvoir partir tranquille de chez lui, sans se soucier des décisions à y prendre pour la gestion quotidienne de ses biens. Il a mieux à faire, et ce n’est pas un cadeau fait aux femmes. C’est une obligation compensatoire du mérite de l’homme d’y apporter l’argent nécessaire à la vie.
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« La plus utile et honorable science et occupation à une mère de famille, c'est la science du ménage. J'en vois quelqu'une avare ; de ménagère, fort peu. C'est sa maitresse qualité, et qu'on doit chercher, avant toute autre : comme le seul douaire qui sert à ruiner ou sauver nos maisons. Qu'on ne m'en parle pas ; selon que l'expérience m'en a appris, je requiers d'une femme mariée, au dessus de toute autre vertu, la vertu économique. Je l'en mets au défi, lui laissant par mon absence tout le gouvernement en main. Je vois avec dépit en plusieurs ménages, monsieur revenir maussade et tout marmiteux (préoccupé, souffreteux) du tracas des affaires, environ midi, que madame est encore après à se coiffer et attifer, en son cabinet. C'est à faire aux Reines: encore ne sais-je. Il est ridicule et injuste, que l'oisiveté de nos femmes, soit entretenue de notre sueur et travail. Il n'adviendra, que je puisse, à personne, d'avoir l'usage de ses biens plus liquides que moi, plus quiets et plus quitte. Si le mari fournit de matière, nature même veut qu'elles fournissent de forme. » Montaigne Essais  III, 9

Thursday, November 06, 2014

Citation du 7 novembre 2014



Il faut instituer un "impôt-homme"... Dès leur naissance, les hommes devraient payer une taxe pour protéger les femmes de la prostitution.
Daniel Cohn-Bendit

Protéger les femmes de la prostitution = c’est les protéger de la dépendance à l’égard des hommes.
- Autrement dit, s’il y a des prostituées, ce n’est pas simplement parce qu’il y a des hommes qui sont prêts à payer des femmes pour copuler avec elles, mais parce qu’il y a des pauvres filles prêtes à copuler en échange d’une rétribution. Si la prostitution est le métier le plus vieux du monde, c’est parce que la pauvreté est aussi vieille que le monde lui-même.
Poursuivons : selon Cohn-Bendit, pour supprimer la prostitution il faut supprimer l’offre sexuelle et non la demande. Il y aura toujours des hommes avec des glandes grosses comme ça qui chercheront à les purger, MAIS ce qu’on peut faire, c’est que plus aucune femme ne soit assez misérable pour être contrainte à conclure ce marché.

Pas très original ? Eh bien notons que nous sommes en présence d’un mécanisme très général de l’économie : l’échange (argent contre sexe – et réciproquement), s’amorce avec l’offre (ici : la femme qui putasse) et non avec la demande (ici : mec gorgé de testostérone)
--> Nous sommes en plein dans la problématique d’aujourd’hui : pour faire redémarrer l’économie, il faut développer l’offre, et donc enrichir les entreprises pour qu’elles investissent afin d’offrir de meilleurs produits. Et qu’importe qu’elles n’aient plus de clients parce qu’on leur vidé les poches ? Ce qu’elles ne vendront pas sur le marché intérieur elles vont l’exporter facilement vu qu’on aura restauré leur compétitivité.
Toutefois, nous pouvons noter que la politique de la demande n’est pas non plus à l’abri de dérapages : si l’économie nous apprend à exporter ce que nous ne consommons pas, on peut croire que, réciproquement, on ait envie d’importer ce que nous ne produisons pas. Du coup, ça risque de poser des problèmes insolubles au niveau de la lutte anti-prostitution.
Supposons en effet qu’on paye l’impôt anti-putes. Plus de françaises pour tapiner : O.K. Mais des roumaines ? Des ukrainiennes ? Des philippines ? Nous n’allons pas quand même subventionner les femmes de la terre entière sous prétexte que la prostitution s’est mondialisée 
La suite à demain – si vous voulez bien.

Thursday, May 22, 2014

Citation du 23 mai 2014



L'homme est un animal qui fait des affaires. Un chien n'échange pas son os contre celui d'un autre.
Sydney Smith (1771-1845)
Commentaire II
Qu’est-ce que l’homme ? Comment le définir ?
Comme on le sait depuis Aristote, la définition (de l’homme) se donne par le genre prochain (= animal) + la différence spécifique (= qui fait des affaires). On a bien des fois joué avec ça pour définir l’homme selon ce qu’on veut lui attribuer comme caractéristique essentielle :
            - L’homme est une animal pensant (homo cogitans), parce que son existence a toujours été liée à la pensée (ou la conscience, ou l’âme).
            - L’homme est un animal parlant (homo loquens) parce qu’il n’a commencé d’exister qu’avec la communication verbale (ou avec la conceptualisation liée aux signifiés).
            - L’homme est un animal désirant (homo desirans) parce qu’il a toujours été poussé à aller au-delà de la satiété.
Mais enfin, aujourd’hui, le business est devenu son activité essentielle – donc on voudrait qu’il exprime la nature humaine depuis l’origine des temps. Car, voilà  l’ennui avec la nature (entendue comme une origine radicale) : il faut que ce qu’elle recouvre ait existé depuis l’origine de l’espèce. Donc :
            - L’homme est donc un animal « économique » (homo oeconomicus) parce qu’il échange des biens avec ses semblables.
L’homme est-il bien défini par cette caractéristique ? Et que recouvre-t-elle exactement ? Il y a bien des débats passionnants sur ce sujet : il faut lire au moins leur résumé (par exemple ici). Je me contenterai, comme Sydney Smith, de noter que, quoi qu’il en soit de ce comportement, il n’apparait que dans l’espèce humaine (sauf à le découvrir comme nous le notions hier chez l’oiseau en parade nuptiale).

Monday, November 26, 2012

Citation du 27 novembre 2012



L’enjeu de ce nouveau sommet est notamment de débloquer une tranche d'aide à la Grèce, d'un montant de 31 milliards d'euros, sur les 44 milliards promis. Athènes ayant entrepris les réformes exigées, elle attend désormais un réel coup de pouce pour l’aider à réduire sa dette.
Le printemps canadien n'avait encore connu que quelques semaines de vie que l'été du calendrier venait déjà et il sembla que la divinité qui réglementait le climat du lieu donnât soudain à la marche naturelle des saisons un coup de pouce auguste, afin de rejoindre une fois de plus dans leur cycle les contrées heureuses du sud.
Hémon – Maria Chapdelaine 1916
Je ne sais pas pour vous, mais moi, il y a des expressions passe-partout qui m’exaspèrent. Ainsi du « coup de pouce » mille et mille fois répété en particulier dans des articles de la  presse économique.
Selon moi, un « coup de pouce » c’est une chiquenaude, comme celle que le commerçant donnait à la balance pour majorer le poids de l’article vendu. Quand il s’agit de donner trois sous de plus aux smicards, passe encore ; mais quand il s’agit de dizaines et de dizaines de milliards d’euros versé à la Grèce, là ça énerve.
Seulement, voilà : Louis Hémon (1) nous explique que, quand il s’agit d’une divinité, alors le coup de pouce a des effets colossaux : quand Dieu veut modifier ce qu’Il a créé lui-même, alors un léger coup de pouce Lui suffit : les miracles ne Lui coutent pas beaucoup d’effort.
Nous avions expliqué tout cela dans un Post du 29 mai2007, et je n’y reviendrai pas.
Sauf pour dire ceci : si pour la Grèce, un don de 30 ou 40 milliards d’euros c’est un simple « coup de pouce », alors c’est que les bailleurs de fonds sont aussi puissants que Dieu lui-même.
Qui sont ces Dieux ? Les banques qui détiennent des fonds privés, ou les Etats qui ont des fonds publics ? On devine que, comme les banques ont déjà cotisé, ce sont aux Etats de le faire maintenant.
Et vous savez quoi, mes chers lecteurs ? « L’Etat, c’est nous » – donc c’est vous : comme ça vous devez savoir que vous êtes vous-mêmes des dieux !
- Dis donc Dieu, t’as pas 30 milliards ?
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(1) De même que Carlos Gardel était toulousain, Louis Hémon était breton… Faut-il  en concevoir de la fierté nationale ? Si on y tient – Reste que la France n’a pas su leur donner la gloire…